Le père Matteo, notre curé.

Horaires du 29 mars au 4 avril.
Horaires du 22 au 28 mars.
Chemin de Croix. Première station.

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Semaine Sainte.

Œuvres Complètes de Saint Bernard, fin tomes deuxième et troisième, traduction par M. l'abbé charpentier Paris louis vivès éditeur, 1865.
1. Que notre cœur veille, mes Frères, pour ne pas laisser infructueux ces jours pleins de mystères. La moisson promet d'être abondante, préparez des vases purs pour la recevoir. Venez recueillir les dons de la grâce, avec des âmes pieuses et dévotes, des sens sur leur garde, des affections réglées et des consciences pures : non seulement le genre de vie particulier que nous avons embrassé, nous y convie, mais l'usage de l'Église dont vous êtes les enfants, vous presse vivement de le faire. En effet, pour tous les chrétiens, cette sainte semaine est l'occasion non pas ordinaire, mais tout à fait exceptionnelle de faire preuve de piété, de modestie, d'humilité et de recueillement, pour compatir, en quelque sorte aux souffrances du Christ.
Sentiments de piété et de religion des chrétiens pendant la semaine sainte.
Est-il, en effet un homme tellement privé de tout sentiment de religion, qui ne se sente, pendant ces jours, l'âme pénétrée de douleur ? Est-il orgueil si grand qui ne s'abaisse ? Est-il ressentiment si tenace qui ne s'adoucisse ? Amour, si vif des plaisirs qui ne se prive ? Passions si débordées qui ne se contraignent ? Cœur si mauvais qui ne s'ouvre à la pénitence ? Or, rien de plus juste qu'il en soit ainsi, car nous entrons dans le temps de la passion du Sauveur qui continue jusqu'à présent encore à faire trembler la terre, à fendre les rochers et à forcer les tombeaux à s'ouvrir. De plus, nous approchons du jour de sa résurrection, dont vous vous préparez à célébrer la fête sous les yeux du Seigneur de Très-haut. Ah ! plût à Dieu que vos âmes eussent la joie et le bonheur de la célébrer au plus haut des cieux, au sein des merveilles de ses mains. Mais, en attendant, il ne pouvait arriver sur la terre rien de meilleur que ce que le Seigneur y a fait pendant ces saints jours, et il ne pouvait nous être recommandé rien de préférable à la célébration annuelle du souvenir de ces grandes choses, dans le désir de nos âmes, rien de plus agréable que d'attester avec force l'abondance de ses douceurs ( Psal. CXLIV, 7 ). Après tout, c'est pour nous que nous le faisons ; c'est ainsi que nous recueillerons les fruits du salut et que nous recouvrerons la vie de l'âme.
Fond et efficacité de la passion et de la mort de Jésus-Christ.
Ô Seigneur Jésus, que votre passion est admirable, elle a mis en fuite toutes nos passions, elle a expié toutes nos iniquités, et il n'est pas de maladie si terrible de l'âme pour laquelle elle ne soit d'une efficacité parfaite. En est-il, en effet, une seule, même mortelle, qui ne soit guérie par sa mort.
Il y a trois choses à considérer dans la passion de Notre Seigneur : l'œuvre même de sa passion, sa manière et sa cause.
2. Or il y a, mes frères, trois choses en particulier à considérer dans la passion : sa manière et sa cause. Dans le fait, nous remarquons la patience du Sauveur, dans la manière brille son humilité, et dans la cause éclate sa charité.
Patience de Jésus-Christ dans sa passion.
Pour sa patience, elle fut unique ; car, pendant que les pécheurs frappaient sur lui comme des forgerons frappent sur l'enclume, étendaient si cruellement ses membres sur le bois de la croix qu'on pouvait compter tous ses os, entamaient de tous côtés ce vaillant rempart d'Israël, et perçaient ses pieds et ses mains de clous, il fut comme l'agneau que l'on conduit à la boucherie, et semblable à la brebis ente les mains de celui qui la dépouille de sa toison ; il n'ouvrit même pas la bouche, il ne laissa pas échapper une plainte contre son père qui l'avait envoyé sur la terre, pas un mot amer contre le genre humain dont il allait, dans son innocence, acquitter les dettes, pas un reproche à l'adresse de ce peuple qui était son peuple, et qui le payait de tous ses bienfaits, par de si grands supplices. On voit des hommes qui sont punis pour leurs fautes et qui supportent leur châtiment avec humilité, et on leur fait un mérite de leur patience. On en voit d'autres qui sont flagellés beaucoup moins pour expier leurs fautes que pour être mis à l'épreuve, et pour être récompensés ensuite, et leur patience est tenue pour plus grande et plus exemplaire. Quelle ne sera donc pas à nos yeux, la patience de Jésus-Christ qui est mis, on ne peut plus cruellement, à mort comme un voleur dans son propre héritage, par ceux-mêmes qu'il était venu sauver, quoiqu'il fût exempt de tout péché tant actuel qu'originel, et même de tout germe de péché ? Car en lui, habite la plénitude de la divinité, non pas en figure, mais en réalité ; en lui, Dieu le Père se réconcilie le monde ; je ne dis pas figurativement mais substantiellement, et il est plein de grâce et de vérité, non point par coopération, mais personnellement, pour accomplir son œuvre. Isaïe a dit quelque part : « Son œuvre, est loin d'être son œuvre ( Isa. XXVIII, 21 ). » C'est-à-dire cette œuvre était bien son œuvre, parce que c'est celle que son Père lui a donnée à faire, et ce qui n'était pas son œuvre, c'est que étant tel qu'il est, il souffrît ce qu'il a souffert. Voilà donc comment il nous est donné de remarquer sa patience dans l'œuvre de sa passion.
Son humilité brille dans la manière dont il a souffert sa passion.
3. Mais, si vous jetez les yeux sur la manière dont il souffrit la passion, ce n'est pas seulement doux, c'est encore humble de cœur que vous le trouverez. On peut dire que le jugement qu'on a porté de lui dans, son abaissement, est nul ( Act. VIII, 33 ), puisqu'il ne répondit rien à tant de calomnies et à tous les faux témoignages dirigés contre lui. « Nous l'avons vu, dit le Prophètes et il avait plus ni éclat ni beauté. ( Isa. LIII, 2 ). » Ce n'était plus le plus beau des enfants des hommes, mais c'était un opprobre, une sorte de lépreux, le dernier des hommes, un homme de douleur, un homme touché de la main de Dieu et humilié aux yeux de tous ; en sorte qu'il avait perdu toute apparence et toute beauté. Ô homme, en même temps, le dernier et le premier des hommes ! Le plus abaissé et le plus sublime ! L'opprobre des hommes et la gloire des anges ! Il n'y a personne de plus grand que lui, et personne non plus de plus abaissé. En un mot, couvert de crachats, abreuvé d'outrages, et condamné à la plus honteuse des morts, il est mis au rang des scélérats eux-mêmes. Une humilité qui atteint de pareilles proportions, ou plutôt, qui dépasse ainsi toutes proportions ne méritera-t-elle rien ? Si sa patience fut unique, son humilité fut admirable, et l'une et l'autre furent sans exemple.
La cause de sa passion est la charité.
4. Mais l'une et l'autre se trouvent admirablement complétées par la charité, qui fut la cause de sa passion. En effet, c'est parce que, Dieu nous a aimés à l'excès que, pour nous racheter de notre esclavage, le Père n'a point épargné le Fils, et le Fils ne s'est point épargné lui-même. Oui, il nous a aimés à l'excès, puisque son amour a excédé toute mesure, dépassé toute mesure, et a été plus grand que tout. « Personne, a-t-il dit lui-même, personne ne peut avoir un amour plus grand que celui qui va jusqu'à lui faire donner sa vie pour ses amis ( Joan. XV, 13 ), » et pourtant, Seigneur, vous en avez eu un plus grand encore, puisque vous êtes mort même pour vos ennemis. En effet, nous étions encore vos ennemis, lorsque, par votre mort, vous nous avez réconciliés avec vous et avec votre Père. Quel amour donc fut, est ou sera jamais comparable à celui-là ? C'est à peine s'il se trouve des hommes, qui consentent à mourir pour un innocent, et vous, Seigneur, c'est pour des coupables que vous endurez la passion, c'est pour nos péchés que vous mourez, c'est sans aucun mérite de leur part que vous venez justifier les pécheurs, prendre des esclaves pour frères, vous donner des captifs pour cohéritiers et appeler des exilés à monter sur des trônes. Évidemment, ce qui ajoute encore un lustre unique à son humilité et à sa patience, c'est que, non content de livrer son âme à la mort et de se charger des péchés des hommes, il va de plus jusqu'à prier pour les violateurs de sa loi, de peur qu'ils ne périssent.
Jésus-Christ est mort parce qu'il l'a bien voulu.
Il n'est rien de plus certain et de plus digne de foi, c'est qu'il n'a été offert en sacrifice que parce qu'il l'a bien voulu ! Ce n'est pas assez de dire : il a consenti à être immolé, mais il n'a été immolé que parce qu'il a voulu l'être ; car nul ne pouvait lui enlever la vie malgré lui, aussi nul ne l'a lui a-t-il ôtée ; ainsi, il l'a offerte de lui-même. À peine eut-il goûté au vinaigre qu'il s'écria : « Tout est consommé ( Joan. XIX, 30 ). » En effet, il ne restait plus rien à accomplir, n'attendez donc plus rien de lui à présent. « Et alors ayant penché la tête, » celui qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort, « rendit l'esprit. » Quel homme s'endort ainsi à son gré, dans les bras de la mort ? Assurément la mort est la plus grande défaillance de la nature, mais mourir ainsi c'est le comble même de la force, c'est que ce qui semble une défaillance en Dieu, est encore plus fort que ce qui paraît le comble de la force dans les hommes ( I. Cor. I, 25 ). Un homme peut porter la folie jusqu'à porter sur lui-même une main criminelle. Mais ce n'est pas là déposer la vie comme un vêtement, c'est se l'arracher avec précipitation et violence bien plutôt que la quitter à sa volonté. Déposer ainsi la vie, comme tu as eu le triste pouvoir de le faire, ô impie Judas, c'est moins la déposer que se pendre ; ce n'est point la tirer soi-même du fond de ses entrailles, c'est l'arracher avec un lacet, enfin ce n'est point rendre, mais c'est perdre la vie. Il n'y a que celui qui a pu, par sa propre vertu, revenir à la vie, qui a pu aussi la quitter parce qu'il l'a voulu. Seul il a eu le pouvoir de la déposer et de la reprendre ensuite, comme on dépose et comme on reprend un vêtement, parce que seul il a le pouvoir de la vie et de la mort.
La mort de Jésus-christ efface tous les péchés.
5. Combien inestimable n'est donc point cette charité, combien admirable cette humilité, combien ineffable cette patience ! Oui, une hostie aussi sainte, aussi immaculée, aussi agréable était digne d'être agréée. Oui, l'agneau qui a été immolé est digne vraiment de recevoir la puissance ( Apoc. V, 12 ), de faire ce pourquoi il est venu, d'ôter les péchés du monde, je veux dire le triple péché qui a établi son règne sur la terre. Peut-être pensez-vous que je veux parler de la concupiscence de la chair, de la concupiscence des yeux et de l'orgueil de la vie ; de ce triple lien qu'il est si difficile de rompre que beaucoup traînent derrière eux, ou plutôt dans les nœuds desquels il y en a tant qui sont traînés comme dans les liens de la vanité. Mais les triples liens du Sauveur prévalent dans les élus. En effet, comment le souvenir de sa patience n'éloignerait-il point de notre âme la volupté, comment celui de son humilité n'écraserait-il point tout sentiment d'orgueil ? Quant à la charité, elle est telle que la pensée seule en occupe tellement notre esprit, et s'empare si complètement de notre âme, qu'elle en éloigne, d'un souffle, toute pensée de curiosité. Ainsi, voilà donc des choses contre lesquelles la passion du Sauveur est puissante.
Il y a trois sortes de péchés expiés par la croix et par la mort de Jésus-Christ.
6. Mais il y a encore trois sortes de péchés que la vertu de la croix étouffe, comme j'ai l'intention de vous le dire, et peut-être n'est-il pas tout à fait inutile que vous l'entendiez. Le premier c'est le péché originel, le second c'est le péché que j'appellerai personnel, et le troisième le péché unique ou singulier.
Le péché originel.
Par péché originel, on entend le plus grand de tous les péchés, celui qui nous vient d'Adam en qui nous avons tous péché, et qui est cause que tous nous sommes sujets à la mort. Je dis que c'est le plus grand des péchés, parce qu'il infeste tellement le genre humain tout entier, qu'il règne dans chacun de nous et qu'il n'est personne qui échappe à sa souillure. Il passe du premier homme au dernier, et, dans chacun, il se répand comme un virus mortel, de la plante des pieds au sommet de la tête. Non seulement cela, mais il infeste tous les âges depuis l'instant où l'homme est conçu dans le sein de sa mère, jusqu'au moment où il rentre dans le sein de notre commune mère à tous. Sinon d'où viendrait ce joug accablant qui pèse sur tous les enfants d'Adam, depuis le jour de leur naissance jusqu'au jour où ils retournent dans les entrailles de la terre ? Nous sommes conçus dans la souillure, nous croissons dans les ténèbres, et nous venons au jour dans la douleur. À peine conçus nous chargeons d'un lourd fardeau nos malheureuses mères, et, à notre naissance, nous lui déchirons le sein comme des vipères ; mais ce dont je m'étonne c'est que nous ne soyons point nous-mêmes mis en pièces. Notre premier cri est un cri de douleur. Faut-il en être surpris quand on sait que nous entrons alors dans une vallée de larmes, si bien qu'on peut avec raison nous appliquer ce mot du saint homme Job : « L'homme né de la femme vit très peu de temps et est rempli de beaucoup de misères ( Job. XIV, 1 ). » Nous avons appris la vérité de ces paroles non par des paroles seulement, mais par les coups mêmes de la misère. « L'homme, dit-il, né de la femme : » Quel sort abject ! Mais de peur qu'il ne s'en console, en se flattant que les plaisirs des sens l'en dédommageront au milieu des objets sensibles de ce monde, il lui rappelle sa mort prochaine, en parlant de sa naissance en ces termes : « Il vit très peu de temps. » Et, pour qu'il ne se figure pas que de ce court espace de temps qui sépare son berceau de la tombe, il jouira du moins en pleine liberté, il continue : « Il est rempli de beaucoup de misères. » Oui, de beaucoup de très nombreuses misères ; misères du corps et misères de l'âme, misères durant son sommeil, misères durant sa veille, misères enfin de quelque côté qu'il se tourne. Quant à celui qui lui dit un jour, « Seigneur, voici votre fils ( Joan. XIX, 26 ), » il naquit aussi d'une femme, voire d'une femme qui était vierge, et bénie entre toutes les femmes. Néanmoins il vécut bien peu de temps sur la terre, et n'en fut pas moins rempli de nombreuses misères, exposé aux embûches pendant sa courte existence, couvert de mépris, froissé par mille injustices, accablé par les supplices et poursuivi de cruelles railleries.
Le péché personnel et le péché unique.
7. Doutez-vous que ce soit assez de cette obéissance pour effacer la tache de notre première prévarication ? Je vous répondrai qu'il s'en faut bien qu'il en soit de la grâce comme du péché ; car si nous avons été damnés pour une seule faute, nous sommes justifiés par la grâce de Jésus-Christ, après bien des péchés ( Rom. V, 45 et 46 ). Sans doute le péché originel était grave, puisqu'il a souillé non seulement la personne d'Adam, mais la nature humaine tout entière ; pourtant le péché personnel est plus grave encore, puisque nous le commettons en lâchant la bride à nos sens, et en faisant de tous nos membres des instruments d'iniquité, en sorte que nous ne sommes plus seulement dans les chaînes que le péché d'un autre a forgées, mais dans celles dont notre propre péché nous a chargés. Pour ce qui est du péché singulier ou unique, il est d'autant plus grave que tous les autres, qu'il s'est attaqué à la majesté de Dieu même, alors que des hommes impies ont injustement mis le Juste à mort et porté des mains sacrilèges sur le Fils même de Dieu, comme de cruels homicides, disons mieux, s'il est permis de se servir de ce mot, comme de cruels déicides. Quelle différence y a-t-il entre ce troisième péché et ces deux premiers ? C'est, qu'au moment où il se commit, toute la machine du monde frémit, pâlit même, et que peu s'en fallut que l'antique chaos ne reprit partout ses droits. Supposons un prince de la terre qui fait, à main armée, invasion dans les terres de son roi, et les met à feu et à sang, supposons-en un autre qui, admis à la table et dans les conseils de son roi, tue le fils de ce dernier par le poignard des traîtres. Le premier ne vous semblera-t-il point innocent en comparaison du second, ne vous, semblera-t-il point qu'il n'a fait presque aucun mal ? Ainsi, en est-il de tout autre péché, comparé à celui dont je parle : or voilà le péché dont est tombé victime, celui qui s'est chargé de tous les péchés des hommes, afin de pouvoir par le péché condamner le péché. Par ce dernier péché, en effet, le péché originel et le péché personnel a été détruit, bien plus ce péché même, ce péché unique et singulier s'est lui-même donné le coup de mort.
Miséricorde et charité du Christ.
8. C'est en raisonnant a maximo que je conclus que les deux moindres péchés sont effacés, et voici comment je raisonne. Jésus-Christ s'est chargé des péchés de tous les hommes ; et il a prié pour ses bourreaux afin qu'ils ne périssent point, car il a dit : « Mon Père, pardonnez-les, ils ne savent ce qu'ils font ( Luc. XXIII, 34 ). » C'est un mot irrévocable que vous avez prononcé là, Seigneur ; et il ne reviendra pas à vous sans avoir produit son effet, il fera ce qu'il avait à faire. Voyez donc maintenant les œuvres du Seigneur, les merveilles qu'il a faites sur la terre en notre faveur ( Psal. XLV, 8 ). Il a été battu de verges ; couronné d'épines, percé de clous, attaché au gibet et raillé d'opprobres, et lui, néanmoins, oubliant toutes ses souffrances, s'écrie : « Pardonnez-leur. » Voilà comment aux misères du corps, répondent les miséricordes du cœur, aux douleurs, les pitiés, comment l'huile de la joie succède aux gouttes de sang qui ont humecté la terre. Les miséricordes sont aussi nombreuses que les misères. Celles-ci l'emporteront elles sur celles là, ou bien les premières vaincront-elles les secondes ? Ô Seigneur, que vos antiques miséricordes l'emportent, et que votre sagesse triomphe de leur malice. L'iniquité de vos bourreaux est grande, mais votre bonté ne l'est-elle pas bien davantage encore, Seigneur ? Oui, elle l'est, et elle l'est au delà de toute mesure. « Est-ce ainsi, dit-il par son prophète, est-ce ainsi qu'on me rend, le mal pour le bien, et qu'on creuse une fosse devant mes pas pour m'y faire tomber ( Jer. XVIII, 20 ) ? »
Patience et bonté de Jésus-Christ.
Il est bien vrai qu'ils ont creusé une, fosse à l'impatience, qu'ils ont donné à la colère des occasions aussi nombreuses que grandes d'éclater. Mais, Seigneur, qu'est-ce que la fosse qu'ils peuvent creuser, comparée aux abîmes de votre mansuétude ? Ils l'ont creusée en vous rendant le mal pour le bien, mais la charité ; ne s'aigrit point, n'agit point avec précipitation, elle ne faiblit point, elle ne sait ce que c'est que de choir dans la fosse, et au mal qu'on accumule contre elle, elle ne répond que par des bienfaits qu'elle multiplie. Il s'en faut bien Seigneur, que des mouches, condamnées à périr, puissent faire perdre la douceur de son parfum au baume qui coule de votre cœur, de votre sein, où là miséricorde et la rédemption surabondent. Or, ces mouches, condamnées à périr, ce sont toutes vos misères, Seigneur, ce sont aussi les blasphèmes dont vous êtes l'objet, ce sont enfin ces outrages dont vous charge une génération perverse et irritante.
9. Mais vous, Seigneur ; qu'allez-vous faire ? En même temps que vous élevez vos mains vers le ciel, et au moment où le sacrifice du matin va devenir l'holocauste du soir, votre voix, mêlée à la vertu de l'encens dont la fumée s'élève vers les cieux, ombrageait la terre et rafraîchissait les enfers, fait entendre ce cri digne d'être exaucé à cause de la grandeur de celui qui l'a poussé : « Ô mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ( Luc. XXIII, 34 ). « Ô Seigneur, quel besoin de pardon il y a en vous ! Combien grande et abondante est votre douceur ( Psal. XXX, 20 ) ! Quelle distance sépare vos idées des nôtres ! Combien votre miséricorde est constante pour les impies ! Ô merveille ! D'un côté, Jésus s'écrie : « Pardonnez-leur : » et de l'autre, j'entends les Juifs crier : « Crucifiez-le. » Les paroles de l'un sont plus douces que l'huile, et celles des autres sont aiguës comme des dards. Ô charité patiente, plus que cela, compatissante ! « La charité est patiente, » dit l'Apôtre. C'est assez ; mais « elle est bienveillante ( I Cor. XIII, 4 ), » c'est le comble. « Ne vous laissez pas vaincre par le mal. » Voilà ce qui s'appelle une charité abondante. « Mais, de plus, travaillez à vaincre le mal par le bien ( Rom. XII, 21 ). » Voilà qui est une charité surabondante. Ce n'est pas la patience seule de Dieu, mais ce fut aussi sa bonté qui a amené les Juifs à la pénitence, car, dans sa bienveillance, la charité aime ceux qu'elle tolère, et elle les aime avec toute cette ardeur. Dans, sa patience, elle ferme les yeux sur le mal, elle attend, elle supporte le pécheur ; mais, dans sa bonté, elle l'attire, elle l'anime, elle le force à s'éloigner de ses voies perdues et finit par couvrir, comme d'un manteau, la multitude de ses fautes. Ô Juifs, vous êtes de pierre, mais si vous venez vous heurter contre une pierre moins dure que vous, il en sort un son de bonté, et l'huile de la charité y bouillonne. Ô Seigneur, de quel torrent de délices inondez-vous ceux qui ont soif de vous, quand vous faites couler, comme l'huile, ces flots de miséricorde sur ceux qui vous crucifient ?
10. Vous voyez donc maintenant que la passion de Notre-Seigneur suffit très amplement pour effacer toute espèce de péchés. Mais, qui sait si j'y ai quelque part ? Oui, oui, tu y as part, ô homme, attendu que nul autre que toi ne saurait y avoir part. Si ce n'est toi, sera-ce l'ange ? Mais il n'en a pas besoin. Sera-ce le démon ? Mais il ne peut ressusciter. D'ailleurs, si le Christ n'a pas pris la ressemblance des anges, il s'en faut bien qu'il ait pris celle des démons, mais « c'est aux, hommes qu'il s'est fait semblable, et il s'est montré homme par tout ce qui a passé en lui ( Philipp. II, 7 ). » Il s'est anéanti lui-même et a revêtu la forme de l'esclave ; encore n'est-ce pas simplement d'un esclave, qu'il prit la forme, pour être soumis au joug, mais celle d'un mauvaise esclave pour être maltraité ; d'un esclave du péché pour en payer la dette, bien qu'il ne l'eût pas contractée lui-même. L'Apôtre dit : « Qu'il s'est fait semblable aux hommes. » Non point à l'homme, attendu que le premier homme ne fut point créé dans une chair de péché, ni même dans une chair semblable à celle qui est sujette au péché. En effet, le Christ s'est plongé au plus épais et au plus profond de la misère générale des hommes, pour que le regard subtil du malin esprit ne pût discerner ce grand mystère de charité. Ainsi c'est bien dans son extérieur, mais dans son extérieur tout entier qu'il a été trouvé homme, et on ne peut remarquer, en lui rien qui le distingue du reste des hommes, en ce qui est de la nature humaine. C'est même parce qu'il fut trouvé homme en toutes choses qu'il a été crucifié. Or, il ne s'est révélé qu'à fort peu de personnes, seulement afin qu'il y en eût qui crussent en lui, et il demeura caché pour tous les autres « attendu que s'ils l'avaient connu, jamais ils n'eussent crucifié le Seigneur de gloire ( I Cor. II, 8 ), » En sorte, qu'à ce péché unique, il unit encore celui d'ignorance, afin qu'il y eût dans l'ignorance de ceux qui le commettaient quelque ombre de justice à leur pardonner leurs fautes.
C'est du péché de notre premier père que découlent pour nous l'obligation du travail et la douleur.
11. Le premier, l'antique Adam, celui qui fuyait la vue de Dieu, nous a laissé deux choses en héritage, le travail et la douleur. Le travail pour l'agir, et la douleur pour le pâtir. Ce n'est pas ce qui lui avait été dit dans le Paradis qu'il avait reçu afin de s'y occuper et de veiller à sa garde ; mais de s'y occuper avec plaisir et de le garder avec fidélité pour lui et ses descendants. Le Christ Notre-Seigneur considéra le travail et la douleur, mais pour les prendre l'un et l'autre en mains, ou plutôt pour se jeter entre les mains de l'un et de l'autre, pour se plonger dans le limon même de l'abîme, dont les eaux pénétrèrent jusqu'à son âme. Entendez-le dire à son Père : « Jetez un regard sur l'abaissement et sur le travail où je me trouve ( Psal. XXIV, 18 ), car je suis dans la pauvreté et dans les travaux dès ma jeunesse ( Psal. LXXXVII, 6 ). »
Le travail et la souffrance acceptés par Jésus-Christ.
Il travailla donc avec patience et ses mains se plièrent aux occupations pénibles. Quant à la douleur, écoutez comme il en parle : « Ô vous, qui passez par le chemin, considérez et voyez s'il est douleur semblable à la mienne ( Thren. I, 12 ). » Isaïe continue : « Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs ( Isa. LIII, 4 ). » Cet homme de douleurs, cet homme pauvre et souffrant, qui connut toutes les tentations, mais sans connaître le péché. Pendant le cours de sa vie, il eut l'action passive, et, à sa mort, la passion active, alors qu'il opérait notre salut au milieu de la terre.
Dévotion de saint Bernard à la passion du sauveur.
Voilà pourquoi je me rappellerai tant que je vivrai ses travaux en prêchant l'Évangile 11-1, ses fatigues dans ses courses, ses tentations dans le jeûne, ses veilles dans la prière, ses larmes dans sa compassion pour ceux qui souffraient. Je me souviendrai de ses fatigues, de ses outrages, de ses crachats, de ses soufflets, de ses moqueries, de ses reproches, de ses clous, et du reste qu'il subit en lui ou sur lui.
Il faut imiter Jésus-Christ.
Et maintenant, je puis marcher sur ses traces, j'ai un modèle à suivre, il ne me reste plus qu'à l'imiter et à suivre ses pas. Si je ne le, fais point, on me réclamera le sang du Juste qui a été répandu sur la terre, et il ne se trouvera point que je sois étranger au crime insigne des Juifs, si je me suis montré ingrat envers un amour si excessif, si j'ai fait outrage à l'esprit de la grâce, si j'ai tenu pour un sang méprisable et vil le sang même de l'alliance, si, enfin, j'ai foulé aux pieds le Fils de Dieu même ( Hébr. X, 29 ).
12. Il y en a beaucoup qui travaillent et qui souffrent, mais, c'est parce qu'ils sont contraints de le faire, ce n'est pas par un libre choix de leur volonté : ceux-là ne sont point conformes à l'image de Dieu. Il y en a d'autres aussi qui supportent volontairement et le travail et la douleur mais ils n'ont point de part pour cela dans ce que je dis. Ainsi l'homme adonné à la débauche, veille des nuits entières, non pas seulement avec patience, mais même avec bonheur pour satisfaire sa passion ; le ravisseur veille aussi des nuits entières, l'arme au poing, mais c'est pour se saisir de sa proie ; le voleur veille également, mais, c'est pour s'introduire par quelque ouverture qu'il aura pratiquée dans la maison d'autrui. Mais tous ces hommes-là et ceux qui leur ressemblent sont bien loin du travail et de la douleur que le Seigneur considère. Au contraire, les hommes de bonne volonté qui, par le fait d'une volonté toute chrétienne, échangent les richesses contre la pauvreté, ou seulement dédaignent les richesses qu'ils n'ont point de même que s'ils les avaient, renoncent à tout, pour Jésus-Christ, de même qu'il a tout quitté pour eux, suivent l'Agneau partout où il va.
Marques auxquelles on reconnaît les fruits de la passion de Jésus-Christ en nous.
Imiter ainsi le Sauveur, c'est, pour moi, la preuve la plus convaincante que la passion du Sauveur et sa ressemblance avec nous, ont produit des fruits dans mon âme ; car, c'est en cela que je reconnais la saveur et le fruit délicieux du travail et de la douleur.
Combien difficile fut l'épreuve de notre rédemption.
13. Voyez donc, mon, frère, quelles grandes choses le Seigneur a faites pour vous. Pour tout ce qui est au ciel et sur la terre, il dit, et elles se firent. Or, qu'y a-t-il de plus facile que de dire un mot ? Mais n'a-t-il dit qu'un mot lorsqu'il entreprit de te refaire comme il t'avait fait Après avoir passé trente-trois ans sur la terre et vécu pendant tout ce temps-là au milieu des hommes, alors il en trouva parmi eux qui attaquèrent ses actions et blâmèrent ses paroles, lui qui n'avait pas même où reposer sa tête. Pourquoi cela ? Parce que le Verbe s'était dépouillé de la nature subtile pour revêtir une forme grossière. Car il s'était fait chair et se servait d'organes lourds et grossiers.
Liberté de Jésus-Christ dans la manière dont il règle tous les mouvements de son corps.
Mais, de même que la pensée se revêt de la parole sensible, sans rien perdre, après avoir pris ce vêtement, de ce qu'elle était auparavant, ainsi le Fils de Dieu prit un corps sans se confondre avec lui, et sans perdre, en le prenant, rien de ce qu'il était avant de l'avoir pris. Il était invisible dans le sein de son Père, mais ici-bas, nos mains ont pu toucher la vertu même de vie, et nos yeux ont pu contempler Celui qui était dès le commencement. Mais, comme il ne s'était uni qu'une chair, parfaitement pure et une âme parfaitement sainte, le Verbe de Dieu ici-bas réglait, tous les mouvements de son corps avec une liberté parfaite, tant à cause qu'il était en même temps la sagesse et la justice même, que parce qu'il n'avait, dans ses membres ; aucune loi qui allât contre la loi de son âme : Mon verbe à moi, n'est ni la sagesse ni la justice, mais pourtant il est capable de l'une et de l'autre. Toutefois, il peut tout aussi bien, et même plus facilement en manquer qu'en être doué. Car il nous est bien plus habituel de condescendre à tous les vices de notre chair que de régler ses actions et ses passions, attendu que tout homme est enclin au mal dès son enfance, et pense à son plaisir dans les camps et au milieu des glaives, jusque dans les bras même de la mort.
comment nous devons ordonner nos actions et nos passions.
14. Heureux celui dont la pensée, car c'est là notre vertu à nous, dirige toutes ses actions vers la justice, en sorte que ses intentions sont toujours pures et ses actions toujours droites. Heureux celui qui règle toutes les passions de son corps sur la justice, en sorte que tout ce qu'il souffre, c'est pour le Fils de Dieu qu'il le souffre, que tout murmure a fui de son cœur, et qu'il n'y a plus sur ses lèvres que des paroles d'actions de grâces et de louanges. Celui qui s'est levé ainsi est bien ce paralytique qui prit son lit sur ses épaules et s'en retourna dans sa maison. Notre lit, notre grabat, à nous, c'est notre corps, dans lequel nous avons commencé par être étendus languissants, asservis à tous nos désirs et à toutes nos concupiscences. Maintenant, nous le portons sur nos épaules, lorsque nous sommes contraints d'obéir à l'esprit, et, en le portant, c'est un mort que nous portons, car notre corps est mort par le péché. Aussi ne faisons-nous que marcher à petits pas, au lieu de courir, car, « le corps qui se corrompt appesantit l'âme, et cette demeure terrestre abat l'esprit par la multiplicité des soins qu'elle en réclame. ( Sap. IX, 15 ). » Et c'est aussi pas à pas que nous nous avançons vers notre demeure. De quelle demeure parlé-je ? de notre mère à tous : car « leurs sépulcres, est-il dit, seront leur éternelle demeure ( Psal. XL, 12 ), » ou plutôt de celle que nous avons dans les cieux, qui n'est point faite de main d'homme et qui durera éternellement aussi ( II Cor. V, 1 ). Si nous pouvons encore faire quelques pas sous un tel fardeau, avec quelle rapidité pensez-vous que nous pourrons courir lorsque nous l'aurons déposé ? Ne prendrons-nous point alors notre vol ? Oui, certainement nous le prendrons et nous nous envolerons sur l'aile même des vents.
Quels sont les deux bras dans lesquels le Christ nous embrasse et quels sont ceux avec lesquels nous l'embrassons.
Le Seigneur Jésus nous a enlacés dans les deux bras du travail et de la douleur, et nous, nous l'embrassons, à notre tour, de nos deux bras aussi, à cause de la justice et pour tendre à la justice : à cause de la justice, en souffrant pour elle ; et pour tendre à sa justice, en dirigeant nos actions vers elle. Disons donc aussi, avec l'Épouse des Cantiques : « Je le tiens dans mes bras, je ne le laisserai point aller ( Cant. III, 4 ). » Disons aussi avec le Patriarche : « Je ne vous lâcherai point que vous ne m'ayez donné votre bénédiction, ( Gen. XXXII, 26 ). » Que nous reste-t-il maintenant, en effet, à attendre, sinon sa bénédiction ? Que pouvons-nous désirer de lui après les embrassements dont il nous étreint, sinon un baiser ? Ah ! si déjà, je tenais ainsi Dieu dans mes bras, comment ne m'écrierais-je point de toute mon âme : « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ( Cant. I, 1 ) ? » Mais en attendant, Seigneur, nourrissez-moi d'un pain de larmes et abreuvez-moi aussi de l'eau de mes larmes avec abondance ( Psal. LXXIX, 6 ).
11-1. On retrouve ces mêmes expressions dans le vingt-deuxième des Sermons divers n. 5, et dans le quarante-troisième sermon sur le Cantique des cantiques. Nicolas de Clairvaux se les appropria dans sa lettre sixième.
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Œuvres Complètes de Saint Bernard, fin tomes deuxième et troisième , traduction par M. l'abbé charpentier Paris louis vivès éditeur, 1865.
Sainteté de ces jours.
1. Voici des jours que nous devons observer, des jours pleins de piété, et de grâce, pendant lesquels, les hommes, même les plus scélérats, reviennent à des sentiments de pénitence. Telle est la force des mystères qui se célèbrent ces jours-ci, qu'ils sont capables de fendre des cœurs de pierre et d'attendrir des âmes dures comme le fer. D'ailleurs, ne voyons-nous pas aujourd'hui encore, non seulement les corps célestes compatir à la passion de Jésus-Christ, mais la terre même trembler dans ses fondements, les rochers se fendre et les sépulcres s'entr'ouvrir par la confession des péchés des hommes. Mais il en est des aliments de l'âme comme de ceux du corps, les uns font sentir leur goût et leur saveur dès qu'on les mange ; les autres, au contraire, ont besoin d'être broyés. Pour ceux qu'il est facile à l'âme de goûter, il n'est pas besoin de notre ministère pour être préparés, mais quant aux aliments qui dérobent leurs propriétés, ils réclament une étude plus attentive. Et, de même qu'une mère ne donne point une noix entière à son jeune enfant, mais a soin de la casser pour ne lui en donner que les cuisses, ainsi devrais-je faire pour vous, mes Frères bien-aimés, si je le pouvais, et vous expliquer les secrets de nos mystères ; mais je ne le puis. Prions donc, la sagesse qui est notre mère, de nous rompre à vous et à moi-même ces noix qu'a produites la verge sacerdotale d'Aaron, la verge pleine de force que le Seigneur, a fait pousser sur la montagne de Sion. Nous avons bien des mystères à discuter ensemble, mais le peu de temps dont nous disposons ne nous permet pas de les approfondir tous. Peut-être aussi s'en trouve-t-il plusieurs parmi vous dont l'esprit est trop faible pour aborder de tels sujets. Je me contenterai donc de vous dire ce que Dieu lui-même m'inspirera sur les trois sacrements 1-1, que ces jours nous rappellent plus particulièrement.
Qu'est-ce qu'un sacrement ?
2. On entend par sacrement un signe ou un secret sacré. Il y a bien des choses qu'on fait pour elles-mêmes, il y en a beaucoup aussi qu'on fait pour en signifier d'autres, celles-ci sont appelées, et sont en effet des signes. Prenons un exemple : Il peut se faire qu'on donne un anneau à quelqu'un uniquement pour lui donner un anneau : un tel don n'a aucune signification ; mais si on le donne comme un titre à un héritage, il devient un signe et celui qui le reçoit peut dire alors L'anneau n'a aucune valeur, il est vrai, mais il représente l'héritage que je désirais avoir.
Le sacrement confère la grâce.
De même, lorsque le Seigneur vit que sa passion approchait, il eut soin d'investir ses disciples de sa force, afin que la grâce invisible fût communiquée par un signe sensible. Voilà pourquoi tous les sacrements ont été institués : telle est la communion eucharistique, telle l'ablution des pieds, tel enfin le baptême lui-même, le premier des sacrements, celui dans lequel nous sommes entés en Jésus-Christ par la ressemblance de sa mort ; et la triple immersion qui se fait de nous alors rappelle les trois jours que nous allons célébrer.
Il y a plusieurs sortes d'investitures.
Mais de même qu'il y a bien des signes extérieurs qui différent les uns des autres, ainsi, pour ne point sortir de l'exemple que nous avons choisi, y a-t-il plusieurs sortes d'investitures selon les différentes grâces dont nous sommes investis. Ainsi le chanoine est investi par le livre, l'abbé par la crosse, et l'évêque par la crosse et l'anneau ; et, de même que dans ces différentes cérémonies, les grâces conférées sont différentes, ainsi les signes de leur collation différent aussi entre eux.
La grâce du baptême.
Or, de quelle grâce sommes-nous investis par le baptême ? Nous sommes lavés de nos péchés. Qui est-ce qui peut rendre pur celui qui est né d'un germe impur, sinon Dieu seul, parce que seul il est pur et exempt de tout péché ?
La circoncision antique tenait jadis lieu du baptême.
Le sacrement qui produisait jadis cet effet était la circoncision, dont le couteau retranchait, de notre chair, la rouille de la faute originelle qui s'était étendue de nos premiers parents jusqu'à nous ; mais quand vint le Seigneur, l'agneau plein de douceur et de bonté, dont le joug aussi est doux et le fardeau léger, il se produisit un changement en bien, et la rouille invétérée du péché se fondit dans l'eau et l'onction du Saint-Esprit, la cruauté du remède disparut.
Pourquoi reste-t-il en nous, après que le péché originel est effacé, un foyer de cupidité.
3. Mais peut-être me dira-t-on et me demandera-t-on pourquoi, si le baptême efface en nous le péché que nous tenons de nos premiers parents, il reste encore dans nos âmes, un foyer de cupidité, comme un levain puissant de péché ; car nul ne saurait révoquer en doute que cette dure loi du péché ne soit passée de nos premiers parents jusqu'à nous, puisque nous devons tous la vie à une volonté pécheresse, d'où 3-1 vient que notre volonté à nous est elle-même corrompue et comme remplie d'ulcères, et que, même malgré nous, nous ressentons les attraits de la concupiscence et les mouvements désordonnés qu'éprouvent les bêtes elles-mêmes. Je vous l'ai dit bien souvent, mes frères, et il ne faut point le perdre de vue, c'est parce que nous sommes tous tombés en Adam ; oui, nous sommes tombés, dis-je, mais sur un tas de pierres et dans la boue : voilà pourquoi non seulement nous sommes souillés, mais encore blessés et rompus. Nous laver est l'affaire d'un instant, mais il faut une longue suite de soins pour nous guérir de nos blessures. Or, nous sommes lavés dans le baptême où l'acte de notre damnation se trouve effacé ; de plus nous recevons dans ce sacrement la grâce de n'avoir même plus rien à craindre de la concupiscence, si nous ne voulons point céder à ses attraits, et nous sommes pour ainsi dire débarrassés du pus infect de nos anciens ulcères, en même temps qu'est effacée notre condamnation, cette réponse de mort qui en découlait auparavant. Mais qui est-ce qui pourra refréner des mouvements si impétueux ? Qui est-ce qui pourra supporter les démangeaisons dévorantes de cet antique ulcère ?
Efficacité de l'Eucharistie pour affaiblir en nous les mouvements de la concupiscence.
Ne désespérez point de le pouvoir, car nous avons pour cela aussi, une grâce qui nous aide et nous rend parfaitement sûrs du succès : c'est le sacrement où nous recevons le corps et le sang précieux de Notre-Seigneur. Ce sacrement produit deux effets en nous : en premier lieu il affaiblit la concupiscence dans les petites choses, et, dans les grandes, il nous empêche d'y consentir. Si donc, il y en a parmi vous qui ressentent moins souvent et moins fort les mouvements de la colère, de l'envie, de la luxure et des autres passions pareilles à celles-là, qu'ils en rendent grâces au corps et au sang de Notre-Seigneur, car c'est un effet de la vertu de ce sacrement dans son âme, et qu'il se réjouisse en voyant que son dangereux ulcère approche de sa guérison complète.
4. Mais d'où vient que tant que nous sommes dans ce corps de péché et que nous vivons dans ces temps mauvais, nous ne puissions être sans péché ? Faut-il donc désespérer de nous ? Non, non, écoutez saint Jean vous dire : « Si nous prétendons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. Mais si nous confessons nos péchés, Dieu est juste et fidèle, il nous les remettra et nous purifiera de toute iniquité ( I Joan. 1, 8 et 9 ). »
Le lavement des pieds efface les péchés véniels.
En effet, pour que nous ne doutions point de la rémission de nos fautes quotidiennes, nous avons le sacrement du lavement des pieds. Vous voulez savoir où j'ai appris que c'est là un sacrement pour la rémission des péchés ? C'est de la bouche même du Seigneur, quand il dit à Pierre : « Vous ne savez pas maintenant pourquoi je fais ce que je fais, mais vous le saurez plus tard ( Joan. XIII, 7 ). » Il ne parla point de sacrement, il se contenta de dire : « Je vous ai donné l'exemple, pour que vous fassiez à vos frères, ce que vous m'avez vu faire à vous-mêmes ( Ibid. 15 ). » Il avait pourtant bien des choses à leur dire, mais ils ne pouvaient point encore les porter en ce moment-là. Voilà pourquoi, tout en ne voulant point les laisser tout à fait dans l'incertitude et le doute, il ne leur dit pourtant point ce qu'ils n'étaient pas encore en état d'entendre. Mais voulez-vous vous convaincre qu'il n'était pas seulement question là d'un simple exemple, mais bien d'un sacrement ? Écoutez ce que Jésus dit à Pierre : « Si je ne vous lave point, vous n'aurez point de part avec moi ( Ibid. 8 ). » Il y a donc, caché sous cette ablution, quelque chose de nécessaire au salut, puisque, sans elle, Pierre lui-même ne saurait prétendre avoir part au royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Aussi, voyez si saint Pierre ne fut point effrayé à cette terrible menace, s'il n'a pas reconnu aussitôt qu'il y avait là un mystère de salut, car il s'est écrié à l'instant même : « Seigneur, lavez-moi, non seulement les pieds, mais les mains aussi et la tête ( Ibid. 9 ). » Mais qui nous dit que cette ablution des pieds a pour but de nous laver des fautes non mortelles dont il est impossible que nous soyons complètement exempts en cette vie ? Nous le voyons à la réponse même que fit le Seigneur à Pierre, quand il lui présentait ses mains et sa tête à laver aussi, en effet, il lui dit : « celui qui sort du bain n'a besoin que de se laver les pieds ( Ibid. 10 ). » Effectivement, celui qui n'a plus de péchés mortels, est comme s'il sortait, du bain, sa tête, c'est-à-dire ses intentions, et ses mains, c'est-à-dire ses œuvres, et sa vie tout entière, sont pures ; mais ses pieds, qui sont les affections de l'âme, tant que nous marchons sur la poussière de cette vie, ne peuvent pas être complètement exempts de toute souillure ; il est impossible que l'esprit ne se laisse pas quelquefois aller au moins à de fugitifs sentiments de vanité, de sensualité ou de curiosité, un peu plus qu'il ne faut ; car, « nous faisons tous beaucoup de fautes ( Jac. III, 2 ). »
Pourquoi on ne doit pas regarder les péchés véniels comme peu de chose.
5. Toutefois, que nul de nous ne méprise, ne regarde comme peu de chose ces sortes de fautes, car il est impossible d'être sauvé avec ces péchés-là, impossible même de les effacer, sinon par Jésus-Christ et en vertu de ses mérites. Non, je le répète, que nul, parmi, nous, ne s'endorme dans une fâcheuse sécurité, et ne se laisse aller à des paroles de malice, en cherchant à s'excuser de ces sortes de fautes ( Psal. CXL, 4 ) ; car, comme il a été dit à saint Pierre par le Sauveur en personne, s'il ne les lave lui-même, nous n'aurons point de part avec lui.
Toutefois, il ne faut pas non plus s'en préoccuper à l'excès.
Toutefois, il ne faut pas non plus que nous nous en préoccupions à l'excès, car il nous est facile d'en obtenir le pardon de Dieu, qui ne demande pas mieux que de nous l'accorder ; il suffit pour cela que nous les reconnaissions. Dans ces sortes de fautes qui sont à peu près inévitables, si la négligence à la prévenir est coupable, la crainte excessive d'y tomber est un mal. Aussi, dans la prière qu'il nous a enseignée, a-t-il voulu que nous priions tous les jours pour obtenir le pardon de ces fautes quotidiennes ( Luc. XI, 4 ). En parlant de la concupiscence, nous avons dit que si le Sauveur nous a arrachés à la damnation, attendu que, selon l'Apôtre, « il n'y a plus maintenant de damnation à craindre pour ceux qui sont en Jésus-Christ ( Rom. VIII, 1 ), » cependant il l'a laissée vivre dans nos cœurs pour nous humilier, nous affliger, nous apprendre tout ce que nous procure la grâce, et nous forcer à recourir à lui.
Pourquoi Dieu a voulu que nous ne fussions pas tout à fait exemps de tout péché véniel.
Il en est de même de ces fautes légères : s'il n'a pas voulu, par un secret dessein de sa bonté, nous en délivrer entièrement, c'est afin de nous apprendre que, si nous sommes incapables, par nos propres forces, de nous soustraire entièrement même à ces petits péchés, à plus forte raison ne saurions-nous de nous-mêmes éviter ceux qui sont plus grands, et qu'ainsi nous craignions constamment de perdre sa grâce, en voyant qu'elle nous est si nécessaire, et nous nous tenions sans cesse sur nos gardes contre un pareil malheur.
1-1. Le mot que nous rendons ici par sacrement, est pris dans un sens général et s'applique non seulement aux sacrements de la loi nouvelle, tels que le Baptême et l'Eucharistie, mais encore aux simples sacramentaux tels que le lavement des pieds que l'abbé Ernald de Bonneval appelle aussi un sacrement dans son sermon sur l'ablution des pieds, qu'on peut lire dans les œuvres cardinales du Christ. Quant au nombre des sacrements proprement dits de l'Église, il se trouve exactement tel que maintenant dans les œuvres de Hugues de saint-Victor.
Voir notes de Horstius et Mabillon n°3.
3-1. Dans plusieurs manuscrits, ces mots, « d'où vient que notre volonté à nous est elle-même corrompue et comme remplie d'ulcères », manquent complètement, néanmoins on ne peut nier qu'ils se relient parfaitement à la suite du discours où il est parlé « du pus qui s'écoule des ulcères invétérés. »
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La Passion de Tullins
Pélerinage diocésain à Lourdes.
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