Le père Matteo.

Horaires du 21 au 27 juin.
C’est avec une pointe d’émotion et un petit pincement au cœur que je vous partage le tout dernier bulletin.
J’ai mis beaucoup de joie à préparer ces pages au fil du temps, et j'espère qu'elles sauront, cette fois encore, vous accompagner dans votre réflexion et votre vie de foi pour les semaines à venir..
Un grand merci pour votre fidélité, vos retours encourageants et votre bienveillance tout au long de cette belle aventure de rédaction.
Je vous en souhaite une très bonne lecture !
Pere Matteo.
Au revoir père Matteo
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Homélie du père Matteo pour sa messe de départ de la paroisse Saint-Bruno.

Adresse de gratitude des paroissiens au père Matteo.

Un panneau de marbre de la chapelle saint Irénée porte, en lettres d'or, la date d'entrée en responsabilité du père Matteo. La date du départ n'est pas gravée. Nous espérions qu'elle fût encore repoussée. Mais notre archevêque, qui gouverne notre église en a décidé autrement. Et il nous faut accepter votre départ, car il est bon d'obéir au successeur des Apôtres.
Nous sommes tous des serviteurs inutiles, en ceci que nous devons nous effacer devant le service que nous avons à rendre, pour qu' indépendants de notre personne, ils soit perpétué par ceux qui auront à prendre la suite. La sévérité du Christ cependant ne laisse pas de cacher un grand amour : ne dit-il pas à son serviteur inutile : Ô bon et fidèle serviteur entrez dans la joie de votre Seigneur ( Matth. 25,21 ).
Le père Matteo a été notre pasteur. Il n'a eu de cesse que de chanter la louange de Dieu dans le respect et l'exaltation de la plus belle liturgie de l'église de Rome, dans ce cadre magnifique de saint Bruno. Certes, ce cadre n'est que matière,et comme disait Jean-Marie cardinal Lustiger lors de l'inauguration de l'autel de Notre-Dame de Paris :« Les objets eux-mêmes n’ont pas d’âme, mais ils parlent à l’âme, aux âmes. Ils parlent à la liberté, ils sont faits pour libérer ».
Nous libérer des pesanteurs du monde. C'est ainsi que, les yeux fixés sur Jésus vous avez conduit le petit peuple que nous sommes, sur les pâturages divins, accompagné par marius, créature du Seigneur, compagnon fidèle ; dans ce diocèse où saint Irénée tend par dessus les siècles la main à Henri cardinal de Lubac, prononçant de conserve cette phrase que tant de fois vous nous avez rappelée au cours de vos homélies : La gloire de Dieu, c'est l’homme vivant et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu. Cela pour nous conduire sur les chemins de la vérité et de la vie, pour faire nôtre cette prière d'Augustin : Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi.
Ce peuple de Dieu ce sont aussi les générations précédentes qui continuent d'avancer à nos côtés dans le compagnonage du temps et de l'éternité. Je pense à Marie-Pierre Fichet, à Amédée, à Paulette Martin, qui nous ont quitté en route ; puis à tant d'autres que nous n'avons pas connus qui ont été de fidèles serviteurs de la mater Ecclesia. Jusqu'à évoquer aussi cette lointaine et poignante demande de pardon d'un Chartreux, qui transcende la justice humaine et le silence des stèles du chœur des moines ; comment ne pas l'évoquer devant vous qui tout au long de votre ministère avez tant insisté sur ce sacrement du pardon au cœur de la mission de l'église, pour le rachat des fautes de ses propres enfants.
J'aurais tant d'autres choses à vous dire, mais il ne faut pas gâcher la fécondité du silence. Vous êtes prêtre, votre engagement pour les autres, pour l'Église, pour Dieu, est à rebours d'une grande part de cette société qui ne croit qu'au bonheur individuel et prétend extraire la pensée de l'homme pour la confier à un algorithme manipulé et la fondre dans un grand tout. Ils sont dans l'ignorance totale de l'âme enracinée par le créateur en chacun de nous et portant sa trace, qui, elle, drame de l'humanisme athée, ne pourra jamais être effacée ni déportée, malgré qu'ils en aient. Saint Jérôme, lui aussi nous tend la main par dessus les siècles lorsqu'il nous dit : Habeat sibi Roma suos tumultus, arena sæviat, circus insaniat, theatra luxurient, Que Rome donc ait son tumulte ; qu'elle se plaise aux fureurs de l'arène, aux folies du cirque, à la pompe des théâtres. ; il nous appelle à résister à ces Babel que les hommes ne cessent d'édifier sous le nom de progressisme ; à résister par l'insurrection de la prière. N'est-ce pas ce que vous nous proposiez lors de la psalmodie en grégorien du jeudi soir dans le chœur des moines, portés par une belle jeunesse qui réveille en nous l'espoir de voir refleurir l'avenir : Nobis adhærere Domino bonum est, et ponere in Domino Deo spem nostram Pour nous, c'est notre bien de nous attacher au Seigneur, de mettre dans le Seigneur Dieu toute notre espérance.
Prêtre aujourd'hui, la société progressiste est sidérée, elle n'en revient pas ! Prêtre aujourd'hui, quel bonheur pour nous ; prêtre aujourd'hui, quelle exigence pour vous ! En ce jour de mélange de joie et de regret, comment ne pas exprimer toute notre considération par ce don de vos paroissiens, minuscule au regard de celui que vous nous avez fait de votre vie de chaque jour, pendant de si belles années.
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Traduction par le P. Dom Florent Broquin, Religieux chartreux 1883.
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