Le père Matteo, notre curé.

Horaires du 31 mai au 6 juin.
Horaires du 24 au 30 mai.
ÉgliseSaint-Bruno-les-Chartreux

Le maître autel de l'église.

Le baldaquin.

Saint Bruno.

Le baptistère.

L'autel de la Vierge.

Saint Matthieu.

Saint Marc.

Saint Luc.

Saint Jean.

Sanctus Spiritus

Gloria in excelsis

Vers la Jérusalem céleste.

in Œuvres complètes de saint Bernard , traduction de M. l'abbé Charpentier, tome quatrième, paris 1865.
De la trinité de Dieu et dans l'homme.
Dans toute âme raisonnable il y a comme une image de la Trinité.
La bienheureuse et sainte Trinité 1-1, Père, Fils et Saint-Esprit, Dieu unique, puissance, sagesse et bonté suprêmes, a créé une sorte de trinité à son image et à sa ressemblance, quand elle a fait l'âme raisonnable, où on trouve quelques vestiges de la suprême Trinité, en ce qu'elle est en même temps mémoire, raison et volonté. Or, Dieu l'a créée de telle sorte que, demeurant en lui, elle fût heureuse de son union avec lui, et qu'elle ne pût se détourner de lui sans être malheureuse de quelque côté qu'elle aille. Mais cette trinité créée aima mieux, par un mouvement de sa propre volonté, tomber, que se tenir debout par un acte de son libre arbitre avec la grâce de son auteur. Elle est donc tombée par la suggestion, par la délectation et par le consentement, du rang aussi élevé que beau de sa trinité, je veux dire de la puissance, de la sagesse et de la pureté, dans une sorte de trinité contraire et souillée, c'est-à-dire dans la faiblesse, dans l'aveuglement et l'impureté. En effet, sa mémoire est devenue impuissante et infirme, sa raison imprudente et ténébreuse, et sa volonté impure. Or, si la mémoire qui, tant qu'elle était debout, rappelait la puissance de la divinité dans sa simplicité, en tombant de ses mains, vint se rompre sur les rochers, s'il est permis de parler ainsi, et se brisa en trois morceaux qui sont les pensées affectueuses, les onéreuses et les oiseuses.
Trois chutes de la mémoire.
Par pensées affectueuses, j'entends celles où la mémoire se trouve affectée ; telles sont les préoccupations des choses nécessaires à la vie, du boire et du manger et le reste ; par onéreuses, j'entends les soucis des choses extérieures, et des occupations pénibles ; et par pensées oiseuses, je veux dire celles qui ne l'affectent ni ne la chargent, mais qui pourtant la détournent de la contemplation des choses éternelles ; telle est, par exemple, la pensée d'un cheval qui court, d'un oiseau qui vole.
Trois chutes de la raison
2. La raison a fait aussi une triple chute. En effet, elle était capable de discerner entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre ce qui est avantageux et ce qui ne l'est point. Or, quand il lui faut discerner entre ces choses maintenant, elle est si aveugle qu'il lui arrive bien souvent de juger tout le contraire de ce qui est, de prendre le mal pour le bien, le faux pour le vrai, le nuisible pour l'utile, et réciproquement. Or, elle ne se tromperait jamais ainsi dans ces matières si elle n'était point privée de la lumière avec laquelle elle a été créée. Mais, comme elle est déchue aussi, il est hors de doute qu'elle ne trouve plus autre chose maintenant que les ténèbres de son aveuglement. De là vient qu'elle a perdu l'instrument qui lui était nécessaire pour administrer ces choses, je veux parler du trivium de la sagesse, c'est-à-dire de l'éthique, de la logique et de la physique, autrement dites, science de la morale, science de l'observation et science de la nature, car l'éthique nous apprend à choisir le bien et à repousser le mal ; la logique, à discerner le vrai du faux, et la physique, à reconnaître ce qui est utile ou nuisible, c'est-à-dire ce qui, dans la pratique, doit être pris ou laissé.
La volonté a fait aussi une triple chute.
3. Vient ensuite la volonté dont la ruine est également triple. En effet, au lieu de demeurer attachée à la bonté et à la pureté souveraines et de n'aimer qu'elles, par un effet de sa propre iniquité, elle est tombée de ces hauteurs dans les bas-fonds où la concupiscence de la chair, celle des yeux et l'ambition du siècle lui font aimer les choses de la terre. Peut-il se concevoir une chute plus malheureuse que celle-là où, par la perte de la mémoire, de la raison et de la volonté, toute la substance de l'âme est atteinte d'un coup mortel.
La suprême Trinité a réparé la triple chute de la nature.
4. Mais cette chute, si grave, si ténébreuse, si souillée de notre nature, elle a été réparée par la bienheureuse Trinité qui s'est souvenue de sa miséricorde et qui a oublié nos fautes. Ainsi, le Fils de Dieu, envoyé par son Père, est venu, et il nous a donné la foi ; après le Fils, le Saint-Esprit fut envoyé à son tour et nous a appris et donné la charité. Avec ces deux biens, je veux dire avec la foi et la charité, nous est venue l'espérance de retourner vers le Père. Or, c'est par cette sorte de trinité, par la Foi, l'Espérance et la Charité, que, comme par une sorte de trident, la bienheureuse et immuable Trinité a ramené du fond de l'abîme, où elle était tombée, notre trinité muable, déchue et malheureuse. Ainsi, la Foi a éclairé sa raison, l'Espérance a relevé sa mémoire, et la Charité a purifié sa volonté. Lors donc que le Fils de Dieu est venu et s'est fait homme, comme je l'ai dit, lui qui était Dieu, il a fait, comme un bon médecin, des ordonnances dont l'exécution devait nous rendre le salut que nous avions perdu. Pour nous les faire accepter avec confiance, il fit des miracles, et, pour nous convaincre de leur utilité, il nous promit la béatitude.
Il y a trois sortes de foi : la foi aux préceptes, celle aux miracles et celle aux promesses. Croire en Dieu, Dieu et à Dieu.
5. On distingue donc la Foi aux préceptes, la foi aux miracles, et la foi aux promesses, en d'autres termes, la foi par laquelle nous croyons en Dieu, et celle par laquelle nous croyons Dieu. Croire en Dieu, c'est mettre en lui notre espérance et notre amour. C'est par la foi aux miracles que nous croyons Dieu, qui peut en opérer et qui peut tout. Par la foi aux promesses, nous croyons à Dieu qui accomplit exactement tout ce qu'il promet. De même on distingue aussi trois sortes d'espérance qui découlent des trois sortes de foi dont je viens de parler. En effet, la foi aux préceptes enfante l'espérance du pardon ; la foi aux miracles fait naître l'espérance de la grâce ; et la foi aux promesses, l'espérance de la gloire.
La charité aussi est triple : elle est d'un cœur pur, d'une conscience bonne et d'une foi non feinte.
On trouve aussi trois sortes de charité, car il y a celle qui vient « d'un cœur pur, celle qui naît d'une conscience bonne, et celle qu'enfante une foi non feinte ( 1 Tim. I, 5 ). » La pureté se rapporte au prochain, la conscience à nous et la foi à Dieu. Or, la pureté exige de nous que tout ce que nous faisons tende au bien du prochain et à la gloire de Dieu. Mais il est de la plus grande importance que nous prouvions cette pureté au prochain, car, si, pour ce qui est de Dieu, il n'y a point de secret en nous, il n'en est de même pour le prochain, qu'autant que nous lui ouvrons notre cœur.
Deux choses constituent la bonne conscience.
Deux choses font la bonne conscience : c'est la pénitence et la continence ; par l'une, en effet, nous expions les péchés que nous avons commis, et par la continence nous cessons d'en commettre d'autres qu'il faille expier ensuite ; voilà le devoir que nous avons à remplir envers nous. Après cela, vient la foi non feinte que nous devons avoir à cœur de prouver à Dieu, et qui ne saurait nous permettre ni de l'offenser à cause de l'amour que nous avons pour le prochain, ni de nous montrer moins soumis à ses commandements à cause de notre conscience que nous voulons maintenir dans l'humilité par la pénitence et par la continence ; voilà en quoi consiste la foi non feinte. La foi non feinte est mise ici par opposition avec la foi morte et la foi feinte. La foi morte est la foi sans les œuvres ; la foi feinte est celle qui ne croit que pour un temps, et qui s'évanouit à l'approche de la tentation ; voilà même d'où lui vient son nom de feinte ou fragile.
Récapitulation
6. Nous pouvons résumer tout ce que nous venons de dire en quelques mots seulement, pour le graver plus facilement dans la mémoire.
Différentes trinités.
Je dis donc qu'il y a la Trinité créatrice, Père, Fils et Saint-Esprit, des mains de laquelle est tombée la trinité créée, mémoire, raison et volonté. Il y a encore la trinité par laquelle la seconde est tombée, c'est la trinité suggestion, délectation et consentement : puis la trinité dans laquelle elle est tombée, la trinité impuissance, aveuglement et souillure, et enfin la trinité qui est tombée, c'est la trinité mémoire, raison et volonté. Chacun des termes de cette trinité a fait une trinité de chutes. La mémoire est tombée dans trois espèces de pensées qui sont les pensées affectueuses, les pensées onéreuses et les oiseuses. La raison est tombée aussi dans une triple ignorance ; l'ignorance du bien et du mal, du vrai et du faux, de l'utile et du nuisible. De même la volonté est tombée dans la concupiscence de la chair, dans celle des yeux, et dans l'ambition du siècle. Il y a encore la trinité par laquelle celle qui est tombée se relève, c'est la Foi, l'Espérance et la Charité, qui se subdivisent chacune en trois branches. En effet, il y a la foi aux préceptes, celle aux miracles et celle aux promesses. De même, il y a l'espérance du pardon, celle de la grâce et celle de la gloire ; et enfin la charité se divise en charité d'un cœur pur, d'une conscience bonne et douce, d'une foi non feinte.
___
1-1. Ce sermon se trouve reproduit en grande partie dans le livre VIII des Pleurs de saint Bernard, chapitres I et XXV, où il est parlé de la charité dans les termes où il en est parlé plus bas au n. 5.
⁂
Vous voyez bien que Dieu est présent en ce monde, puisque l’Esprit Saint vous est donné et qu’il fait de vous les membres du Christ. Et vous voyez bien que le lieu où Dieu se manifeste en ce monde, c’est l’Église, temple saint de l’Esprit Saint, œuvre divine, et non pas simple rassemblement humain qu’il serait au pouvoir des hommes de juger. Bien sûr, nous sommes pécheurs et hommes. Bien sûr, il y a dans l’Église tous les conditionnements et toutes les déterminations de l’histoire et des sociétés. Bien sûr, on peut nous regarder et nous voir de la façon dont les hommes se regardent les uns les autres. Mais ce n’est pas l’Église telle que Dieu nous donne de la voir. Nous devons voir l’Église avec les yeux mêmes dont le Christ la contemple et la reçoit. Car nous ne pouvons voir l’Église telle qu’elle est que dans le regard du Christ. Sinon, nous ne la voyons pas – pas du tout. Nous ne voyons qu’une association de chrétiens. Nous ne voyons pas l’Église que Dieu rassemble. Nous ne la saisissons pas dans le dessein d’amour de Dieu. Et l’Esprit lui-même qui nous donne cette puissance de regard est invisible, sauf quand il se rend perceptible dans la sainteté qu’il nous donne, dans le pardon qu’il nous donne, dans la vie qu’il nous donne, dans la force qu’il nous donne.
Ainsi frères, il nous faut entrer dans l’action de Dieu pour que Dieu se manifeste à nous et soit manifesté au monde. Et cela, Dieu le fait. De cela, Dieu seul est le juge et l’auteur. Il est donc absurde de penser que les choses vont bien ou vont mal pour l’Église. Cela n’a aucun sens. Il est absurde de juger qu’elle est en récession ou en progression. Ces mots-là n’ont aucune signification. Il n’y a, en dehors des sacrements, aucun critère qui permette d’établir que l’Esprit Saint est présent et agit, car Dieu seul le sait. Et la seule mesure pour nous, c’est de répondre à Dieu dans la foi et la fidélité, pour porter du fruit.
Alors, frères, entrez dans la joie de Dieu, accueillez l’Esprit qui nous est donné. Entrons dans cette œuvre de salut dont nous sommes nous-mêmes à la fois les instruments et les bénéficiaires. Temps de Pentecôte, temps de l’Église, notre temps. Temps béni du salut du monde. Temps de la grâce et du pardon. Temps de l’espérance que nous devons porter envers et contre tout. Espérant contre toute espérance, désormais habités par l’Esprit, nous devenons les témoins de l’Évangile du Christ.
Que le Seigneur vous comble de ses biens.
⁂
OEUVRES COMPLÈTES de saint Jean Chrysostôme Tome neuvième et tome dixième, Homélies sur les deux Épître aux Corinthiens, sur l'Épître aux Romains, sur l'Épître aux Éphésiens et sur l'Épître aux Galates.BAR-LE-DUC, L. GUÉR1N ,1806.
Commentaires sur les Épîtres de saint Paul
Homélie XXX.
Je vous écris ceci, étant absent, afin de n'avoir pas lieu, lorsque je serai présent, d'user avec rigueur de la puissance que le Seigneur ma donnée pour édifier et mon pour détruire. (2 Cor. XIII, 10. )
Analyse. 181.
1. Saint Paul cherche, dans ses lettres, à inspirer la terreur, pour être dispensé de punir en réalité.— Qu'est-ce que se réjouir ? — De la joie d'une bonne conscience. — Du saint baiser. — 2. Apostrophe aux impudiques profanant les temples de Jésus-Christ. — Sur la grâce, l'amour, la communication du Père, du Fils et du Saint-Esprit. — Le Saint-Esprit est de la même essence que le Père et le Fils. — 3. Dieu nous prouve son amour, surtout lorsqu'il nous commande de l'aimer. — Passages de l'Écriture qui témoignent de l'amour d'un Dieu attentif à tous nos intérêts, jusqu'à s'oublier lui-même pour nous.
1. Il s'est aperçu qu'il a parlé rudement, surtout à la fin de sa lettre. En effet, il avait commencé par dire : « Moi, Paul, moi-même, je vous conjure par la douceur, et par la modestie de Jésus-Christ, moi qui étant présent parais bas parmi vous, au lieu qu'étant absent, j'agis envers vous avec hardiesse. Je vous prie, afin que, lorsque je serai présent, je ne sois point obligé d'user avec confiance de cette hardiesse qu'on m'attribue envers quelques-uns qui s'imaginent que nous nous conduisons selon la chair. Ayant en notre main le pouvoir de punir toute désobéissance lorsque vous aurez satisfait à tout ce que l'obéissance demande de vous ». Et encore : « J'appréhende qu'en arrivant auprès de vous, je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que vous ne me trouviez pas tel que vous voudriez » ; et encore : « Qu'ainsi Dieu ne m'humilie lorsque je serai arrivé auprès de vous, et que je ne sois obligé d'en pleurer plusieurs qui, ayant déjà péché, n'ont pas fait pénitence de leur fornication et de leur impureté » ( 2 Cor. X, 1, 2, 6 ; XII, 20, 21 ). Ensuite il avait ajouté : « Je vous ai prévenus et je vous préviens encore, au moment de vous aller voir, j'ai beau être loin de vous, je vous écris maintenant que, si je reviens, je ne pardonnerai pas. Est-ce que vous voulez éprouver le Christ qui parle en moi » ( 2 Cor. XIII, 2, 3 ) ? Après ces paroles et beaucoup d'autres, sévères, incisives, amères, où il les harcelle, il sent le besoin de justifier tout ce qu'il a dit : « Je vous écris ceci, étant absent, afin de n'avoir pas lieu, lorsque je serai présent, d'user avec rigueur… » Je veux que ma rigueur soit tout entière dans mes lettres, je ne tiens pas à la mettre dans mes actions ; je veux que mes épîtres soient violentes, afin que les menaces y restent, sans aboutir à l'effet. Toutefois il donne, en se justifiant, une explication faite pour inspirer la terreur ; il montre que ce n'est pas lui qui doit punir, que c'est Dieu lui-même, car il ajoute : « De la puissance que le Seigneur m'a donnée » ; et maintenant il montre que son désir n'est pas du tout de faire servir sa puissance à leur châtiment, car il ajoute : « Pour édifier et non pour détruire ». Cette pensée, il ne l'indique qu'à mots couverts, comme je l'ai remarqué ; mais voici une autre pensée, qu'il a livrée à leurs réflexions : c'est que, s'ils demeurent in corrigibles, c'est faire une œuvre d'édification que de châtier de pareilles dispositions. C'est la vérité, l'apôtre ne l'ignore pas, et il a donné des preuves réelles de cette vérité. « Enfin, mes frères, soyez dans la joie, travaillez à être parfaits, consolez-vous, soyez unis d'esprit, vivez en paix ; et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous ( 11 ) ». Qu'est-ce à dire : « Enfin, mes frères, réjouissez-vous ? » Vous nous avez affligés, remplis de craintes, d'angoisses, vous nous avez dit d'avoir peur, de trembler, comment pouvez-vous nous inviter à nous réjouir ? C'est précisément pour cette raison que je vous invite à vous réjouir. Si, en effet, votre conduite répond à mes avertissements, rien ne viendra troubler la joie. J'ai fait tout ce qui dépendait de moi : j'ai montré de la patience, j'ai attendu, je n'ai rien brusqué, j'ai exhorté, conseillé, inspiré la crainte, menacé, employé tous les moyens pour vous porter à cueillir le fruit du repentir. Ce qu'il faut maintenant, c'est que vous fassiez ce qui dépend de vous, et, de cette manière, votre joie ne se flétrira pas. « Travaillez à être parfaits ». Qu'est-ce que cela veut dire : « Travaillez à être parfaits ? » Devenez des hommes complets, remplissez-vous de ce qui vous manque. — Consolez-vous. — Comme les épreuves étaient grandes, comme les dangers étaient considérables, Consolez-vous », leur dit-il, les uns les autres, et auprès de nous, et en vous corrigeant, en vous améliorant. Si la joie vient de la conscience, si vous êtes parfaits, rien ne manque à votre tranquillité, à votre consolation. Rien, en effet, ne console tant qu'une conscience pure, quand les épreuves tomberaient sur nous par milliers, « Soyez unis d'esprit, vivez en paix » ; ce qu'il demandait dans la première épître, dès les premiers mots. Il peut se faire qu'il y ait accord dans les esprits, et qu'on ne vive pas en paix, comme dans le cas où l'on est d'accord sur l'enseignement de la foi, mais divisé par les affaires. Paul tient à l'union des esprits et à la paix tout ensemble. « Et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous ». L'apôtre ne se contente pas d'exhortations, d'avertissements, il y joint encore ses vœux. Ou il exprime les vœux qu'il forme, ou il prédit ce qui arrivera ; croyons plutôt qu'il fait, à la fois, les deux choses. Si vous tenez cette conduite, dit-il, ce qui signifie, si vous êtes unis d'esprit, si vous vivez en paix, Dieu sera avec vous ; car c'est le Dieu d'amour et de paix, ce sont là les biens qui le réjouissent et qui lui plaisent. Par là aussi vous aurez la paix qui vient de son amour ; par là, vous serez délivrés de tous les maux. C'est l'amour de Dieu qui a sauvé la terre, qui a terminé la guerre commencée depuis si long temps, qui a mêlé la terre et le ciel, qui a fait que les hommes sont devenus des anges. Donc aimons-le, cet amour, nous aussi ; car d'innombrables biens sont les fruits de cet amour. C'est par lui que nous avons été sauvés, c'est par lui que nous viennent tous les présents d'un ineffable prix. Ensuite, pour provoquer cet amour au milieu des fidèles : « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser ( 13 ) ». Qu'est-ce à dire « Saint ? » Non pas un baiser trompeur, perfide, comme celui de Judas à Jésus-Christ. Si le baiser nous a été donné, c'est pour être le foyer où s'embrase l'amour, pour enflammer l'affection, pour que nous nous aimions les uns les autres, commes les frères aiment leurs frères ; comme les enfants aiment leurs pères ; comme les pères aiment leurs enfants ; ou plutôt d'un amour bien plus vif ; ces sentiments-là viennent de la nature ; les autres de la grâce. Voilà comment les âmes se lient entre elles, et voilà pourquoi, au retour d'un voyage, nous nous donnons le baiser mutuel, les âmes s'empressent de se réunir. La bouche est de tous nos organes, celui qui se plaît le plus naturellement à déclarer l'amour.
2. On peut encore, à propos de ce saint baiser, faire une autre réflexion. Quelle est-elle ? Nous sommes le temple de Jésus-Christ, ( 2 Cor. 6, 16 ) ; ce sont donc les vestibules, le portique du temple que nous baisons, quand nous nous donnons les uns aux autres le baiser mutuel. Ne voyez-vous pas combien de personnes baisent les vestibules mêmes de cette église, les uns abaissant leur tête, les autres y appuyant leur main, et approchant leur main de leur bouche ? C'est par ces issues, par ces portes qu'est entré le Christ, qu'il entre pour venir à nous dans la communion. Vous qui participez aux mystères, vous savez ce que je dis. Ce n'est pas un honneur vulgaire qui est fait à notre bouche, lorsqu'elle reçoit le corps du souverain Maître. Voilà surtout pourquoi nous donnons le baiser. Écoutez nos paroles, vous qui faites entendre des choses honteuses, vous qui proférez des outrages, et frémissez d'horreur en pensant quelle est cette bouche que vous déshonorez ; écoutez vous qui donnez de honteux baisers ; écoutez les oracles que Dieu a prononcés par une bouche comme la vôtre, et sachez donc conserver votre bouche pure de toute souillure. Il a parlé de la vie à venir, de la résurrection, de l'immortalité, de la mort qui n'est pas une mort, de mille autres vérités ineffables. C'est comme un sanctuaire d'où partent des oracles, que la bouche du prêtre, pour celui qui doit être initié.
Écoutons tout ce qui est rempli de redoutables mystères. Cet homme, depuis les temps de ses premiers parents, a perdu ce qui fait la vie, il s'approche pour redemander sa vie, il interroge pour savoir quels sont les moyens de la retrouver, de la reconquérir. Alors Dieu lui fait entendre, par ses oracles, comment on trouve la vie, et la bouche du prêtre est plus saintement redoutable que le propitiatoire même. Car ce propitiatoire antique ne faisait jamais entendre une voix pareille ; il ne s'agissait pour lui que d'intérêts bien moindres, des guerres et de la paix d'ici-bas ; mais chez nous, on ne parle que du ciel, et de la vie future, et de choses nouvelles, et qui dépassent les esprits. Après avoir dit : « Saluez-vous les uns les autres, par un saint baiser », l'apôtre ajoute : « Tous les saints vous saluent », voulant encore, par ces paroles, leur donner de bonnes espérances. C'est pour leur tenir lieu du saint baiser ; il se sert de la formule de la salutation, pour les réunir tous ensemble ; c'est la même bouche qui donne le baiser et qui fait entendre ces paroles. Voyez-vous comment l'apôtre les réunit tous, aussi bien ceux que séparent de longues distances, que ceux qui vivent les uns auprès des autres, et cela, soit par le baiser, soit par ses lettres ? « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et l'amour de Dieu le Père, et la communication du Saint-Esprit soit avec vous tous. Amen ( 13 ) ». Après les salutations, les baisers, dont le but est d'opérer l'union des fidèles, vient, pour terminer, une prière pour cimenter l'union des fidèles avec Dieu.
Où sont maintenant ceux qui disent que le Saint-Esprit n'ayant pas été nommé au commencement des épîtres n'est pas de la même substance ? Le voilà nommé maintenant avec le Père et le Fils. Indépendamment de cette réflexion, on peut en faire une autre, c'est que l'apôtre dit, dans son épître aux Colossiens : « Que la grâce et la paix vous soient données par Dieu notre Père » ( Coloss. 1, 3 ) ; et il passe le Fils sous silence, et il n'ajoute pas, comme dans toutes les épîtres, et par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sera-ce donc une raison pour que le Fils ne soit pas non plus de la même substance ? Mais c'est le comble de la démence. Car ce qui prouve le plus que le Fils est de la même substance, c'est la diversité même des phrases de Paul. Nous n'exprimons pas ici une simple conjecture ; voyez dans quelles circonstances il nomme le Fils et l'Esprit, en passant le Père sous silence. Il écrit aux Corinthiens et leur dit : « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et dans l'Esprit de notre Dieu ( 1 Cor. 6, 11 ) ». Eh quoi donc, répondez-moi, n'avaient-ils pas été baptisés au nom du Père ? Donc ils n'avaient été ni lavés ni sanctifiés. Mais ils avaient été baptisés, baptisés, par conséquent, comme le sont ceux qu'on baptise. Comment donc se fait-il que l'apôtre n'ait pas ajouté : vous avez été lavés au nom du Père ? C'est qu'il lui est indifférent de mentionner tantôt telle personne, tantôt telle autre, et vous trouverez la preuve du peu d'importance que l'apôtre y attache dans un grand nombre de passages des épîtres. En effet, il écrit aux Romains : « Je vous conjure donc, par la miséricorde de Dieu » ( Rom. 12, 1 ) ; assurément la miséricorde appartient également au Fils ; et : « Je vous conjure, par la charité du Saint-Esprit » ( Rom. 45, 30 ) ; assurément la charité appartient également au Père. Pourquoi donc ne parle-t-il pas de la miséricorde du Fils, ni de la charité du Père ? Parce que ce sont des vérités évidentes, reconnues de tous. De là son silence. On trouvera aussi, à propos des dons divins, la même indifférence dans les paroles. Car en disant : « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et l'amour de Dieu le Père, et la communication a du Saint-Esprit », il n'en dit pas moins ailleurs la communication du Fils et l'amour de l'Esprit. Car « Je vous conjure », dit-il, par l'amour de l'Esprit. Et dans l'épître aux Corinthiens : « Il est fidèle, ce Dieu par qui vous avez été appelés à la communication de son Fils » ( 1 Cor. 1, 9 ). Ainsi, la Trinité est indivisible, et où se trouve la communication de l'Esprit, se trouve aussi celle du Fils ; et où se trouve la grâce du Fils, se trouve aussi celle du Père et du Saint-Esprit : « Car la grâce », dit-il, « vous vient de Dieu le Père ». Et, dans un autre passage, après avoir énuméré les nombreuses espèces de grâces, il ajoute : « Or, ce qui opère toutes ces choses, c'est un seul et même Esprit, distribuant ces dons en particulier à chacun, selon qu'il lui plaît » ( 1 Cor. 11, 11 ). Ce que je dis, ce n'est pas pour confondre les personnes, loin de moi cette erreur, mais pour reconnaître, tout à la fois, la propriété qui les distingue, et l'unité de leur essence.
3. Demeurons donc attachés à ces dogmes, maintenons-en la pureté, et emparons-nous de l'amour de Dieu. D'abord, nous n'avions pour lui que de la haine, et il a commencé par nous aimer ; nous étions ses ennemis, et il nous a communiqué ses faveurs ; maintenant nous l'aimons et il veut nous aimer. Demeurons donc attachés à son amour, de manière à être aimés de lui. Si, quand nous sommes aimés des hommes puissants, nous devenons redoutables pour tous, à plus forte raison, quand c'est Dieu qui nous aime. Nos biens, nos corps, notre vie même, quoi qu'il faille donner, livrons tout pour son amour, ne ménageons rien. Il ne suffit pas des paroles qui disent que nous ressentons cet amour, il faut des actions qui le prouvent ; ce n'est pas seulement par des paroles, c'est aussi par des actions qu'il a prouvé son amour pour nous. Montrez donc, vous aussi, montrez, par vos actions, que vous l'aimez, que vous cherchez son plaisir ; car vous profiterez ainsi doublement. Il n'a aucun besoin de nous ; et que c'est bien là la plus belle preuve de la pureté de son amour, que de n'avoir aucun besoin, et de ne pas cesser de tout faire pour être aimé de nous ! Aussi Moïse disait-il : « Que demande de vous le Seigneur votre Dieu, sinon que vous l'aimiez, que vous soyez prêts à marcher dans ses voies » ( Deut. 10, 12 ) ? De sorte que c'est surtout en vous invitant à l'aimer, qu'il montre son amour pour vous. Rien n'assure aussi solidement notre salut que de l'aimer. Voyez donc comme tous ses commandements tendent à notre repos, à notre salut et à notre gloire. Quand il dit : « Bienheureux les miséricordieux ; bienheureux ceux qui ont le cœur pur ; bienheureux ceux qui sont doux ; bienheureux les pauvres d'esprit ; bienheureux les pacifiques » ( Matth. 5, 7, 8, 4, 3, 9 ), lui-même n'en retire aucun fruit, c'est pour nous embellir de la sagesse des vertus qu'il nous donne ces commandements ; quand il dit : « J'ai eu faim », ce n'est pas qu'il ait besoin de nous, c'est pour répandre sur vous l'onction de la bonté. Car il pouvait, même en se passant de vous, nourrir le pauvre, mais il a voulu réserver en votre faveur le plus précieux de tous les trésors ; de là ces commandements. Si le soleil, qui n'est qu'une créature, n'a aucun besoin de nos yeux, ( car il subsiste, gardant l'éclat qui lui est propre, alors même que nul ne le contemple ), si c'est nous qui recevons de lui des bienfaits, en jouissant de ses rayons, à combien plus forte raison faut-il appliquer de telles paroles à Dieu. Mais encore une autre preuve, écoutez : Quelle idée vous faites-vous de la distance entre Dieu et nous ? est-ce comme entre les moucherons et nous ? faut-il concevoir un intervalle beaucoup plus grand encore ? Évidemment, la distance est bien plus considérable, distance infinie. Si donc nous, que la vaine gloire gonfle, nous n'avons besoin ni du secours des moucherons, ni de la gloire qu'ils donnent, à bien plus forte raison faut-il appliquer cette réflexion à Dieu, si fort au-dessus de toutes les passions de l'homme et de tous les besoins. Il ne jouit de nous qu'en raison des bienfaits que nous recevons de lui, du plaisir qu'il prend à notre salut. Voilà pourquoi, si souvent, il s'oublie pour vous. « Si un fidèle », dit l'apôtre, a une femme infidèle, et si elle consent à demeurer avec lui, qu'il ne la renvoie pas. Celui qui renvoie sa femme, si ce n'est en cas d'adultère, la rend adultère » ( 7 Cor. 7, 12 ; Matth. 5, 32 ). Comprenez-vous l'ineffable bonté ? Si la femme est adultère, dit-il, je ne vous force pas à la cohabitation ; et si elle est infidèle, je ne l'interdis pas. Voyez encore ; dans le cas d'une offense, voici ce que j'ordonne : C'est qu'avant de m'apporter son offrande, celui qui a quelque chose contre quelqu'un, coure à qui l'a offensé : « Si, lorsque vous présenterez votre offrande, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre don au pied de l'autel, et allez vous réconcilier auparavant avec votre frère, et puis vous reviendrez offrir votre don » ( Ibid. 5, 23, 24 ). Et la parabole de l'enfant prodigue ? n'est-ce pas encore la preuve de la même bonté ? Quand il eut mangé tant d'argent, son père eut pitié de lui, et lui pardonna ; quand l'homme sans entrailles réclame cent deniers à son compagnon d'esclavage, le maître appelle le méchant et le livre au châtiment ; c'est ainsi que les preuves abondent de cette bonté qui veut votre soulagement et votre repos. Le roi barbare allait pécher contre la femme de l'homme juste, et Dieu lui dit : « Je vous ai préservé d'un péché contre moi » ( Gen. 20, 6 ). Paul persécutait les apôtres, et Dieu lui dit : « Pourquoi me persécutez-vous » ( Act. 9, 4 ) ? D'autres ont faim, et il dit lui-même qu'il a faim, qu'il est nu, errant, étranger, voulant par là fléchir votre cœur et vous porter à la miséricorde. Donc, considérant l'étendue de l'amour qu'il a toujours montré et qu'il continue de montrer, lui qui veut bien se faire connaître à nous, ce qui est la source la plus abondante de tous les biens, la lumière de l'intelligence, l'enseignement de la vertu ; lui, qui nous fait une loi de la vie la plus aimable, qui a tout fait à cause de nous, qui nous a donné son Fils, qui nous a promis sa royauté, qui nous a préparé les biens inénarrables et la vie la plus heureuse, faisons de notre côté, par nos actions, par nos discours, faisons tout pour nous rendre dignes de son amour et pour mériter les biens à venir ; puissions-nous tous entrer dans ce partage, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Traduit par M. C. Portelette.
⁂
Ce site est construit et entretenu par la paroisse à partir de Debian Linux et Bootstrap. Il fait l'objet d'une diffusion limitée sans archivage. Les personnes qui souhaiteraient faire enlever leur nom du site sont invitées à adresser un message à la paroisse.