Le père Matteo, notre curé.

Horaires du 26 avril au 3 mai.
Horaires du 19 au 25 avril.
Chers paroissiens,
C’est avec une grande joie que je vous invite à vivre une journée exceptionnelle de ressourcement et de partage.
Le 31 mai prochain, notre communauté prendra le chemin d’Ars pour son pèlerinage paroissial.
Ce pèlerinage n'est pas réservé à quelques-uns : il est ouvert à tous, sans exception d'âge. Que vous soyez seul, en famille, jeune ou aîné, votre présence est essentielle pour faire de ce moment un véritable témoignage de notre vitalité paroissiale.
Cette année, nous cheminerons autour d'un thème porteur de sens :
« Action de grâce pour les curés de la paroisse de Saint-Bruno »
Exprimons notre gratitude pour ceux qui guident et guideront notre communauté et confier leur ministère au Seigneur.
Pourquoi Venir ?
Prier ensemble : Nous nous retrouverons au pied de la châsse du Saint Curé d'Ars pour lui présenter nos intentions personnelles et communautaires.
Vivre la Fraternité : Un temps privilégié pour briser l'isolement, discuter et renforcer les liens qui nous unissent.
Se Ressourcer : Profiter du cadre paisible d'Ars pour une pause spirituelle nécessaire dans nos vies bien remplies.
Mon souhait le plus cher est que nous soyons nombreux pour porter ensemble cette prière et vivre ce temps de joie fraternelle.
Inscrivez-vous dès maintenant
Venez, le Saint Curé nous attend !
Père Matteo
ÉgliseSaint-Bruno-les-Chartreux

Le maître autel de l'église.

Le baldaquin.

Saint Bruno.

Le baptistère.

L'autel de la Vierge.

Saint Matthieu.

Saint Marc.

Saint Luc.

Saint Jean.

Sanctus Spiritus

Gloria in excelsis

Vers la Jérusalem céleste.

OEUVRES COMPLÈTES sous la Direction DE M. JEANNIN, Saint-Dizier, tome neuvième et tome dixième, homélies sur les deux Épître aux Corinthiens, sur l'Épître aux Romains, sur l'Épître aux Éphésiens et sur l'Épître aux Galates. BAR-LE-DUC, L. GUÉR1N ÉDITEURS, 1806.
Je suis le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. — comme mon père me connaît, je connais mon père : et je donne ma vie pour mes brebis. ( Vers. 14, 15, jusqu'au vers. 21. )
1. C'est une grande tâche que la garde de l'Église, une tâche qui requiert beaucoup de sagesse et un courage tel que celui dont parle Jésus-Christ, tel qu'on donne sa vie pour ses brebis, que jamais on ne les abandonne, qu'on soit ferme et qu'on résiste courageusement au loup. C'est là en quoi le pasteur diffère du mercenaire. Celui-ci s'inquiète peu de ses brebis, et n'a de vigilance que pour ses propres intérêts ; mais l'autre s'oublie soi-même, et veille uniquement au salut de son troupeau.
393-394
Jésus-Christ donc, après avoir caractérisé le pasteur, parle de deux autres sortes de gens qui nuisent au troupeau : du voleur, qui ne cherche qu'à ravir les brebis, qu'à les égorger, et de celui qui ne les perd pas lui-même, mais qui ne repousse pas le voleur et ne le chasse pas. Par celui-là il désigne Théodas ; dans la personne de celui-ci il flétrit les docteurs des Juifs, qui ne prenaient aucun intérêt au troupeau qui leur avait été confié : c'est de quoi longtemps auparavant Ezéchiel leur avait fait des reproches, en leur disant : « Malheur aux pasteurs d'Israël ! Ne se paissent-ils pas eux-mêmes ? les pasteurs ne paissent-ils pas leurs troupeaux » ( Ezéch. 24, 2 ) ? Mais les pasteurs d'Israël faisaient le contraire, ce qui est d'une extrême méchanceté et la source de tous les autres malheurs. Voilà pourquoi le prophète dit : Ils ne ramènent pas au troupeau les brebis qui se sont égarées ; celles qui se sont perdues, ils ne les cherchent pas ; ils ne bandent point les plaies de celles qui se sont blessées ; ils ne travaillent point à fortifier et à guérir celles qui sont faibles et malades, parce qu'ils se paissent eux-mêmes, et non leur troupeau ( Ezéch. 34, 4 ).
Saint Paul déclare la même chose en d'autres termes : « Tous cherchent », dit-il, « leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ » ( Philip. 2, 21 ) ; et encore : « Que personne ne cherche sa propre satisfaction, mais le bien des autres » ( 1 Cor. 10, 24 ). Jésus-Christ se sépare de ces deux sortes de pasteurs, de ceux qui s'ingèrent dans ce ministère pour la ruine du troupeau, quand il dit : « Pour moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie, et qu'elles l'aient abondamment ( 10 ) » ; et de ceux qui ne se soucient pas que les loups ravissent les brebis, en ne les abandonnant point, et donnant, au contraire, sa vie pour leur salut. Lorsque les Juifs cherchaient à le faire mourir, il n'a point cessé de prêcher et d'instruire, il n'a point abandonné ses disciples ; mais il est demeuré ferme et il a voulu souffrir la mort. C'est pourquoi partout il dit : « Je suis le bon pasteur ».
Ensuite, comme on ne voyait point encore de preuve de ce qu'il avançait ( car ce ne fut que quelque temps après que cette parole : « Je donne ma vie », eut son accomplissement, et celle-ci : « Afin qu'elles nient la vie, et « qu'elles l'aient abondamment », ne devait l'avoir qu'après sa mort ) ; que fait-il ? Il confirme une des choses par l'autre : en donnant sa propre vie, il prouve qu'il donne aussi la vie, et c'est là ce que saint Paul nous apprend ; car il dit : « Si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison étant maintenant réconciliés avec lui, nous serons sauvés » ( Rom. 5, 10 ). Et encore ailleurs : « S'il n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré à la mort pour nous tous, que ne nous donnera-t-il point après nous l'avoir donné » ( Rom. 8, 3-2 ) ?
Mais maintenant, comment les Juifs ne font-ils pas des reproches à Jésus, et ne lui disent-ils pas comme auparavant : « Vous vous rendez témoignage à vous-même », ainsi votre « témoignage n'est point véritable » ( Jean 8, 13 ) ? C'est parce qu'il les avait souvent obligés de se taire, et que les miracles qu'il avait faits lui donnaient plus de liberté vis-à-vis d'eux.
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Après cela, ayant dit ci-dessus : « Les brebis entendent sa voix, et le suivent » ; de peur que quelqu'un ne demandât : et en quoi cela importe-t-il à ceux qui ne croient point ? faites attention à ce qu'il ajoute : « Et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent ». L'apôtre l'a aussi déclaré de même : « Dieu n'a point rejeté son peuple qu'il a connu dans sa prescience » ( Rom. 11, 2 ). Et Moïse : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui » ( Nomb. 16, 5 ; 70 et 11 ; Tim. 2, 19 ). Je parle de ceux, dit Jésus-Christ, que j'ai connus dans ma prescience. Et pour vous empêcher de croire que le degré de connaissance soit égal, observez avec quel soin il corrige, par ce qui suit, la fausse idée qu'on s'en pourrait former : « Je connais mes brebis », dit-il, « et mes brebis me connaissent » : mais ces connaissances, savoir, la mienne et celle des brebis, ne sont point égales. Et où y a-t-il égalité de connaissance ? Dans mon Père et dans moi, car : « Comme mon Père me connaît, je connais mon Pere ( 15 ) ». En effet, si le Sauveur n'avait pas voulu prouver cela, pourquoi aurait-il ajouté ce qui suit immédiatement ? Comme il se confond souvent dans la foule, de peur qu'on ne pensât qu'il connaissait son Père seulement à la manière d'un homme, il a ajouté : « Comme mon Père me connaît, je connais mon Père ». Je le connais aussi parfaitement qu'il me connaît lui-même. Voilà pourquoi il disait : « Nul ne connaît qui est le Fils, que le Père ; ni qui est le Père, que le Fils » : marquant par là une connaissance qui lui est propre et particulière, et telle que nul autre n'y peut atteindre.
« Je donne ma vie ». Jésus-Christ le répète souvent, pour montrer qu'il n'est pas un imposteur, puisque saint Paul, pour faire voir qu'il est un docteur et un maître véritable, et pour confondre les faux prophètes, se prévaut des périls et des supplices qu'il a bravés, en disant : « J'ai plus reçu de coups, je me suis souvent vu tout près de la mort » ( 2 Cor. 11, 23 ). Jésus-Christ ayant dit : Je suis la lumière, je suis la vie, des insensés l'auraient pu regarder comme un homme vain qui ne parlait que pour s'élever au-dessus des autres ; mais en disant : je veux mourir, il ne s'attirait l'envie de personne. C'est aussi pour cela que les Juifs maintenant ne lui disent pas : « Vous vous rendez témoignage à vous-même », ainsi votre témoignage n'est point véritable ». Par cette parole, il montrait son infinie sollicitude, lui qui voulait se livrer à la mort pour ceux mêmes qui le lapidaient.
2. C'est pourquoi le divin Sauveur en vient à parler, fort à propos, des gentils : « J'ai encore d'autres brebis », dit-il, « qui ne sont pas de cette bergerie : il faut aussi que je les amène ( 16 ) ». « Il faut » : Jésus-Christ se sert de ce terme, non pour marquer une nécessité, mais pour montrer que ce qu'il promet arrivera infailliblement ; c'est comme s'il disait : Pourquoi vous étonner de ce que ces hommes soient prêts à me suivre, de ce que mes brebis écoutent ma voix ? Lorsque vous en verrez d'autres encore me suivre et écouter ma voix, alors il y aura lieu de vous étonner davantage. Mais s'il dit : « Qui ne sont pas de cette bergerie », ne vous troublez pas : la différence n'est que dans la loi, selon ces mots de saint Paul : « Ce n'est rien d'être circoncis, et ce n'est rien d'être incirconcis » ( 1 Cor. 7, 19 ). « Et il faut que je les amène ». Jésus-christ déclare que les unes et les autres sont toutes dispersées et mêlées ensemble, n'ayant point de pasteur, parce que le bon pasteur n'est pas encore venu. Après quoi il annonce qu'elles seront toutes unies : « Et il n'y aura qu'un troupeau ». Cette union, saint Paul l'a aussi marquée, en disant : « Afin de former en soi-même un seul homme nouveau de ces deux peuples » ( Ephés. 2, 15 ).
« C'est pour cela que mon Père m'aime, parce que je quitte ma vie pour la reprendre ( 17 ) ». Est-il rien de plus humble que cette parole ? c'est à cause de nous, c'est en mourant pour nous que le Seigneur doit se faire aimer. Quoi donc ! dites-moi, mon cher auditeur, auparavant Jésus-Christ n'était-il point aimé ? est-ce d'aujourd'hui que son Père commence à l'aimer ? avons-nous été le principe et le lien de cet amour ? Réfléchissez-vous bien sur la manière dont le Sauveur se proportionne à notre faiblesse ? Par ces paroles, que veut-il donc prouver ? Comme les Juifs lui faisaient ces reproches : qu'il était étranger au Père et un imposteur, qu'il était venu pour notre malheur et notre ruine, il dit : S'il n'est rien en vous qui ait pu me porter à vous aimer, ceci du moins m'y a engagé ; c'est que vous êtes aimés de mon Père comme je le suis moi-même, et que la raison de cet amour, c'est que je meurs pour vous. De plus, il veut nous faire voir qu'il ne va point à la mort malgré lui ; car s'il ne mourait pas volontairement et parce qu'il le veut bien, comment sa mort serait-elle un lien d'amour ? Il veut nous montrer encore que c'est là principalement la volonté de son Père. Au reste, si ce que le Sauveur dit ici, il le dit dans le langage d'un homme, ne vous en étonnez pas : nous vous en avons souvent expliqué la raison, et il serait ennuyeux et inutile de la répéter.
« Je quitte ma vie, et je la reprendrai de nouveau. Et personne ne me la ravit, mais c'est de moi-même que je la quitte ; j'ai le « pouvoir de la quitter, et j'ai le pouvoir de la reprendre ( 18 ) ». Comme les princes des prêtres, et les anciens du peuple avaient souvent tenu conseil pour trouver moyen de le faire mourir ( Matth. 26, 3, 4 ), Jésus leur dit : À défaut de mon consentement, vos peines sont inutiles ; et il confirme le fait le plus éloigné par le plus prochain, à savoir : la résurrection par sa mort toute volontaire, et c'est là ce qui est étonnant et digne de notre admiration : car ces deux choses sont également nouvelles et extraordinaires.
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Soyons donc bien attentifs à ce que dit Jésus-Christ : « J'ai le pouvoir de quitter ma vie ». Et qui ne l'a pas ce pouvoir de quitter sa vie ? Chacun peut se tuer ; mais ce n'est pas de la sorte qu'il l'entend. Et comment l'entend-il ? J'ai tellement le pouvoir de quitter ma vie, que personne ne me la peut ravir malgré moi, et si je ne le veux. Or, il n'en est pas ainsi des hommes. Nous n'avons le pouvoir de quitter la vie qu'en nous tuant nous-mêmes. Mais si nous tombons dans une embuscade et à la merci d'assassins, nous n'avons plus alors le pouvoir de quitter ou de ne pas quitter la vie, mais ces assassins nous tuent malgré nous. Il en est tout autrement de Jésus-Christ ; quoiqu'on lui dressât des embûches, il avait le pouvoir de ne pas quitter la vie.
Le Sauveur donc ayant dit : « Personne ne me la ravit », a ajouté : « J'ai le pouvoir de quitter ma vie » ; c'est-à-dire, moi seul, je puis la quitter ; pouvoir que vous n'avez point : et en effet, plusieurs peuvent nous ôter la vie. Mais il n'a point dit cela au commencement, parce qu'on ne l'aurait pas cru. Maintenant que les faits qui s'étaient passés lui servaient de témoignage et de preuve, comme on lui avait souvent dressé des embûches, vainement et sans pouvoir le prendre, car très souvent il s'était échappé des mains des Juifs, il pouvait dire désormais : « Personne ne me la ravit ». Or, s'il en est ainsi, il s'ensuit qu'il s'est volontairement livré à la mort ; et de là résulte la preuve qu'il a le pouvoir de reprendre la vie lorsqu'il le voudra. En effet, si une telle mort est au-dessus de la nature humaine, ne doutez point du reste : puisqu'il est seul le maître de quitter la vie, il la reprendra en vertu du même pouvoir, quand il le voudra. Remarquez-vous comment, par l'une de ces choses il prouve l'autre ? comment, par la manière dont il meurt, il rend sa résurrection indubitable ?
« J'ai reçu ce commandement de mon Père ». Quel commandement ? de mourir pour le monde. A-t-il attendu, pour en prendre la résolution, que son Père lui en ait fait le commandement ? ne s'y est-il déterminé qu'alors, et a-t-il eu besoin d'apprendre la volonté de son Père ? Et quel est l'homme assez fou, assez insensé pour parler de la sorte ? Mais comme en disant ci-dessus : « C'est pour cela que mon Père m'aime », il montre une volonté libre, et il écarte tout soupçon d'antagonisme ; ici de même, quand il dit qu'il a reçu le commandement de son Père, il ne veut dire autre chose, sinon que ce qu'il fait est agréable à son Père ; afin qu'ensuite les Juifs, après l'avoir fait mourir, ne crussent pas que son Père l'avait abandonné et livré à la mort, et ne lui fissent pas ce reproche qu'ils lui firent en effet : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même » ( Matth. 27, 42 ) ; et : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix » ( Ibid. 40 ). Mais c'est justement parce qu'il est le Fils de Dieu qu'il n'en descend pas.
3. Et de peur qu'entendant ces paroles : « J'ai reçu ce commandement de mon Père », vous ne pensiez que cette œuvre n'était pas volontaire, et que Jésus mourait malgré lui, il a dit auparavant : « Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis », par où il montre que les brebis lui appartiennent, que l'œuvre qu'il fait est entièrement à lui et qu'il n'a pas besoin de commandement. S'il lui avait fallu un commandement, pour quelle raison aurait-il dit : « C'est de moi-même que je la quitte ( 18 ) ? » En effet, celui qui quitte la vie de soi-même, n'a pas besoin de commandement. Et même la raison pour laquelle il la quitte, il la déclare. Quelle est-elle ? c'est qu'il est Pasteur, et le bon Pasteur. Or, le bon Pasteur n'a pas besoin qu'un autre l'exhorte à donner sa vie pour le salut de ses brebis. Que si, à l'égard des hommes, une pareille exhortation n'est pas nécessaire, à plus forte raison ne l'est-elle point à l'égard d'un Dieu. C'est pourquoi saint Paul disait de lui : « Il s'est anéanti lui-même » ( Philip. 2, 4 ). Jésus-Christ donc, en cet endroit, par ce mot : « Commandement », ne veut marquer autre chose que son union parfaite avec le Père. Que s'il s'exprime en des termes si humains et si humbles, il faut s'en prendre à la faiblesse et à la grossièreté de ses auditeurs.
396-397
« Ce discours excita donc une division parmi les Juifs ( 19 ). Les uns disaient : il est possédé du démon, il a perdu le sens : pourquoi l'écoutez-vous ( 20 ) ? » Mais les autres disaient : « Ce ne sont pas là des paroles d'un homme possédé du démon. Le démon peut-il ouvrir les yeux d'un aveugle ( 21 ) ? » Ce que disait le Sauveur étant plus qu'humain, tout extraordinaire et bien au-dessus du langage des hommes, pour cette raison les Juifs le disaient possédé du démon, et ils l'ont déjà quatre fois appelé de ce nom. Ils avaient dit auparavant : « Vous êtes possédé du démon. Qui est-ce qui cherche à vous faire mourir » ( Jean, 3. 20 ) ? Et derechef : « N'avons-nous pas eu raison de dire que vous êtes un samaritain, et que vous êtes possédé du démon » ( Ibid. 8, 48 ) ? Et ici : « Il est possédé du démon, il a a perdu le sens : pourquoi l'écoutez-vous ? » Mais ce n'est pas seulement quatre fois, c'est bien souvent que Jésus-Christ a dû s'entendre qualifier de possédé. Ces paroles seules : N'avons-nous pas eu raison de dire que vous êtes possédé du démon ? montrent évidemment que ce n'est pas deux ou trois fois qu'ils l'ont injurié de la sorte, mais fort souvent.
« Les autres disaient », dit l'évangéliste, « ce ne sont pas là des paroles d'un homme possédé du démon. Le démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles ? » Ceux-ci ne pouvaient pas imposer silence aux autres par les paroles mêmes que Jésus-Christ avait dites ; ils le font au moyen de ses œuvres. Sûrement, ses paroles mêmes ne sont pas celles d'un homme possédé du démon ; mais si vous ne voulez pas croire ni obéir à ses paroles, laissez-vous persuader par ses œuvres. Si ses actions ne peuvent provenir d'un homme possédé du démon, et si au contraire elles sont plus qu'humaines, il est visible qu'elles viennent d'une vertu divine. Remarquez-vous la force de cet argument ? Car, d'une part il était visible qu'ils ne disaient : « Il est possédé du démon », que parce que ses paroles étaient au-dessus de l'homme ; et de l'autre Jésus-Christ aussi a fait évidemment connaître, par les œuvres qu'il a faites, qu'il n'était point possédé du démon.
Que répondit donc Jésus-Christ à ces injures ? Il ne fit aucune réponse. Auparavant il leur avait répondu : « Je ne suis point possédé du démon ». Mais maintenant il ne dit mot : leur ayant donné, par ses œuvres mêmes, une preuve sensible qu'il n'était point possédé du démon, il garda le silence. Ils n'étaient pas dignes de réponse, puisqu'ils le disaient possédé, pour des œuvres qu'il fallait admirer, et qui devaient les persuader de sa divinité. Mais qu'était-il besoin qu'il les réfutât, quand ils étaient divisés et se réfutaient mutuellement ? Il demeurait donc dans le silence, et souffrait tout avec beaucoup de tranquillité, non pour cette raison seulement, mais encore pour nous former à la douceur et à la patience.
4. Imitons donc Jésus-Christ : car il ne s'est pas borné à garder alors le silence, mais aujourd'hui, si on l'interroge, il répond, et il donne des marques et des signes visibles de sa providence. Des hommes qu'il avait comblés de mille bienfaits, à qui il avait fait du bien, non une ou deux fois, mais plusieurs, l'ont appelé démoniaque et insensé, et non seulement il ne s'est point vengé, mais encore il n'a point cessé de leur faire du bien. Et que dis-je, de leur faire du bien ? Il donne sa vie pour eux, et il prie son Père pour ceux qui l'ont crucifié. Ces exemples, que nous donne le divin Sauveur, suivons-les donc aussi nous-mêmes, car c'est véritablement être disciple de Jésus-Christ que d'être doux et patient.
Mais par où parviendrons-nous à cette douceur ? En repassant souvent nos péchés dans notre mémoire, en les pleurant avec amertume. L'âme qui vit dans cette tristesse, qui est pénétrée de la douleur de ses péchés, ne se met point en colère et ne s'offense de rien. Où est le deuil, là il ne peut y avoir de colère ; où est la douleur, là il n'y a nul emportement ; où est la componction de cœur, il n'y a ni dissensions ni querelles. Un cœur triste et affligé n'a point le temps ni la force de s'irriter, mais il jettera de profonds soupirs, il répandra des larmes amères.
Je sais que plusieurs de mes auditeurs rient de ce que je dis ; mais moi, je ne cesserai point de déplorer le malheur de ceux qui rient. La vie présente est une vie de pleurs, de larmes et de gémissements. En effet, nous faisons bien des péchés par nos paroles et par nos actions. Or, ceux qui commettent ces péchés tomberont dans l'enfer, dans un fleuve ardent, dans un gouffre plein de feu, et perdront le royaume des cieux : ce qui est le plus grand et le plus terrible de tous les malheurs. Après une telle menace, dites-le-moi, mon cher auditeur, riez-vous encore, pouvez-vous vivre dans les délices, et votre Seigneur étant en colère contre vous, et vous menaçant dans sa fureur, demeurerez-vous dans votre péché ? Par cette conduite ne craindrez-vous pas d'attiser vous-même le feu de la fournaise où vous allez être jeté ? N'entendez-vous pas la voix de Jésus-Christ, qui vous crie tous les jours : « Vous m'avez vu avoir faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; vous m'avez vu avoir soif, et vous ne m'avez pas donné à boire. Retirez-vous de moi, allez au feu qui avait été préparé pour le diable et pour ses anges » ( Matth. 25, 42 ) ? Oui, tous les jours Jésus-Christ vous fait cette menace.
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Mais je lui ai donné à manger ? direz-vous. Quand et combien de fois ? Dix ou vingt ? Mais cela ne lui suffit pas, vous lui devez donner à manger pendant tout le temps que vous êtes sur la terre. Car les vierges ont eu de l'huile, mais non pas autant qu'il leur en fallait pour leur salut : elles allumèrent, elles aussi, leurs lampes, et néanmoins elles furent exclues des noces ( Matth. 25 ), comme de juste, car leurs lampes s'éteignirent avant l'arrivée de l'époux. Voilà pourquoi il nous est nécessaire d'avoir une bonne provision d'huile, et de donner libéralement aux pauvres. Écoutez ce que dit le prophète : « Ayez pitié de moi, mon Dieu, selon votre grande miséricorde » ( Ps. 50, 1 ). Ayons donc autant de pitié de nos frères que notre miséricorde peut s'étendre. Tels nous aurons été envers nos compagnons, tel sera aussi le Seigneur envers nous.
Mais en quoi consiste la grande miséricorde ? à donner non seulement de notre superflu, mais aussi de notre nécessaire. Que si nous ne donnons même pas de notre superflu, quelle espérance nous restera-t-il ? Par où, par quels moyens nous délivrerons-nous des maux qui nous menacent ? Où irons-nous, à qui recourrons nous pour obtenir notre salut ? Si les vierges, après tant de travaux et de sueurs, n'ont trouvé, aucune consolation ni protection, où sera notre refuge, lorsque notre Juge nous dira d'une voix menaçante ces terribles paroles : « J'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger » ( Matth. 25, 45 ) ? Vous avez manqué à me rendre ces services, toutes les fois que vous avez manqué à les rendre à l'un de ces plus petits. Le Seigneur ne dit pas cela seulement de ses disciples ou des moines, mais encore de tous les fidèles, quels qu'ils soient. Car tout fidèle, fût-il esclave ou mendiant, dès lors qu'il croit en Dieu, a droit de participer à tous nos biens et à toute notre bienveillance. Si, lorsqu'il est nu ou qu'il a faim, nous le négligeons, nous nous entendrons dire ces foudroyantes paroles : « Retirez-vous, allez au feu ». Et sûrement ce sera justice.
En effet, qu'est-ce que le Seigneur exige de nous de pénible et d'onéreux ? ou plutôt est-il rien de plus facile que ce qu'il demande de nous ? Il n'a point dit : J'étais malade et vous ne m'avez pas guéri, mais : vous ne m'avez pas visité. Il n'a point dit : J'étais en prison et vous ne m'en avez pas retiré, mais : vous ne m'êtes pas venu voir. Plus ces commandements sont faciles, plus seront grands les supplices infligés à ceux qui ne les auront point observés. En effet, je vous prie, est-il rien de plus facile que d'aller voir les prisonniers ? Qu'y a-t-il de plus aisé et de plus doux ? Quand vous les verrez les uns dans les fers, les autres sordides, avec de grands cheveux épars, couverts de haillons ; d'autres exténués de faim, accourir à vos pieds comme des chiens ; d'autres ayant le dos tout déchiré, d'autres que l'on ramène de la place liés et garrottés ; passant le jour à mendier, sans pouvoir gagner même le pain qui leur est nécessaire pour subsister, et le soir contraints par leurs geôliers à des offices si pénibles et si cruels ; quand vous verrez tout ce triste spectacle, eussiez-vous le cœur plus dur que les cailloux, vous le quitterez plein d'humanité ; quand vous mèneriez une vie molle et voluptueuse, vous deviendrez un parfait philosophe, parce que, dans les calamités d'autrui, vous verrez, vous apprendrez à connaître la misérable condition de la vie humaine. C'est alors que le jour terrible du Seigneur, que les différents supplices qui sont préparés pour les méchants, se présenteront à votre esprit ; méditant ensuite sur tous ces objets, vous chasserez de votre cœur la colère, la volupté, l'amour des choses du siècle ; et votre âme deviendra plus tranquille que le port le plus calme et le plus assuré. Vous philosopherez, vous raisonnerez sur ce jugement ; repassant en vous-même ce que vous aurez vu, vous direz : si parmi les hommes il y a un si grand ordre, des menaces si terribles, des châtiments si affreux, combien plus redoutable encore doit être la justice de Dieu ! « Car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu » ( Rom. 13 ). Celui qui a commis aux princes et aux puissances la garde et la sûreté des lois, y veillera sans doute, et les fera lui-même bien mieux observer.
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5. Effectivement, si la crainte ne retenait les hommes, tout sans doute, tout tomberait bientôt dans le désordre, puisqu'il en est plusieurs qui se portent au mal, malgré tant de supplices qui les menacent. Si vous philosophez, si vous méditez sur ces choses, vous serez plus disposés et plus prompts à faire l'aumône, vous jouirez d'un grand plaisir, et beaucoup plus grand que si vous veniez du théâtre. Ceux qui en sortent ont le cœur embrasé du feu de la concupiscence : après avoir vu sur la scène, non sans recevoir mille blessures, toutes ces femmes sans mœurs, ils seront plus troublés qu'une mer agitée de la tempête, tant que les regards de ces prostituées, leurs habillements, leurs paroles, leur manière de marcher, et le reste occuperont leur imagination. Mais ceux qui sortent de ces autres spectacles, n'éprouveront rien de pareil, ou plutôt ils jouiront d'une grande paix et d'une grande tranquillité. La tristesse qu'inspire la vue de ces malheureux qui sont dans les fers, éteint entièrement tous les feux de la concupiscence. Si celui qui sort de la prison vient à rencontrer une femme débauchée, cette rencontre sera sans péril. Son âme, comme si elle était devenue indomptable, ne se laissera point prendre à ces sortes de filets, ayant devant les yeux la crainte des jugements de Dieu, qui la préservera du coup mortel des regards de cette malheureuse. Voilà pourquoi celui qui avait éprouvé toutes sortes de voluptés disait : « Il vaut mieux aller à une maison de deuil qu'à une maison de ris » ( Ecclés. 7, 3 ). Celui qui aura pratiqué en ce monde la philosophie que je vous prêche maintenant, s'entendra dire en l'autre les paroles les plus consolantes.
Ne négligeons donc pas, mes chers frères, cette bonne œuvre. Quand même nous ne pourrions rien porter à manger aux prisonniers, ni soulager leur détresse avec de l'argent, nous pourrons du moins les consoler par nos paroles, relever leur âme abattue, les assister en bien d'autres choses ; soit en parlant pour eux à ceux qui les ont fait mettre en prison ; soit en rendant les geôliers plus doux et plus compatissants ; à cela nous ne saurions manquer de faire un bénéfice, petit ou grand. Peut-être vous direz : Il n'y a là ni honnête homme, ni gens de bien ; mais ce sont tous des meurtriers, des assassins, des sacriléges qui ont été fouiller dans les sépulcres, des voleurs, des adultères, des impudiques et des gens coupables de beaucoup de crimes : ah ! ce que vous me répondez-là prouve la nécessité de visiter ces malheureux. Le Seigneur ne nous commande pas d'assister les bons et de punir les méchants, mais d'avoir de l'humanité généralement pour tous, et de répandre sur tous nos charités. En effet, il dit : « Soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » ( Matth. 5, 45 ).
Ne faites donc pas aux autres de trop rudes réprimandes, et ne soyez pas un juge trop sévère, mais montrez-vous doux et humain. Nous-mêmes, quoique nous ne soyons pas des adultères, de ceux qui portent des mains sacriléges sur les sépulcres, ni des voleurs, nous sommes coupables de bien d'autres fautes qui sont dignes de mille supplices : ou nous avons appelé fou notre frère, et par là nous avons mérité le feu de l'enfer ( Matth. 5, 28 ) ; ou nous avons regardé des femmes avec un mauvais désir, et c'est là un véritable adultère ; ou ce qui est le plus grave et le plus énorme de tous les crimes, nous avons participé indignement aux saints mystères, et nous nous sommes rendus coupables du corps et du sang de Jésus-Christ ( 1 Cor. 11, 27 ). N'examinons donc pas à la rigueur ce que font les autres, mais pensons à ce que nous avons fait nous-mêmes ; et de cette sorte nous réprimerons cet esprit d'inhumanité et de cruauté, qui nous éloigne des prisons.
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Mais en outre, on peut dire que nous trouverons dans les prisons beaucoup de gens de bien, et qui valent mieux quelquefois que tous leurs concitoyens ensemble. La prison où était Joseph renfermait bien des méchants ( Gen. 39, 20 ) ; néanmoins ce juste avait soin de tous les prisonniers, et il était confondu avec eux, sans que l'on sût qui il était. Bien que son mérite l'égalât à l'Égypte entière, il était pourtant enfermé dans une prison, et personne ne le connaissait. Maintenant aussi il est vraisemblable qu'il y a dans les prisons beaucoup d'hommes vertueux et honnêtes, quoiqu'ils ne soient pas connus de tout le monde ; le soin que vous aurez de ceux-ci vous dédommagera pleinement des bons offices que vous rendrez aux autres. Mais quand même il ne s'y trouverait pas un seul homme de bien, une grande récompense ne vous serait pas moins réservée. Certes, votre Seigneur ne parlait pas seulement aux justes, ne rejetait pas les pécheurs ; il reçut avec beaucoup de bonté la Chananéenne et l'impure Samaritaine ; il reçut et guérit aussi une autre femme débauchée, ce dont les Juifs lui firent des reproches ; et il souffrit que ses pieds fussent lavés des larmes d'une femme impudique, pour nous apprendre à traiter humainement les pécheurs : car en cela consiste par excellence la charité. Que dites-vous ? Des voleurs et des misérables, qui ont porté leurs mains sacriléges dans les sépulcres, remplissent la prison ? Mais, je vous prie, les habitants de cette ville sont-ils tous justes ? Ne s'y en trouvera-t-il pas plusieurs qui sont plus méchants que ceux qui sont en prison, et qui volent avec plus d'impudence ? Ceux-là cherchent au moins les lieux écartés et les ténèbres, attendent la nuit et se cachent pour faire leur coup : mais ceux-ci, quittant le masque, commettent le crime à visage découvert, sont violents, emportés, avares, et ravissent effrontément le bien d'autrui. Ah ! qu'il est rare de trouver un homme juste et innocent !
6. Que si nous ne ravissons pas de grosses sommes d'argent, ou bien encore tel ou tel nombre d'arpents de terre ; ces mêmes vols, nous faisons tout ce que nous pouvons pour les faire adroitement et furtivement dans les petites choses. Lorsque, dans notre commerce, soit en achetant, soit en vendant, nous faisons tous nos efforts et nous employons toutes les ruses et tous les artifices imaginables pour tromper et ne pas donner la juste valeur, ou surfaire le prix, n'est-ce pas là un vol et une rapine ? N'est-ce pas là un brigandage ? Et ne me venez pas dire que vous n'avez point volé de maisons ni d'esclaves. L'injustice ne se mesure pas sur le prix de la chose qu'on a volée, mais sur la volonté de celui qui vole. La justice et l'injustice ont la même balance et se montrent également dans les grandes et dans les petites choses ; et j'appelle un voleur, tant celui qui, coupant la bourse, emporte l'or, que celui qui, en achetant, retient quelque chose du prix convenu ; et je dis abatteur de murailles, non seulement celui qui passe à travers pour voler quelque chose au dedans, mais encore celui qui, violant le droit, fait tort à son prochain. Ce que nous avons fait, ne l'oublions donc pas, pour nous établir ensuite juge des autres ; et lorsque l'occasion se présente d'exercer l'humanité et la charité, n'allons point rechercher le vice et l'injustice, mais ce que nous avons été autrefois ; et par la devenons enfin doux et miséricordieux.
En quel état étions-nous donc ? Écoutez saint Paul, il va nous l'apprendre : « Nous étions aussi nous-mêmes autrefois désobéissants, insensés, égarés » du chemin de la vérité, « asservis à une infinité de passions et de voluptés, dignes d'être haïs, et nous haïssant les uns les autres » ( Tit. 3, 3 ) ; et encore : « Par la naissance naturelle, nous étions enfants de colère » ( Ephés. 2, 3 ). Mais Dieu nous voyant avec compassion comme des prisonniers qui sont détenus dans une prison et chargés de grosses chaînes, beaucoup plus rudes et plus pesantes que des chaînes de fer, n'a pas rougi de nous venir visiter : il est entré dans notre prison, nous en a tirés, quoique nous fussions dignes de mille supplices ; nous a amenés dans son royaume ( Col. 1, 13 ) et nous a rendus plus brillants que le ciel ; afin que nous aussi, selon notre pouvoir, nous fassions la même chose pour nos frères. Quand Jésus-Christ dit à ses disciples : « Si je vous ai lavé les pieds, moi qui suis votre Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné l'exemple, afin que, pensant à ce que je vous ai fait, vous fassiez aussi de même » ( Jean 13, 14 ). Il ne nous commande pas seulement de nous laver les pieds mutuellement, mais encore d'imiter toutes les autres choses qu'il a faites pour nous.
Celui qui est en prison est un homicide ? Ne nous abstenons pas pour cela de faire une bonne action. C'est un misérable qui a fouillé dans les sépulcres, ou un adultère ? N'ayons pas pitié du péché, mais de la misère du pécheur. Mais souvent, comme j'ai dit, il se trouvera, dans ce lieu, quelqu'un qui vaudra des milliers d'hommes ; et si vous allez souvent voir les prisonniers, ce gibier-là ne vous échappera point. Comme Abraham, qui recevait généralement tous les étrangers, rencontra des anges ; nous, de même, nous rencontrerons de grands hommes, si nous allons souvent dans la prison. Mais s'il m'est permis de vous dire une chose qui vous surprendra et vous étonnera, c'est que celui qui reçoit dans sa maison un grand un homme considérable, n'est pas digne de si grandes louanges que celui qui y reçoit un malheureux et un misérable, parce que celui-là porte avec soi de quoi se faire bien recevoir, je veux dire sa condition, sa dignité ; mais un pauvre misérable, que tout le monde rebute et méprise, n'a qu'un seul port, qu'un seul asile, savoir : la pitié, la compassion de celui qui veut bien le recevoir ; de sorte qu'il n'y a pas de charité plus pure que celle-là. Celui qui rend des services à un homme illustre et célèbre, le fait souvent par ostentation ; mais celui qui reçoit un homme abject et méprisable, ne le fait que pour accomplir le commandement du Seigneur.
400-401
C'est pourquoi, si nous faisons un festin, il nous est ordonné d'y inviter les boiteux et les aveugles ( Luc, 14, 1 ) ; si nous faisons l'aumône, il nous est ordonné de la faire aux plus petits et aux plus abjects ; car Jésus-Christ dit : « Autant de fois que vous l'avez fait à l'égard d'un de ces plus petits, c'est à moi-même que vous l'avez fait ( Matth. 25, 40 ) ». Puis donc que nous savons qu'il y a dans la prison un trésor caché, entrons-y souvent, établissons-y notre commerce, et l'inclination que nous avons pour le théâtre, tournons-la de ce côté. Si vous n'avez que votre personne à apporter aux prisonniers, donnez-leur des paroles de consolation. Dieu ne récompense pas seulement celui qui nourrit les prisonniers, mais encore celui qui les va visiter. En effet, si, entrant dans la prison, vous encouragez ces pauvres malheureux, si vous fortifiez leur âme abattue et plongée dans la crainte et dans la tristesse, en leur faisant de bonnes exhortations, en les assistant et leur promettant du secours et vos bons offices, en les instruisant, vous n'en recevrez pas une légère récompense. Plusieurs de ceux qui nagent dans les délices riront peut-être s'ils vous entendent parler de la sorte ; mais ces infortunés qui sont dans la misère, touchés et pénétrés de leur état, écouteront vos paroles avec beaucoup de douceur et de modestie ; ils vous loueront, ils s'amenderont et deviendront meilleurs. Souvent les Juifs ont ri et se sont moqués de saint Paul en l'entendant prêcher ; mais les prisonniers l'écoutaient dans un grand silence. Rien ne dispose mieux l'esprit à la philosophie que la misère, les épreuves, les afflictions.
Faisons donc attention, mes chers frères, à toutes ces choses : considérons tout le bien que nous procurerons à ces pauvres prisonniers et celui que nous nous ferons à nous-mêmes, si nous allons souvent les visiter ; si le temps que nous employons mal à propos sur la place publique et à des visites inutiles, nous le leur donnons pour les ramener à leur devoir, les gagner à Jésus-Christ et nous procurer à nous-mêmes une grande joie. Travaillons ainsi pour la gloire de Dieu, nous obtiendrons les biens éternels, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel et avec lequel gloire soit au Père et au Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
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Œuvres complètes de saint Jean Chrysostome traduites sous la Direction de M. JEANNIN, Tom 8 et 9, Homélies sur les Actes des Apôtres, BAR-LE-DUC, L. GUÉR1N & Cie, Éditeurs, 1806.
122.
Le discours si sage que saint Pierre prononça alors devant tous les Juifs, fit bien voir que lui et les autres Apôtres n'avaient nullement l'esprit troublé par le vin. Il parla aux Juifs avec toute la douceur et la condescendance possibles, mais sans les flatter, attribuant le reproche qu'ils faisaient aux Apôtres, plutôt à leur ignorance qu'à leur malignité. Et il ne s'arrêta pas même beaucoup sur ce reproche, que l'air sérieux dont il leur parlait détruisait assez. Mais il en prit occasion de leur faire voir que ce qu'ils attribuaient au vin, était l'opération du Saint-Esprit, et l'accomplissement de ce qui avait autrefois été prédit par Joël, en quoi il imitait Jésus-Christ qui a souvent allégué l'autorité des prophètes comme une preuve moins sujette à la calomnnie que ses miracles mêmes.
Saint Pierre s'acquérait par là l'autorité dont il avait besoin pour rendre témoignage à la vérité ; et en même temps il disposait ses auditeurs à la rechercher, par les malheurs qui devaient bientôt arriver, selon les paroles du prophète Joël, et dont ceux-là seuls seraient exempts qui invoqueraient le nom du Seigneur, avec la pureté de vie, la disposition, et la confiance nécessaire. C'est pourquoi ils commencent aussitôt après à leur représenter la faute qu'ils avaient faite de crucifier leur Sauveur. Mais il diminue cette faute autant qu'il faut, afin qu'ils eussent moins de peine à la reconnaître, et qu'ils écoutassent plus volontiers tout ce qu'il avait à leur dire. Il ne parle même encore de Jésus-Christ que comme d'un homme, sans rien dire de sa divinité. Car si ce que l'on dit n'est utile, quelque véritable qu'il soit, c'est en vain qu'on le dit. Mais il parle comme d'un homme envoyé et autorisé de Dieu, ce qu'on ne peut croire sans croire aussi qu'il est Dieu, puisqu'il a dit : et il ne s'agissait ici que de donner les premières instructions aux Juifs, et non pas de les admettre au baptême.
123.
Il passe ensuite à la résurrection de Jésus-Christ ; et pour rendre cet article capital de notre foi moins incroyable, il fait voir qu'il a été prophétisé par David, en la personne duquel cette prophétie n'ayant pas été accomplie, il était aisé d'en inférer qu'elle se devait entendre du Christ qui devait naître de lui. Enfin il dit ouvertement que c'est lui qui leur a envoyé le Saint-Esprit : il fait voir par les paroles du psaume, qu'il était le Seigneur de David, assis à la droite du Père, et que tous ses ennemis devaient être assis à ses pieds. Et il conclut par ces paroles : « Que toute le maison d'Israël sache donc certainement, que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. »
Voilà le discours que fit saint Pierre en présence de tout ce peuple, plein d'ennemis qui ne cherchaient qu'à le faire mourir, lui qui deux mois auparavant avait tremblé à la parole d'une servante. Cette générosité dans un homme de la condition la plus basse et qui n'avait jamais étudié, était une preuve convaincante de la puissance du Saint-Esprit, et de la vérité de la Résurrection du Sauveur. « Nous aurions nous-mêmes part à cette force, dit saint Chrysostome, et l'ardeur du Saint-Esprit nous rendrait tout facile, si nous étions dignes de le recevoir, et si nous l'attirions en nous comme les Apôtres, par notre assiduité à l'oraison, et par notre charité envers nos frères.
Il fit ce discours dans le logis même où il venait de recevoir le Saint-Esprit, qui pouvait répondre sur quelque place capable de contenir cette foule de personnes qui l'écoutaient. Il le fit au nom des autres Apôtres, qui parlaient tous par sa bouche, et qui l'autorisaient par leur présence. Car il ne fallait pas qu'ils parlassent tous.
On ne voit dans ce discours de saint Pierre que l'esprit d'un père et d'un maître plein d'affection pour ceux qu'il instruit. Il ne les irrite pas, parce que la colère leur eut obscurci l'esprit et les eut rendus plus incapables de reconnaître la vérité. Au lieu de s'amuser à le vouloir convaincre de leur faute, il les excuse : et c'était le vrai moyen de les porter se condamner eux-mêmes : car l'homme est porté naturellement à contredire. C'est la manière la plus propre de parler même aux grands pécheurs.
123-124.
En effet cette douceur de saint Pierre les toucha davantage que n'eût pu faire un discours plus véhément, qui souvent irrite et endurcit le cœur au lieu de le pénétrer. Ils en furent convaincus, et même convertis. Le crime qu'ils n'avaient point senti en le commettant, parce qu'ils ne le connaissaient pas, commença à leur percer le cœur comme une épine, et à les remplir de douleur. Et plus cette plaie était profonde dans leur cœur, plus ils eurent d'ardeur à en chercher le médecin et le remède. Ils dirent donc aussitôt aux Apôtres : Mes frères, que feront nous donc ? reconnaissant par ces paroles, qu'ils se voyaient en un danger dont ils ne pouvaient sortir que par leur secours, et qu'ainsi ils s'abandonnaient entre leurs mains, comme des malades entre les mains d'un médecin. Ils étaient troublés et confus d'avoir fait mourir l'auteur de la vie ; et ce trouble les ayant humiliés, ils eurent recours aux Apôtres, pour apprendre d'eux quel pouvait être le remède d'un si grand crime.
Saint Pierre prit encore la parole pour tous les Apôtres, exhorta les Juifs à faire pénitence, à recevoir le baptême, ce qui comprenait toutes les dispositions nécessaires à ce sacrement, soit pour la foi, soit pour les mœurs ; et leur promit qu'ils obtiendraient par ce moyen non seulement le pardon de leurs péchés, mais même le don du Saint-Esprit. Il les instruisit par plusieurs autres discours, afint qu'il sussent non seulement ce qu'ils devaient croire, mais aussi de quelle manière ils devaient vivre, et il leur dit particulièrement cette parole remarquable, sauvez-vous de cette race corrompue, c'est-à-dire, Quittez toutes les actions qui viennent de la concupiscence, et de la corruption naturelle de l'homme.
Beaucoup de Juifs reçurent ces paroles avec joie ; et il y en eut environ trois mille qui se joignirent dès ce jour-là aux disciples de Jésus-Christ, qui furent baptisés aussitôt, selon saint Jean Chrysostome, trouvant ainsi leur remède dans la grâce du médecin qu'ils avaient crucifié, et buvant dans le sacrement le sang d'un Dieu qu'eux-mêmes avaient répandu. Il ne pouvait y avoir une preuve plus claire de la résurrection du Sauveur, et de la force de cette grâce qu'elle a fait descendre sur nous. Aussi ce succès fut une plus grande consolation pour les Apôtres que les effets miraculeux que la présence du saint Esprit opérait en eux.
124-125.
Ces nouveaux disciples furent baptisés au nom de Jésus-Christ ; non qu'on le nommât seul dans l'administration du sacrement, mais parce qu'on le joignait avec le Père et le Saint-Esprit, et pour d'autres raisons encore qu'on peut voir dans les anciens. Car cette expression de saint Pierre marque moins la forme que la foi avec laquelle ils devaient être baptisés ; et la reconnaissance de Jésus-Christ en qualité du Fils de Dieu et de Messie, était assurément l'article qu'on leur recommandait le plus.
Quelques Pères disent que saint Étienne fut le premier fruit des prédications de Saint Pierre ; ce qui néanmoins ne paraît pas bien assuré.
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Pélerinage diocésain à Lourdes.
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