Le père Matteo, notre curé.

Je vous invite à constater, en page 3 du bulletin paroissial, le résumé de l'évolution des dépenses et recettes de la paroisse de 2024 à 2025.
Horaires du 29 mars au 4 avril.
Horaires du 22 au 28 mars.
Chers paroissiens,
Le Carême est un chemin de transformation qui nous prépare à la joie de Pâques. Pour habiter ce temps de conversion, Je vous propose plusieurs rendez-vous à la fois culturels et spirituels. Musique, témoignage et théâtre s'unissent pour nous aider à tourner nos cœurs vers la Lumière.
Cycle de méditations scéniques
La troupe AUDI FILIA nous accompagne durant trois soirées pour explorer la vie intérieure et le chemin du salut.
Jeudi 26 mars : 20h00 – 21h30
LA PRIÈRE DU CHRÉTIEN : Lecture scénique d'après la méditation du "Notre Père" de Sainte Thérèse d'Avila.
Vendredi 27 mars : 20h00 – 21h30
PRÉLUDE : Une allégorie poétique de Jean Dysmas sur le chemin de l'âme vers la plénitude. Interprété par Damien, Marie-Anne et Baptiste Masson.
Samedi 28 mars : 18h30 – 20h00
AU-DELÀ DU VITRAIL : Commentaire de l’allégorie Prélude par le comédien-scénographe Baptiste Masson.
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Dimanche des Rameaux et de la Passion.

Le maître autel de l'église.

Le baldaquin.

Saint Bruno.

Le baptistère.

L'autel de la Vierge.

Saint Matthieu.

Saint Marc.

Saint Luc.

Saint Jean.

Sanctus Spiritus

Gloria in excelsis

Vers la Jérusalem céleste.

Œuvres complètes de saint Bernard, Traduction par M. l'Abbé Charpentier docteur en théologie, Tome VI le la librairie numérique de la paroisse, Paris 1865.
Motifs qui font lire la passion le jour des Rameaux.
1. Ce n'est pas sans raison que l'Église, qui est animée en même temps de l'esprit de son époux et de Dieu, a, par un rapprochement aussi nouveau qu'étonnant, placé aujourd'hui la lecture de la passion de notre Seigneur avec la procession des rameaux ; car si la procession a ses chants de triomphe, la passion a ses gémissements et ses larmes. Or, puisque nous nous devons également aux sages et aux insensés, voyons quel fruit les uns et les autres peuvent recueillir de cette coïncidence. Et d'abord qu'enseigne-t-elle aux gens du monde, car ce n'est point l'esprit mais l'animal qui vient au premier rang ( Cor. XV, 46 ) ? Que l'âme mondaine remarque donc et se pénètre bien de ceci, c'est que la joie finit toujours par laisser la place à la tristesse. Voilà pourquoi celui qui, pour le reste, a voulu commencer par agir avant d'enseigner ( Act. I, 1 ), et, prêcher d'exemples, avant de le faire de bouche, a montré clairement à tous les yeux, dans sa personne, lorsqu'il se fut fait chair, ce qu'il avait longtemps d'avance annoncé par son Prophète en ces termes : « Toute chair n'est que de l'herbe et toute sa gloire est semblable à l'éclat de la fleur des champs ( Isa. XI., 6 ). »
Inconstance de la gloire de ce monde.
Si donc il a voulu entrer en triomphe à Jérusalem, c'est parce qu'il savait que le jour des ignominies de la passion approchait pour lui. Quel homme, maintenant, osera faire quelque fond sur la gloire temporelle si inconstante, quand il verra, pour celui même qui n'a point fait le péché, pour le créateur des temps, et l'artisan de l'univers, de si profondes humiliations succéder à de si grands honneurs ; le Christ successivement mis à l'épreuve des outrages et des mauvais tourments, et finalement placé au rang des scélérats, dans la même ville, et dans le même temps où il avait reçu des honneurs divins, et par le même peuple qui l'avait accompagné en chantant les louanges ? Telle est la fin de toute joie qui passe, tel est le fruit de la gloire temporelle. Aussi le Prophète demande-t-il dans une prière pleine de prudence, que sa gloire chante les louanges du Seigneur sans qu'il ait ensuite à ressentir les poignantes atteintes des revers ( Psal. XXIX, 13 ). C'est-à-dire, qu'il ait son cortège de gloire sans connaître ensuite les humiliations de la passion.
2. Mais à vous, mes bien-aimés, je veux parler de choses spirituelles comme à des hommes spirituels eux-mêmes, et montrer, dans la procession, la gloire de la céleste patrie, et, dans la passion, la voie qui y conduit. En effet, dans la procession vous vous êtes représenté en esprit, dans quels transports de joie et d'allégresse, nous nous sentirons un jour enlevés dans les airs au devant de Jésus-Christ ; vous avez senti votre cœur enflammé du désir de voir le jour où le Christ Notre-Seigneur et votre chef sera reçu avec tous ses membres, dans la céleste Jérusalem, triomphant et victorieux, aux applaudissements, non plus de ses compatriotes de la terre, mais des troupes angéliques et des peuples des deux Testaments qui s'écrieront ensemble : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ( Matt. XXI, 9 ) : » Vous vous êtes, dis-je, représenté dans la procession le but de notre voyage, je veux vous montrer maintenant dans la passion, la honte qui conduit à ce terme.
La passion et la croix ou les épreuves, sont la voie qui conduit à la gloire.
En effet la voie de la vie se trouve dans les tribulations présentes, c'est là qu'est la voie de la gloire et de la patrie, la voie qui conduit au royaume, selon ce que dit le bon larron du haut de la croix, quand il s'écrie : « Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez arrivé dans votre royaume ( Luc. XXIII, 42 ). » Il voyait sur la route de son empire celui qu'il priait de se souvenir de lui quand il y serait arrivé, et il y arriva lui-même en effet ; mais vous voulez savoir combien courte est la voie qui y mène, rappelez-vous qu'il mérita d'y entrer le même jour avec le Seigneur. Ce qui rend facile à supporter les épreuves de la passion, c'est la gloire du triomphe, car il n'y a plus rien de difficile pour celui que l'amour inspire.
La procession du jour des Rameaux représente le ciel.
3. Ne vous étonnez point si je dis que la procession de ce jour est une image du ciel, puisque c'est le seul même Dieu qui est reçu dans l'une et dans l'autre, bien que d'une manière bien différente pour les uns et pour les autres. En effet, dans le cortège de la terre, c'est monté sur un animal sans raison que le Christ s'avance, dans celui du ciel, au contraire, il doit encore se trouver une bête de somme, mais celle-là sera une bête raisonnable, car il est dit : « Vous sauverez Seigneur les bêtes et les hommes ( Psal. XXXV, 7 ), » ce qui se rapporte parfaitement à cette autre parole du même prophète : « Je me suis trouvé devant vous comme une bête de somme, » or, voyez à ce qui suit, s'il ne parlait point d'un cortège, « vous m'avez tenu de la main droite, continue-t-il, vous m'avez conduit au gré de votre volonté, et vous m'avez comblé de gloire en me recevant ( Psal. LXXII, 23 ). »
Le baptême des enfants.
Bien plus, le petit ânon lui-même ne fera point non plus défaut dans ce cortège, car n'en déplaise à l'hérésie 3-1 qui veut éloigner les petits enfants en les excluant du baptême, celui qui s'est fait tout petit enfant et qui a commencé par appeler à lui d'abord une troupe d'enfants, je veux parler des saints Innocents, n'excluera point aujourd'hui les enfants de la grâce, car il n'y a rien d'inconvenant pour sa bonté ni de difficile pour sa majesté, à suppléer en eux, par la grâce, au défaut de la nature. Dans ce cortège ce ne sont plus des branches d'arbres ni de pauvres vêtements que le flot populaire étendra sous ses pieds, mais les saints animaux de l'Écriture abaisseront leurs ailes, les vingt-quatre vieillards déposeront leurs couronnes au pied du trône de l'Agneau, et toutes les puissances angéliques lui rapporteront et lui rendront tout ce qu'elles ont de gloire et d'éclat.
Trois sortes d'hommages sont rendus à Jésus-Christ dans la procession de ce jour.
4. Mais puisque j'en suis venu à vous parler de la monture du Christ, des vêtements de la foule, et des branches d'arbres jetées sous ses pas, il faut remarquer que, dans cette marche triomphale, le Sauveur reçut trois sortes d'hommages, il reçoit le premier de sa monture, le second de ceux qui étendent leurs vêtements le long de la route, et le troisième de ceux qui coupent des branches d'arbres pour les jeter à ses pieds. Est-ce que le reste des assistants ne contribue point à l'éclat du triomphe, en offrant ce qu'ils ont à leur disposition et ne rendent pas avec bonheur hommage à Notre-Seigneur ? N'y a-t-il que la bête de somme qui se plie à son service ? Répondrai-je à cette question pour vous donner une consolation, où bien garderai-je le silence de peur de vous exposer à des sentiments d'orgueil ? N'êtes-vous point la monture sur laquelle le Sauveur s'avance, vous qui, selon le précepte de l'Apôtre, glorifiez et portez Dieu dans votre corps ( I Cor. VI, 20 ) ? Les hommes du monde ne mettent, en effet, au service du Seigneur, que les biens de la fortune, non pas leur propre corps ; seulement ce qui touche le corps et les biens qui lui sont nécessaires, voilà ce qu'ils offrent à Dieu, quant ils font l'aumône. Quant à nos prélats ils ne font eux aussi que couper des branches aux barres, lorsque, par exemple, ils nous prêchent la foi et l'obéissance d'Abraham, la chasteté de Joseph, la douceur de Moïse, et les vertus des autres saints. Ils puisent, il est vrai, à pleines mains, dans de riches trésors, mais il leur a été dit de donner pour rien ce qu'ils ont reçu gratis. Cependant, si chacun d'eux est fidèle dans son ministère, il se trouve dans le cortège du Sauveur, et entre, avec lui, dans la sainte cité. Le Prophète avait prévu qu'il y en aurait trois de sauvés, c'est Noé d'abord qui a coupé des branches d'arbres pour la construction de l'arche, puis Daniel qui est devenu, par la vile nourriture dont il se contenta et le travail de la pénitence, comme la monture qui porte le Sauveur, et enfin ce saint homme Job qui fait usage des biens de ce monde et recouvre les membres glacés des pauvres de la toison de ses brebis. Mais dans ce cortége, quel est celui qui approche le plus de Jésus ? De ces trois sortes de gens, quels sont ceux qui sont le plus près du salut ? C'est, je pense, ce qu'il ne vous est pas bien difficile de décider.
3-1. L'hérésie des Henriciens dont il est parlé dans la lettre deux cent quarante et unième. Elle fut embrassée par quelques habitants de Cologne. Saint Bernard la réfute dans ses sermons soixante-cinquième et soixante-sixième sur le Cantique des cantiques.
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Traduction Française Des Oeuvres Complètes De Saint Jean Chrysostome Sous La Direction De M. Jeannin, tome VII, Homélie VII, 1863.
Soyez dans les mêmes sentiments que Jésus-Christ, qui ayant la forme de Dieu, n'a pas cru que ce fut pour lui une usurpation d'être égal à Dieu, mais qui s'est anéanti lui-même en prenant la forme d'esclave etc. ( Philippiens II. )
Analyse. 43
1. Le Seigneur Jésus ne craignant pas qu'on l'accusât de rapine pour son titre et sa nature d'égal de Dieu, ne craint pas de déposer ce titre, de cacher cette nature. Il s'anéantit par humilité et non par nécessité. — 2. Il est fait semblable à l'homme, parce qu'il en prend la nature, — mais non, comme le veut Marcion, par un faux semblant d'incarnation. — Il s'anéantit, mais sans cesser d'être Dieu, comme le voudraient Paul de Samosate et Arius. — 3 . Son incarnation ne nuit pas à sa nature divine. — Son obéissance humble jusqu'à la mort de la croix n'empêche pas son égalité avec Dieu le Père. — 4. Grandeur du nom de Jésus, qui lui a été donné en récompense. — 5 et 6. L'humilité nous élève au-dessus de nous-mêmes. L'orgueil nous ravale au-dessous de la brute.
1. Nous avons exposé et réfuté les systèmes hérétiques ; il est temps, maintenant, de développer nos saintes vérités. Ces paroles : « Il a n'a pas cru usurper », d'après eux, ne signifient que : « Il n'a pas usurpé ». D'après nous, et nous l'avons fait voir, ce sens est ridicule et absurde, puisque jamais on ne pourrait, dans un sens pareil, trouver dans ce passage une exhortation à l'humilité ; puisqu'on ne pourrait louer ainsi Dieu, ni même un homme vulgaire.
Que devons-nous donc croire ici ? Appliquez-vous, mes frères, à bien suivre notre discours. C'est le préjugé du grand nombre, que s'ils se conduisent avec humilité, ils compromettront leur dignité personnelle, perdront dans l'estime publique, et descendront au-dessous de leur niveau réel. L'apôtre combat cette crainte orgueilleuse, et, pour montrer que tels ne doivent pas être nos sentiments, il monte jusqu'à la divinité même : ce Dieu, Fils unique, qui est dans la forme de Dieu, qui n'a rien de moins que son Père, qui lui est égal, n'a pas regardé, nous dit-il, comme une rapine ni comme une usurpation son égalité avec Dieu. Or, comprenez bien ces dernières paroles.
Un bien que vous auriez ravi ou que vous posséderiez sans aucun droit, vous n'oseriez pas le déposer même un instant ; vous craindriez de le perdre, d'en déchoir ; aussi le gardez-vous continuellement en vos mains. Au contraire, celui qui tient de la nature une dignité quelconque, celui-là ne craint pas de descendre de sa dignité, parce qu'il n'a pas à redouter de la perdre. Un exemple. Absalon avait ravi le pouvoir ; il n'aurait osé l'abdiquer. Autre exemple. Mais ne vous troublez pas si nos comparaisons ne peuvent représenter parfaitement et intégralement leur objet : c'est le propre de ce genre d'arguments de laisser à l'esprit plus à deviner qu'ils n'expliquent. Je dis donc : Un usurpateur, révolté contre son prince, lui a ravi le sceptre : ne craignez pas qu'il ose ni déposer le pouvoir, ni dissimuler même cette autorité qu'il a ravie ; dès qu'il la dissimule, il la perd. Au reste cet exemple s'applique à tout bien ravi : le ravisseur toujours veille sur sa proie, et la garde continuellement ; s'il s'en dépouille un instant, il la perdra ; de sorte qu'on peut dire en général, que tout voleur craint de se séparer de l'objet volé, et qu'il garde toujours le bien sur lequel il a mis la main ; tandis qu'une crainte semblable ne se rencontre pas dans ceux qui ne possèdent rien par rapine : ainsi l'homme craint bien peu de perdre sa raison, qui fait sa dignité… J'avoue, toutefois, ne pas trouver d'exemples satisfaisants : nous ne tenons, pauvres humains, aucune royauté de par la nature ; aucun bien même ne nous est naturel, puisque tous et chacun appartiennent essentiellement et en toute propriété à Dieu seul.
43-44.
Que dirons-nous donc ? Que le Fils de Dieu n'a pas appréhendé de descendre de sa dignité, bien sûr qu'il était de la recouvrer ; et qu'il l'a cachée sans croire pour cela s'amoindrir. Aussi l'apôtre n'a-t-il pas dit de Jésus-Christ qu'il « n'a pas usurpé », mais bien qu'il « n'a pas cru « usurper ». Sa souveraineté, en effet, ne venait ni de rapine, ni de donation faite par autrui ; elle était sa nature, et par suite immuable et assurée. Aussi n'hésite-t-il pas, roi suprême, à revêtir l'extérieur d'un de ses sujets. Un tyran craint de dépouiller à la guerre son manteau de pourpre ; un roi s'en défait avec confiance. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas usurpé le commandement. Il est loin de ressembler à l'usurpateur qui ne s'en dépouille jamais ; il le dissimule et le cache, parce qu'il le possède par nature et qu'il ne peut le perdre. Je conclus : L'égalité avec Dieu n'était pas pour Jésus-Christ une usurpation, mais bien sa nature même ; aussi s'est-il anéanti.
Mais où sont ceux qui prétendent qu'il subit alors une nécessité, qu'il fut réduit à se soumettre ? Il s'anéantit « lui-même », a dit saint Paul ; il s'humilia « lui-même », il « se fit » obéissant jusqu'à la mort. Comment il « s'anéantit », l'apôtre le montre : « en prenant la forme de l'esclave, en se faisant à la ressemblance des hommes, étant reconnu homme par tout son extérieur ». Il se rappelle qu'il vient d'écrire : « Que chacun croie les autres au-dessus de soi ». Aussi ajoute-t-il de Jésus-Christ lui-même : « Il s'est anéanti ». En effet, s'il avait subi l'abaissement, mais non spontanément, mais non d'après sa volonté même, ce n'eût pas été un acte d'humilité. S'il n'a pas su, par exemple, que ce sacrifice lui était demandé, cette ignorance en lui est une imperfection. A-t-il seulement attendu, faute de la connaître, l'heure où il devait l'accomplir ? Encore ici, c'est une ignorance du temps. Et s'il a connu l'obligation de le faire et l'heure de l'accomplir, pourquoi direz-vous qu'il ait été contraint de se soumettre ? — Pour montrer, direz-vous, la prééminence de son Père sur lui. — Mais alors il aboutissait à montrer non pas la prééminence de son Père, mais sa propre bassesse. Car le nom de Père ne suffit-il pas pour indiquer la prérogative du Père ? Or, à cette seule exception près qu'il n'est point le Père, nous trouvons dans le Fils identité complète et en tout avec le Père. Ce titre de Père, évidemment, ne peut passer au Fils sans absurdité. Mais, je le répète, à ce titre seul excepté, tout ce que possède le Père appartient au Fils en toute communauté.
2. Les marcionites, prenant le texte au pied de la lettre, aiment à rappeler qu'ici il est écrit : qu'il a été fait à « la ressemblance d'un homme », et non pas qu'il s'est fait homme. — Mais comment pourrait-on être fait à la ressemblance d'un homme ? En revêtant une vaine ombre ? Dès lors, c'est un fantôme ; ce n'est plus rien de semblable à l'homme. Le semblable de l'homme, c'est un autre homme. D'ailleurs, que répondrez-vous au texte de saint Jean : Le « Verbe s'est fait chair », sans contredire notre apôtre saint Paul lui-même, qui dit ailleurs : « À la ressemblance d'une chair de péché ? »
« Et par tout son extérieur, il a été trouvé comme un homme ». Voilà, disent-ils encore : Par l'extérieur, et comme un homme. Or, être comme un homme, être un homme par l'extérieur, c'est tout autre chose qu'être un homme par nature. — Vous voyez, mes frères, avec quelle ingénuité et quelle assurance je vous rapporte les objections des adversaires ? La victoire, en effet, ne peut être splendide et surabondante, qu'à la condition que nous ne dissimulerons en rien la force apparente de leurs difficultés. Dissimuler serait une ruse plutôt qu'une victoire. Que disent donc les hérétiques ? Ne craignons pas de le répéter. Autre chose d'être homme par l'extérieur, autre chose de l'être par nature ; et de même : Autre chose d'être dans la ressemblance d'un homme, ou d'être simplement homme.
Je réponds : Alors aussi prendre la forme d'esclave n'est pas prendre la nature d'esclave. Il y a contradiction dans les termes. Pourquoi ne détruisez-vous pas tout d'abord cet antagonisme ? Car si le texte que vous citez plus haut nous bat selon vous, celui-ci évidemment vous bat à votre tour. L'apôtre n'a pas dit : Comme une forme d'esclave ; ni : À la ressemblance d'une forme d'esclave ; ni : Dans l'extérieur d'une forme d'esclave ; mais simplement : « Il a pris forme d'esclave ». Que voulait-il dire ici ? Est-ce encore là une contradiction dans les mots ? À Dieu ne plaise !
44-45.
Toutefois, sur ce texte même, ils nous jettent une facétie froide et ridicule. Il a pris forme d'esclave, répondent-ils, lorsque, ceint d'un linge, il a lavé les pieds de ses disciples. — Mais est-ce là forme d'esclave ? Non, non, c'est œuvre et rôle d'esclave ; or assumer rôle d'esclave et prendre forme d'esclave, voilà choses bien différentes. Pourquoi n'a-t-il pas dit : Il fit une œuvre d'esclave ? c'eût été plus clair. Jamais, dans l'Écriture, le mot « forme » n'est employé pour le mot « œuvre ». La différence de signification est complète : l'un est un nom de nature, l'autre un nom d'emploi. Dans le langage ordinaire non plus, nous n'employons jamais concurremment les termes œuvre et forme.
Au sens même des adversaires, Notre-Seigneur n'a pas fait œuvre d'esclave, il ne s'est pas ceint d'un linge, puisque son corps n'étant, selon eux, que fantastique, la scène entière était sans vérité. S'il n'avait point de mains, comment lavait-il ? s'il n'avait point de reins, comment aurait-il pu se ceindre d'un linge ? Quel genre de vêtements aurait-il pu prendre ; car il est dit qu' « il reprit ses vêtements ? » Comme il est donc impossible de trouver ici une véritable action, réellement faite, mais une pure illusion, avouez qu'il n'a pas même lavé les pieds des disciples ! Si cette nature incorporelle apparut dans la chair, mais sans avoir de corps, qui donc a lavé les pieds des apôtres ?
Et contre Paul de Samosate, que dirons-nous ? Que dit-il lui-même, d'abord, ce sectaire ? La même chose absolument que Marcion. Aussi lui répondons-nous : Celui qui a simplement la nature humaine, un homme pur et simple, ne s'anéantit pas à laver les pieds de ses compagnons de service. — Car ce que nous avons établi contre les ariens s'applique à ceux-ci également. Entre eux, toute la différence est une faible distance de temps ; les uns comme les autres font du Fils de Dieu une créature. Que suffit-il de leur répondre ? Qu'un homme, pour laver d'autres hommes, ne s'anéantit pas, ne se dégrade pas. Si, n'étant qu'un homme, il n'a pas commis la monstrueuse usurpation de s'égaler à Dieu, il n'y a pas là de quoi faire son panégyrique. Qu'un Dieu se fasse homme, c'est une grande et ineffable humiliation ; mais où est l'humiliation à ce qu'un homme fasse des choses humaines ? — Où trouvez-vous, d'ailleurs, que forme de Dieu « s'appelle œuvre de Dieu ? » Car si, restant un homme pur et simple, vous l'appelez forme de Dieu d'après ses œuvres, pouruoi ne pas donner ce même nom à Pierre qui a fait des œuvres plus grandes ? Pourquoi Paul lui-même ne se propose-t-il pas en exemple, lui qui, mille fois, avait accepté des emplois d'esclaves, sans jamais en refuser aucun ? « Nous sommes bien loin de nous prêcher nous-mêmes », disait-il ; « nous prêchons Jésus-Christ, et nous avouons n'être que vos esclaves par Jésus-Christ » ( 2 Cor. 4, 5 ). Les adversaires n'apportent donc que difficultés ridicules et misérables ! Jésus-Christ s'est humilié : c'est la parole apostolique. Eh bien, vous, dites comment ? Où est son anéantissement ? Où est son humiliation ? Est-ce d'avoir fait des miracles même ? Mais Pierre et Paul en ont fait aussi, de sorte qu'on n'y reconnaît pas le privilège propre et spécial du Fils.
Quel est donc le sens vrai de ces mots : « Il s'est fait à la ressemblance des hommes ? » — Elles marquent que le Fils a eu plusieurs choses de nous, et qu'il n'en a pas eu plusieurs autres choses, comme par exemple d'être né par le commerce charnel, comme, surtout d'avoir commis le péché. Tels furent ses privilèges exclusifs, qu'aucun homme ne partage avec lui. Il n'était pas seulement ce qu'il paraissait être, il était encore Dieu. Il apparaissait avec la nature de l'homme ; mais quoique notre semblable par la chair, il différait de nous par beaucoup d'endroits. Ces paroles donc indiquent qu'il n'était pas purement et simplement un homme, et l'apôtre dit avec raison : « Dans la ressemblance des hommes ». Car nous sommes corps et âme ; lui, il est Dieu, âme et corps : c'est pourquoi il écrit : « Dans notre ressemblance ». Craignant d'ailleurs que lui ayant entendu dire : « Il s'est anéanti lui-même », nous n'allions croire, d'après ces mots, à la dégradation, à la perte de la divinité dans le Fils, il semble nous ajouter ici que, demeurant ce qu'il est, il prend ce qu'il n'était pas ; et que fait chair, il continue à être le Dieu-Verbe.
45-46.
3. La même raison qui lui fait parler de « ressemblance », lui fait ajouter aussi : « Par l'extérieur » : sa nature première n'a pas dégénéré, en effet ; elle ne s'est pas confondue avec la nôtre, sinon « par l'extérieur » seulement. Ayant affirmé clairement la prise de possession par lui de la forme ( ou nature ) de l'esclave, il ajoute avec confiance cette seconde affirmation, après avoir par la première fermé la bouche à tous les hérétiques. En effet, quand il parlait aux Romains « d'une ressemblance » de Jésus-Christ a avec notre « chair de péché », il ne niait pas pour cela que ce fût une vraie chair, mais seulement que cette chair eût péché, bien qu'elle fût semblable à une chair pécheresse. En quoi semblable ? par la nature ; en quoi différente ? pour la malice : mais en somme semblable à notre chair pécheresse. Eh bien ! comme l'apôtre se servait alors de cette expression de « ressemblance », parce que, de fait, il n'y avait pas entre notre chair et la sienne complète égalité, de même ici la ressemblance est encore mentionnée, pour rappeler qu'entre elles encore tout n'est pas égal ; qu'ainsi, par exemple, le Fils ne passa point par la naissance ordinaire, par le péché, par tout ce qui fait enfin l'homme pur et simple. Son mot, fait « comme l'homme » est donc d'une admirable vérité, puisqu'il n'était pas un d'entre nous, mais comme un d'entre nous. Dieu Verbe, il n'a pas dégénéré en homme ; sa substance n'a pas changé : mais il s'est montré comme un bomme, sans toutefois nous tromper par un corps fantastique, mais pour nous apprendre l'humilité. Ainsi quand il écrit : « Comme l'homme », son intention est claire ; car en plus d'un autre passage, il l'appelle homme expressément, comme dans celui-ci : « Il n'y a qu'un Dieu, et qu'un médiateur homme, Jésus-Christ ». — Nous avons épuisé ce que nous devions dire contre les adversaires du corps de Jésus ; quant à ceux qui nient qu'il ait pris une âme avec ce corps, il faut leur dire : Si la forme de Dieu est un Dieu parfait, bien certainement aussi la forme de l'esclave est aussi l'esclave parfait.
Maintenant revenons aux ariens : « Étant » dit saint Paul, « dans la forme de Dieu, il n'a pas cru que ce fût une usurpation d'être l'égal de Dieu ». Dès qu'il parle de la divinité du Fils, il ne se sert jamais des expressions : Il « a été fait », il « a pris » ; mais écoutez-le désigner son humanité : Il s'est anéanti lui-même en « prenant » la forme de l'esclave ; et il « a été fait » à la ressemblance des hommes. vous retrouvez les deux termes qu'il évitait d'abord : Il s'est fait homme, mais il était Dieu. Gardons-nous autant de confondre ( les natures ) que de les séparer ( de la seule et unique personne du Fils ). En lui, un seul Dieu, un seul Christ, le Fils de Dieu : « un », cependant, vous dirai-je, par union mais non par mélange ni confusion ; cette nature infinie de Dieu, tout en s'adjoignant l'autre nature, n'a pas dégénéré, elle lui est simplement unie.
« Il s'est humilié lui-même, s'étant fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix ». Les hérétiques interprètent aussitôt qu'il s'est fait obéissant, parce qu'il était loin d'être l'égal du Père auquel il obéissait. Ô stupides et insensés adversaires ! comme si cette conduite admirable retirait au Fils la moindre perfection ! comme si nous-mêmes nous ne savions pas obéir à nos amis, sans descendre cependant devant eux ! C'est en toute spontanéité que le Fils se soumet à son Père ; loin d'être servile, cette obéissance est glorieuse et parfaitement convenable à la dignité du Fils unique, tout en rendant à son Père un incomparable honneur. Il honore son Père, oui, mais garde-toi de le déshonorer, lui, ce Fils véritable de Dieu ; aime plutôt à le vénérer davantage, à reconnaître d'autant mieux son titre de Fils, que lui-même honore plus admirablement ce Père de toutes choses. Jamais Dieu n'a eu un tel adorateur. Plus sa dignité était sublime, plus son humilité a été profonde. Si rien ne l'égale, rien n'égale non plus l'honneur qu'il rend à son Père, librement et sans contrainte. Ici plus qu'ailleurs sa vertu éclate et pour la peindre, je sens que les expressions me font défaut.
Ciel ! quel mystère ineffable qu'il se fasse esclave ! mais qu'il subisse volontairement la mort, c'est plus écrasant ; et il trouva le moyen de surpasser encore ce double sacrifice, moyen qui dépasse notre pensée même. Qu'est-ce donc ? c'est que parmi tant de genres de mort si différents, celle que le Seigneur endura était regardée comme la plus honteuse ; elle était le comble de l'ignominie, le dernier terme de l'exécration. « Maudit soit », disait l'Écriture, « celui qui est pendu au gibet » ( Deut. 21, 23 ) ! Aussi, les Juifs affectèrent de lui choisir ce supplice pour le rendre infâme, afin que si sa mort violente ne pouvait suffire à détacher de lui jusqu'au dernier de ses disciples, au moins il ne lui en restât plus un seul à la vue de cette mort exécrée. Aussi voulurent-ils encore qu'on le crucifiât entre deux brigands, pour qu'on eût de lui et d'eux, même mépris, et que la parole de l'Écriture s'accomplît : « Il a été compté au nombre des a scélérats » ( Isaïe 53, 12 ).
46-47.
Mais la vérité, par là même, brilla d'un plus vif éclat. Bien plus beau, bien plus admirable apparaît, en effet, ce spectacle du calvaire, lorsque sa gloire attaquée par taut d'ennemis, malgré leurs mille artifices, en dépit de toutes leurs machines de guerre, ressort cependant et nous éblouit de sa magnificence. Ces misérables, pour l'avoir tué, et tué avec cet appareil, comptaient bien avoir fait de lui un objet d'horreur, et d'horreur extrême ; et cependant leur espoir indigne échoua complètement. Et pourtant ces deux brigands eux-mêmes étaient de si profonds scélérats ( car l'un des deux seulement se convertit et encore au dernier soupir ), que pendus à leur gibet, ils avaient encore la force de lui jeter l'outrage ; la conscience de leurs crimes, les tortures, la compassion que devait leur commander cette fraternité du supplice, rien n'arrêtait leur fureur ; témoin cet aveu de celui d'entre eux qui, enfin, reprit l'autre en ces termes : « Tu ne crains donc pas Dieu, bien que tu subisses le même châtiment » ( Luc 23, 40 ) ! Tant était profonde la malice de tous les spectateurs de ce grand drame. Mais la gloire de Jésus-Christ ne subit pas la moindre atteinte : « Dieu même », dit saint Paul, « en a retour de son immolation, l'a exalté et lui a a donné un nom qui est au-dessus de tout a nom ».
4. Remarquez bien la suite des idées dans saint Paul, et comment, dès qu'il a parlé de cette chair adoptée par le Seigneur, il rappelle immédiatement toutes les circonstances qui prouvent son humilité. Avant de dire qu'il a pris la forme de l'esclave, et tant qu'il nous entretient de la divinité de Jésus, voyez avec quelle élévation il s'exprime ; je dis avec élévation, en la mesurant à nos forces humaines ; car Paul même n'atteint pas, et il ne pourrait atteindre à la hauteur de son sujet. Toutefois, écoutez-le : « Étant dans la forme de Dieu, il a cru sans usurpation être égal à Dieu ». Mais notre bienheureux parle-t-il du Dieu fait homme, il développe aussitôt toutes les conséquences de cette incomparable humilité, parce qu'une pensée le rassure : il sait que la chair sacrée de Jésus a subi seule toutes les humiliations qu'il rappelle ; il sait que sa divinité n'en a souffert aucun dommage.
« Et pour cela, Dieu l'a élevé et lui a donné a un nom qui est au-dessus de tout nom, de sorte qu'au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que toute langue confesse que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de son Père ». Disons aux hérétiques : S'il est ici question du Dieu-Verbe et non pas du Verbe incarné, expliquez-nous cette exaltation et ce genre d'exaltation surtout ? Le Père leur donne-t-il quelque chose en plus ? Voilà, dès lors, l'imperfection antérieure du Fils constatée d'un côté au moins ; c'est à cause de nous qu'une nouvelle perfection lui est dévolue, puisque s'il ne nous avait pas fait ce grand don, il n'aurait pas gagné l'honneur dont il est question.
« Il lui adonné un nom ». Ainsi, du moins dans votre opinion, il n'avait pas même de nom. Alors, s'il a reçu celui qui lui était dû, comment l'a-t-il reçu par don et par grâce ? « Un nom qui est au-dessus de tout nom », et si nous demandons lequel enfin : « Afin qu'au nom de Jésus-Christ » tout genou fléchisse. Les hérétiques, par ce nom, entendent la gloire. Donc aussi doivent-ils ajouter : Une gloire au-dessus de toute gloire. Or, nous avons vu que cette gloire consiste précisément à adorer son Père ! Vous voilà bien loin de la grandeur divine, vous qui pensez connaître Dieu autant qu'il se connaît lui-même ! Votre interprétation à elle seule suffit pour montrer que vous êtes loin de l'idée véritable que représente le nom de Dieu ! Au reste, une nouvelle preuve de votre aberration va ressortir de votre idée même. Voilà, répondez-moi, la gloire du Fils ? Donc, avant la création des hommes, et surtout avant celle des archanges et des anges, ce Fils n'était pas dans la gloire ? Car, enfin, la nature de cette gloire, c'est de surpasser toute gloire ; on le voit très clairement par ces mots : « Un nom au-dessus de tout nom ». Or, avant l'époque où Dieu la lui donne, il est dans la gloire sans doute, mais moins qu'il ne l'a été dès lors ! C'est à cette gloire qu'il tendait, c'est le but qu'il voulait atteindre quand il créait toutes choses ; loin d'être déterminé par sa seule bonté, il avait soif de gloire, et de celle encore qui vient de nous ! Comprenez-vous ces folies, ces impiétés ? — Au contraire, appliquez ce langage de l'apôtre à l'incarnation ; il est vrai de tout point ; le Dieu-Verbe permet que nous parlions ainsi de sa chair glorifiée ; toutes ces donations n'arrivent pas à sa nature divine, mais à celle que sa bonté a voulu revêtir. Les appliquer à la divinité, c'est impardonnable, tandis qu'au contraire si j'avance que Dieu a immortalisé un homme, quand même je le dirais de l'homme tout entier, je sais ce que je dis.
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« Au ciel, sur la terre et dans les enfers », qu'est-ce à dire ? Dans tout l'univers, qui comprend anges, hommes et démons ; — ou bien encore chez les justes comme chez les pécheurs. « Et que toute langue confesse que Notre-Se« gneur Jésus-Christ est dans la gloire du Père ». Comprenez : que tout Je monde le proclame ; et remarquez qu'il s'agit ici de la gloire du Père, de sorte que partout, quand le Fils est glorifié, le Père est aussi glorifié, et réciproquement le déshonneur du Fils retombe sur le Père. Car, s'il en est ainsi même humainement et chez nous, bien qu'entre les pères et leurs enfants la distance soit grande, bien plus en est-il ainsi en Dieu, au sein duquel cette différence ne peut être ; ainsi l'honneur ou le déshonneur retombent sur lui. Selon l'apôtre, en effet, le monde est soumis au Fils, et c'est là précisément la gloire du Père. Donc aussi, quand nous disons que ce Fils est parfait, sans besoin aucun, sans la moindre infériorité à l'égard du Père, c'est encore la gloire de son Père. Celui-ci apparaît dès lors dans tout l'éclat de sa bonté, de sa puissance, de sa sagesse, puisqu'il engendre un Fils aussi grand, qui ne lui est aucunement inférieur ni pour la bonté, ni pour la sagesse. Oui, si je le proclame sage autant que son Père, sans une ombre d'infériorité, voilà bien déclarer la sagesse infinie du Père. Quand je le déclare aussi puissant que lui, j'indique en retour la puissance infinie du Père ; quand je le dis bon comme le Père, c'est assez dire que le Père est infiniment bon, puisqu'il a pu engendrer un Fils qui n'est à son égard ni inférieur, ni moindre. Quand enfin je nie la moindre infériorité d'essence entre eux, et que j'avoue leur égalité, l'identité même de leur substance ; par là même je proclame Dieu admirable, je chante sa puissance, sa bonté, sa sagesse, parce qu'il a bien voulu nous envoyer son Fils, ou plutôt un autre lui-même en tout point, sauf en un seul : c'est qu'il n'est point le Père. Ainsi tout ce que je dis à la louange du Fils, retourne à son Père. L'éloge même si pauvre et si chétif que je lui adresse en ce passage ( car c'est bien peu de chose pour la gloire de Dieu, que d'être adoré par le monde entier ), ce faible éloge appartient encore à sa gloire néanmoins : à combien plus forte raison tout le reste !
5. Croyons donc pour sa gloire, et pour sa gloire aussi sachons vivre, puisque faire l'un sans l'autre ne sert de rien. Car lorsque nous le glorifions selon la foi, sans vivre selon la loi, alors plus que jamais nous lui faisons outrage, puisque le reconnaissant comme Seigneur et Maître, nous ne le méprisons pas moins, nous ne redoutons pas son terrible tribunal. Que des gentils vivent dans l'impureté, rien d'étonnant, rien qui mérite un si grand supplice ; mais que des chrétiens, participants de si grands mystères, admis à une gloire si éminente, osent cependant mener une vie souillée, voilà une malice incomparable et impardonnable.
Répondez-moi, en effet. Jésus-Christ est descendu aux derniers degrés de l'obéissance, et a mérité ainsi de devenir le Seigneur des anges et des hommes, le Maître absolu de tout et de tous. Et nous croirions déchoir en nous humiliant ! Mais au contraire : nous montons à une élévation sublime ; jamais nous ne sommes aussi grands et dignes d'estime. Oui, celui qui s'élève s'abaisse ; celui qui s'abaisse s'élève ; et pour le prouver il suffit qu'une seule fois Jésus-Christ ait prononcé cette maxime.
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Au reste, examinons cette question à fond. Être humilié, qu'est-ce, sinon subir blâmes, accusations, calomnies ? Être exalté, qu'est-ce, sinon recevoir honneurs, louanges, élévation en gloire ? Sans doute. Or, voyons comment on arrive à l'un et à l'autre but. Satan était un ange : il s'élève, qu'arrive-t-il ? Ne tombe-t-il pas au dernier degré de l'abaissement ? La terre n'est-elle pas maintenant son séjour ? N'est-il pas partout accusé et poursuivi de reproches ? — Paul n'était qu'un homme ; il s'humilie : qu'arrive-t-il ? N'est-il pas estimé, comblé de louanges, célébré par les éloges ? N'est-il pas l'ami de Jésus-Christ ? N'a-t-il pas fait des choses plus étonnantes que Jésus-Christ même ? N'a-t-il pas souvent commandé au démon comme à un vil esclave ? Ne l'a-t-il pas promené à sa guise comme on ferait d'un satellite ? N'en a-t-il pas fait son jouet et foulé aux pieds sa tête brisée ? Ses prières n'ont-elles pas obtenu à bien d'autres personnes une semblable victoire ? Pourquoi m'arrêtai-je à ce double exemple ? Voici celui d'Absalon et celui de David ; l'un qui s'élève, l'autre qui s'abaisse : lequel, enfin, obtient l'honneur et la gloire ? Or, se peut-il entendre rien de plus humble que la réponse de ce bienheureux prophète aux outrages de Séméi : « Laissez-le », disait-il, « laissez-le me maudire, c'est Dieu qui le lui a commandé » ( 2 Rois 16, 10 ) ?— Ainsi encore le publicain s'humilie, quoiqu'après tout son langage ne fût point celui de l'humilité, mais seulement de la modestie et d'une juste honte ; le pharisien au contraire s'exalte lui-même…. Mais, je l'ai dit, laissons les exemples de personnes, étudions plutôt la nature des choses.
Supposez donc, en général, deux individus, également bien dotés du côté de la fortune, des honneurs, de la science, de la puissance, de tous les biens de ce monde, enfin, et connaissant d'ailleurs tous leurs avantages. L'un des deux, toutefois, mendie encore les éloges de chacun, et s'irrite, quand on les lui refuse, toujours insatiable dans son ambition, toujours enflé de lui-même et de son mérite. L'autre méprise tout ce vain attirail de la gloire, n'y trouve sujet de quereller personne, et repousse même les honneurs qu'on lui défère. À votre avis, lequel des deux est le plus grand, de celui qui mendie les honneurs, sans pouvoir les gagner, ou de celui qui les refuse quand même on les lui offre ? C'est bien l'homme qui dédaigne, n'est-ce pas ? Oh ! oui, il est vraiment grand ; car le vrai moyen d'acquérir la gloire, c'est de la fuir. Poursuivez-la, elle vous fuit ; fuyez-la, elle vous poursuit. Si vous voulez y parvenir, ne la désirez point ; si vous voulez grandir, ne vous portez pas vous-mêmes vers les hauteurs. Il est d'ailleurs une raison qui nous fait honorer l'homme humble et sans ambition, et prendre en aversion les poursuivants de la gloire : les hommes aiment naturellement la contradiction ; ils se plaisent à faire le contraire de ce qu'on veut.
Ainsi, méprisons la gloire ; s'humilier c'est s'élever. Pour que les autres vous élèvent, ayez soin de ne pas vous élever vous-mêmes. Qui s'exalte ne sera point exalté par les autres ; qui s'abaissera ne sera pas abaissé par les autres. L'orgueil est un grand vice. Mieux vaudrait être insensé qu'orgueilleux : l'idiotisme est une infirmité de nature ; l'orgueil est une folie pire, c'est souvent folie et fureur tout ensemble. Le pauvre fou ne nuit qu'à soi ; l'orgueilleux est la plaie de ses frères. Cette maladie de l'orgueil est, d'ailleurs, enfantée par la démence ; à moins de délirer, nul au monde ne peut concevoir de soi-même une haute estime : le fou achevé est toujours arrogant. Le sage le déclare : « J'ai vu un homme se croire sage : on peut encore mieux espérer d'un insensé » ( Prov. 26, 12 ). Vous voyez que je ne me suis pas aventuré en disant que ce vice est pire que la folie ; car, selon l'Écriture, l'insensé doit donner plus d'espoir. Aussi saint Paul disait : « Ne soyez point sages « à vos propres yeux ». ( Rom. 12, 16. ) A l'égard des corps, quels sont ceux qui nous paraissent les mieux portants ? Sont-ce les chairs gonflées, que boursouflent les gaz et les humeurs aqueuses, ou plutôt celles qui présentent fermeté et consistance ? Celles-ci, répondez-vous. Il en est ainsi de l'âme : avec l'orgueil, elle se gonfle plus dangereusement que vos membres par l'hydropisie ; par l'humilité, elle est saine.
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6. Mais quels biens nous procure l'humilité ? Que souhaitez-vous ? La patience, la douceur, l'humanité, la continence, la docilité ? toutes ces vertus naissent de l'humilité, et tous les vices contraires, de l'orgueil. L'être orgueilleux sera nécessairement enclin à insulter, à frapper, à se montrer colère, âpre, chagrin, une bête féroce enfin plutôt qu'un homme. Robuste et fort, vous en êtes fier ? Vous devriez plutôt en être honteux. Comment vous enorgueillir, en effet, d'une qualité sans valeur aucune ? Plus que vous, en effet, le lion a l'audace, le sanglier, la force ; près d'eux, vous n'êtes pas même un moucheron. Brigands, violateurs de sépultures, gladiateurs, que dis-je ? vos propres serviteurs mêmes, et parmi eux encore ceux peut-être qui sont les plus stupides, vous surpassent pour la vigueur physique. Est-ce donc un sujet de gloire ? ne devriez-vous pas plutôt vous cacher de honte, si tel est le sujet de votre orgueil ? — Mais peut-être êtes-vous beau et joli ? Laissez aux corneilles cette vanterie ; vous n'égalez certes pas la beauté du paon, rien qu'à voir l'éclat de ses couleurs et la magnificence de son plumage ; la victoire est à cet oiseau, qui certes est mieux coiffé, mieux brillante. Le cygne encore et bien d'autres volatiles, si vous osez accepter la comparaison avec eux, vous apprendront à n'être pas fier ; de plus les enfants et les jeunes filles, les femmes perdues, les infâmes se glorifient de ces vanités. Y a-t-il donc là un juste sujet d'orgueil ? — Mais vous êtes si riche ! Eh ! de quoi, dites-le moi ? Avez-vous de l'or, de l'argent, des pierres précieuses ? C'est aussi la gloire des voleurs, des assassins, des gens condamnés aux mines. Ce qui fait la honte de ces criminels sera pour vous un sujet d'ostentation ? — Mais la toilette, mais la parure vous embellissent. — Vous avez cela de commun avec vos chevaux ? Les Perses font mieux : ils vous montreraient jusqu'à des chameaux richement caparaçonnés ; les gens qui montent sur les planches de théâtre, vous donneraient des leçons de luxe. Ne rougissez-vous pas de vous enorgueillir à propos d'avantages que partagent avec vous les animaux, les esclaves, les meurtriers, les efféminés, les brigands, les profanateurs de sépultures ? — Mais vous construisez des palais splendides ? Que vaut cet honneur ? Reaucoup de geais en ont de plus magnifiques. Ne voit-on pas tous les jours des gens, que travaille la folle passion des richesses, qui bâtissent des maisons dans des lieux sauvages et déserts pour servir de demeure à ces oiseaux ? — De quoi êtes-vous si fiers, enfin ? De votre belle voix ? Vous ne chanterez jamais plus agréablement que le cygne ou que le rossignol. De votre habileté mécanique ou artistique ? Construisez-vous plus habilement que l'abeille ? Est-il tapissier, peintre, architecte qui puisse imiter ses travaux ? De la finesse de vos tissus ? L'araignée vous dépasse. De la vitesse de vos pieds ? Ah ! déférez le premier rang aux animaux, aux lièvres, aux cerfs, à des bêtes de somme que votre vélocité ne saurait vaincre. De vos déplacements et voyages ? Les oiseaux, à cet égard, n'ont rien à craindre de la comparaison ; ils voyagent plus commodément, ils changent de séjour, sans avoir besoin d'équipages ni de provisions : leurs ailes suffisent à tout et remplacent vaisseau, coursiers, voitures, vents et voiles, tout ce que vous voudrez. De votre vue perçante ? L'âne est encore mieux doué. De votre odorat ? Le chien sera votre heureux rival. De votre talent à faire des provisions ? Les fourmis sont plus habiles. De l'or qui brille sur vous ? Les fourmis indiennes en ont davantage. De votre santé ? Les animaux l'ont meilleure ; ils ont plus que vous la solidité du tempérament, et l'admirable instinct de se procurer le nécessaire ; aussi ne craignent-ils pas la pauvreté : « Regardez les oiseaux du ciel », a dit le Seigneur, « ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'amassent dans des greniers » ( Matth. 6, 26 ). Ainsi, concluerez-vous, Dieu a créé les animaux dans une condition meilleure que la nôtre. Voyez-vous quelle est notre irréflexion ? voyez-vous comment nous jugeons mal les choses ? voyez-vous comme il est avantageux d'examiner les faits. Voilà un homme qui se plaçait bien au-dessus de ses semblables et qui se laisse convaincre qu'il est au-dessous des brutes ! — Allons, épargnons-lui cette honte, et gardons-nous de l'imiter. Par ses sentiments d'orgueil, il voudrait s'élever au-dessus de la nature, ne le laissons donc pas tomber plus bas que les brutes ; relevons-le, non pas par égard pour lui-même, car il mériterait de subir cette misérable condition, mais pour l'honneur de Dieu, dont nous aimons à montrer la bonté suprême et l'honneur que chacun de nous lui doit.
Car il est, il est bien certainement des différences profondes entre nous et les brutes ; en certaines choses il n'y a plus rien de commun entre elles et nous. Et quelles sont ces prérogatives ? La piété et la vertu. Ne m'objectez pas ici les fornicateurs, les voleurs et les homicides, car nous n'avons rien à démêler avec cette espèce d'hommes. Quels privilèges avons-nous encore ? La connaissance de Dieu et de sa providence, la raison chrétienne qui nous découvre l'immortalité. Ici la brute est vaincue, puisqu'elle n'a pas même le soupçon de ces vérités qui nous consolent. Ici, entre la brute et nous, rien de commun ; inférieurs sur tous les autres points signalés, nous avons en ceux-ci l'empire et le triomphe ; c'est même un trait caractéristique de notre grandeur, que, vaincus par la bête d'autre part, nous pouvons cependant ainsi régner sur elle, dès que notre humilité, ne s'attribuant plus la cause et le mérite de quoi que ce soit, rapporte tout à Dieu, à Dieu qui nous a créés et nous a donné la raison. À la bête nous tendons des rets et des pièges, et nous savons l'y attirer et l'y prendre : tandis que nous-mêmes, sages et modérés, nous nous sauvons par l'équité, par la douceur, par le mépris de l'argent.
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Vous, au contraire, qui comptez parmi les sottes victimes de l'orgueil et qui êtes éloigné des nobles idées que je développe, j'ai raison de dire que tantôt vous êtes le plus orgueilleux des hommes, tantôt la plus humiliée des brutes. C'est, en effet, le caractère de ce vice arrogant et audacieux de s'élever aujourd'hui sans mesure, et demain de se rabaisser d'autant plus, sans jamais garder le juste milieu. L'humilité nous égale aux anges ; un royaume lui est promis, et c'est avec Jésus-Christ qu'elle doit en partager les joies. L'homme humble, vraiment homme, peut être frappé, il ne peut succomber ; il méprise la mort, loin de l'envisager avec crainte et tremblement ; il sait borner ses désirs. Qui n'a point l'humilité est plus méprisable que la brute ; et, si par les biens ou les ornements du corps vous l'emportez sur tous les hommes, et qu'en même temps vous soyez privés de ceux de l'âme, comment ne seriez-vous pas au-dessous de la bête ? Car, enfin, mettons en scène un pécheur de ce genre, dont la vie s'écoule à braver la saine raison, à pratiquer le vice, à chercher les plaisirs et les excès. Il n'en est pas moins vaincu par la brute : le cheval est plus belliqueux, le sanglier plus fort, le lièvre plus agile, le paon plus beau, le cygne plus mélodieux ; l'éléphant l'emporte par la taille, l'aigle par la vue, tous les oiseaux sont plus riches. Par quel côté dès lors méritez-vous de dominer sur les bêtes ? Par votre raison peut-être ? Mais non ; dès que vous en faites un mauvais usage, vous devenez pires que les brutes. Doués de cette raison vous vivez, moins qu'elles, d'une manière conforme à la raison ; mieux valait pour vous que le Créateur ne vous l'eût point donnée dans l'origine. Il est bien plus malheureux de livrer lâchement un trône dont vous êtes l'héritier, que de ne jamais en avoir hérité. Un roi inférieur à ses satellites aurait gagné à ne pas revêtir la pourpre. Telle est aussi votre histoire !
Comprenons donc qu'à défaut de pratiquer la vertu, nous nous ravalons au-dessous de la bête ; que tous nos soins se portent à la pratiquer, et nous deviendrons des hommes, ou plutôt des anges, et nous jouirons des biens promis par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, etc., etc.
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La Passion de Tullins
Pélerinage diocésain à Lourdes.
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