Le père Matteo, notre curé.

Horaires du 5 au 11 avril.
Horaires du 29 mars au 4 avril.
Christ est ressuscité!!!

ÉgliseSaint-Bruno-Lès-Chartreux

Le maître autel de l'église.

Le baldaquin.

Saint Bruno.

Le baptistère.

L'autel de la Vierge.

Saint Matthieu.

Saint Marc.

Saint Luc.

Saint Jean.

Sanctus Spiritus

Gloria in excelsis

Vers la Jérusalem céleste.

Traduction par “JesusMarie. com”
1. Frères très chers, il arrive parfois que la fatigue des veilles et que l’épuisement qu’apporte le jeûne nous font taire, et nous contraignent à gagner le silence. Mais aujourd’hui, nous sommes de retour pour le sermon sur la résurrection du Seigneur. Si c’est une chose divine que le Christ soit né d’une vierge, combien plus divine encore est sa résurrection d’entre les morts ! Que ce qui est divin ne soit donc pas reçu par une oreille humaine ! Le soir du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre. Le soir du sabbat. Le jour du siècle ne le connaît pas, le monde n’en a pas l’expérience. Le soir finit, mais le jour ne commence pas. Le soir enténèbre, il n’éclaire pas. Il ne se métamorphose pas en aurore, parce qu’il ignore la naissance de la lumière. Le soir, mère de la nuit, enfante le jour. La nuit bouleverse sa routine quand elle reconnaît son Auteur : la nouveauté du mystère la fait briller de tous ses feux. Elle s’essouffle à servir le Créateur, non le temps. Le soir du Sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. La femme court tardivement au sépulcre pour recevoir le pardon, elle qui avait de bonne heure couru vers la faute. C’est le soir qu’elle cherche le Christ, celle qui reconnaissait avoir perdu Adam le matin. Marie vint et l’autre Marie voir le sépulcre. Celle qui, au paradis, avait contracté le virus de la perfidie, se hâte d’aller chercher la foi au sépulcre. Elle entreprend de ravir la vie à la mort celle qui avait ravi la mort à la vie. Marie vint. Ce nom est celui de la mère du Christ. La mère vient donc en son nom, la femme vient, pour qu’elle devienne la mère des vivants, celle qui était devenue la mère des mourants ; pour que soit accompli ce qui avait été imploré : Voilà la mère de tous les vivants. Marie vint et l’autre Marie. Il ne dit pas elles vinrent, mais elle vint. Elle vint elle-même mais dans une autre. Une autre vint, mais c’était elle-même. Pour que la femme soit transformée par la vie, non par le nom ; par la vertu, non par le sexe ; et pour que soit la messagère de la résurrection celle qui avait été l’entremetteuse de la faute et de la ruine. Marie vint voir le sépulcre. Pour que la vue du sépulcre répare celle que la vue de l’arbre avait désaxée ; et que l’aspect salutaire du tombeau relève celle que l’aspect charmant de l’arbre avait prostrée. Voici que se fit un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel. La terre a tremblé non parce qu’un ange est descendu du ciel, mais parce que le Dominateur est monté des enfers. Voici que se fit un grand tremblement de terre. Le chaos s’ébranle, les plaques tectoniques se fendent, la terre titube, les masses volcaniques frémissent, les fondements de la terre craquent, le tartare tressaille, les enfers sont sur un pied d’alerte. Le sort de la mort est scellé quand, en se dirigeant vers les coupables, elle tombe sur le Juge ; quand elle porte la guerre sur le Seigneur en voulant établir sa domination sur les esclaves ; quand elle se précipite sur Dieu en voulant assaillir les hommes. C’est en toute justice donc que périt la loi du tartare, que sont abrogés les droits de l’enfer, que le pouvoir de la mort est aboli. Et en punition de sa témérité, Il a ressuscité les morts ; et pour injurier celui qui en était le spectateur, Il a rendu les corps. L’homme retrouve son intégrité, la vie est réparée, et tout s’est accompli par la grâce, parce qu’en s’en prenant à l’Auteur de la vie, la mort a outrepassé ses droits. Voici que se fit un grand tremblement de terre. C’est maintenant qu’il a lieu le tremblement de terre ! O ! Si une légère tornade avait alors abattu l’arbre de la mort ! O si une nuée de fumée avoir alors embrouillé le regard de cette femme ! O si un nuage noir avait entaché la beauté de la pomme létale ! O si la main qui touchait des choses défendues avait trembloté ! O si la nuit injuste avait enténébré le jour du péché, elle aurait alors enlevé les lamentations du monde, et ce qui les accroit, la mort, et finalement l’injure faite au Créateur. Les douceurs de la vie favorisent les vices, les plaisirs mènent aux crimes, mais l’austérité et la force précèdent les vertus. Car un ange descendit d u ciel. À la résurrection du Christ, à la disparition de la mort, les relations sont rétablies entre le Ciel et la terre, Et la femme qui, avec le démon, eut un entretien mortel, a eu avec l’ange un colloque vital. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel et renversa la pierre. Il ne dit pas qu’il fit rouler la pierre, mais qu’il la renversa, car ce qui était enroulé ( le serpent ) a été témoin de la mort, mais ce qui a été renversé ( la pierre ) a attesté la résurrection. Bienheureuse pierre qui mérita de dévoiler et de voiler le Christ ! Bienheureuse qui n’a pas moins ouvert les cœurs que le sépulcre ! Bienheureuse qui donne la foi en la résurrection ! Qui atteste que la chair divine a ressuscité ! Ici, l’ordre des choses est renversé : ce n’est pas un mort que ce sépulcre dévore mais la mort ; la maison de la mort devient la demeure de la vie ; une nouvelle forme d’utérus conçoit un mort et enfante un vivant. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel, et, s’avançant, il renversa la pierre, et s’assit sur elle. Quelle raison l’ange avait-il de s’asseoir, lui qui ne pouvait se fatiguer ? Mais il siégeait en tant que docteur de la foi, en tant que professeur de la résurrection. Il était assis sur la pierre, pour que la solidité du siège donne aux croyants la fermeté. L’ange posait sur la pierre les fondements de la foi, sur laquelle le Christ allait fonder son église. Car Il a dit : Tu es pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église. Son aspect était comme celui de l’éclair, et ses vêtements étaient semblables à la neige. L’éclair ne suffit pas à l’ange, et quel besoin la nature céleste a-t-elle d’un vêtement ? Mais une telle splendeur témoignait de l’aspect et de la forme de notre résurrection, parce que ceux que le Christ ressuscite sont transmutés dans la gloire du Christ. Les gardes tressaillirent d’effroi, et devinrent comme morts. Malheureux sont ceux que percute la peur de la mort quand la sécurité de la vie est rendue. Mais les ministres de la cruauté, les exécuteurs de la perfidie étrangère, comment pouvaient-ils avoir confiance dans le ciel ? Ils investissaient le sépulcre, bloquaient la porte à la résurrection, et faisaient bonne garde pour que la vie ne puisse y entrer et que la mort ne puisse y périr. C’est avec raison que l’arrivée de l’ange les a frappés et jetés par terre. La mortalité misérable et toujours ennemie d’elle-même se débat pour ne pas ressusciter. Il convenait d’ouvrir le sépulcre et d’apporter tout ce qui facilitait la résurrection pour que le fait apparaisse dans tout ce qu’il avait de prodigieux, pour que l’espoir naisse de cet exemple, pour que la réalité soit retournée en sens contraire, pour que naisse la foi dans la vie à venir. C’est le comble de la folie à l’homme de ne pas croire dans ce qui constitue ses rêves les plus chers. Que suffise aujourd’hui ce que nous avons dit des gardes. Pour n’être pas trop long aujourd’hui, nous dirons plus tard ce sur quoi porte notre foi, avec l’aide de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père, Dieu pendant les siècles des siècles.
2. Autant pour vous que pour moi ce sermon est celui d’un pèlerin. Mais priez, mes frères, que, puisque Dieu m’a rendu à vous, il daigne me redonner la prédication. Vous avez entendu l’évangéliste qui disait : Le soir du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre. Qu’est-ce que l'on peut bien comprendre ici ? Qu’est-ce que saisit ici la sagesse humaine ? Un soir lumineux ? Le soir ne finit pas en ébauchant le jour ; il n’enfante pas la lumière mais les ténèbres. Mais ici l’Auteur des éléments bouleverse l’ordre des éléments, pour que dans la résurrection du Seigneur, tu ne vois que du divin, et rien d’humain. À la résurrection du Christ, le soir est lumineux pour les fidèles, et le jour s’enténèbre pour les infidèles. Pour les disciples, la nuit est changée en jour ; pour les Juifs, le jour est converti en nuit. À partir de la sixième heure, les ténèbres couvrirent la terre entière jusqu’à la neuvième heure. De façon à ce que le jour se soit obscurci en plein midi, pour que s’accomplisse ce qui avait été écrit : Le soleil se couchera pour eux le midi. Il se couchera pour les Juifs, et aussi pour nous. La nuit sera illuminée comme le jour. Le soir qui sombre dans des ténèbres profondes, se magnifie et se sublime en lumière ; et de toute sa splendeur, il remplit les cœurs des mortels du Christ ressuscité des enfers. Le soir du sabbat. Parce que le Sabbat est ennobli par le Christ, non détruit. Je ne suis pas venu pour détruire la loi, mais pour la porter à sa perfection. Le sabbat est illuminé pour qu’il scintille le dimanche, pour que brille dans l’église ce qui dans la synagogue avait été assombri par les Juifs obscurantistes. Marie Madeleine vint et l’autre Marie visiter le sépulcre. Les femmes précèdent les apôtres dans le ministère, celles qui, par le sexe, viennent après les hommes, et selon la hiérarchie, après les disciples. Leur conduite ne rend pas les Apôtres moins zélés, puisque ce qu’elles ont apporté au sépulcre du Seigneur ce n’est pas la condition féminine, mais un type de l’Église. Marie et Marie, l’autre étant semblable à elle-même, et elle-même semblable à l’autre. L’autre Marie qui est la même c’est Marie, la mère du Christ. Un seul nom se dédouble en deux femmes, parce que, ici, l’Église qui vient de deux peuples, est une seule et même église figurée en deux peuples, i. e., les Gentils et les Juifs : parce que les premiers sont les derniers et les derniers les premiers. Marie vient au sépulcre, elle vient à l’utérus de la résurrection : elle vient à l’enfantement de la vie, pour que le Christ naisse de nouveau du sépulcre de la foi, Lui qui avait été engendré du ventre de la chair ; et que le sépulcre scellé rende à la vie éternelle Celui que la virginité scellée avait apporté à la vie présente. Si c’est un prodige inouï de la divinité d’avoir maintenu inviolée la virginité après l’enfantement, ce n’est pas un prodige moins étonnant d’être sorti avec un corps d’un sépulcre hermétique. Tu vois qu’elles étaient venues non pour s’enquérir du Seigneur mais du sépulcre. Elles ne cherchaient pas parmi les morts Celui qui était vivant, elles qui croyaient déjà que le Seigneur était ressuscité. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel, et s’avançant, renversa la pierre. Il a renversé la pierre non pour faciliter l’évasion de Jésus, mais pour montrer au monde que le Seigneur était déjà ressuscité. Pour donner à ses compagnons de service la foi suffisante pour croire, non pour aider le Seigneur à ressusciter. Il renverse la pierre. Est déroulé ( ou renversé ) en vue de la foi ce qui avait été enroulé en vue de la perfidie. Il renverse la pierre ( ou déroule ). Pour que le titre de la vie soit le même que celui qu’avait accepté de tenir le gardien de la mort. Priez mes frères pour que l’ange descende maintenant, et qu’il renverse toute la dureté de notre cœur ; qu’il défenestre nos sens et qu’il atteste à nos esprits que le Christ est ressuscité. Car comme le cœur est un ciel là où vit et règne le Christ, de la même façon il est un sépulcre là où le Christ est mort et enseveli. On croit que la mort du Christ a eu lieu mais qu’elle a passé outre, qu’elle est allée au-delà.. Le Christ homme a souffert, est mort et a été enseveli. Le Christ Dieu est, vit, règne, demeure et continue à être. Écoute l’Apôtre qui dit : Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant ainsi. Ce qui est mort au péché est mort une seule fois. Ce qui vit vit en Dieu. Ce qui veut dire que Dieu vit. Et s’avançant, il renversa la pierre et s’assit dessus. Il s’est assis pour enseigner la résurrection, non pour se reposer d’une fatigue. La nature céleste ignore la lassitude, ne connaît pas le labeur. Mais la pierre est devenue le siège d’une catéchèse évangélique, la chaire de la doctrine céleste, l’école de la vie, parce que les Juifs en avaient fait la porte de la mort, le service de la cendre, la tristesse du silence. Son aspect était comme l’éclair et ses vêtements étaient semblables à de la neige. La clarté du visage est distincte de la blancheur des vêtements, et la face est comparée à un éclair, tandis que le vêtement de l’ange est comparé à de la neige, parce que l’éclair vient du ciel et la neige de la terre. Écoute le Prophète qui dit : Louez de la terre le Seigneur feu, grêle et neige. Dans la face de l’ange donc, est conservée la clarté de la nature céleste ; dans le vêtement, est figurée la grâce de la communion avec l’humanité. Et l’aspect de l’ange qui parle est adouci pour que les yeux charnels supportent facilement la clarté tamisée des vêtements, et que dans l’éclat du visage ils craignent et révèrent le messager de l’Auteur. Les gardes tressaillirent d’effroi. Pourquoi sont-ils épouvantés ? Parce qu’ils Le gardaient avec le fanatisme de la cruauté plutôt qu’avec la déférence respectueuse de la piété. Il saccage, il détruit, mais ne peut pas demeurer stable celui que la conscience a détrôné et que le crime pousse à l’agitation. Voilà pourquoi l’ange culbute les impies, converse avec les pieux et les console. N’ayez pas peur, vous autres ! Ce qui veut dire : que les autres craignent ! Que ceux qui cherchent le Christ ne craignent pas, mais que craignent ceux qui Le persécutent ! Ne craignez pas vous autres, car je sais que le Jésus que vous cherchez est ressuscité. Il n’est point ici. Ce qui signifie : je suis venu pour vous instruire, vous, non pour exhumer Celui qui est le Créateur du monde et son Concepteur. Il n’est pas ici. Il est ressuscité comme Il l’a dit. Vous voyez que l’ange était venu pour que le serviteur confirme par des faits ce que le Seigneur avait prédit en paroles ; et pour qu’il enseigne qu’Il détient la clef de la vie et de la mort Celui qui avant sa mort, avait prédit sa résurrection. Car Celui qui pouvait savoir savait aussi se mettre en garde contre la mort ; mais Celui qui pouvait vaincre a méprisé la défaite, parce que la gloire du Ressuscité a enseveli l’ignominie du mourant. Nous traiterons de ce qui suit, mes frères, dans le sermon suivant, parce que la fatigue encore toute fraîche du voyage, que nous avons fait récemment, nous interdit de prolonger et de développer davantage ce sermon.
3.Dans le sermon précédent, nous avons dit que Marie et l’autre Marie ont été une figure de l’Église, qui provient de deux peuples. Voilà ce que nous voulons développer aujourd’hui dans ce qui suit, si vous avez l’amabilité de nous écouter attentivement. L’ange, répondant, dit : N’ayez pas peur, vous autres, car je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’a dit. Venez, voyez le lieu où avait été déposé le Seigneur. L’ange enseigne le nom, nomme la croix, parle de la passion, reconnaît la mort, mais il confesse bientôt après la résurrection ; sans tarder il confesse le Seigneur. En reconnaissant le Seigneur après tant de supplices, après le sépulcre, l’ange proclame sa servitude, et il convient que toute l’abjection de la passion est passée dans la gloire absolue de la résurrection. Pourquoi l’homme juge-t-il que Dieu s’est avili dans la chair, ou pourquoi pense-t-il que dans la passion Sa vertu a fait défaut ? Ou pourquoi croit-il que la Domination a été engloutie par la servitude ? L’ange fait bien de dire qu’Il a été crucifié, de montrer le lieu où Il avait été placé, pour qu’on ne croie pas que c’est un autre qui est ressuscité, et non Lui-même. En revenant dans la chair, le Christ rapporte les blessures, reprend les plaies des clous ; et les témoins de son cops qui furent présents à l’outrage de la passion, Il en fait des signes de sa résurrection. Pourquoi l’homme pense-t-il qu’il reviendra dans une autre chair et non dans la sienne ? Et pourquoi le serviteur dédaigne-t-il sa chair quand le Seigneur n’a pas changé la sienne ? Reconnais ô homme, que ce sera toi-même qui seras dans ta chair, de peur de ne plus être toi-même si tu ressuscitais dans une chair étrangère. L’ange a ajouté les paroles suivantes : Allez vite dire aux disciples que le Seigneur est ressuscité, et qu’Il vous précédera en Galilée. C’est là que vous le verrez. Ici, ce ne sont pas les femmes que l’ange envoie, mais l’église dans deux femmes. Il en envoie une seule pour qu’après avoir été envoyée, elle répande au long et au large la bonne nouvelle de la résurrection.
L’ange envoie ici l’épouse vers l’Époux, car en s’en allant, le Seigneur vient à leur rencontre et les salue en leur disant : Je vous salue. Il accourt, et Il ne les terrifie pas par sa puissance, mais les prévient par l’ardeur de sa charité. Il ne les trouble pas par son autorité, mais les salue en vertu de la loi de l’époux. Il ne les écrase pas sous le poids de ses droits de Dominateur, mais les honore avec la dilection d’un participant au même héritage. Il salue. Je vous salue. Il avait dit Lui-même à ses disciples : Vous ne saluerez personne en route. Et pourquoi ici, sur la route, accourt-Il en fête pour saluer ? Il ne s’attend pas à être reconnu, Il n’exige pas d’être compris. Il n’admet pas d’être interrogé, mais Il s’engage tout entier dans la salutation. Il y va avec ferveur, et par sa salutation, contredit-Il son propre commandement ? Il le contredit, oui, Il le contredit, car Il a remporté la victoire sur tout, et la force de Son amour déborde. On peut dire aussi que dans l’église le Christ se salue, parce qu’Il l’a fait sienne, et ainsi, c’est son propre cœur qu’Il reçoit dans son corps, selon le mot de l’Apôtre : Et Il est la tête du corps qui est l’église. Cette salutation elle-même montre avec évidence que ces femmes demeurent une figure de l’église, parce que le Christ a cherché à convaincre ses disciples qui doutaient de la résurrection. Il a confirmé les hésitants, les a rappelés à la foi en leur montrant son côté, les plaies des clous, et en mangeant avec eux. Il avait donc raison de les appeler petits et enfants, quand Il leur a dit : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Et ailleurs, il appelle femme Marie qui pleurait sur Lui comme sur un mort, et lui refuse la permission de Le toucher. Mais celles-ci, Il les trouve si parfaites, si croyantes, non effarouchées par la faiblesse de leur sexe, mais courant au mystère, recherchant le Seigneur de toute l’ardeur de leur foi, qu’Il se laisse aller à les saluer ainsi : Je vous salue. L’ange avait dit : Car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Et à celles qui Le cherchaient, le Christ a répondu : Je vous salue. À un autre endroit, Il n’a même pas donné à Marie l’autorisation de Le toucher. Ici, Il accorde la permission entière non seulement de le toucher, mais de le tenir : Elles s’avancèrent, et lui tinrent les pieds. Ces femmes tiennent les pieds du Christ, elles qui dans l’église tiennent le type de la prédication évangélique, et ont mérité de l’être par leur course. Et ainsi elles touchent dans la foi les vestiges de leur Sauveur pour qu’elles parviennent à tout l’honneur et à toute la gloire de la divinité. L’autre avait mérité d’entendre : Ne me touche pas, elle qui pleurait le Seigneur sur la terre, et qui Le cherchait mort dans le sépulcre, sans savoir qu’Il règne dans les cieux avec le Père. Ne me touche pas. Ne cherche pas à honorer par le toucher de la chair Celui que tu devrais n’atteindre que par le toucher de la foi. Et ne présume pas toucher uniquement comme homme sur la terre Celui que tu n’as pas encore le goût d’adorer comme Dieu dans le ciel. Que cesse ta préoccupation féminine, que tes soins féminins disparaissent, qu’une croyance virile monte dans ton cœur, que toute la capacité d’aimer de ton cœur désire mon ascension, pour que tu jouisses dans le ciel de la béatitude éternelle de mon toucher. Selon le mot du Prophète : Bienheureux l’homme qui reçoit de toi le secours. Il a préparé dans son cœur des ascensions. Celui qui n’est pas monté au ciel avec le Christ par la foi ne touche pas le Christ sur la terre. Le fait que la même Marie qui, établie maintenant au faîte de la foi, et élevée au sommet de l’Église, touche le Christ et le tienne de toute l’affection de la sainteté, est maintenant toute désespérée dans l’imbécillité de la chair et la faiblesse de la femme, et ne mérite pas de toucher son Auteur, tout cela ne nous cause aucun problème. Car l’une se rapporte à la figure, l’autre au sexe. L’une provient de la grâce divine, l’autre de la nature humaine. Car nous-mêmes, lorsque nous savons des choses divines, c’est un don de Dieu. Quand nous comprenons humainement, nous nous aveuglons nous-mêmes. C’est ainsi que le bienheureux Pierre connut le Christ quand il confessa le Fils de Dieu, le Père Le lui révélant. Quand il renia le Christ, il se ressentit de la cécité de la chair et en fut victime. Les Juifs achètent cher ou vendent en détail les biens d’autrui à un prix encore plus élevé, quand ils cherchent à monnayer les péchés, quand ils paient en argent comptant et récompensent les fautes, quand ils assoient solidement sur l’argent véreux ce qu’ils avaient ramassé par des crimes. C’est ainsi qu’ils se sont procuré Judas, traitre de son Seigneur, et qu’ils jaugèrent à prix d’argent la valeur du sang du Rédempteur du monde. C’est de cette façon que, pour le monde, ils ferment la foi du sépulcre ouvert. Pour que l’argent fasse du crime de la négation de la résurrection le crime des crimes. Ils donnèrent aux soldats une somme considérable d’argent en leur disant : dites que ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé pendant notre sommeil. Et si le procurateur en entend parler, nous le persuaderons et assurerons votre sécurité. Ayant reçu l’argent, ils firent comme on le leur avait dit. Et c’est cette interprétation qui s’est répandue chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui. Chez les Juifs. Chez les chrétiens aussi ? Judée, la vérité que tu as éclipsée en Judée avec ton or, a brillé et resplendi dans le monde entier par la foi. Les disciples ont reçu le Christ, ils ne l’ont pas dérobé. Tu as tramé la perfidie, mais tu n’as pas confisqué la vérité. Judée, le Christ est ressuscité, toi, tu as perdu la survie. Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. Judée, le Christ vit, et toi, tu t’es tuée toi-même, toi et ta descendance.
4. C’est un indice pleinement satisfaisant de parfaite dévotion qu’au temps de la passion, toute la création ait souffert avec son Créateur. Quelle chair n’a pas été ébranlée quand la terre a tremblé ? Quel esprit n’a pas été paralysé par l’effroi, quel savant n’a pas défailli quand le soleil s’est couché avant l’heure, quand la lumière du jour s’est enfuie ? Nos viscères à nous aussi, mes frères, ont reposé dans la tombe, notre cœur est mort avec Lui, notre sermon a été enseveli avec son Auteur, pour que, maintenant, il ressuscite à Sa plus grande gloire. Voilà la cause de mon silence, voilà la raison du pieux retard apporté à ce que je vous dois. Il ne faut pas s’étonner, mes frères, si, dans sa prévoyance, mon sermon, avec tout le respect de l’amour, a suivi son Libérateur jusque dans les enfers, parce que, sans cela, je n’aurais rien eu à vous rembourser à vous qui êtes de si grands et de si nombreux créanciers. Que si celui qui est chargé de recouvrer l’argent, en homme cupide et avide, se plaint du retard apporté au remboursement, qu’il cesse d’incriminer l’échéance, parce que la richesse de mon Seigneur haussera le taux d’intérêt, et paiera l’emprunt son poids d’or. Que nous absolve la large reconnaissance de la studieuse lecture évangélique, nous que la nécessité d’un tel devoir a réduits et conduits à cette dette envers vous.
Le soir du sabbat, qui devint lumineux à la première heure du sabbat. Quand le Seigneur est ressuscité, ce n’est pas seulement le droit de la nature humaine qui a été renversé, mais l’ordre de la création lui-même a été de façon spectaculaire, bouleversé. Le soir du sabbat qui est lumineux. Voici qu’à la résurrection du Christ, le soir ne s’enténèbre pas, mais émet de la lumière. Et ce qui avait coutume d’être le début de la nuit devint le prélude de la lumière. Le soir du sabbat qui brille à la première heure du sabbat. Comme la mortalité a été changée en immortalité, comme la corruption est devenue incorruptible, comme la chair s’est muée en Dieu, les ténèbres se sont métamorphosées en lumière. Pour que la nuit elle-même se réjouisse de ne pas avoir péri, mais d’avoir été transformée, elle qui a été privée plus de l’obscurité que du temps de la nuit, qui a été assez heureuse pour perdre l’esclavage de l’alternance nocturne, afin de progresser et de faire irruption vers la liberté de la lumière perpétuelle, au dire du Prophète : Et la nuit est mon illumination dans mes délices. Le soir qui brille à la première heure du sabbat. Le sabbat se réjouit d’être devenu secondaire, lui que la loi condamnait à la torpeur du loisir. Et par la primauté reconnue au jour du Seigneur, l’inertie de l’observance judaïque, qui rendait étrangère à la vertu salvifique, est merveilleusement poussée à accomplir les œuvres de la vertu divine, selon la parole du Seigneur : Il n’est pas permis le jour du Sabbat de travailler des champs, de porter secours aux affligés, de donner la vue aux aveugles, et la vie aux morts ? Et en restreignant aux seules méditations de la sainte loi l’emploi du jour du Sabbat donné par Dieu, ils ne faisaient que favoriser l’esclavage du ventre.
Marie Madeleine vint, et l’autre Marie. Une vint par un nom qu’on lit appartenir à des personnes différentes. Marie vint, et l’autre Marie. L’unité du nom symbolise une seule personne en deux personnes, et la diversité des personnes nous fait comprendre la mutation qu’a connue la femme. Elle vint, non elles vinrent. Et quand l’évangéliste parle d’une autre, dans l’une et l’autre il désigne la même, en un langage mystique, afin de démontrer que l’une est venue avant la foi et que l’autre reviendra après la foi. La femme est venue, mais Marie retourne. Elle vient celle qui a apporté la mort, elle revient celle qui a engendré la Vie. Adam vient, celui qui nous a conduits aux enfers, elle revient des enfers celle qui a reçu le Christ. Marie vint et l’autre Marie. Pourquoi ? Pour voir le sépulcre, non pour chercher le Seigneur. Seulement pour voir le sépulcre, l’épitaphe de son crime, la preuve de sa triste trahison, de sa présomption diabolique, le seau de sa quête bestiale présomptueuse avec le démon, pour récupérer la foi là où l’accablait l’opprobre perpétuel de sa prévarication.
Et voici que se fit un grand tremblement de terre. Si la terre a tremblé ainsi quand le Seigneur est ressuscité pour le pardon des siens, elle chancellera de la même façon quand le Seigneur se lèvera pour punir les méchants, au dire même du Prophète : La terre a tremblé et vacillé quand le Seigneur s’est relevé pour le jugement. Et qui n’a pas pu supporter la présence d’un ange, d’un compagnon de service, comment pourra-t-il supporter le Dieu Juge ? Voici que le salut est réparé aux même lieux où avait péri le salut humain. La première femme l’avait perdu dans la perfidie, l’autre la retrouvé dans la foi. Elle est la première à courir vers le Destructeur de la mort, celle qui avait été la première à courir vers l’auteur de la mort. Elle est la première à entendre parler l’ange celle qui avait été la première à converser avec le démon.
L’ange du Seigneur descendit du ciel, et s’avançant, renversa ( ou roula par en arrière ou déroula ) la pierre, puis s’assit sur elle. Il ne se comporta pas ainsi pour aider à la résurrection du Seigneur, mais pour la révéler. Le Seigneur avait dit : J’ai le pouvoir de déposer ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre. L’ange nous ouvre ce qui était fermé, il rend accessible ce qui était caché, mais il ne rend pas à lumière son Auteur qui n’était déjà plus dans le sépulcre. Et il amène à la foi de la résurrection ses compagnons de service qui étaient immobilisés dans l’obscurité du doute. Il témoigne lui-même, en disant : Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Il renversa la pierre, et s’assit sur elle. Pourquoi ne l’a-t-il pas roulée au lieu de la rouler par en arrière ( dérouler ) où de la renverser ? Pour que la pierre que la perfidie judaïque avait roulée par manière de disgrâce et de scandale, l’ange la déroule dans une vue de foi et de salut, selon le mot du Prophète : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement, une pierre de scandale. La pierre est donc roulée en arrière, pour qu’il déroule la mort, l’enroulé ( le serpent ) qui avait claustré la vie. Vous verrez votre vie suspendue devant vos yeux, et vous ne croirez pas.
Et il s’assit sur elle. Non pour se reposer de sa fatigue, mais pour montrer que c’est lui qui préside sur le sépulcre sacré et vivifiant. Et le ministre d’un devoir céleste déclarait par le moyen d’une telle session que la mort avait été détruite. Et le répondant témoignait, de sa chaire de vérité, que c’était Dieu qui avait souffert, que Celui qui avait eu comme réceptacle les misères de notre corps était de condition divine, était Dieu. À quoi bon en dire davantage, mes frères ? Il s’assoie, parce qu’aucun ange ne s’est jamais éloigné d’un si vénérable sépulcre. Les gardes tremblaient de peur, et devinrent comme morts. La terreur qui a abattu des criminels leur fait bientôt reprendre conscience. Si ce sont des innocents qui se réveillent, c’étaient des injustes et des impies que possédaient la terreur et la mort. Son aspect était comme celui de l’éclair, et ses vêtements étaient semblables à de la neige. Que vient faire le vêtement là il n’y a pas de nudité ? À quoi bon un linge là où il n’y a pas de nécessité de se couvrir ? Mais l’ange, mes frères, préfigure ainsi notre condition, notre forme, note ressemblance au moment de la résurrection, quand sera restitué à l’homme tout l’éclat de son corps. C’est le Seigneur qui le dit : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
L’ange répondant dit aux femmes : N’ayez pas peur, vous autres. Je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Elles cherchaient encore Celui qui avait été crucifié et qui était mort, dont la tempête sauvage de la passion avait troublé la foi. Et le poids de la tentation les avait tellement courbées qu’elles continuaient à demander au sépulcre le Seigneur du ciel. Il n’est pas ici. Selon Sa capacité de demeurer dans un lieu. Car il est ici du fait même qu’Il est partout, et qu’Il n’est pas renfermé par des murs. Venez voir le lieu où avait été posé le Seigneur. L’ange invite les femmes à venir voir, pour que le lieu du corps sacré purifie les yeux que l’aspect de l’arbre interdit avait maculés, quand le démon les avait fermés. Elles entrent dans le sépulcre, pour que leur foi ensevelie avec le Seigneur ressuscite toute entière pour le salut éternel. Si nous avons été plantés avec Lui à la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi à la ressemblance de sa résurrection. Dites, en vous en allant, à ses disciples : Maintenant que tu es guérie, femme, retourne à l’homme, et persuade-le de la foi, toi qui lui a infusé la perfidie. Rapporte à l’homme la preuve de la résurrection du Seigneur toi qui t’étais constituée conseillère de la tentation et de la ruine.
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In Revue COMMUNIO (janvier février 1990).
Réception à l'Académie française en 2009.
Claude Dagens, né en 1940. Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de l'université, ancien élève de l'Ecole française de Rome, docteur en théologie et es-lettres. Prêtre en 1970. Professeur au Séminaire interdiocésain de Bordeaux et doyen de la Faculté de Théologie de l'Institut catholique de Toulouse jusqu'en 1987. Depuis, évêque auxiliaire de Poitiers. Publications : Éloge de notre faiblesse, Editions Ouvrières. Paris. 1971 ; Culture et expérience chrétienne, Études augustiniennes. Paris 1977, L'homme renouvelé par Dieu, DDB, Paris. 1978 ; — Le Maître de l'impossible, « Communio », Fayard, Paris, 1982 et 1988. Cofondateur et membre du comité de rédaction de Communio en français. Ce texte reprend la seconde partie d'une conférence faite au Centre théologique de Poitiers le 12 décembre 1988, dans le cadre d'une série consacrée à un commentaire du Credo.
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La foi chrétienne ose affirmer que la mort n'est pas définitive, mais que l'homme, dans sa totalité corporelle et et spirituelle, est promis par Dieu à la résurrection. Cette foi en la résurrection peut paraître scandaleuse, inacceptable ou imaginaire. Comme pour les premiers auditeurs de Jésus, notamment les Sadducéens, ou pour les philosophes d'Athènes qui ne peuvent pas admettre que le corps, cette « prison de l'âme », accède au monde de Dieu. Nous nous trouvons ainsi devant un double défi et une double question : comment justifier cette foi en la résurrection ? Quels en sont les fondements ? Et d'autre part, comment la comprendre ? Quel en est le contenu et quelles en sont les implications pour notre corps ?
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I. Foi en la résurrection de la chair : pourquoi
1. La prédication de Jésus
Première raison : elle fait partie de la « foi catholique reçue des apôtres » et se rattache à la prédication de Jésus lui-même. Affronté à l'énigme de la résurrection, avec l'histoire de la femme mariée sept fois ( Luc 20, 27-40 ), le Christ affirme qu'il existe une logique de la résurrection, différente de la logique de ce monde, une logique de vie absolue à cause de Dieu qui « n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants » ( Marc 12, 27 ). Jésus sera encore plus explicite, en liant l'Eucharistie et la résurrection future : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » ( Jean 6, 54 ). Notre foi en la résurrection est donc inséparable de notre foi en Jésus et d'une foi qui concerne nos corps actuels, puisqu'elle passe par le « manger » et le « boire ».
Ce réalisme de la foi et de l'espérance implique toute une conception de l'homme : l'homme selon Dieu est une totalité organique, corps et âme, âme incarnée et corps animé. Toute l'anthropologie de l'Ancien et du Nouveau Testaments exclut le dualisme. Et il ne s'agit pas seulement d'une option philosophique. Il s'agit de la foi en Dieu. Il s'agit de comprendre et d'accepter que Dieu soit libre de se saisir de toute la réalité de l'homme pour la conduire à une existence, où tout recevra son sens ultime. L'homme que Dieu crée et appelle à la vie nouvelle dans le Christ, c'est l'homme tout entier, à la fois corps et âme. Refuser la résurrection de la chair, c'est mettre en doute la liberté qu'a Dieu de « faire toutes choses nouvelles ».
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2. La tentation gnostique
Mais au point de vue de l'histoire, il faut bien constater que cette foi en la résurrection de la chair, c'est-à-dire de I'homme dans sa totalité, a toujours exigé un combat. Depuis les premiers siècles jusqu'à l'époque moderne, l'Église doit lutter contre toutes les formes de dissociation entre l'âme et le corps : elle doit défendre la dignité du corps de l'homme et, dans ce but, elle doit s'opposer à toutes les philosophies et à toutes les pratiques qui tendent à dévaluer ou à mépriser le corps.
Durant les premiers siècles et jusqu'au Moyen-Âge, avec l'hérésie cathare, l'Église s'est opposée farouchement à ce que l'on appelle la gnose, ou les gnoses, celles de Marcion, de Valentin ou de Mani. La gnose se présente comme un savoir, une connaissance quasi scientifique, qui explique la genèse du monde sur la base d'un dualisme absolu. En réalité, il existe deux Dieux : d'une part un Dieu inférieur, un Démiurge qui est le Dieu de la Création. Mais ce Dieu est un dieu impuissant, dominé par les forces du mal, de sorte que la création est un échec, un système en état de dégradation permanente. Or la matière et le corps appartiennent à la création : ils sont donc radicalement viciés, corrompus. Le salut pour l'homme consistera à s'arracher à ce monde des corps. C'est ainsi qu'apparaît un second Dieu, un Dieu bon, qui est l'ennemi du premier, du Dieu de la création et qui vient révéler à des hommes choisis le chemin du salut. La gnose devient ici morale mystique du salut spirituel : la révélation gnostique s'adresse à des initiés, à des élus, réunis dans des groupes plus ou moins sectaires. Pour être sauvés, il faut s'arracher au monde des corps, pour rejoindre le Royaume de la lumière. Et cela demande toute une initiation, une ascèse, avec à la fois un régime alimentaire ( il y a des aliments lumineux et des aliments obscurs ) et une liturgie, une espèce de vie sacramentelle ( les cathares insisteront beaucoup sur cette initiation supérieure ). Mais dans le cas de ce dualisme absolu, le corps humain appartient au monde inférieur de la création : il n'est qu'un déchet, un résidu, une forme dégradée de la matière. La vie avec Dieu passe par le rejet du corps.
De sorte que l'on constate, dans les groupes gnostiques, à la fois une très forte exigence ascétique et une réelle anarchie sexuelle. Mais cela peut se comprendre, puisque le corps humain n'est qu'une guenille, un revêtement extérieur ou une « prison de l'âme ». Il est sans valeur. On peut donc se permettre aussi bien de le traiter comme un esclave par l'ascèse ou de le livrer à toutes les manipulations possibles par la débauche. Ascèse ou débauche procèdent du même mépris radical du corps, considéré au mieux comme un instrument docile, au pire comme un handicap insupportable pour l'âme.
Si l'Église des premiers siècles a affirmé avec tant de netteté « J'attends la résurrection de la chair », c'est qu'elle avait compris la menace énorme que constituait la gnose pour la foi et pour le sens chrétien de l'homme : Irénée de Lyon, face aux gnostiques de Valentin ou de Marcion, consacrera un livre entier de son Adversus haereses à démontrer que c'est l'homme tout entier, tel qu'il est sorti des mains de Dieu, qui est appelé à la résurrection. Cette résurrection de la chair, expliquera-t-il, se situe dans le sillage de l'acte créateur du Père ; et, en même temps, elle prolonge l'Incarnation du Verbe qui s'achève dans la Résurrection du Christ.
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3. Les formes contemporaines de la gnose
On pourrait facilement montrer que la tentation gnostique existe sous d'autres formes à notre époque moderne. Mais les éléments constitutifs sont toujours présents. On trouve en effet d'un côté une dissociation, non plus exactement entre l'âme et le
corps, mais entre le domaine de la matière pure, livrée au hasard et à la nécessité, et le domaine de l'esprit pur où règnent à la fois la rationalité intelligente et la liberté. Cette dissociation est à l'arrière-plan de la technique et notamment de certaines techniques médicales. On observe, d'autre part, un refus plus ou moins conscient de la création : ce monde serait au fond un échec. Il engendre guerres et catastrophes. Il ne peut pas venir d'un Dieu bon. L'homme est donc acculé à être son propre sauveur. Ce monde ne vient pas de Dieu : il est tout entier le monde de l'homme, offert aux manipulations des hommes. Mais qui fixera les limites de ces manipulations ? De sorte que le corps humain est, à la fois, adoré, exalté ( cf. la publicité ) et méprisé, traité comme un objet de manipulations, en fonction des lois de la biologie, de l'économie et de la politique.
L'Église est donc appelée à mener un nouveau combat pour défendre la dignité absolue du corps humain, parce que le corps fait partie de la totalité de l'homme comme créature de Dieu, et qu'il est promis à la vie éternelle. René Rémond écrivait récemment, à propos de la torture, que si les chrétiens, avec d'autres, luttent contre toutes les formes d'avilissement physique, c'est parce qu'ils croient à la valeur irréductible du corps humain. Et de même, quand nous défendons l'embryon humain dans le ventre de sa mère ou la vie des vieillards dont les corps sont estropiés, déformés, exténués par l'âge ou la maladie, c'est le même combat que nous menons : nous voulons affirmer que le corps humain a un prix infini, parce qu'il n'est pas un objet, mais qu'il est lié à l'identité unique de chaque homme. Chaque être humain, avec son corps et jamais sans son corps, vient de Dieu et est promis à la vie éternelle, à travers ce que la foi appelle la résurrection. Imaginer des réincarnations successives, c'est refuser ce caractère unique de chaque personne.
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Que signifie la résurrection de la chair ?
Il faut maintenant rendre compte de cette foi en la résurrection de la chair ( ou des morts ). Comment comprendre que l'homme soit appelé à une vie nouvelle avec Dieu, une vie ressuscitée ? En n'oubliant pas que « l'homme », cela signifie : tout homme et tout l'homme : chaque humain avec son caractère unique, avec sa dignité personnelle irremplaçable ; et, en même temps, l'homme comme totalité, corps et âme, l'homme avec sa figure corporelle et sa réalité spirituelle. Comment Dieu est-il capable de renouveler l'homme, par delà la mort, l'homme dans toutes ses dimensions, tout homme et tout l'homme, et aussi toute l'humanité ? C'est à cette même question que l'apôtre Paul était confronté par les chrétiens de Corinthe ( 1 Corinthiens 15, 35-41 ). Le contenu de notre réponse ne sera pas différent de la sienne.
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1. La corporéité : accès au mystère du corps humain
Il faut parler du corps, ou plutôt de la corporéité, accepter d'abord des formes multiples de corporéité, et accéder ainsi au mystère du corps humain. Saint Paul parle de « chair ». Je parlerai plutôt de « corporéité », pour dire simplement que les formes corporelles n'ont pas toutes le même rapport à l'univers. Autre la corporéité d'un rocher, qui adhère à la terre et, par lui même, est immobile. Autre la corporéité d'un arbre, qui vient d'une semence enfouie dans la terre qu'il prolonge en s'élevant dans l'espace, en vivant, en se développant, en donnant des fruits. Autre est la corporéité d'un animal, poisson, oiseau ou bête sauvage, qui donne des signes de sa vitalité, à la fois par le mouvement et par le déploiement de ses instincts de vie. Avec l'être humain et sa station droite ( cerveau libéré, bras tendus en avant ), on accède à un degré supérieur de corporéité : le corps de l'homme n'est pas seulement soumis à des lois mécaniques et biologiques. Il est façonné du dedans par l'esprit : le visage peut alors révéler ou masquer ce travail intérieur de l'esprit. Les artistes le savent ou les peintres d'icône — le visage d'un homme ou d'une femme, même très âgé, est comme porteur d'une espèce de transcendance ; il est comme aux confins du corps et de l'âme.
Mais il y a plus que cela : il y a comme un mystère du corps humain, qui ne se réduit pas à ses contours anatomiques et à ses fonctions biologiques. Le corps d'un être humain est porteur d'une histoire, faite de multiples figures liées à l'enfance, à l'adolescence, à l'âge adulte, à la vieillesse. Tous les événements de notre histoire : maladies et blessures de la vie, et aussi amour et amitié, joies et luttes, tout cela est inscrit dans notre corporéité. Notre corps de chair n'est pas seulement structure, mais histoire. Croire en la résurrection de la chair, c'est croire que le Dieu vivant peut ressaisir non seulement notre structure corporelle d'homme, mais notre histoire humaine qui porte la marque du temps et qui est passée par notre corps.
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2. Le passage au corps ressuscité
Il faut ici relire l'apôtre Paul et accepter qu'un seuil décisif, quasi infini soit franchi : le seuil, pour ne pas dire l'abîme, qui sépare ce que Paul appelle le « corps physique » et le « corps spirituel ». À l'origine de tout, il y a Jésus ressuscité, avec son corps humain crucifié et glorifié. Le principe indépassable de notre résurrection, c'est la Résurrection de Jésus, avec ce qu'elle a d'unique. Quelle est donc cette vie nouvelle qui rayonne dans la personne de Jésus ressuscité ?
C'est d'abord la vie de quelqu'un qui ne mourra plus. Jésus ressuscité n'est pas Lazare ressuscité. Il n'est ni réincarné ni simplement revenu à la vie mortelle. Le Christ ressuscité ne meurt plus. Il est vivant d'une vie qui est au-delà du monde physique et historique, d'une vie « spirituelle ». Et cette vie « spirituelle » passe par son corps d'homme que l'on qualifie de « corps spirituel » au plein sens du mot. Spirituel, c'est-à-dire totalement animé par l'Esprit de Dieu qui fait toutes choses nouvelles. Le corps spirituel du Seigneur est libre par rapport aux conditions de l'espace et du temps. La Bible parle alors de la « gloire » du Christ, et de son « corps glorieux », anticipé dans l'événement de la Transfiguration, c'est-à-dire totalement transparent à la lumière de l'Amour. Ce n'est pas un phénomène physique, c'est une nouvelle relation à Dieu : l'énergie de l'amour, qui animait Jésus dans sa mort physique, anime désormais toute sa personne de Fils. Enfin, le Christ ressuscité est le nouvel Adam. Sa Résurrection inaugure une création nouvelle. Il est le « premier-né d'entre les morts », l'homme céleste après l'homme terrestre. Et Jésus ressuscité commence une autre genèse du monde. À partir de Lui, on peut parler d'une « dynamique de résurrection » qui vient traverser et transformer notre monde actuel, le « monde ancien », encore marqué par la destruction et la mort.
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3. La « dynamique de résurrection » qui vient du Christ
Il nous reste à comprendre comment agit en nous, jusque dans nos corps, cette « dynamique de résurrection » qui vient du Christ. Car, de même que la mort est présente au cœur de nos vies, de même la Résurrection du Seigneur se communique à tous au cœur même de nos vies, avec ce qui les blesse ou même les détruit. Ici, il nous faut faire apparaître l'action de l'Esprit Saint : c'est lui qui nous donne de participer à la Pâque du Christ. Par la foi qui nous tourne vers le Seigneur, et par les sacrements, notamment le Baptême et l'Eucharistie, qui, chacun à sa manière, nous font entrer dans ce processus mystérieux de mort et de résurrection.
Et si l'on parle de « corps spirituel », il faut bien s'entendre : l'Esprit Saint ne viendra pas reconstituer nos corps de chair, mais il les fera accéder à un mode nouveau d'existence, à une condition spirituelle. De même que l'homme existe dans sa condition humaine, chamelle, terrestre, Dieu lui donne d'exister à partir du Christ, dans une condition nouvelle, spirituelle, céleste, qui est comme une nouvelle naissance. Mais il ne faut pas oublier la source de cette dynamique de résurrection. Ce n'est pas une affaire de physique surnaturelle, c'est une affaire de vie et de mort, plus exactement d'amour vivant plus fort que la vie et que la mort. Ce qui forme en notre humanité mortelle le Royaume de la Résurrection, c'est l'amour reçu du Dieu vivant, à travers la croix du Christ ; c'est l'amour donné et l'amour reçu à travers nos vies humaines destinées à la mort, mais promises à entrer dans l'éternité de Dieu. Et ce chemin de résurrection passe par notre histoire actuelle.
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achèvement du monde en Dieu
La foi chrétienne va très loin : quand elle prophétise la « vie du monde à venir », elle ne promet pas seulement un achèvement de l'homme en Dieu, mais un achèvement en Dieu du monde tout entier, cosmos et histoire. C'est l'univers dans sa totalité qui est appelé à entrer dans l'éternité de Dieu, à devenir Royaume de Dieu, « cieux nouveaux et terre nouvelle ». Comment penser cette transfiguration totale du cosmos ?
Il faut ici revenir à Paul et au chapitre 8 de sa Lettre aux Romains. Il y a comme une Pâque de l'univers, qui a la forme d'un enfantement : à l'intérieur du monde actuel, avec toutes ses blessures et toutes ses espérances, se constitue laborieusement la figure du monde nouveau, où la liberté de Dieu sera plus forte que tout. Le monde présent est comme la matrice du monde à venir. Mais une telle espérance n'est pas du tout un rêve ou une utopie. Elle est un engagement, parce qu'elle constitue une interprétation du monde actuel et de l'histoire actuelle. L'eschatologie chrétienne comporte une théologie de l'histoire : les chrétiens peuvent lire et vivre l'histoire du monde, avec tous les hommes, comme l'histoire du dialogue permanent de Dieu avec les hommes et des hommes entre eux et avec Dieu, une histoire du Salut.
Ce qui comporte au moins trois convictions fondamentales.
1. L'homme, acteur libre de son histoire
C'est l'homme, avec sa liberté, qui est l'acteur de son histoire. Mais l'homme historique, c'est Adam pécheur : libre d'accepter ou de refuser le don de Dieu. De sorte que l'histoire demeure le lieu d'un affrontement des libertés humaines : non pas conflit entre les forces du Bien et les forces du Mal, mais affrontement en chaque homme et en chaque société humaine, entre ce qu'Augustin appelle la « Cité des hommes pécheurs » et la « Cité de Dieu ». L'histoire ne peut pas ne pas être une « permixtio » inextricable : mélange de bon grain et d'ivraie, de progrès et de régression, d'actes de dévouement et d'actes de barbarie. Les chrétiens sont appelés à accepter cette ambivalence radicale du temps de l'histoire en attendant le « Jour du Seigneur ».
2. La fin de l'histoire
Les chrétiens ont été avertis par le Christ lui-même : il y aura une fin de l'histoire et un achèvement du monde. Cet achèvement ne viendra pas du développement naturel du temps et de l'histoire, mais d'un acte de Dieu par une venue du Christ. Cet achèvement passera par un jugement du monde, un jugement dernier, dont le critère est rigoureusement personnel : « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire… » ( Matthieu 25, 31-46 ). Il s'agira pour chacun d'être reconnu par le Christ et d'être jugé par lui selon la norme absolue de l'Amour ou du refus d'aimer et d'être aimé.
Mais qui peut juger pour les autres ? Qui peut dire qu'il existe des êtres humains qui sont restés enfermés pour toujours dans le refus absolu de l'amour qui crée et sauve notre monde ?
Comme l'a écrit Hans-Urs von Balthasar dans son dernier livre, nous pouvons « espérer pour tous ». Certes, l'enfer, le Royaume du refus existe. Mais le Maître de l'enfer, c'est le Seigneur, et il est lui-même « descendu aux enfers ».
3. Un horizon qui n'est pas si lointain
Enfin, cet achèvement du monde n'est pas seulement un horizon lointain. Il nous est donné de l'anticiper dans la foi, dans la vie et dans la prière chrétiennes. Entrer dans l'éternité de Dieu, ce n'est pas seulement pour demain ou pour après demain. C'est pour aujourd'hui. Car la « vie éternelle, c'est de te connaître, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » ( Jean 17, 1 ). L'accès à la vie éternelle passe donc par notre foi d'aujourd'hui.
Et aussi : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour » ( Jean 6, 54 ). L'accès à la vie éternelle passe donc par notre communion sacramentelle, eucharistique, au Seigneur. La destinée de l'homme est donc intimement liée à l'action du Christ, et le Christ vient entraîner le monde vers le Père, pour une Pâque éternelle qui sera louange de gloire, repas de noce, plénitude de joie.
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Je me permettrai, pour finir, d'évoquer une femme qui n'est certes pas une mère de l’Église : elle s'appelait Simone de Beauvoir. Dans ses mémoires de jeune femme vivant l'époque exaltante de la Libération, une époque où l'on a cru parfois que tout était possible, la liberté, la fraternité, la paix entre les peuples, après avoir exprimé avec passion et intelligence son amour du monde et de la vie sous toutes ses formes ( aventures amoureuses, combats politiques, émotions esthétiques ), elle conclut avec une brutalité terrible : « Rien jamais de tout cela ne ressuscitera... » ( La force des choses, Paris, 1963, p. 686 ).
Si nous tenons ferme dans l'espérance, nous pouvons parler autrement et dire à peu près ceci : tout ce que nous aurons vécu dans l'amour donné et dans l'amour reçu, à travers notre relation au Christ, parfois très laborieusement, dans la souffrance et l'obscurité, parfois aussi dans la confiance et la joie, tout cela passe à travers notre vie, notre corps, notre histoire et notre mort ; tout cela est promis à une transfiguration avec le Christ. Comment cela se fera-t-il ? Nous ne pouvons pas le dire, car cela dépasse notre raison et notre imagination. Mais tout cela sera ressaisi par Jésus le Fils, quand il remettra toutes choses au Père et que « le dernier ennemi qui sera détruit, ce sera la mort » ( 1 Corinthiens 15, 22-27 ). Si bien que nous pouvons dire, comme les croyants des premiers siècles : « Maranatha : viens, Seigneur ! ».
Mgr Claude Dagens
Pélerinage diocésain à Lourdes.
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