Le père Matteo, notre curé.














1-2
Les crimes dont toute la terre était souillée, ne méritaient aucune autre chose de la justice de Dieu, sinon que la Vérité s'en retournait en haut, selon l'expression du Prophète, qu'elle se renfermait dans la profondeur de ses secrets, et qu'elle ôtait aux hommes le peu de lumière qui leur restait, en les abandonnant à eux-mêmes et à leurs propres ténèbres. Saint Augustin n'a pas craint de dire que cela arriverait un jour, lorsque Dieu serait prêt à exercer la rigueur de ses jugements, et qu'il y en aurait alors fort peu qui conservassent une foi pure et exempte de toute la corruption des fausses opinions, et qui ne sentissent cette famine de la parole prédite par un Prophète. Mais la bonté de Dieu voulant que le temps de la rigueur fût précédé par une miséricorde infinie ; la Vérité au lieu de se retirer dans le ciel, voulut naître de la terre.
La première nouvelle fut apportée au prêtre Zacarie, à qui l'Ange Gabriel vint annoncer que sa femme Élisabeth, qui était stérile, et avancée en âge aussi bien que lui, aurait un fils nommé Jean, qui serait le Précurseur et le Prophète du Messie. Lorsque selon la promesse de Dieu, Élisabeth eu conçu un fils, et qu'elle était dans le sixième mois de sa grossesse, le même Ange Gabriel fut envoyé de Dieu vers Marie, pour lui annoncer qu'elle devait donner au monde celui que tous les hommes attendaient depuis quatre mille ans [2-1] ; et qu'il s'appellerait Jésus, parce qu'il venait pour les délivrer du péché, et les faire enfants de Dieu même. C'est le mystère que l'Église honore le 25 de mars sous le nom de l'Annonciation, parce que l'Ange y vint annoncer une nouvelle si heureuse pour toute la terre.
Marie était une fille de la tribu de Juda, et de la famille royale de David ; à qui Dieu n'avait néanmoins rien laissé de la splendeur d'une naissance si illustre ; puisqu'elle avait épousé Joseph sorti de la même famille, mais simple charpentier de la petite ville de Nazareth en Galilée. Aussi il fallait que JÉSUS naquît pauvre, lui qui devait être la gloire des pauvres, et la honte des riches, et qui ne devait donner ses richesses éternelles qu'à ceux qui seraient pauvres d'esprit et de cœur. Il fallait qu'il naquît dans l'humiliation, puisqu'il venait guérir par l'humiliation d'un Dieu, les maux où l'homme s'était précipité par son orgueil.
2-3.
Marie était donc [2-2] pauvre. mais pleine de grâce, et d'une grâce si abondante, que sans en avoir aucun exemple sur la terre, elle s'était consacrée à Dieu pour demeurer vierge toute la vie. Elle avait néanmoins épousé Joseph par un conseil de la Sagesse divine, qui voulait par là ôter au démon la connaissance du mystère de l'Incarnation du Sauveur. Car selon la pensée d'un des plus granss hommes de l'Église [2-3], le prince de ce siècle n'a point connu la virginité de Marie, ni la manière dont elle a engendré son Fils, ni la mort de Jésus-Christ ; Dieu ayant opéré dans le silence ces trois mystères, que toutes les paroles ne sauraient assez relever. Car si Jésus-Christ, dit encore ce Saint, a fait des miracles par ses paroles, ce qu'il a fait dans le silence n'est pas moins digne de son Père ; et celui qui possède véritablement la science de la parole de JÉSUS, peut entendre son silence afin de devenir parfait. Dieu voulut dès lors confondre la vanité et les ruses du démon, de cet esprit si élevé, mais si superbe, et nous apprendre que les lumières les plus sublimes ne servent qu'à nous aveugler quand l'amour du péché corrompt notre cœur. La foi de la Vierge eut donc seule part au mystère de l'Incarnation du Verbe, avec l'opération du saint Esprit, et avec l'ombre, comme parle l'Écriture, et la vertu du Très-Haut.
Dès que le Fils de Dieu se fut lui même formé un corps de la plus pure substance de sa sainte mère, ou dès qu'il fut né dans elle, selon l'expression de l'Ange, qui marque que son corps y fut tout d'abord entièrement formé ; il la porta à aller visiter Élisabeth sa cousine, se hâtant d'aller sanctifier saint Jean, et voulant commencer par son Précurseur à exercer sa qualité de Sauveur des hommes.
[2-1] ou environ selon le texte hébreu que la plupart suivent à présent. Selon les Septante, il y a cinq ou six mille ans.
[2-2] À la Purification elle offrit l'oblation des pauvres qui ne pouvaient acheter un agneau. Jésus-Christ n'avait pas où reposer sa tête, etc.
[2-3] Ign. ad Eph.
⁂
p. 231
Anselme attaqué par le duc de Bourgogne. — Il est vénéré dans toute la chrétienté. — Le pape Urbain II défend à Anselme de renoncer à son siège. — Anselme intervient auprès du pape en faveur du roi d'Angleterre. — Concile à Rome et discours de Reinger, évêque de Lucques. — Sévères paroles du pape contre les investitures laïques. — Marguerite d'Écosse y affermit le christianisme. — Martyre de saint Canut en Danemark. — Scandale à la cour du roi de France. — Yves de Chartres fulmine contre l'archevêque de Tours. — Assaut et prise de Jérusalem par les Croisés. — Mort du pape Urbain II. — Avènement de Pascal II — Les trois adversaires de Guillaume le Roux. — Ses violences contre Hildebert, évêque du Mans. — Mort tragique de Guillaume le Roux. — Anselme retourne en Angleterre où il ne trouve pas la paix. — Le roi d'Angleterre oublie ses promesses dans la prospérité. — Menaces adressées au pape par le roi d'Angleterre. — Machiavélisme des ambassadeurs d'Henri d'Angleterre à Rome. — Belle conduite de l'évêque Giffard. — Anselme quitte l'Angleterre pour aller à Rome. — Il s'arrête à Lyon chez l'archevêque Hugues. — Tendre sollicitude d'Anselme pour son troupeau. — Ses exhortations à la reine Mathilde d'Angleterre. — Réponse d'Anselme aux lettres du roi. — Anselme refuse de revenir en Angleterre. — Retour du primat après trois ans d'exil. — Le roi déclare que nul en son royaume ne recevra l'investiture, par la crosse et l'anneau, des mains d'un laïque. — La longue résistance d'Anselme contre le despotisme royal est une gloire pour l'Église. — L'évêque Gondulphe de Rochester précède Anselme au tombeau. — Les fréquentes maladies de l'archevêque. — Sa mort et sa gloire.
pp. 231-232
Anselme partit immédiatement pour Cantorbéry où, ayant rassemblé ses chers moines autour de lui, il s'efforça de les consoler de son départ en faisant luire à leurs yeux l'espoir que son voyage ne serait point inutile à la liberté future de l'Église [232-1]. Après un touchant discours d'adieu, où il comparaît la vie religieuse à la chevalerie temporelle, Anselme voulut donner à tous le baiser de paix. Cela fait, il prit sur l'autel le bourdon et la panetière du pèlerin, pour aller s'embarquer à Douvres. Là, une nouvelle injure l'attendait. Un clerc, nommé Guillaume, l'arrêta sur le rivage, et, au nom du roi, fit fouiller devant lui les malles de l'archevêque, pour s'assurer s'il n'emportait pas d'argent. On ne trouva rien : le fisc royal ne recueillit que les malédictions de la foule indignée [232-2]. Le roi s'en dédommagea en faisant saisir aussitôt tous les domaines de l'archevêché, qui furent exploités à son profit [232-3].
pp. 233-234
À peine Anselme avail-il mis le pied sur le sol de la France, que l'enthousiasme populaire éclata. Ce fut la première récompense de sa fidélité à Dieu et à l'Église ; c'était en même temps, pour l'histoire, une incontestable preuve de la puissante sympathie qui animait alors tous les peuples chrétiens, et qui, malgré la publicité restreinte de l'époque, les réunissait en un seul corps dès qu'il s'agissait de partager les joies ou les épreuves de leur mère commune la sainte Église catholique. Hommes et femmes, riches et pauvres, se précipitaient au-devant du pontife-confesseur, de l'exilé volontaire que sa renommée avait devancé. Partout où il arrivait, le clergé, les moines, le peuple, bannières déployées, accouraient au bruit des cantiques et avec toutes les marques d'une joie excessive [233-1]. Il exerçait déjà tout l'ascendant de la sainteté : il entraînait les uns, il dominait les autres.
Saint Anselme est attaqué par le duc de Bourgogne.
Comme il arrivait en Bourgogne, le duc de cette province, tenté par la riche proie qu'offrait un primat d'Angleterre se rendant à Rome, courut intercepter le chemin des pèlerins pour les piller. Mais il y avait alors, au fond des cœurs même les plus envahis par la cupidité, une porte toujours ouverte aux lumières de la foi ! Lorsque le duc, arrivant au galop, atteignit les voyageurs, il leur cria, de toutes ses forces : « Qui de vous est l'archevêque ? » Mais à peine eut-il regardé Anselme, qu'il rougit, baissa les yeux, balbutia quelques mots sans suite et garda le silence. L'archevêque, comme s'il ne se doutait de rien, offrit le baiser de paix au duc qui l'accepla, en se recommandant humblement aux prières du prélat dont il disait, en se retirant : « Je viens de voir le visage d'un ange du ciel, et non celui d'une créature comme nous [234-1]. » La conscience égarée du guerrier venait d'être éclairée par un rayon de la grâce : il se fit croisé, alla mourir glorieusement en défendant le tombeau de Jésus-Christ, et son corps, rapporté chez les moines de Cîteaux, fut enterré sous le porche de leur église où les pas de saint Bernard, de ses frères et des fidèles le foulèrent longtemps [234-2].
pp. 234-235
Anselme, poursuivant sa route, arriva à Cluny où le saint abbé Hugues et son armée de moines le reçurent avec bonheur [235-1]. Il y passa les fêtes de Noël ( 1097 ), et alla ensuite attendre, à Lyon, chez son ami le cardinal archevêque Hugues, la réponse à la lettre qu'il avait écrite au pape, d'abord pour exposer l'incompatibilité de sa situation, en Angleterre, avec l'exercice de la liberté épiscopale, et, en second lieu, pour obtenir la permission de se démettre du fardeau qui pesait sur lui et de servir Dieu plus librement [235-2].
Urbain écrivit à Anselme de le venir trouver sans délai. L'archevêque partit aussitôt, malgré son état de maladie et malgré les dangers de la route [235-3] qui étaient grands alors.
pp. 235-236
La cause de Guillaume le Roux était à peu près celle de l'empereur Henri IV. Aussi, les partisans italiens de celui-ci, comme ceux de l'antipape, attendaient-ils au passage les évêques et les religieux orthodoxes, avec l'intention de les piller, de les outrager, et même de les égorger [235-4]. Au bruit du voyage de l'archevêque, qu'ils supposaient chargé d'or et d'argent, la cupidité schismatiquc s'était allumée, et la route que devait suivre le vénérable voyageur était rigoureusement surveillée. Mais Anselme déjoua toutes les machinations en voyageant comme un simple religieux, accompagné seulement de deux autres moines, ses amis, c'est-à-dire de Baudouin et de son biographe Eadmer. Le primat recevait l'hospitalité dans les monastères qu'il rencontrait sur sa route [236-1], sans se faire connaître. Souvent les moines, ses hôtes, lui parlaient de l'archevêque de Cantorbéry et de son prochain voyage [236-2].
Anselme était vénéré dans toute la chrétienté.
À Aspera, on lui conta que le primat était arrivé jusqu'à Plaisance, mais que là il avait prudemment rebroussé chemin. À Suse, l'abbé, apprenant que les voyageurs étaient des moines du Bec, leur dit : « Frères, « apprenez-moi, je vous en prie, s'il est encore vivant, cet Anselme que vous aviez autrefois pour abbé, ce grand ami de Dieu et des hommes de bien ? — Oui, dit Baudouin, il vit, mais il a été forcé de devenir archevêque dans un autre pays. — Je l'ai su, reprit l'abbé ; mais comment va-t-il maintenant ? — On dit qu'il va bien, répondit Baudouin. — Dieu le garde, ajouta l'abbé, je prie sans cesse pour lui ! »
p. 237
En ces occurrences, Anselme rabattait le capuchon de son froc sur sa tête et gardait le silence [237-1]. Mais le regard doux et fort, qui avait vaincu le sauvage duc de Bourgogne, révélait aux étrangers le grand serviteur de Dieu, et, dans les auberges italiennes, les hommes et les femmes, après avoir examiné le voyageur inconnu, se mettaient à genoux et lui demandaient sa bénédiction [237-2].
pp. 237-238
Arrivé à Rome, le pape reçut le primat au Latran, entouré de la noblesse romaine : il l'embrassa, au milieu des acclamations de toute la cour pontificale [237-3] et, prenant la parole, il fit un magnifique éloge du prélat, déclarant qu'il regardait comme son maître par la science, presque comme son égal par la dignité, ce patriarche d'une île lointaine [237-4] qui s'était exilé pour conserver la fidélité due à saint Pierre [237-5]. Après avoir recueilli les récits d'Anselme, le souverain pontife écrivit au roi d'Angleterre une lettre où il le priait et même lui commandait de réparer le mal commis [238-1].
L'archevêque ne séjourna que dix jours au Latran ; le mauvais air de Rome le força d'aller attendre la réponse de Guillaume dans une abbaye de l'Apulie, près de Télèse, que dirigeait un ancien moine du Bec [238-2]. Établi dans un domaine appelé Schlavia et situé sur le sommet d'une montagne, Anselme s'y plut tellement, qu'il s'écria : « Voici le lieu de mon repos [238-3]. » Il y reprit aussitôt ses anciennes habitudes monastiques, ses anciens travaux, et y acheva un traité d'une remarquable profondeur sur les motifs de l'incarnation divine [238-4].
pp. 238-239
Cependant les Normands, dont quelques-uns avaient été ses compagnons au Bec, ne le laissèrent pas longtemps en repos : le duc Roger, dont les troupes assiégeaient Capoue, supplia le saint de le venir visiter afin de l'aider à marcher d'un pas plus ferme dans la voie du salut. Suivi de tous ses chevaliers, le prince se rendit au-devant du prélat, l'embrassa tendrement et lui fit dresser des tentes à quelque distance du gros de l'armée, non loin d'une petite église où il venait trouver chaque jour l'archevêque et converser avec lui [239-1].
Le pape Urbain, de son côté, ne tarda point à se rendre au camp normand, auprès d'Anselme. Tous ceux qui venaient visiter le pape ne manquaient jamais, en même temps, de se présenter devant le primat dont l'humble douceur attirait tout le monde, même les voyageurs qu'une condition inférieure tenait d'ordinaire éloignés de la majesté pontificale [239-2].
Les Sarrasins, qui servaient en grand nombre sous le comte Roger de Sicile, oncle du duc, n'échappèrent point eux-mêmes à la séduction qu'exerçaient les vertus du saint. Quand il passait dans leur camp, les infidèles lui baisaient les mains, à genoux, et appelaient les bénédictions d'en haut sur sa tête.
pp. 239-241
Cependant Guillaume le Roux, loin de céder aux injonctions du pape, cherchait toujours, par ses lettres et ses présents, à indisposer contre Anselmele souverain pontife et surtout le duc Roger. Mais celui ci n'en avait cure et offrait en don au prélat tout ce qu'il possédait de mieux, aussi bien en terres qu'en villes et châteaux, afin de décider l'exilé à se fixer auprès de lui. Mais l'archevêque ne répugnait point à manger le pain de la pauvreté. Les dernières nouvelles d'Angleterre, en lui apprenant les nouvelles impiétés et les atroces cruautés commises par le roi, avaient redoublé son désir de renoncer au siège de Cantorbéry et à la primatie d'Angleterre, où personne, excepté quelques moines, ne voulait se laisser convertir par lui [240-1]. Anselme fit part de son dessein au pape, qui ne l'accueillit point : « évêque, ô pasteur, lui disait-il, tu n'as pas encore versé ton sang, et déjà tu veux abandonner la garde du troupeau chrétien ! Le Christ a éprouvé saint Pierre en lui faisant garder ses brebis, et Anselme, le grand Anselme, affamé de repos, ne craindrait pas de livrer les brebis du Christ à la dent des loups ! Non seulement je ne te permets pas de te retirer, mais je te le défends de la part de Dieu et du bienheureux saint Pierre. Si la tyrannie du roi actuel t'empêche de retourner à Cantorbéry, tu n'en es pas moins son archevêque, de par le droit chrétien, et revêtu du pouvoir de lier et de délier, tant que tu vivras et partout où tu habiteras. Et moi, que tu accuseras peut-être d'être insensible à tes injures, je te convoque au concile que je veux tenir à Bari, devant le corps de saint Nicolas, afin d'y examiner, d'y peser ce que je dois faire du roi anglais et de ses pareils insurgés contre la liberté de l'Église [241-1]. »
pp. 241-242
Ce concile, en effet, s'assembla le 1er octobre 1098. Cent quatre-vingt-cinq évêques y assistèrent en chape, sous la présidence du pape qui seul était revêtu de la chasuble et du pallium. Anselme, à qui le souverain pontife n'avait point songé en prenant séance, était allé se placer, avec son humilité accoutumée, parmi les autres prélats [241-2]. On commença par discuter, avec les évêques grecs, la question de la procession du Saint-Esprit. Comme la dispute s'échauffait, et que la question devenait de plus en plus confuse, le pape, qui déjà s'était servi de quelques arguments tirés du traité d'Anselme sur l'Incarnation, fit faire silence et s'écria d'une voix retentissante : « Notre père et notre maître, Anselme, archevêque des Anglais, où es-tu ? » Anselme se leva et dit : « Saint-père, me voici. » Alors le pape reprit : « C'est maintenant, mon fils, qu'il nous faut ta science et ton éloquence ; viens donc, et monte ici ; viens défendre ta mère et la nôtre contre les Grecs. C'est Dieu qui t'a envoyé à son secours [242-1]. »
Au milieu du grand désordre produit dans l'assemblée par le changement des places, et au milieu de l'étonnement des assistants qui cherchaient à deviner quel était et d'où venait ce vieillard, le pape donna l'ordre à Anselme de venir s'asseoir aux pieds du trône pontifical, et fit connaître à l'auditoire les talents, les malheurs et les vertus du docteur étranger [242-2]. Anselme, après cette présentation, traita d'une façon si claire et si victorieuse la question controversée, que les Grecs furent confondus, et que le souverain pontife prononça l'anathème contre tous ceux qui n'accepteraient pas la vraie doctrine telle que le primat l'avait exposée [242-3].
p. 243
On en vint ensuite à l'affaire du roi d'Angleterre. Anselme garda le silence ; mais les accusations ne manquaient point. Après le récit des attentats horribles commis par Guillaume contre Dieu et contre les hommes [243-1], le pape ajouta : « Telle est la vie de ce tyran. En vain avons-nous cherché à le ramener par la persuasion. La persécution et l'exil du grand homme que vous voyez là, devant vous a montré assez combien peu nous avons réussi. « Mes frères, que décidez-vous ? »
Les évêques répondirent : « Puisque vous l'avez a averti trois fois, sans qu'il vous ait obéi, il ne reste plus qu'à le frapper du glaive de saint Pierre, afin qu'il demeure sous le coup de l'anathème jusqu'à ce qu'il se corrige [243-2]. »
Anselme intervient auprès du pape en faveur du roi d'Angleterre.
Le pape allait fulminer l'excommunication, quand Anselme, se levant avec vivacité, s'agenouilla devant le pape et le supplia de ne pas prononcer tout de suite la redoutable sentence. La victime demandait la grâce du bourreau.
pp. 243-244
À la vue d'une telle charité, dit Guillaume de Malmesbury, le concile put se convaincre que les vertus d'Anselme étaient encore supérieures à sa renommée [244-1]. Après l'assemblée, l'archevêque dut retourner avec le pape à Rome, où peu de jours après arrivait, en qualité d'envoyé du roi d'Angleterre, ce même Guillaume qui jadis avait fouillé les bagages du primat sur la plage de Douvres. Guillaume prétendit que le roi son maître avait agi de la sorte parce qu'il croyait que l'archevêque n'avait pas le droit de sortir du royaume sans son autorisation. Urbain se montra très irrité d'une prétention inouïe jusqu'alors et qui transformait en crime la visite d'un primat à la mère Église [244-2], et il répondit à l'envoyé que le roi serait certainement excommunié dans le concile qui allait s'ouvrir à Rome, après Pâques. Mais Guillaume réussit à fléchir le saint-père, à la suite d'audiences secrètes, et en distribuant force présents et promesses à divers personnages qui pouvaient servir la cause de son maître [244-3] à qui le pape finit par accorder un nouveau délai jusqu'à la Saint-Michel de l'année suivante.
pp. 244-245
On était alors à Noël 1098 Anselme fut retenu à Rome, malgré lui, par Urbain qui lui rendait toujours les plus grands honneurs [245-1]. Tout le monde considérait le primat comme la seconde personne de l'Église et comme un saint canonisé [245-2]; les Anglais qui venaient à Rome baisaient les pieds à leur métropolitain, comme au pape lui-même. Aussi les impérialistes, qui formaient la majorité du peuple romain, voulurent-ils enlever le primat, à main armée, un jour qu'il allait du Latran à Saint-Pierre ; mais la seule puissance de son regard les arrêta et les réduisit à implorer sa bénédiction [245-3].
Concile de Rome et discours de Reinger, évêque de Lucques. pp. 245-246
Au concile qui se tint dans l'église de Saint-Pierre, quinze jours après Pâques 1099, cent cinquante evêques renouvelèrent les décrets de Plaisance et de Clermont contre les simoniaques et le mariage des prêtres. Anselme occupait l'une des places les plus distinguées, par l'ordre formel du pape. Au moment où Reinger, évêque de Lucques, proclamait les canons du concile, d'une voix forte, pour dominer le bruit de l'assemblée, il s'interrompit tout à coup, et, promenant sur ses confrères un regard empreint d'un mécontentement profond [245-4], il sécria : « Mais que faisons-nous donc, mes frères ? nous prodiguons les conseils à des enfants dociles, et nous nous taisons sur les crimes des tyrans ! Tous les jours on vient dénoncer au saint-siège leurs oppressions et leurs pillages, mais qu'en résulte-t-il ? Rien ; tout le monde le sait, et en gémit. En ce moment ne vois-je pas, dans cette assemblée, un homme modestement assis parmi nous et dont le silence crie, dont la patience et l'humilité montent jusqu'au trône de Dieu et nous accusent [246-1] ? Or voici déjà deux années qu'il vient ici demander justice au saint-siège ; et qu'en a-t-il obtenu ? Que si quelqu'un, parmi vous, ignorait de qui je parle, qu'il sache que c'est d'Anselme, archevêque de Cantorbéry, en Angleterre ! »
pp. 246-247
En terminant ce discours, le prélat, dont l'indignation débordait, frappa trois fois de sa crosse le pavé de l'Église [246-2]. Le pape, qui se rappelait que le délai accordé à Guillaume avait encore six mois à courir, arrêta l'évêque Reinger en disant [246-3]. « Assez, frère Reinger, assez ! il sera mis bon ordre à tout cela ! » — « Il le faut bien, saint-père, reprit Reinger, sans quoi la cause serait portée au tribunal du juge qui, lui, ne s'écarte jamais de la justice [247-1]. »
Anselme, qui n'avait pas dit un mot de ses malheurs à l'évêque de Lucques, fut étonné de celle intervention ; mais il continua à se taire.
Sévères paroles du pape au sujet de l'investiture laïque.
À la fin du concile, le pape, de l'avis unanime des prélats, fulmina l'excommunication contre tous ceux qui donneraient ou recevraient l'investilure laïque de biens ecclésiastiques, et aussi contre ceux qui feraient hommage à des laïques pour des dignités ecclésiastiques : « Car, disait-il, il est abominable que des mains auxquelles est accordé l'honneur suprême, refusé aux anges eux-mêmes, de créer le Tout-Puissant et de l'offrir en sacrifice pour le salut du monde, soient réduites à l'ignominie d'être les servantes d'autres mains qui, jour et nuit, sont souillées d'attouchements impurs, de rapines et de sang. »
Toute l'assemblée s'écria : « Ainsi soit-il ! Ainsi « soit-il [247-2] ! »
pp. 247-248
Le lendemain de la clôture de l'assemblée, Anselme, persuadé qu'il n'obtiendrait pas justice de sitôt [248-1], alla rejoindre à Lyon son ami le cardinal Hugues, après s'être fait donner pour supérieur, par le pape, le moine Eadmer, son compagnon de voyage. Placé sous cette tutelle, le prélat se consolait de l'exil en travaillant : il composait des traités de théologie, de philosophie ; il aimait à se figurer que, rentré dans la règle d'obéissance monastique, il remplissait scrupuleusement la tâche imposée par son supérieur. Il se montrait, du reste, si docile envers celui-ci, qu'il ne se permettait point un mouvement sans sa permission [248-2]. Anselme montrait par là qu'il était toujours resté moine ; chacun sentait que c'était à cette sévère discipline qu'il retrempait son courage et son génie.
pp. 248-250
Urbain mourut avant l'expiration du délai qu'il avait accordé à Guillaume le Roux. Auprès d'autres rois du Nord il trouva plus de consolations. En Irlande, les relations entamées par Lanfranc avec les petits chefs provinciaux, dans l'intérêt de la discipline ecclésiastique et de l'inviolabilité des mariages [249-1], avaient été continuées et fortifiées grâce à l'éloquence persuasive d'Anselme qui était le primat non seulement de l'Angleterre, mais encore de toutes les îles Britanniques [249-2]. Un moine irlandais, nommé Patrice comme le premier apôtre de sa patrie, et sacré évêque à Cantorbéry, fut le principal instrument de ce retour à l'Unité.
Marguerite, reine d'Écosse, y affermit la civilisation chrétienne.
Pendant qu'au midi de la grande île de Bretagne, le roi normand foulait aux pieds les droits du peuple et de l'Église, au nord, en Écosse, une sainte et royale femme, Marguerite, issue de l'antique race des princes Saxons et ramenée du fond de la Hongrie où sa famille avait été exilée, pour devenir la femme du roi Malcolm III, s'occupait d'achever la conversion de ce royaume encore à moitié sauvage, par l'influence de ses vertus et grâce au concours de son pieux mari. Pendant un long règne, les deux époux y fondèrent, on peut le dire, la vraie civilisation chrétienne, en affranchissant les femmes d'un joug brutal [250-1]. À la reine Marguerite appartient l'honneur d'avoir préparé, par une sorte de réparation faite à Dieu et à son sexe, l'avénement de cette brillante chevalerie qui devait jeter, dans l'île de Bretagne, comme ailleurs, un si pur éclat [250-2]. Le glorieux titre de patronne de l'Écosse [250-3], décerné par le pape Clément X à la noble princesse, était bien mérité.
pp. 250-251
Tous les jours Marguerite servait elle-même à manger à trois cents pauvres : devenue veuve, elle abandonna tous ses biens aux malheureux ; et, quand sa dernière maladie l'eut épuisée, elle se faisait transporter dans l'Église, pour entendre la messe. Un jour qu'elle venait de recevoir la communion, elle exhala son dernier souffle, dit Orderic Vital, au sein de la prière, comme une vraie reine catholique [250-4]. L'hagiographe ajoute que sur le visage de la sainte princesse, amaigri par l'âge et la souffrance, on vit aussitôt reparaître l'éclatante beauté et la fraîcheur de la jeunesse [251-1].
Avant de quitter la Grande-Bretagne, mentionnons la fondation, par le même roi Malcolm, de l'abbaye de Dumfortine, en Écosse, l'an 1070, à la prière de la reine Marguerite et au lieu même où ils s'étaient mariés. On sait que Dumfortine fut longtemps, comme Westminster en Angleterre, un lieu de sépulture pour les rois et de réunion pour les parlements nationaux.
Martyre de saint Canut en Danemark. pp. 251-252
En Danemark, vers la même époque, le roi saint Canut périssait martyr de son zèle pour les droits de l'Église et en essayant d'établir la dîme [251-2]. Le prince avait su profiter des leçons que saint Grégoire VII lui avait données [251-3] : ayant doublé l'étendue de son royaume par ses conquêtes sur les rives de la Baltique, il avait assuré aux évêques le rang et les immunités de leur charge. Le premier parmi les souverains du Nord, il avait ouvert les portes de son royaume à des moines appelés de cette même Angleterre où ses ancêtres avaient détruit tant de monastères et égorgé tant de religieux.
pp. 252-253
Après la mort de Canut, une vaste abbaye, fondée sur sa tombe où de nombreux miracles ne cessaient de se produire, permit aux Danois encore à demi barbares de connaître et d'admirer les enfants de saint Benoît [252-1]. Ainsi le sang du royal martyr cimentait le triomphe du Christ dans la patrie de ces mêmes Normands, qui, pendant tant d'années, avaient été les plus terribles fléaux de la chrétienté. Un peu plus tard, Magnus, fils du roi Olaüs de Norvège, y fondait les premiers évêchés et les premiers monastères [252-2]. Le successeur de saint Canut, Éric II, jaloux d'affranchir le nouveau royaume chrétien de la juridiction du métropolitain de Hambourg, grand fauteur du schisme impérialiste, alla lui-même à Rome solliciter du pape Urbain l'érection d'une métropole en Danemark [252-3]. Le pape lui promit d'exaucer ses vœux ; et, quelques années plus tard, un cardinal légat, après avoir visité toutes les villes Scandinaves, choisissait celle de Lund pour y constituer la nouvelle métropole des trois royaumes de Danemark, Suède et Norvège [253-1].
Éric, qui s'était croisé, se mit en route presque immédiatement pour Jérusalem ; mais il mourut pendant le trajet. Cet hommage empressé d'une royauté lointaine, à peine entrée dans le bercail de l'Église, dut consoler le grand cœur d'Urbain qui dans ce moment, avait à lutter contre les trois plus puissants souverains de l'Occident : l'Empereur, le roi d'Angleterre et le roi de France.
Yves de Chartres est censuré par le Saint-Siège. pp. 253-255
Dans la résistance de l'Église contre le roi Philippe, l'évêque Yves de Chartres paraît avoir été appelé à remplir, sauf quelques différences, le même rôle que l'évêque Anselme de Cantorbéry, en Angleterre. Au prélat français appartenait la direction des principales affaires de l'Église dans son pays. Vers la même époque, une contestation regrettable avait éclaté entre Yves et l'archevêque-légat, Hugues de Lyon, au sujet de l'élection qui avait fait monter, en 1097, sur le siège métropolitain de Sens, un seigneur nommé Daimbert, savant très estimé, et grand ami des moines [253-2]. Hugues, ayant interdit aux évêques de la province de considérer comme légitime le nouvel élu, avant qu'il eût reconnu les droits de la primatie de Lyon, méconnus d'après lui par les précédents archevêques de Sens, Yves, suffragant de Sens, protesta énergiquement contre l'interdiction [254-1]. Daimbert agit comme l'avait fait Yves de Chartres injustement poursuivi : il se rendit à Rome et se fit sacrer par le pape [254-2]. Au fond, toutefois, la raison était tout à fait du côté de l'évêque de Chartres [254-3]; mais, dans sa lettre au légat Hugues, il avait émis, sur le droit des investitures et sur la conduite des ministres du pape, des opinions qui lui attirèrent de vives censures : « Je voudrais, avait-il écrit au légat, et beaucoup d'autres âmes pieuses voudraient comme moi, que les ministres de l'Église romaine s'appliquassent, en médecins expérimentés, à guérir les grands maux, et ne fissent pas dire par leurs ennemis : Vous vous arrêtez au moucheron et vous avalez le chameau [254-4] ; nous voyons, en effet, les plus grands crimes ouvertement commis dans le monde, mais nous ne vous voyons pas employer la faux de la justice pour les retrancher. » Un pareil reproche ne pouvait certes pas s'appliquer à l'archevêque Hugues qui s'était distingué par son zèle à promulguer l'excommunication contre l'Empereur et contre le roi des Français. Mais, chose grave, c'était la justification des investitures royales, qu'Yves proclamait dans les paroles que voici [255-1] : « Le pape Urbain, si nous avons bien compris sa pensée, n'exclut les rois que de l'investiture corporelle, non de l'élection en tant que chefs du peuple, ou par droit de cession [255-2]. Et qu'importe que cette cession se fasse par la main, ou par un signe de tête, ou par la bouche, ou par la crosse ? Puisque les rois ne prétendent rien donner de spirituel, mais seulement consentir à l'élection ou accorder à l'élu les terres et les autres biens extérieurs que les églises ont reçus de leur libéralité [255-3] ? »
pp. 255-256
Le légat dut transmettre ces étranges déclarations au pape, qui manifesta beaucoup d'indignation contre l'évêque. Yves alors se hâta d'en écrire à Urbain : « Je suis, lui mandait-il, le dernier de vos fils ; mais je ne crois pas qu'il y ait personne, en deçà des monts, qui ait souffert autant d'affronts et d'injustices que moi pour vous demeurer fidèle et obéir à vos commandements. Mais, puisque mes paroles vous ont irrité, il ne m'appartient pas d'entrer en jugement avec vous, et je préférerais renoncer à l'épiscopat que de m'exposer à vos reproches, justes ou injustes. Si cette satisfaction vous suffit, recevez-la : S'il vous en faut d'autres, dites ce que je dois faire de plus. Que si je cesse d'être votre serviteur, que je ne cesse pas au moins d'être votre fils [256-1] … « Ce que je veux faire avec votre autorisation, je devrai le faire par nécessité, à cause de l'inimitié toujours plus profonde du roi de France contre moi. »
Cette inimitié avait pris naissance depuis la rechute de Philippe dont l'évêque avait si vigoureusement poursuivi l'adultère. Le monarque avait en effet rappelé près de lui cette même Bertrade enlevée à son mari, le comte Foulques d'Anjou, alors que la femme légitime du ravisseur était encore vivante ; mais ce dernier, frappé d'excommunication, avait été obligé de renvoyer Bertrade, qui exerçait autour d'elle un empire tellement extraordinaire, qu'elle s'était fait pardonner son double adultère par son mari, le comte Foulques, qui poussait la complaisance jusqu'à s'asseoir publiquement aux pieds de cette reine souillée de bigamie [256-2].
Scandale à la cour de France. pp. 257-258
Un tel retour au scandale auquel on croyait avoir mis fin, força naturellement l'Église à renouveler le châtiment redoutable qui avait déjà frappé Philippe de France. Lorsque ce prince, violateur de la loi divine, arrivait dans un diocèse, les cloches de toutes les églises se taisaient, les chants ecclésiastiques cessaient ; le culte du Seigneur ne se célébrait plus publiquement ; partout le deuil des âmes se manifestait ainsi. Pendant les quinze années de sa vie, où son ardente et funeste passion pour Bertrade le retint hors de la communion de l'Église, le roi Philippe eut du moins assez de conscience pour respecter, jusqu'à un certain point, la douleur publique : il se contentait d'entendre la messe en secret, quand les prélats dont il était le Seigneur temporel le lui permettaient ; il s'abstenait de toutes les pompes de la royauté, alors confondues avec celles de l'Église, et aussi de porter solennellement sa couronne aux grandes fêtes de l'année [257-1]. Toutefois, le jour de Noël de l'an 1097, malgré la défense formelle du légat apostolique [258-1], un archevêque se rencontra, Raoul de Tours, qui ne craignit pas, à l'occasion de la solennité, de ceindre publiquement la couronne au monarque adultère. Cet acte de coupable faiblesse valut, dès le surlendemain, au prélat prévaricateur une nomination d'évêque au siège d'Orléans pour l'une de ses créatures, nommée Jean et dont l'extrême jeunesse et la vie débauchée faisaient scandale dans toute la cité.
Yves de Chartres dénonce l'archevêque de Tours.
Yves de Chartres, avec sa vigueur habiluelle, dénonça le honteux marché au pape et au légat Hugues [258-2]. Il accusa le nouvel élu et son protecteur des plus honteux excès [258-3], et se plaignit amèrement de la conduite de l'archevêque de Tours, qui disait hautement qu'il n'avait que faire de se munir de bons clercs et de recourir aux canons, puisqu'il avait, dans sa bourse [258-4], de quoi se procurer tout cela. « Quoi qu'il puisse arriver, quel que soit le parti que vous preniez, mandait au pape l'évêque de Chartres, j'ai mis ma conscience en repos, j'ai délivré mon âme, j'ai élevé la voix pour la vérité et pour la charité, pour le bien de l'Église et pour votre honneur [258-5]. »
pp. 259-261
Cependant les différends d'Yves de Chartres avec l'archevêque Hugues avaient laissé si peu de trace dans le cœur de ce grand évêque que, vers la même époque, il priait le saint-siége de renouveler au prélat l'office de légat qu'il était, disait-il, plus capable que nul autre de remplir [259-1]. La vive contestation qui, depuis si longtemps, régnait entre les métropoles de Lyon et de Sens, et qui avait divisé les deux principaux prélats de l'Église de France, l'archevêque Hugues et l'évêque Yves, fut réglée [259-2], en avril 1099, à la satisfaction de tous, dans ce même concile de Rome où l'on a vu Anselme de Cantorbéry entouré des hommages de l'épiscopat, et défendu, comme il le méritait, par l'évêque de Lucques. Ce fut aussi le même jour que le pape prononça, au milieu des acclamations de toute l'assemblée [259-3], une nouvelle et définitive sentence contre les investitures conférées par des laïques, et contre les hommages qu'exigeaient les princes des dignitaires ecclésiastiques. À ces acclamations, qui attestaient le maintien de la liberté spirituelle des catholiques, en Occident, vinrent bientôt répondre celles qui saluèrent la nouvelle du triomphe merveilleux obtenu par les Croisés, en Orient. Après mille épreuves cruelles, les débris de l'armée catholique étaient enfin arrivés en Syrie, avaient pris Antioche et constitué une principauté chrétienne au profit du Normand Boëmond. Le légat, Adhémar du Puy, étant mort, les Croisés demandèrent au pape Urbain de venir lui-même se mettre à leur tête, dans cette ville d'Antioche où saint Pierre avait établi sa première chaire et où les Galiléens avaient pris, pour la première fois, le nom de chrétiens. « Nous avons vaincu les Turcs et les païens, disaient les chefs de la Croisade, il nous sera facile de vaincre les hérétiques, Grecs, Arméniens, Syriens, jacobites ; venez donc, nous vous en conjurons, ô Saint-Père, venez remplir les fonctions de vicaire de saint Pierre ; venez siéger sur la chaire de l'apôtre ! Par votre autorité, par votre courage, vous déracinerez toutes les hérésies, vous nous ouvrirez les portes des deux Jérusalem [260-1], vous affranchirez le tombeau du Christ, vous exalterez le nom de chrétien au-dessus de tout, et le monde entier vous obéira. »
Assaut et prise de Jérusalem par les croisés.
Mais, pour se rendre à leurs vœux, il eût fallu qu'Urbain abandonnât la défense de l'Église contre l'hérésie laïque, la plus dangereuse de toutes, car elle revendiquait la domination spirituelle. L'armée chrétienne continua donc, sans son chef, sa marche héroïque, et Jérusalem fut arrachée aux mains des infidèles, par un assaut victorieux, le 15 juillet 1099, à trois heures de l'après-midi, heure où Notre-Seigneur Jésus-Christ était mort pour tous les hommes. Sur le tombeau délivré du Sauveur, une royauté chrétienne fut immédiatement proclamée par les vainqueurs. Godefroy de Bouillon, qui n'avait pris aucune part au massacre des infidèles, fut élu roi ; mais il ne fut point couronné, ne voulant point, disait-il, porter une couronne d'or là où le divin maître en avait porté une d'épines [261-1].
pp. 261-262
Fidèle aux habitudes de la chevalerie dont il devenait le chef, Godefroy fonda aussitôt, dans la vallée de Josaphat, un monastère où s'établirent les moines qui l'avaient accompagné à la Croisade, et il introduisit le rite latin dans l'église du Saint-Sépulcre, à laquelle il donna pour grand chantre un chanoine de Paris, voulant marquer, par cette réforme liturgique, l'éloignement de l'Occident victorieux pour tout ce qui tenait à l'église dégénérée de l'Orient [262-1].
Après avoir assisté à l'élection qui fit de Daimbert, archevêque de Pise et légat d'Urbain II, le premier patriarche latin de Jérusalem, Godefroy de Bouillon voulut recevoir de ce prélat l'investiture de son nouveau royaume. Rien, assurément, ne pouvait mieux démontrer combien le nouveau roi catholique était revenu des opinions qui l'avaient autrefois conduit dans les rangs des champions de l'impérialisme.
Mort du pape Urbain II. pp. 262-264
Urbain II alla rendre compte à Celui dont il était le vicaire sur la terre, quinze jours après le glorieux accomplissement de l'œuvre qu'il avait prêchée à Clermont. Il mourut, non dans l'exil comme, Grégoire VII, mais au sein d'une double victoire. Le successeur de saint Pierre était rentré dans Rome en même temps que la Croix dans Jérusalem. Le double despotisme de César et de Mahomet, établi depuis tant de siècles, reculait devant les Clefs de l'apôlre et devant l'épée des chevaliers catholiques. Ce n'était pas là sans doute un succès complet et durable : il ne saurait y en avoir de tels dans l'Église ici-bas ; mais, avant de retourner vers le divin maître, Urbain II put jouir d'un de ces moments glorieux et sublimes, qui récompensent largement de siècles de luttes douloureuses et qui illuminent, on le peut dire, tout l'avenir. Lorsque le corps du pontife qui venait d'expirer, à quelques pas de la prison de saint Pierre [263-1], eut été descendu dans les caveaux de la basilique vaticane, pour y être placé à côté des reliques du premier des papes [263-2], on put proclamer, en toute vérité, dans la chrétienté, que les onze années d'apostolat du pontife n'avaient été qu'un combat héroïque et sublime contre les ennemis de Dieu. Plein de dévouement pour saint Pierre, n'ayant jamais tremblé devant personne, ni jamais laissé porter la moindre atteinte à la liberté de l'Église, ardent propagateur du culte de la Reine du ciel, à laquelle il avait consacré spécialement le samedi [263-3], Urbain méritait certes d'être associé aux saints du paradis comme un des leurs [264-1].
Les contemporains de l'illustre pontife ont dit de lui que c'était un pape d'or, profondément dévoué à saint Pierre, qui jamais n'avait laissé amoindrir entre ses mains l'indépendance de l'Église romaine, et dont les vertus n'avaient jamais été inférieures aux talents.
Ce fut encore un moine, et un moine de Cluny qu'on lui donna pour successeur. Trois papes [264-2], du même ordre, tels que Hildebrand, Didier du Mont-Cassin, et Odon de Cluny, devaient naturellement encourager les cardinaux [264-3] à faire un quatrième choix dans les rangs monastiques. Ce choix s'arrêta sur le Toscan Régnier, qui, après avoir embrassé la vie religieuse à Cluny, sous la crosse de saint Hugues, en avait été retiré par Grégoire VII, était devenu cardinal, et plus tard abbé du monastère des Saints-Laurent et Étienne hors des murs de Rome.
p. 265
À peine instruit de son élection, Régnier prit la fuite et courut se cacher ; mais on parvint à découvrir sa retraite et on lui fit accepter de force la pourpre, la tiare, et la ceinture où pendaient les sept clefs, symboles des sept dons du Saint-Esprit [265-1].
Avénement du moine cluniste Pascal II.
Le nouveau pontife reçut le nom de Pascal II. Il se hâta d'annoncer cet avènement aux princes catholiques et à la comtesse Mathilde, sans oublier d'en informer, comme l'avait fait Urbain II, son père spirituel, le saint abbé Hugues de Cluny, qui voyait en lui un second fils digne du trône pontifical [265-2]. Pascal II voulut ensuite adresser des félicitations solennelles aux croisés dont l'héroïsme avait affranchi la terre sainte et reconquis, avec la lance encore rougie du sang divin, une grande portion de la croix sur laquelle le Rédempteur était mort pour nous.
pp. 265-266
En même temps, Pascal leur envoyait un nouveau légat, chargé de veiller à la pureté et au salut de leurs âmes : « Que Dieu, disait le pape, en terminant, vous absolve de tous vos péchés et « qu'il vous recompense de votre exil en vous ouvrant les porles de l'éternelle patrie [266-1].
Il signalait, en même temps, son zèle pour les libertés monastiques au sein desquelles il s'était lui-même formé [266-2]. Il reçut, presque immédiatement après son avénement, des lettres d'adhésion et d'avertissement de la part d'Yves de Chartres [266-3] et d'autres lettres d'Anselme de Cantorbéry, où le prélat lui racontait ses épreuves et lui demandait des instructions [266-4]. Enfin, manquant d'argent pour subvenir aux besoins les plus impérieux, il en parlait un jour avec les cardinaux, lorsqu'il vit s'approcher des envoyés du comte Roger de Sicile, qui, venant le saluer, au nom du prince normand, déposèrent à ses pieds un tribut de mille onces d'or [266-5].
pp. 266-267
Cependant la lutte que le nouveau pape avait à soutenir contre les ennemis du Siège apostolique ne perdait rien de son intensité. L'antipape Guibert, qui, sous le nom de Clément III, tenait tête, depuis vingt ans, aux papes légitimes et se faisait gloire de leur survivre, mourut peu après l'avénement de Pascal, destiné à n'avoir que d'insignifiants successeurs dans sa dignité usurpée [267-1]. Mais l'empereur Henri, auteur du schisme et patron de l'antipape, non seulement s'était relevé de ses défaites multipliées ; mais il voyait même, depuis quelque temps, ses forces s'accroître en Allemagne, de façon à pouvoir envahir de nouveau l'Italie.
Pendant ce temps, le roi Philippe, en France, était retombé dans ses anciens désordres, qui le poussaient, presque toujours, à se révolter contre l'Église.
Les trois adversaires de Guillaume le Roux. pp. 267-268
En Angleterre, depuis la mort du Conquérant, les rois normands foulaient impunément aux pieds les droits du clergé et des fidèles. À ses trois redoutables adversaires l'Église opposait trois champions à qui devaient rester la victoire : l'immortelle Mathilde, que Dieu, dit un historien, avait placée sur le seuil de l'Italie, pour confondre l'orgueil et la tyrannie impérialiste [267-2] ; Yves de Chartres, l'évêque au caractère de fer [267-3] ? mais, en même temps, plein de modération, qui savait résister au roi de France ; Anselme, le moine qui refusait de subir le joug de Guillaume le Roux.
pp. 268-269
Lorsque Guillaume le Roux apprit la mort d'Urbain II, dont il avait, disait-on, acheté la bienveillance, il s'emporta jusqu'à prononcer contre le pontife les paroles suivantes : « Que la haine de Dieu frappe quiconque s'affligera de cette mort ! » Mais tout aussitôt : « Que pense-ton, dit-il, du nouveau pape ? Comment est-il ? » Et, comme on lui répondait que, sous plusieurs rapports, il ressemblait à Anselme : « Par le voult-Dieu, reprit le prince, s'il en est ainsi, il ne vaut rien. Mais peu m'importe, car je jure bien que, cette fois, sa primatie ne pèsera point sur moi. Je suis libre maintenant, et je compte bien agir comme il me plaira [268-1]. » Et, en effet, il ne voulut pas reconnaître le nouveau pape et continua d'opprimer l'Église et son peuple. Dans une expédition contre son vassal Hélie de la Flèche, comte du Mans, lequel était un chevalier aussi pieux et charitable que brave, et aussi aimé de ses sujets que le roi Roux était haï des siens [268-2] Guillaume, ayant pris et brûlé le Mans, traita comme un criminel l'évêque de la cité, Hildebert, l'un des plus illustres prélats de son temps, l'ami d'Yves de Chartres et d'Anselme de Cantorbéry. Le crime de ce prélat, si digne, à tous les points de vue, de l'affection des deux grands théologiens de France et d'Angleterre [269-1], c'était d'avoir été élu par le clergé sans autorisation royale [269-2]. Guillaume, voyant le vénérable évêque en son pouvoir, s'avisa de l'accuser de trahison, lui donna l'ordre de détruire les tours de la cathédrale, qui dominaient le château, et, sur le refus du prélat, mit tous ses biens au pillage, sans lui laisser même une mitre.
Guillaume le Roux et ses violences contre l'évêque du Mans. pp. 269-271
Bien qu'il eût coutume de se moquer du jugement de Dieu par l'épreuve du fer chaud, lorsqu'il supposait que cette épreuve tournerait au profit des victimes de son despotisme [269-3], Guillaume exigea qu'Hildebert se soumît à ce genre de jugement, malgré les canons de l'Église, et, pour l'y contraindre, il le tint enfermé dans un cachot, les pieds et les mains enchaînés, pendant plus d'un an [270-1]. Ce dernier forfait combla la mesure : la justice de Dieu allait frapper : les peuples, éclairés par les mystérieuses lueurs de la foi, éprouvaient un frémissement prophétique, avant-coureur de leur délivrance. Un moine [270-2] de Glocester vit en songe le Seigneur assis sur son trône de gloire au milieu de la milice céleste ; à ses pieds était prosternée une vierge d'une éclatante beauté, qui disait : « toi qui es mort sur la croix pour le salut du genre humain, regarde avec clémence ton peuple écrasé sous le joug de Guillaume. Ô vengeur de tous les crimes, venge-moi de Guillaume, et arrache-moi des mains qui m'ont indignement tourmentée et souillée. » — Et le Seigneur répondait : « Patiente encore un peu, la vengeance est proche et sera complèle [270-3]. » À ces mots, le moine se réveilla, tout tremblant, mais convaincu que la vierge représentait la sainte Église, et que Dieu s'apprêtait à punir le roi de ses excès. Instruit de ce qui venait de se passer, l'abbé Serlon en écrivit immédiatement à Guillaume pour l'avertir de la sinistre prédiction [271-1]. Le mercredi 1er août 1100, fête de saint Pierre aux Liens, un autre moine, nommé Foucher, abbé de Shrewsbury, montait en chaire, et, après avoir dépeint l'état désespéré de l'Angleterre, il annonçait en ces termes un prochain changement : « Voici une révolution qui approche : les mignons ne régneront pas toujours. Le Seigneur Dieu va venir juger les ennemis de son Épouse. Déjà l'arc de la colère divine est tendu contre les méchants ; déjà la flèche est sortie du carquois : elle part, elle va frapper [271-2] ! »
pp. 271-272
Le lendemain du jour où le moine Foucher prêchait de la sorte, une flèche lancée par une main inconnue frappait au cœur le roi Roux, tandis qu'il chassait dans la fameuse forêt neuve, que son père avait fait planter, en dépeuplant trente-six paroisses. Ce jour-là, dès le lever du soleil, un religieux de Glocester était venu remettre au roi la lettre où l'abbé Serlon racontait la vision menaçante qu'avait eue le moine de son couvent. À cette lecture, le roi, qui venait de faire un copieux repas avec ses courtisans, se mit à rire aux éclats et s'écria : « Je ne sais vraiment pas comment ce dom Serlon, que je croyais un sage abbé, a pu avoir l'étrange idée de me raconter de telles rêveries et de me les envoyer de si loin par écrit ! Me prend-il donc pour l'un de ces Anglais qui remettent à un autre jour leurs voyages et leurs affaires parce qu'une vieille femme, la nuit précédente, a rêvé ou éternué [272-1] ? »
Mort tragique de Guillaume le Roux. pp. 272-273
À ces mots, le roi partit au galop pour la chasse. Sa dernière parole adressée à l'un de ses compagnons, Gauthier Tyrrel, fut : « Tire donc, de par le diable ! » Et, au même instant, une flèche, soit celle de Gauthier, soit celle d'un autre, vint lui traverser la poitrine [272-2]. Le corps du prince, placé sur une voiture de charbonnier, d'où le sang dégouttait sur la route, fut transporté à Winchester ; mais les cloches des églises, qui annoncent les obsèques du plus infime des chrétiens, du dernier des mendiants, ne sonnèrent point pour le monarque, et de tous les trésors qu'il avait amoncelés, aux dépens de son pauvre peuple, il ne fut pas employé une obole pour le salut de son âme [272-3]. Lorsque cet acte terrible de la justice divine s'accomplit, Anselme visitait plusieurs monastères de la Bourgogne et de l'Auvergne. À Marcigny, le saint abbé Hugues de Cluny lui raconta que, la nuit précédente, dans un rêve, il avait vu le roi Guillaume comparaître, comme accusé, devant le tribunal de Dieu, ou il avait été jugé et condamné [273-1]. À la Chaise-Dieu, l'archevêque apprit la mort du roi : il pleura beaucoup, et d'une voix entrecoupée de sanglots il déclara qu'il aurait mille fois préféré mourir lui-même que voir le roi périr de cette façon [273-2].
Cependant, bientôt arrivèrent des messagers de la part du nouveau roi d'Angleterre et de ses barons, qui suppliaient Anselme de revenir au plus vite, lui déclarant que toutes les affaires du royaume souffraient de son absence [273-3].
pp. 273-274
Henri, frère puiné de Guillaume, s'était hâté de s'asseoir sur le trône paternel, au détriment de son aîné, Robert de Normandie : mais, le jour de son sacre, il avait dû jurer de garder les bonnes et saintes lois du roi Édouard, et de réparer toutes les iniquités du règne précédent. Le nouveau roi avait donc fait publier, dans tout le royaume, une charte imposée par les barons et où la liberté des successions, des mariages et des tutelles était garantie.
Anselme retourne en Angleterre et n'y trouve pas la paix.
Anselme crut alors pouvoir se rendre au vœu de son peuple et retourner en Angleterre. Mais il y trouva non le repos, mais au contraire une lutte nouvelle à soutenir sur un terrain plus difficile que tous les autres. Après avoir subi les brutales violences d'une sorte de bandit couronné, le primat allait se trouver placé entre son devoir nettement défini de primat et la politique artificieuse d'un prince d'une habileté et d'une finesse telles, qu'elles lui avaient mérité le surnom de Beau clerc.
Pour tout autre la position eût été dangereuse ; mais Anselme revenait d'un exil de trois années, plus ferme, plus résolu que jamais. Armé de cette douceur qui, racontait-il lui-même, ne l'avait abandonné qu'une fois depuis qu'il était moine [274-1], il possédait en outre cette héroïque fermeté que puise un grand cœur dans l'humilité et le profond sentiment du devoir [274-2]. L'archevêque avait fait part de ses intentions au nouveau pape [275-1] : « Je suis sorti, lui avait-il dit, pour l'amour de Dieu et l'honneur de l'Église, je n'y rentrerai jamais pour une autre cause [275-2]. »
Dès son arrivée en Angleterre [275-3], et le jour même de sa première entrevue avec le roi, Anselme déclara qu'il ne se soumettrait plus à l'investiture et à l'hommage qu'antérieurement Guillaume lui avait imposés, et il justifia son refus en communiquant au roi les décrets prohibitifs qu'avait rendus le concile de Rome, en sa présence, l'année précédente. « Si le Seigneur roi ne les accepte pas, ajoutait le primat, il n'y aura ni avantage ni honneur pour moi à rester en Angleterre où je ne suis point venu pour voir le roi désobéir au souverain pontife ; je ne saurais rester en communion avec quiconque recevra l'investiture de main royale. »
pp. 275-276
Henri crut devoir temporiser, et il obtint d'Anselme un délai pour consulter le saint-siège. Le roi avait besoin de mettre de son côté l'autorité et l'ascendant moral du primat pour deux motifs importants : d'abord il voulait faire approuver son mariage avec Mathilde, fille de sainte Marguerite d'Écosse, et issue de la race des anciens rois anglo-saxons [276-1] ; et, en second lieu, il sentait la nécessité de défendre sa nouvelle royauté contre son frère aîné, Robert, revenu de la croisade, et qui réclamait la couronne.
Mathilde, avant la mort de Guillaume, s'était réfugiée dans un monastère afin de se mettre à l'abri des violences de la conquête normande, et elle y avait reçu le voile noir des mains de l'abbesse, sa tante ; mais elle affirmait que ç'avait été contre sa volonté formelle. Après avoir pris l'avis d'un concile d'évêques, de seigneurs et de moines, Anselme, jugeant que Mathilde était en effet absolument libre, bénit son mariage et la couronna comme reine, mais non sans prendre de solennelles précautions pour faire constater la validité de ses motifs [276-2]. Il n'en fut pas moins accusé de complaisance coupable pour le roi [276-3].
pp. 276-277
Après cela, comme le duc Robert était sur le point de débarquer en Angleterre [276-4], Anselme, en qualité de représentant de la noblesse et du peuple d'Angleterre, reçut les serments de Henri [277-1], qui jura de nouveau de gouverner toujours son royaume selon de justes et saintes lois, et promit en particulier à l'archevêque de lui laisser pleine liberté d'exercer tous les droits de l'Église et d'obéir au pape. Anselme, non seulement se joignit à l'armée royale, de sa personne avec ses vassaux, mais encore il exerça, par son influence et ses exhortations, tant d'influence sur les principaux seigneurs, que Robert, se voyant sans appui, dut renoncer à ses prétentions [277-2].
Le roi d'Angleterre oublie dans la prospérité ses serments et ses promesses. pp. 277-278
Le danger passé, Henri, selon sa coutume, oublia tous ses serments et recommença ses attaques contre l'Église. Anselme eut à subir toute la série d'épreuves qu'il croyait avoir épuisées sous Guillaume, et cela sans rencontrer plus d'appui et de fermeté qu'alors parmi ses collègues dans l'épiscopat. Le Roi, après avoir restitué au siège de Canturbéry les biens usurpés par Guillaume, ne cessait de se plaindre, avec amertume, de l'innovation qu'on avait introduite, disait-il, en prohibant les investitures et l'hommage. C'en était une en effet [277-3] ou plutôt c'était un retour nécessaire à l'indépendance primitive de l'Église, trop longtemps méconnue, surtout en Angleterre où la prépondérance abusive de la royauté avait acquis force de loi depuis un temps immémorial.
Anselme avait reçu pour mission d'achever, en Angleterre, l'œuvre entreprise, dans l'Église universelle, par saint Grégoire VII. La réponse du pape Pascal à la première consultation du roi, après le retour de l'archevêque, avait été décisive. Voici ce qu'il disait : « Le Seigneur a tenu le langage suivant : c'est moi qui suis la porte : Ego sum ostium. Et celui qui entrera par moi sera sauvé. Mais, si les rois prétendent être la porte de l'Église, ceux qui entreront par eux dans l'Église ne seront pas des pasteurs, mais des voleurs. »
Et, après avoir rappelé la résistance de saint Ambroise à l'empereur Théodose, le saint-père ajoutait : « La sainte Église romaine a vigoureusement résisté, en la personne de nos prédécesseurs, à l'usurpation royale et à l'abominable investiture, malgré les cruelles persécutions des tyrans. Nous avons la pleine confiance que le Seigneur ne permettra pas que Pierre perde de sa force en notre personne. Ne croyez pas, ô roi, qu'en renonçant à une puissance usurpée, toute profane, vous affaiblirez votre autorité ; loin de là, cette autorité n'en acquerra que plus de vigueur, de respect et de gloire, lorsque le Seigneur Jésus régnera dans votre royaume [279-1].
Mais, tentatives vaines ! le roi n'en persista pas moins à réclamer d'Anselme soit l'hommage, soit la consécration des évêques qu'il avait investis, sous peine de sortir du royaume : « Je n'ai souci de ce qu'on pense à Rome des protestations d'Anselme, répondit le monarque. On ne me fera pas renoncer aux us de mes prédécesseurs, et je ne souffrirai personne dans mon royaume qui ne dépende de moi [279-2]. » Malheureusement, parmi les évêques anglais, c'était à qui se prêterait le plus servilement aux volontés du roi [279-3]. Anselme lui déclara formellement qu'il ne sortirait point du royaume et qu'il attendrait qu'on lui vînt faire violence dans son église.
Menaces adressées au Pape par Henri d'Angleterre. pp. 279-280
En une telle occurrence, on convint d'envoyer à Rome une nouvelle ambassade composée de personnages considérables, pour notifier au pape qu'Anselme serait exilé et l'Angleterre soustraite à l'obéissance pontificale, si le statu quo n'était point maintenu. L'archevêque chargea deux de ses moines de le représenter, et le roi confia ses intérêts à trois évêques [280-1]. L'un de ces derniers put apprécier, à ses propres dépens, quelle impression profonde le premier exil du primat avait laissée en France, même parmi les moines les plus étrangers aux événements du monde, car ayant été arrêté, en traversant le Lyonnais, et dépouillé par un Seigneur pillard nommé Guy, celui-ci ne consentit à le relâcher qu'après avoir obtenu de lui, sous la foi du serment, la promesse expresse qu'il ne ferait rien à Rome contre l'honneur ou l'intérêt de l'archevêque Anselme [280-2].
Le pape, on le pense bien, n'accueillit point la requête des évêques, et repoussa avec ingignation la proposition qu'on lui faisait de sacrifier les décrets des saint pères aux menaces d'un homme [280-3]. C'est dans ce sens que fut rédigée la réponse adressée au prince et à l'archevêque de Cantorbéry [280-4]. Dans la lettre à ce dernier, le saint-père rappelait que, pendant le concile qu'il venait de tenir au Latran, il avait renouvelé les anciens décrets portés contre l'investiture et les hommages rendus aux souverains, et il ajoutait en terminant : « Grâce à Dieu, l'autorité épiscopale n'a pas défailli en toi ; placé au milieu des barbares, ni la violence des tyrans, ni la faveur des puissants, ni le fer ni le feu n'ont pu d'empêcher de proclamer la vérité. Nous te conjurons de continuer d'agir et de parler comme tu l'as fait. Tu peux compter que nous serons avec toi. L'esprit ne nos Pères est toujours le notre, et la parole de Dieu n'est pas encore enchaînée [281-1]. »
Quand les envoyés furent de retour, le roi convoqua son parlement à Londres, le jour de la Saint-Michel de l'an 1102, et il somma de nouveau Anselme de lui obéir ou de sortir du royaume. L'archevêque s'en référa aux lettres récemment arrivées de Rome : « Qu'il montre les siennes, s'il le veut, répondit le Roi ; mais cette fois-ci, je ne donnerai point communication des miennes ; il ne s'agit pas, d'ailleurs, de correspondance ; il suffit que le primat dise, oui ou non, s'il veut m'obéir [281-2] ».
Machiavélisme des ambassadeurs envoyés à Rome par le Roi. pp. 281-282
Anselme s'empressa de communiquer à l'assemblée les lettres que le pape lui avait écrités [281-3], mais pour en détruire l'effet, les trois ambassadeurs du roi déclarèrent, sur leur parole d'évêques, que le saint-père les avait chargés, de vive voix et en secret, de dire au roi que, tant qu'il vivrait en bon prince, il n'eût pas à s'inquiéter des investitures, et que, si cette concession n'avait pas été accordée par écrit, c'était uniquement pour que d'autres princes n'eussent pas la tentation d'usurper le même privilège [282-1]. Le moine Baudouin, l'envoyé d'Anselme, toujours zélé et courageux [282-2], nia formellement que le pape eût parlé autrement qu'il n'avait écrit. Les barons étaient très perplexes : les uns disaient qu'il fallait s'en rapporter aux lettres scellées du sceau papal, et qui s'accordaient avec la parole des moines ; les autres soutenaient, au contraire, qu'on devait ajouter foi au témoignage des trois évêques, plutôt qu'à des parchemins noircis d'encre et scellés de plomb, et ils ajoutaient que, dans des affaires séculières, les affirmations de moinillons ( monachellorum ) étrangers au siècle devaient être tenues pour nulles [282-3].
« Mais, s'écria le moine Baudouin, il ne s'agit « nullement ici d'affaires séculières !
« — Vous êtes, lui fut-il répondu, un homme consciencieux et docte ; mais la convenance exige que nous en croyions plutôt un archevêque et deux évêques qu'un simple moi ne comme vous ! » Baudouin insista : « Des lettres du pape, vous ne tenez donc aucun compte ? dit-il.
« — Eh quoi ! répliquèrent les hommes du roi, nous repoussons le témoignage des moines contre les évêques, et nous nous rendrions à celui de ces porteurs de peaux de mouton ! »
« — Hélas ! hélas ! répondirent les moines présents, l'Évangile aussi est écrit sur des peaux de mouton [283-1]. »
Anselme, qui redoutait le scandale, ne voulut pas démentir publiquement les assertions des trois évêques. Il se borna à demander l'envoi d'une troisième ambassade à Rome, pour éclaircir l'équivoque, et il écrivit au souverain pontife une lettre qui renfermait les paroles suivantes :
pp. 283-284
« Je ne crains ni l'exil, ni la pauvreté, ni les tourments, ni la mort ; mon cœur est préparé à tout endurer, avec le secours de Dieu, pour ne point désobéir au siège apostolique, et pour conserver la liberté de ma mère, l'Église du Christ. Je ne m'inquiète que de remplir mon devoir et de respecter votre autorité. J'ai entendu, dans le concile de Rome, le seigneur Urbain, de vénérable mémoire, excommunier les rois et les laïques, sans exception, qui donneraient l'investiture des églises, et ceux qui la recevraient de leurs mains. Daigne Votre Sainteté dispenser l'Angleterre de cette excommunication, afin que je puisse y demeurer sans péril pour mon âme, ou bien me faire dire que vous voulez la maintenir, quoiqu'il puisse en arriver [284-1]. »
En attendant la réponse, le primat tint à Westminster, avec la permission du roi et le concours des prélats et des barons, un concile national, le premier depuis la mort de Lanfranc. Les principaux barons y assistèrent, à la prière d'Anselme. On y déposa six abbés convaincus de simonie ; on y rendit plusieurs décrets pour assurer le célibat du clergé et réprimer une foule de désordres. On y défendit de vendre les hommes comme des bêtes, ainsi que cela s'était pratiqué jusqu'alors en Angleterre [284-2] ; enfin on y prononça l'anathème contre les débauchés infâmes dont les déportements avaient rendu nécessaire la prohibition de porter les cheveux plus bas que l'oreille [284-3].
Belle conduite de l'évêque Giffard. pp. 285-286
L'archevêque avait promis, pendant la trêve rendue nécessaire par la nouvelle mission à Rome, de ne pas excommunier ceux que le roi investirait des évêchés, mais aussi de ne les point sacrer. Henri s'empressa de conférer l'épiscopat à son chancelier et à son lardier, ou garde-magasin [285-1]. Sur le refus d'Anselme, le roi voulut les faire sacrer par l'archevêque d'York, en même temps que Guillaume Giffard, nommé précédemment à Winchester et accepté par le clergé métropolitain. La cérémonie venait de commencer, lorsque Giffard, à qui l'iniquité faisait horreur [286-1], déclara qu il était prêt à tout subir plutôt que de se prêter à une telle profanation. La multitude qui remplissait l'église s'écria d'une voix unanime que Guillaume Giffard était vraiment un homme de bien, tandis que ses confrères leur semblaient non des évêques, mais des prévaricateurs [286-2].
pp. 286-287
Les évêques, pâles d'effroi et tout confus, s'en allèrent dénoncer au roi le digne prêtre [286-3]. Guillaume dut comparaître devant le prince. Debout, seul, parmi les courtisans dont les menaces et les injures arrivaient jusqu'à lui, il resta inébranlable. Dépouillé de tout ce qu'il possédait, il fut expulsé du royaume [286-4]. Anselme intercéda, mais en vain, pour le condamné dont il allait bientôt lui-même subir le sort. Le primat, du reste, ne fit entendre aucune plainte : écrivant à une abbesse du même diocèse que le courageux exilé, il disait : « Il est plus glorieux pour lui, devant Dieu et devant les gens de bien, d'être ainsi spolié et proscrit pour la justice, que d'être doté, par les mains de l'iniquité, de toutes les richesses de la terre. Que ses amis soient donc joyeux et fiers, puisqu'il est resté invinciblement attaché à la vérité [287-1]. »
En parlant ainsi, le vénérable prélat faisait, à l'avance, son propre panégyrique, car le moment approchait où lui aussi allait être frappé.
À la mi-carême de l'an 1103, la réponse du pape aux assertions des évêques étant arrivée, le roi refusa, selon son habitude, d'en prendre connaissance : « Ai-je, dit-il, à m'inquiéter du pape en affaires qui me concernent particulièrement [287-2] ? »
pp. 287-288
Anselme, de son côté, refusa d'ouvrir les lettres de Rome, sans le concours du roi, afin que celui-ci ne l'accusât point de les avoir altérées. Tous deux, d'ailleurs, en savaient d'avance le contenu. La difficulté semblait donc inextricable. Les discussions recommençaient avec plus de véhémence que jamais ; les hauts barons du royaume, les principaux conseillers du roi, pleuraient à la pensée des maux que l'avenir réservait à l'Angleterre ; les gens pieux priaient avec ardeur. Tout à coup le roi proposa à Anselme de l'envoyer lui-même à Rome pour terminer le litige. Le parlement applaudit vivement à cette idée. Mais l'archevêque comprit tout de suite que c'était un détour pour le faire sortir du royaume [288-1]. Il accepta néanmoins, malgré sa faiblesse et son grand âge, car il avait alors soixante-dix ans, et il dit à ses familiers : « Soyez bien certains que, si je puis arriver jusqu'au pape, je ne conseillerai rien de contraire à mon honneur ni à la liberté des églises [288-2]. »
Le 27 avril 1103, Anselme s'embarquait. À peine à terre, il se rendit à sa chère abbaye du Bec, où il ouvrit les lettres du pape. Là, comme il s'y attendait, se trouvaient le désaveu foudroyant du mensonge commis par les trois évêques et la sentence d'excommunication fulminée par le pape contre les parjures [288-3].
p. 289
Les chaleurs de l'été passées, le primat s'achemina vers Rome ou il fut logé par Pascal, de même qu'il l'avait été par son prédécesseur, au palais du Latran. Il y rencontra, comme au temps d'Urbain II, Guillaume Warewast [289-1], qui avait été l'agent de Guillaume le Roux et qui venait maintenant, évêque d'Exeter nommé par Henri Ier, plaider la cause de celui-ci. Ce Warevast savait mêler les menaces aux arguments [289-2], et, ainsi qu'autrefois, il réussit à capter les suffrages de plusieurs personnages de la cour romaine, qui disaient tout haut, après avoir entendu l'habile plaidoyer de l'Anglais, « qu'il fallait se rendre aux vœux d'un si puissant souverain que le roi d'Angleterre. »
Anselme ne disait rien, ni le pape non plus. Encouragé par leur silence, Guillaume termina sa harangue en s'écriant : « Quoi qu'on puisse dire, que les personnes ici présentes le sachent bien, monseigneur le roi d'Angleterre ne consentira jamais à renoncer aux investitures, dût-il lui en coûter la couronne ! »
pp. 289-290
« — Et moi, répondit aussitôt le souverain pontife, je déclare devant Dieu que le pape Pascal nepermettra jamais à ton roi de posséder ce droit d'investiture, dût ce refus lui coûter la tête [290-1] ! »
Les Romains applaudirent à ce discours. Quant au pape, tout en persévérant dans son refus, il crut devoir adresser au roi une lettre conciliante, où il déclarait l'exempter de l'excommunication personnelle qu'il avait encourue, mais la maintenir rigoureusement contre les évêques investis par lui [290-2].
pp. 290-291
Anselme quitta donc l'Italie, muni de lettres pontificales qui confirmaient tous les droits de sa primatie. La grande comtesse Mathilde qui, plusieurs fois, avait vivement recommandé le prélat au saint-père, escorta l'archevêque à travers les Apennins [290-3]. Arrivé à Lyon, vers Noël, Warewast, qui avait rejoint Anselme en route, lui communiqua le message dont le roi l'avait chargé pour lui dans le cas où le pape n'aurait rien accordé : « Le roi, dit Warewast, verra très volontiers votre retour en Anglelerre, si vous voulez vivre avec lui comme vos prédécesseurs ont vécu avec les siens. »
« — Est-ce là tout ? » demanda le primat.
« — Je parle à un homme intelligent », répondit Guillaume.
Anselme reste à Lyon chez l'archevêque Hugues.
« — Très-bien, j'ai compris », dit Anselme [291-1] ; et, dès ce moment, il prit la ferme résolution de rester à Lyon où son ancien ami, l'archevêque Hugues, lui offrait de nouveau le plus honorable asile [291-2].
pp. 291-292
Le primat y séjourna seize mois [291-3]. Le roi ne manqua pas de faire saisir et d'employer à son profit tous les revenus du siège de Contorbéry, et il fit parvenir à Anselme la défense écrite de rentrer en son diocèse avant d'avoir promis d'observer les anciennes coutumes. Ce nouvel exil de l'archevêque fut comme le signal d'un véritable débordement de maux en Angleterre : les rapines, les sacrilèges, l'oppression des pauvres par les barons, la violation des asiles, le rapt des vierges, les mariages incestueux, surtout le concubinage des prêtres, tous ces désordres reprirent un libre cours et désolèrent tout le pays [291-4]. De bons catholiques s'en prenaient à Anselme, lui reprochant d'avoir abandonné son troupeau et lâché pied devant une parole d'un « certain Guillaume [292-1] », tandis que ses brebis étaient sous la dent des loups. On le menaçait du jugement dernier ; on lui rappelait avec amertume l'exemple d'Ambroise résistant en face à l'empereur Théodose [292-2]; on lui déclarait qu'il était responsable de la ruine et de la honte de l'Église d'Angleterre qu'il sacrifiait à des misères [292-3].
pp. 292-293
Les moines de Cantorbéry n'étaient pas les moins ardents à se plaindre. Aucune épreuve n'était épargnée au grand archevêque, et peut-être n'en connut-il pas de plus cruelle que cette injustice des honnêtes gens. Il lui était facile de se justifier, et il le fit avec conscience, avec énergie [292-4] : « Il y a des gens, écrivait-il à l'un de ses moines, qui disent que c'est moi qui interdis les investitures au roi, que c'est moi qui laisse les Églises en proie à des clercs pervers, sans leur résister. Dites-leur qu'ils mentent [292-5]. Ce n'est certes pas moi qui ai inventé la prohibition relative aux investitures ; mais j'ai entendu le pape excommunier, en plein concile, ceux qui donneraient ou qui recevraient cette investiture ; or, je ne veux pas, en communiquant avec ces excommuniés, devenir moi-même un excommunié. Quant à résister aux mauvais clercs, je l'ai si souvent fait, que c'est pour cela que je suis exilé, dépouillé de tout, ruiné. »
Tendre sollicitude d'Anselme pour son troupeau.
Du sein de son exil, le primat veillait avec une tendre et active sollicitude sur les intérêts de son diocèse et de ses moines, sur l'éducation des jeunes élèves du cloître, sur les pauvres qu'il avait l'habitude de soulager [293-1]. Il se reposait principalement, pour ces soins divers, sur Gondulphe de Rochester, l'évêque le plus voisin de la métropole, et qui n'avait jamais trahi leur vieille amitié du Bec. À ce fidèle ami, le seul des évêques anglais qui n'eût point failli, Anselme traçait en ces termes la ligne où il fallait persévérer :
pp. 293-294
« Que nulle menace, nulle promesse, nulle ruse ne vous arrache ni hommage ni serment quelconque. Quand on vous y voudra contraindre, répondez : Je suis chrétien, je suis moine, je suis évêque, et c'est pourquoi je veux rester fidèle à mes obligations envers vous tous, sans m'écarter de mon devoir envers chacun. Rien de plus, rien de moins [294-1]. Et, pour ce qui le concernait, il ajoutait : « Sachez bien que j'espère bien et que je veux ne rien faire jamais contre mon honneur épiscopal, pour rentrer en Angleterre : j'aime bien mieux rester brouillé avec les hommes, que de me brouiller avec Dieu pour me réconcilier avec eux [294-2]. »
Exhortations adressées à la reine Mathilde par Anselme. pp. 295-296
Cependant, on pressait vivement Henri de revenir à des sentiments meilleurs et de rétablir l'ordre en rappelant Anselme. La reine Mathilde, princesse pieuse et instruite [294-3], que le peuple appelait la bonne reine [294-4], se montra pleine de zèle pour amener un rapprochement. Elle aimait tendrement Anselme qui l'avait mariée et couronnée ; elle admirait ce grand athlète de Dieu, ce vainqueur de la nature [294-5] ; elle avait naguère tremblé pour sa vie en le voyant s'épuiser par des jeûnes quotidiens [295-1]. « Il vous faut manger et boire, lui écrivait-elle à ce sujet, parce que vous avez encore un grand chemin à parcourir, une grande moisson à rentrer dans les greniers du Seigneur, et très peu d'ouvriers pour vous aider. Souvenez-vous que vous tenez la place de Jean, l'apôtre chéri du Seigneur, qui dut lui survivre pour prendre soin de la Vierge Mère. Vous avez à prendre soin, vous, de notre mère l'Église, où chaque jour sont menacés de périr les frères et les sœurs du Christ, qu'il a rachetés de son sang et qu'il vous a confiés [295-2]. »
Ce n'était point par des complaisances séniles qu'Anselme avait ainsi gagné le cœur de la princesse : il répondait, en effet, à ses lettres caressantes par des exhortations où le devoir de la royauté était énergiquement exposé : « Vous êtes reine, non par moi, mais par le Christ. Voulez-vous le remercier dignement de ce don ? alors, considérez quelle est la reine qu'il s'est choisie dans ce monde pour épouse, et qu'il a aimée jusqu'à donner sa vie pour elle. Voyez-là exilée, errante, presque veuve ; voyez comme elle soupire, avec ses enfants légitimes, après le retour de l'époux qui reviendra un jour de son lointain royaume et qui rendra à chacun le bien et le mal qui aura été fait à sa bien-aimée. Ah ! qui l'aura honorée sera honorée avec elle ; qui l'aura foulée aux pieds, sera foulé aux pieds loin d'elle ; qui l'aura exaltée, sera exalté avec les anges, et qui l'aura opprimée sera opprimée avec les démons [296-1] ! »
Pénétrée de ces enseignements, Mathilde ne se consolait pas de l'exil d'Anselme ; elle écrivait au pape pour le supplier de rendre à l'Angleterre son père et son consolateur [296-2] ; elle écrivait surtout à Anselme, avec toute l'effusion et la simplicité d'une tendre fille : « Mon bon seigneur, mon vénéré père, laisse-toi donc fléchir ; fais ployer ce cœur que j'ose appeler un cœur de fer. Viens visiter ton peuple et la servante qui soupire après toi. J'ai trouvé un moyen par lequel ni tes droits de pasteur suprême ni ceux de la majesté royale ne seront sacrifiés, quand même ils ne pourraient s'accorder ; qu'il vienne au moins ce père vers sa fille, ce maître vers son esclave, et qu'il lui apprenne ce qu'elle doit faire. Oui, viens avant que je meure, car je le confesse, non sans crainte de faire mal, si je meurs sans te voir, je sens que, même dans le ciel, je serai sans joie. C'est toi qui es ma joie, mon espérance, mon refuge. Mon âme sans toi est une terre sans eau ; c'est pourquoi je tends vers toi mes mains suppliantes, pour que tu daignes la ranimer par la douce rosée de ton cœur [297-1]. »
La réponse d'Anselme, quoique négative [297-2], procura la plus vive joie à la reine : « Tes paroles, lui écrivait-elle, on chassé le nuage de tristesse qui m'entourait, comme les rayons du matin chassent les ombres de la nuit. Je baise cette lettre de mon père, je la serre, autant que je puis, contre mon cœur, je relis et je médite sans cesse cette chère écriture qui me parle en secret et qui promet le retour du père à la fille, du seigneur à l'esclave, du berger à la brebis [297-3]. »
pp. 297-298
Le pontife septuagénaire recevait aussi des lettres du roi, mais d'une teneur moins tendre et qui lui valurent la réponse suivante :
Réponse d'Anselme aux lettres du roi.
« Votre lettre témoigne de votre amitié et me dit que si je voulais être avec vous comme Lanfranc était avec votre père, vous n'aimeriez plus volontiers que tout autre mortel en votre royaume. Pour ce qui est de votre amitié, je vous en rends grâce ; mais, en ce qui concerne votre père et Lanfranc, je réponds que ni dans mon baptême ni dans aucune de mes ordinations, je n'ai promis d'obéir aux lois de Lanfranc ou de votre père ; c'est à la loi de Dieu, c'est aux préceptes divins que je dois soumission. Certes, j'aimerais mieux vous servir qu'aucun autre prince mortel. Mais à aucun prix je ne veux renier la loi de Dieu. Et de plus, je ne puis ni ne dois vous taire que Dieu vous demandera compte non seulement de la royauté, mais encore de la primatie d'Angleterre. Ce double fardeau vous écrasera. Il n'y a pas d'homme au monde à qui il convienne mieux qu'à un roi d'obéir à la loi de Dieu, car il n'y en a pas qui court plus de danger à s'y dérober. Ce n'est pas moi, c'est l'Écriture sainte qui dit : Potentes potenter tormenta patientur, et fortioribus fortior instat cruciatus. Je ne vois dans votre lettre qu'une temporisation qui ne convient ni à votre âme ni à l'Église de Dieu. Si vous différez encore, moi qui défends non pas ma cause, mais celle que Dieu m'a confiée, je n'oserai plus différer d'en appeler au Seigneur. Ne me forcez donc pas à dire malgré moi à Dieu : Lève-toi, et juge ta propre cause [299-1].
pp. 299-303
C'était la première fois que le doux Anselme parlait ainsi. On était en avril 1105. Le pape s'était borné jusqu'alors à excommunier le comte de Meulan, le principal ministre du roi [299-2]. Anselme vit bien qu'il n'avait pas à espérer de mesures plus décisives de ce côté [299-3]. Les rois de France, Philippe et son fils Louis, qui avait été associé à la royauté paternelle en 1099, l'archevêque de Reims, Manassès, invitaient l'archevêque, de la façon la plus affectueuse, à venir en France [299-4]. Il partit donc de Lyon pour se rendre à Reims. Arrivé à la Charité sur Loire, il apprit la maladie grave d'Adèle, comtesse de Blois [299-5], sœur du roi Henri, qui l'avait toujours secouru pendant son exil, et il n'hésita point à se détourner de sa route pour aller la consoler. Mais, à son arrivée, il la trouva presque guérie, et il ne lui dissimula pas que son intention était d'excommunier le roi d'Angleterre, son frère. Le bruit de ce projet se répandit aussitôt, et réjouit singulièrement les nombreux adversaires du roi Henri [300-1], qui guerroyait en ce moment pour enlever la Normandie au duc Robert son frère aîné. Comme les rois de France ne pouvaient manquer de profiter d'une telle occasion d'affaiblir leur redoutable rival, Henri d'Angleterre s'en effraya et pria sa sœur de lui servir de médiatrice. Et, en effet, une entrevue eut lieu le 22 juillet 1105, à Laigle, où le roi se montra plein de prévenance et d'humilité envers Anselme [300-2] : il s'engagea à rendre à l'archevêque non seulement ses bonnes grâce, mais, en outre, les revenus du siège de Cantorbéry. Malgré cette apparente réconciliation, Anselme ne voulut point rentrer en Angleterre avant qu'une dernière ambassade, envoyée à Rome, n'y eût réglé définitivement, d'un côté comme de l'autre, les divers points en litige entre le roi et le primat. Mais, avec sa mauvaise foi ordinaire, Henri ne redoutant plus l'excommunication, ne manqua pas d'employer toutes sortes de moyens dilatoires afin d'amener l'archevêque à communiquer avec les évêques qui avaient reçu l'investiture des mains royales [301-1]. De plus, comme il fallait de l'argent pour continuer la guerre en Normandie, le roi, après avoir eu recours, dans le but de s'en procurer, aux indignes extorsions habituelles à sa race, s'avisa de transformer en ressource fiscale le canon du dernier concile de Londres qu'Anselme avait fait promulguer contre l'incontinence des prêtres. Il ne s'arrêta pas là : prenant en main la défense des bonnes mœurs ecclésiastiques, il frappa de grosses amendes tous les prêtres qui, en l'absence de l'archevêque, avaient pris des concubines. On commença d'abord par faire payer les coupables. Mais, pour se procurer les sommes nécessaires, on confondit les innocents avec les coupables, les prêtres irréprochables avec les concubinaires. Enfin les curés furent tous taxés et l'on emprisonna, l'on tortura tous ceux qui ne voulurent ou ne purent pas payer. C'était une chose lamentable, et la misère était au comble [302-1]. Deux cents prêtres, en aube et en étole, allèrent, un jour, pieds nus, implorer la miséricorde du roi ; mais il les fit chasser de sa présence. Le mal en vint à ce point que les évêques eux-mêmes, qui pourtant avaient livré la liberté de l'Église au roi, furent obligés de réclamer l'appui d'Anselme [302-2]. Après avoir subi tous les genres d'épreuves, le courageux pontife devait connaître tous les genres de réparations : six évêques, parmi lesquels se trouvaient les trois prévaricateurs dont il est parlé plus haut, et qui avaient falsifié les pièces du procès qui se jugeait dans la ville éternelle, écrivirent à l'éloquent champion de l'Église pour implorer son assistance : « Il n'y a plus de pain pour nous, disaient-ils, lève-toi comme Mathathias… Tes enfants combattront avec toi ; nous sommes prêts, non seulement à te suivre, mais même à te précéder, si tu le commandes… Nous te promettons, dans la nouvelle lutte qui va s'ouvrir, de ne consulter que les intérêts de Dieu et non les nôtres [302-3]. » Anselme leur répondit : « Je plains vos souffrances, mais je vous félicite surtout de la constance épiscopale que vous me promettez d'avoir. Vous voyez enfin à quoi vous ont réduits vos complaisances, pour ne rien dire de plus [303-1]. Mais je ne puis vous rien répondre de précis, jusqu'au retour de nos envoyés de Rome, car le roi ne me veut supporter en Angleterre qu'autant que je consentirai à violer les décrets apostoliques. » Néanmoins, Anselme écrivit encore au roi pour lui représenter qu'il était inouï qu'un prince voulut usurper le droit des évêques, en infligeant à des prêtres des peines temporelles pour crimes commis contre les lois de l'Église : le primat ajoutait que la connaissance et la punition de tels délits ressortissaient à sa juridiction et qu'il ne pouvait lui suffire qu'on lui restituât ses possessions territoriales et ses revenus sans lui restituer son autorité spirituelle [303-2]. Henri lui promit satisfaction tout en prétendant qu'il n'avait agi que dans l'intérêt de l'archevêque.
pp. 303-304
Les envoyés de Rome revinrent enfin, au printemps de 1106. C'étaient toujours Guillaume Warewast pour le roi, et, pour Anselme, le moine Baudouin, qui avaient reçu mission de débattre ce long procès entre la royauté despotique d'Angleterre et l'antique liberté de l'Église [303-3]. Ils étaient chargés de remettre à Anselme la sentence du pape qui, sans céder, voulut répondre à la soumission du roi par quelque condescendance : « Celui qui tend la main à un homme couché ne le peut faire qu'en s'inclinant ; mais, quelque bas qu'il s'incline, il ne perd pas pour cela sa taille native [304-1]. » Le saint-père maintint la prohibition des investitures, mais il autorisa Anselme à absoudre et à ordonner ceux qui feraient hommage au roi, jusqu'à ce que, la grâce de Dieu opérant, l'archevêque eût réussi à persuader au prince de renoncer à une prétention si déraisonnable [304-2].
Anselme, qui ne demandait qu'à obéir au droit, ne s'opposa point à cette concession provisoire et n'insista pas sur la question de l'hommage, quoique cette formalité eût été, en même temps que l'investiture, interdite aux conciles de Clermont et de Rome par Urbain II [304-3]. Le roi alla trouver le prélat au Bec ; ils y fêtèrent ensemble l'Assomption, et y scellèrent leur réconciliation. Le roi renonça à sa taxe arbitraire sur les curés, aux revenus des églises vacantes, au cens que Guillaume le Roux avait imposé à toutes en général.
Anselme retourne en Angleterre après trois ans d'exil.
Anselme retourna ensuite en Angleterre, après un second exil de plus de trois années ; il fut accueilli par des transports de joie : la reine Mathilde, qui voyait enfin ses vœux exaucés, alla au devant du primat dont elle avait fait préparer le logement. Les agents du fisc disparurent aussitôt des églises et des monastères.
pp. 305-306
Henri était resté en Normandie : il y remporta peu après la victoire éclatante de Tinchebrai, qui le rendit maître du duché et de la personne de son frère. La voix publique attribua cette victoire à la réconciliation du roi avec le primat [305-1]. Au concile de Londres ( 1er août 1107 ) les clauses du traité furent solennellement débattues entre Henri, les évêques, les abbés et les barons. Il s'y trouva plus d'un courtisan et plus d'un clerc mal famés, pour pousser le roi à revendiquer, comme un droit, à l'exemple de son père et de son frère, les investitures par la crosse ; mais les dispositions des principaux conseillers du prince avaient subi un heureux changement. Warewast lui-même était revenu de son dernier voyage de Rome tout dévoué à la cause de la liberté de l'Église [305-2]. Le comte de Meulan, frappé d'excommunication, puis éclairé, sous le coup de cette sentence, par les remontrances vigoureuses d'Yves de Chartres [306-1] s'était rapproché du Pape et d'Anselme, et avait obtenu de rentrer dans la communion des fidèles, sous la condition qu'il pousserait le roi à se soumettre aux décisions du saint-père [306-2]. Le ministre tint parole et se montra depuis, dans le conseil du roi, l'ardent défenseur des libertés ecclésiastiques [306-3].
Déterminé par ses avis et par ceux de Raoul de Rivers [306-4], le roi proclama, devant Anselme et devant le peuple transporté de joie [306-5], qu'à l'avenir personne ne recevrait de la main du prince ou de quelque autre laïque que ce fût, l'investiture d'un évêché ou d'une abbaye, par la crosse et l'anneau [306-6] : et Anselme déclara, de son côté, qu'on ne refuserait la consécration à aucun prélat qui aurait rendu hommage au roi [306-7], comme lui-même avait cru le devoir faire sous Guillaume.
pp. 306-307
Le roi pourvut ensuite, d'après les mêmes règlements, et d'après l'avis d'Anselme et des barons, aux églises d'Angleterre, restées vacantes et à plusieurs de celles de la Normandie, qui se trouvaient dans le même cas. Anselme sacra en un jour cinq évêques parmi lesquels se trouvaient Guillaume de Winchester et Remelin de Hereford, qui, comme lui et à cause de lui, avaient subi la disgrâce et l'exil, pour avoir fait opposition aux volontés du roi.
Ainsi donc le vieux moine avait vaincu. La vieille brebis, comme il disait de lui-même, avait fini par l'emporter sur les taureaux indomptés attelés avec elle à la charrue du gouvernement de l'Angleterre. Le roi Roux et le roi Beauclerc avaient en vain dressé contre le primat toutes les batteries de la violence et de la politique. Le vieux moine, sans reculer d'un pas, avait survécu à l'un et amené l'autre à composition.
pp. 307-308
Belliqueux barons, clercs rusés, plaideurs infatigables, évêques serviles et prévaricateurs, tous avaient échoué, comme les rois dont ils étaient les dociles instruments. Il avait fallu se décider à déposer les armes de Guillaume le Conquérant aux pieds du religieux étranger qui, jeune encore, avait su, par sa seule présence, contenir le prince normand. Quatorze années de luttes, de persécutions, d'exil, de spoliations, d'intrigues, de mensonges, de bassesses et de cruautés, n'avaient point épuisé l'héroïque vieillard : il avait tout enduré, à peine appuyé par les conseillers du pape, trahi par ses collègues dans l'épiscopat, sans qu'une seule fois aucune épée eût été tirée pour sa défense. Il faut dire que cette question en litige, bien que sérieuse, était si peu claire que la sagesse moderne a osé la déclarer presque aussi puérile qu'inintelligible.
Au dernier jour de la bataille, Anselme disait encore, tout comme au début de la lutte : « J'aime mieux mourir, ou croupir tant que je vivrai, dans l'exil et la misère, que de voir souiller l'honneur de l'Église de Dieu pour ma cause et par mon exemple [308-1]. » La victoire resta, comme c'était justice, à l'archevêque de Cantorbéry, sinon complète, du moins éclatante, considérable [308-2], populaire.
p. 309
Le fait seul d'une pareille lutte et sa durée devait être pour l'Église un véritable triomphe : en effet, elle était glorifiée non seulement parce que le traité de Londres était le premier exemple, depuis le commencement de la lutte entamée par Grégoire VII, d'une concession faite par un adversaire vaincu ; non seulement parce que le plus puissant des rois de l'Europe renonçait aux symboles dont ne voulait pas se départir l'empereur d'Allemagne ; non seulement parce que les évêques prévaricateurs étaient réduits à implorer l'absolution, et les évêques fidèles admis à recevoir la consécration des mains du plus fidèle des champions du saint-siége ; mais elle triomphait, surtout, par la leçon que donnaient au monde contemporain, pour être léguée à la postérité catholique, l'héroïque patience, l'invincible douceur, l'indomptable énergie d'un pauvre moine d'Italie, qui, abbé en Normandie, puis primat en Angleterre, avait rempli tout l'Occident de l'éclat de sa gloire et du renom de son courage. Sans doute, même après l'abandon des investitures, l'influence de la couronne sur les élections resta prépondérante ; mais il était impossible que cet abandon même ne rendît pas à la fois aux chapitres et aux monastères le sentiment de leurs droits, aux rois la conscience de la terrible responsabilité qui pesait sur eux [309-1].
p. 310
Anselme ne survécut que peu de temps au concile de Londres. Il consacra le reste de sa vie à guérir les plaies faites au pays pendant la lutte de l'Église et de la couronne. Il s'associa aux mesures prises par le roi pour réprimer les faux monnayeurs ainsi que les odieuses oppressions dont les agents royaux accablaient le peuple. Le roi l'appuya énergiquement dans ses résolutions pour la réforme de la discipline, le rétablissement du célibat et le maintien des droits de la primatie de Cantorbéry, méconnus par la métropole d'York [310-1]. Pendant ses absences d'Angleterre, Henri confiait à Anselme le gouvernement du royaume et de sa famille [310-2]. Par l'une de ses dernières lettres l'archevêque prévenait le pape Pascal que le roi d'Angleterre s'étonnait de ne pas voir le chef de l'Église excommunier le souverain de l'Allemagne, au sujet des investitures maintenues dans l'empire. L'archevêque, à ce propos, conseillait au souverain pontife de ne pas détruire d'un côté ce qu'il avait édifié de l'autre [310-3].
L'évêque Gondulphe, de Rochester, précède Anselme dans la tombe. Dernières maladies du primat ; immensité de ses travaux. Sa mort et sa gloire.
pp. 311-315
Le fidèle ami d'Anselme, Gondulphe de Rochester, précéda le primat dans la tombe, et ce fut Anselme qui célébra ses obsèques [311-1]. Atteint lui-même, depuis plusieurs années, de maladies frequentes et très douloureuses, le saint vieillard n'en persévérait pas moins dans la pratique de l'oraison et des austérités monastiques. Petit à petit il tomba dans un affaissement complet, et, au commencement de la semaine sainte de l'an 1109, il était à toute extrémité. Les souverains du moyen âge avaient coutume de tenir cour plénière à Pâques et d'y présider, couronne en tête. Le matin du jour des Rameaux, un moine dit au primat : « Père, il nous semble que vous allez quitter le siècle pour vous rendre à la cour pascale de votre Seigneur [311-2]. — Je le désire, répondit Anselme ; cependant, je lui serais reconnaissant, s'il voulait bien me laisser encore parmi vous assez longtemps pour terminer un travail que je roule dans mon esprit sur l'origine de l'âme [311-3]. » Lorsque l'agonie commença, l'on coucha le moribond sur un cilice et sur des cendres. Il y rendit le dernier soupir, entouré de ses moines, le mercredi saint 21 avril 1109, à l'âge de 76 ans. Le dernier vœu du prélat, son regret de ne pouvoir finir une étude philosophique, ne peint-il pas au vif l'actif esprit et le ferme caractère de l'immortel philosophe ? L'histoire n'offre pas un autre exemple d'un homme mêlé à des luttes si multipliées, si terribles, et restant néanmoins dévoué à des spéculations métaphysiques qui semblent exiger le repos intérieur et la calme uniformité de la vie extérieure [312-1].
Travaux extraordinaires d'Anselme aux derniers jours de sa vie.
Au milieu de tant de luttes et d'embarras, Anselme menait de front ses recherches théologiques et philosophiques et une correspondance immensément étendue. La droiture et la simplicité de l'âme doublaient sans doute les forces de l'intelligence chez un tel homme. Sa pensée était aussi vaste que son courage indomptable. La sollicitude pour le bien des âmes individuellement ne le cédait en rien, chez lui, au zèle le plus ardent pour les grands intérêts de l'Église universelle. Au plus fort de tribulations de toutes sortes, Anselme dirigeait, avec la plus scrupuleuse attention, la conduite de sa sœur, de son beau-frère, de son neveu qu'il eut le bonheur de conquérir à la vie religieuse [312-2]. Avec la tendresse de cœur dont son époque possédait le secret, il ne se renfermait ni dans la sphère étroite de la famille ni dans celle d'une Église particulière. Il gouvernait la conscience d'une foule de femmes pieuses, de moines, d'étrangers [313-1]. Il écrivait tantôt à l'archevêque de Lund, en Danemarck, pour l'éclairer sur des points de discipline [313-2] ; tantôt à l'évêque de Saint-Jacques, en Galice, pour lui promettre ses prières contre les Sarrasins [313-3] ; tantôt à l'évêque de Naumbourg, en Allemagne, pour lui reprocher de suivre, en opposition contre le saint-siége, le parti du successeur de Néron et de Julien l'Apostat [313-4]. Il intervenait auprès des rois d'Irlande et d'Écosse dans l'intérêt du droit et des mœurs [313-5]. Il envoyait à la grande comtesse Mathilde des prières et des méditations [313-6] ; il guidait les pas de la comtesse Ida de Boulogne dans la voie de la perfection, et, chaque jour, disait-il, il la contemplait en souvenir [314-1]. Au nord, il recommandait au comte des îles Orcades le soin des âmes de ses sujets [314-2] ; au midi, il prêchait au marquis Humbert le respect des droits maternels de l'Église [314-3]. Il félicitait le comte Robert de Flandre d'avoir renoncé spontanément aux investitures, et de s'être ainsi mis à part de ceux qui, désobéissant au vicaire de Pierre, ne pouvaient compter dans le troupeau que Dieu lui avait confié. « Que ceux-là cherchent, disait-il, quelque autre porte du ciel, car ils n'entreront certainement pas par celle dont l'apôtre saint Pierre tient les clefs [314-4]. » Puis, franchissant les mers, la pensée du pontife allait saluer la nouvelle royauté chrétienne, qui s'élevait près du saint sépulcre affranchi, et rappeler au roi Baudouin de Jérusalem cette vérité trop oubliée : « Dieu n'aime rien plus au monde que la liberté de son Église ! Il ne veut point d'une servante pour épouse [314-5]. » Ces paroles étaient en quelque sorte la devise du grand moine qui a été regardé, pendant sa vie, comme la fleur des honnêtes gens du moyen Age, comme le héraut du Tout-Puissant [315-1]. qui lui devait donner, pour cinquième successeur à Cantorbery, saint Thomas Becket, le martyr du treizième siècle.
Notes chapitre VI
[232-1]. Sperans in respectum misericordis Dei iter meum libertati Ecclesiæ futuris temporibus non nihil profuturum. Eadm., 18.
[232-2]. In littore detinuit…. Allatæ ante illum bulgiæ et manticæ reseratæ, et tota supellex illius subversa et exquisita, ingenti plebis multitudine circumstante ac nefarium opus, pro sui novitate… execrante.
[232-3]. Veut-on savoir comment les philosophes de nos jours jugent ces luttes ? Qu'on écoute M. Franck qui, dans l'ouvrage déjà cité, se croit obligé d'excuser Anselme de sa révolte contre le roi : car c'est là ce que les protestants et les rationalistes nomment révolte. Il dit que cette révolte était beaucoup moins la faute personnelle d'Anselme que celle de son époque, et que, comme toutes les collisions tragiques de ce genre, elle ne doit pas être jugée d'après les lois de la moralité ordinaire. DIE GEWÖHNLICHE MORALISCHE MAASTAB LEICHT HIER NICHT AUS, p. 75. C'est toujours la même prétention chez ces docteurs de liberté et d'égalité, celle de créer, pour les grands hommes et les grands événements, une morale exceptionnelle, théorie que confondent également et les doctrines et la conduite des grands hommes du catholicisme.
[233-1]. Videres ergo viros et mulieres, magnos et parvos, a domibus ruere certatimque currendo… Fama viri celerius præcurrebat et multiplici populos voce replebat. Unde turbarum concursus, clericorum cæcus, monachorum exercitus, isti gaudio et exultatione concrepantes, illi vexillis et sonoris concentibus conjubilantes. Eadm., 19, 49.
[234-1]. in equis ocior advolat et clamore valido quis vel ubi esset archiepiscopus interrogat. Quem…. intuitus subito pudore percussus, erubuit demisso vultu, et quid diceret non invenit. Cui Pater : Domine Dux, si placet, osculabor te… Nec enim hominis sed vultus angeli Dei fulget in eo. Eadm. 49.
[234-2]. Ce duc était Eudes, dit Borel, qui régna de 1078 à 1102 et contribua à la fondation de Cîteaux en 1098, l'année qui suivit le passage d'Anselme par ses États.
[235-1]. Toto illius monasterii monachorum agmine.
[235-2]. Videbam enim multa mala in terra illa quæ nec tolerare debebam, nec episcopali libertate corrigere poteram… ut animam meam de vinculo tantæ servitutis absolvatis, eique libertatem serviendi Deo in tranquillitate reddatis. Ep. III, 166.
[235-3]. Viæ se periculis, mortem pro Deo non veritus, tradit. Eadm, 50 Le mardi avant les Rameaux, 16 mars 1098.
[235-4]. Maxime homines Alemannici regis intendebant, ob dissentionem quæ fuerat illis diebus inter Papam et ipsam.
[236-1]. Visum Patri est decentius inter monachos… quam inter villanos, nocte illa conversari, tum propter religionem monachini ordinis, tum propter officium imminentis noctis atque diei.
[236-2]. Voy. la conversation entre les voyageurs et les moines d'Aspera, à cinq journées de Lyon. Eadm., 51.
[237-1]. Fratres, obsecro vos, vivit ille adhuc, ille Dei et omnium honorum amicus Anselmus… et ut valeat oro. Hæc de se Anselmus dici audiens, infestim tecto cuculæ suæ capitio capite, demisso vultu sedebat. Eadm., 20.
[237-2]. Ecce solus Anselmi aspectus in admirationem sui populos excitabat, eumque esse virum vitæ designabat… Viri cum mulieribus hospitium intrare, et ut hominem videre, etc.
[237-3]. Mane confluit ad Papam romana nobilitas… Statim ab ipso erigitur ad osculum ejus… Acclamat curia dicto.
[237-4]. Quasi comparem vel ut alterius orbis apostolicum et patriarcham jure venerandum. Eadm., 20. Toto divisos orbe Britannos…
[237-5]. Viri propter justiciam necne fidelitatem B. Petri exulantis. Eadm., 51.
[238-1]. Movet, hortatur, imperat.
[238-2]. Jean, abbé de S. Salvatore. Télèse est entre Bénévent et Capoue.
[238-3]. Hæc requies mea, hic habitabo.
[238-4]. C'est le traité intitulé Cur Deus homo, qu'il avait commencé en Angleterre.
[239-1]. Cupiens… per eum his quæ saluti suæ adminiculari poterant informari… Adhuc longe eramus ; ecce Dux ipse copiosa militum multitudine septus patri occurrit ac in oscula ruens… Ducem ipsum eum suis nobiscum singulis diebus in promptu habentes. Eadm., 51 t21.
[239-2]. Nec facile quivis declinaret ad Papam qui non diverteret ad Anselmum… Mira et quæ cunctos demulcebat pura cum simplicitate humilitas. Multi ergo quos timor prohibebat ad Papam accedere, estinabant ad Anselmum venire, amore ducti qui nescit timere.
[240-1]. Quomodo nullus, exceptis aliquibus monachis cum gratia fructificandi Deum audiret. Eadmer raconte plusieurs traits infâmes de Guillaume. M. Thierry en reproduit un dans son Histoire de la conquête des Normands, t. III, p. 336, où il n'a d'ailleurs pas trouvé de place pour un seul mot sur les épreuves d'Anselme et de l'Église.
[241-1]. O Episcopum ! o pastorem ! Nondum cædes, nondum vulnera perpessus es, et jam… Et Anselmus, Anselmus, inquam, ille sanctus, ille talis ac tantus vir, solummodo quiescere volens… quod si propter tyrannidem principis, qui nunc ibi dominatur… jure tamen Christianitatis semper illius archiepiscopus esto… Ego quoque ne de his… videar non curare, eaque gladio S. Petri nolle vindicare, moneo… ut quod de ipso rege Anglico suisque ac sui similibus, qui contra libertatem Ecclesiæ Dei se erexerunt, mediante æquitatis censura, me facturum disposui… percipias.
[241-2]. Omnibus ergo suum locum ex antiquo vindicantibus, Anselmus humilitate summus, quo poterat, assedit. Exciderat animo summi Pontificis ingruente tumultu, ut ei locum delegaret. Guill. Malmese., de Gest. Pontif., I, 229.
[242-1]. Pater et magister Anselme, Anglorum archiepiscope, ubi es ? Sedebat pater in ordine ceterorum… et ego ad pedes ejus… Surrexit continuo et respondit : Domine pater, quid præcipitis ! Ecce me. Eadm., 55. Cf. Guill. Malmesb.,l C.
[242-2]. Videres quosque perstrepere, sedes mutare, locum sedendi viro parare… consilio stupente ad hæc et percunctante quis esset et unde.
[242-3]. Anselme a écrit lui-même toute cette discussion, dans le traité intitulé de Processione Spiritus sancti, dont il envoya des copies dans divers pays à la demande de ses amis. Cf. Hildeberti, Ep Cenoman., Ep. 9, éd. Beaugendre, et Eadm., p. 53.
[243-1]. Proferuntur in medium scelera dictu horrenda, adjicitur contemptui humano cœleslis injuria. Guill. Malmesb., l. C.
[243-2]. Ecce vita illius tyranni… Restet ut gladio sancti Petri sub anathematis ictu percussus, quod meruit sentiat, donec a sua pravitate doscedat. Eadm.
[244-1]. Quæ res ei non mediocrem apud cunctos videntes peperit gratiam, eo quod ostensione verse sanctitatis vicisset famæ suæ gloriam. Guill. Malm., l. C.
[244-2]. Non Papæ ! ait, quis unquam audivit talia… Vere et sine omni ambiguitate dicere possumus a sæculo tale quid non esse auditum. Et pro tali responso mirabilis homo huc te fatigasti ? Eadm., 54.
[244-3]. Munera quibus ea cordi esse animadvertebat, dispertiendo et pollicendo.
[245-1]. Ipse papa frequenter ad Anselmum veniebat, læte cum eo sese agendo et curiam faciendo ei.
[245-2]. Semper et ubique a Papa secundus erat… quasi proprio nomine sanctus vocabatur. Eadm., 21.
[245-3]. Cives urbis, quorum ingens multitudo propter fidelitatem imperatoris ipsi Papæ erat infesta… viso vultu ejus, projectis armis, etc.
[245-4]. Subito admirantibus cunctis… unde suorum luminum acie in circumsedentes directa, vulneratæ mentis dolorem, etc. Eadm., 55.
[246-1]. Sed vae quid faciemus… Unus ecce inter nos, modesta taciturnitate quiescens mitis residet, cujus silentium clamor magnus est, cujus humilitas, etc. Sed vel quid hucusque subventionis invenit ? Eadm., l. C. Cf. Guill. Malmesb., l. C
[246-2]. Virgam… tertio pavimento illisit, indignationem… compressit exploso murmure labiis et dentibus, palam cunctis ostendens.
[246-3]. Sufficit, frater Reinger, sufficit… Procurabitur huic rei correctio. Eadm., Guill. Malmesb.
[247-1]. Et equidem expedit, nam aliter Eum qui justa judicat non transibit.
[247-2]. Execrabile videri manus quæ in tantam eminentiam excreverint ut… Deum cuncta creantem creent… ut ancillæ fiant carum manuum quæ die ac nocte obscœnis contagiis inquinantur… His ab universis fiat, fiat, acclamari audivimus. Eadm. Cf. Roger Hoved, ad ann. 1009.
[248-1]. Vane nos ibi consilium nihil auxilium operiri intelleximus… Nihil judicii vel subventionis, præterquam quod diximus, per romanum præsulem nacti. Eadm. 55 — Guillaume de Malmesbury accuse directement le pape de s'être laissé gagner par les présents du roi ; mais Eadmer, qui écrivait sur les lieux mêmes, et qui ne reculait devant aucune vérité, n'accuse que des individus de sa cour. Baronius et Möhler ont justifié victorieusement Urbain de ces reproches.
[248-2]. Guill. Malmesb., de Gest. Pontif., I, 229. Anselme passa près de deux ans à Lyon, traité par l'archevêque non pas en hôte, sed sicut indigena et vere loci dominus. — Il y reprit ses travaux philosophiques et y écrivit les deux traités De conceptu virginali et De humana redemptione. Eadm., 55 et 22.
[249-1]. Voy. ses belles épîtres dans Baronius, ad ann. 1090. — Il n'y est pas dit un mot du pape ni de la royauté normande, ce qui n'empêche pas M. Thierry de les traduire ainsi : « Après la conquête de l'Angleterre, les intrigues du primat Lanfranc, homme dévoué à l'agrandissement simultané de la puissance papale et de la domination normande, se dirigeant d'une manière active sur l'Irlande, commencèrent à faire un peu fléchir l'esprit national des prêtres de cette île. » Hist. de la conquête, t. III, l. IX, p. 201.
Cet esprit national, s'il mérite ce nom, consistait à tolérer les mariages incestueux et les divorces, et à payer aux évêques les ordinations à prix d'argent. — Lanfranc, dans ses lettres, ne combat pas autre chose.
[249-2]. S. Anselme., Ep. III, 142-147. Eadm., Hist. nov., l. II, 45.
[250-1]. Selon une tradition rapportée par Buchanan, dans son Histoire d'Écosse, elle fit abolir le droit infâme de marquette et de prélibation, hideux vestige de la servitude païenne et de ce mépris de la femme dont les Écossais avaient été surtout infectés. Yoy. la fameuse lettre de S. Jérôme.
[250-2]. Robert Druce, les Douglas, Wallace et tant d'autres héros, jusqu'à Marie Stuart, époque où la Réforme vint altérer profondément le caractère des Écossais.
[250-3]. Il lui fut décerné par le pape Clément X.
[250-4]. Post sacræ perceptionem Eucharistiæ inler verba orationis expiravit. Order. Vit., VIII, 701. Elle mourut en 1093.
[251-1]. Quo temporis momento facies ejus diuturni morbi macie ac pallore fœdata, insolita quadam venustate refloruit. Breviar. Romanorum, die 10 Junii.
[251-2]. 10 juillet 1087. Voy. Fleury, Hist. ecclés., l. LXIII, c. 37. Ce saint Canut ne doit pas être confondu avec son neveu du même nom ( le duc Canut ), également martyr, et dont l'Église célèbre la fête le 7 janvier. Le roi Canut fut le père de Charles, comte de Flandre, qui périt aussi martyr comme on le verra plus loin
[251-3]. Fleury prétend qu'il est le même que Kacon ou Haquin, à qui Grégoire VII a adressé ses ep. VII, 5, 21.
[252-1]. Primus enim ritus gentis suæ… correxit, et metropolitanas sedes et episcopales construxit… monachos qui prius invisi et incogniti Danis erant, accersiit et opportunæ habitationis locum in regno suo liberaliter eis delegavit… Grande cœnobium monachorum constructum est et monasticus ordo, sicut in Anglia apud Eveshannium servatur, regulariter constitutus est. Inde nimirum primi monachi Danos adierunt, et cœnobiale Jus, barbaris mirantibus, diligenter ostenderunt. Order. Vit., l. VII, p. 650.
[252-2]. Episcopatus et cœnobia monachorum, quæ antecessores ejus non noverant. Order. Vit., l. X, p. 767.
[252-3]. Patriam ac domestica sacra saxonica prælatione liberare petivit. Saxo Grammat., l. XII. Ce voyage eut lieu après 1095, selon Pagi, Crit. in Baron., ad ann. 1092.
[253-1]. Celeberrimis Dunorum urbibus inspectis, cuncta curiose collustrando. Sand Gramm, l. C. Cette érection ne fut consommée qu'en 1103 sous Pascal II. Éric mourut à l'île de Chypre en 1101.
[253-2]. Selon le témoignage du chroniqueur de Saint-Pierre le Vif.
[254-1]. Ep. 60, éd. Juret et Souchet. 1645.
[254-2]. En mars 1098. Pagi, Crit. ad ann. 1099, c. 3.
[254-3]. Baronius se déclare contre Hugues de la façon la plus prononcée. Ad ann. 1099.
[254-4]. Culicem excolantes et camelum glutientes. Matth. XXIII, 24.
[255-1]. Yvon., Epist., n. 60.
[255-2]. Non ab electione, in quantum sunt caput populi, vel concessione. Ibid.
[255-3]. Traduction de Fleury, l. LXIV, n. 44.
[256-1]. Ivo minimus Sanctitatis Suæ filius… Hanc si placet, accipite, si plus placet, addite. Si desisto vester esse servus, non desistam vester esse filius. Epist. 07. — Baronius, Fleury et l'Histoire littéraire de France placent cette lettre en 1099. Mais Pagi a démontré qu'elle doit être du commencement de 1098.
[256-2]. Ita mollificaverat, ut eam tanquara dominam veneraretur, et scabello pedum ejus sæpius residens ac si præstigio fieret, voluntati ejus omnino obsequeretur. Suger, Vit. Lud. VI, c. 17.
[257-1]. Nec purpuram induit, neque solemnitatem aliquam regio more celebravit. In quodcumque oppidum vel urbem Gallarium rex advenisset…. cessabat omnis clangor campanarum, et generalis cantus clericorum. Luctus itaque publicus agebatur et dominicus cultus privatim exercebatur, quamdiu transgressor princeps in eadem diœcesi commorabatur. Permissu tamen præsulum quorum dominus erat, etc. Orider. Vit., VIII, 699.
[258-1]. Contra interdictum legati vestri. Yvon., Epist. ad Pap., 1. C.
[258-2]. Ep. 66, 67, 68.
[258-3]. Rex Francorum non private sed publice mihi testatus est quod prædicti Joannis succubus fuerit ( Radulphus archiepiscopus ). Ep. 66.
[258-4]. Se non indigere bonis clericis vel canonibus cum hæc omnia præsto sint et in marsupio suo. Ibid.
[258-5]. Quidquid autem vos faciatis, ego liberavi animam meam. Ep. 66. Et vere dixi et pro veritate et caritate dixi : providens quantum in me est, et Ecclesiæ utilitati et vestræ honestati. Ep. 68.
Il faut ou que Jean se soit repenti complètement de ses crimes, ou qu'Yves ait reconnu l'injustice de ses accusations, puisqu'on le voit plus tard rentrer en relations avec ce même Jean qui occupa d'une manière satisfaisante le siège d'Orléans pendant vingt ans.
[259-1]. Ep. 109.
[259-2]. Epist. Urb. ad Hug. Pagi, Crit. ad ann. 1099, c. 5.
[259-3]. Et ab omnibus acclamatum est : Fiat, fiat ; et consummatum est concilium. Roger Hoveden, ad ann. 1099.
[260-1]. Tibi mandamus ut qui sermonibus tuis nos omnes terras nostras et quidquid in terris erat relinquere fecisti, complendo quæ hortatus es, ad nos venias… In cathedra quam quotidie cernimus… Illi qui prius vocabantur Galilæi, hic primum vocati sunt christiani… nos enim Turcos et Paganos expugnavimus ; hæreticos autem nequivimus… Omnes hæreses cujuscumque gentis sunt, tua auctoritate et nostra virtute eradices et destruas… et etiam portas utriusque Jerusalem nobis aperias, etc. Lettre du 11 septembre 1098, ap. Reuder., Script. rer. German., p. 591 ). Guill,. Tyr., l. VII, C. 1, etc.
[261-1]. Guill. Tyr., 1. IX, c. 9.
[262-1]. C'est ce qui a été parfaitement compris par M. Didion, en ce qui touche aux arts : « On croit, dit-il, mais c'est une grave erreur, que les croisés ont rapporté en Europe et en France les arts de l'Orient : c'est le contraire exactement qui est la vérité. — Il n'y a pas en France une seule église que les croisés aient bâtie dans le style ou sur le plan des églises d'Orient ; en Grèce au contraire, à Mistra, à Chalcis, les croisés champenois, devenus seigneurs de Morée, etc., ont bâti des églises françaises et champenoises… à Jérusalem, les croisés ont rebâti le Saint-Sépulcre en ogive, absolument comme s'ils eussent été en France… Loin d'emprunter à l'Orient un système musical, les croisés avaient porté le leur jusque sur la pierre du Saint-Sépulcre, sur le tombeau même de Jésus-Christ. Nous avons tout donné à l'Orient, et nous n'en avons rien reçu. » Didron, Annal. archéol., t. V, p. 77-79.
[263-1]. Cod. Vatic. ap. Baron. ad ann. 1099. 24.
[263-2]. Eximius pontifex, post multos labores pro Ecclesia Dei summa cum moderatione toleratos, post domitos patientia magis quam armis adversarios… Mabill., t. V, l. LXIX, n. 108.
[263-3]. Ce fut lui qui consacra spécialement le samedi à la sainte Vierge et qui institua, ou du moins rendit beaucoup plus fréquent, l'usage du petit office de Notre-Dame. Mabill., Ann., l. C.
Non erat hic rector tremulus quasi cannula vento ;
Sed veluti ferrum truncabat noxia verbo :
Cuncta sibi prava subduntur dogmata falsa ;
Nunquam decrevit libertas denique Sedis
Romanæ per eum : sanctum quia peramat Petrum
Aureus antistes…
Sanctis merito sociatus.
Domnizo, Vit. Math., l. II, c. II.
[264-2]. Grégoire VII, Victor III et Urbain II.
[264-3]. Patres cardinales, episcopi, presbyteri, diaconi, primores urbis, primi scriniarii et scribæ regionarii in Ecclesia sancti Clementis conveniunt. Pand. Pisan. ap. Baron. et Papedroch. Conat. Act. SS. Maii, t. VII.
[265-1]. Fugit, latuitque, sed non diu potuit… invenitur, trahitur in conventum, convenitur de fuga, redarguitur a patribus… chlamyde coccinea induitur et tiara… baltheo succingitur cum septem exinde pendentibus clavibus, ex quo sciat, septem sigillis, septiformem Spiritus sancti gratiam cunctarum Ecclesiarum, quibus simul, Deo auctore, præest, regimini in claudendo aperiendoque… providere debere. Ibid. Il fut élu le 3 août 1099.
[265-2]. Mabill., Ann., l. c.
[266-1]. Videmus orientalem Ecclesiam, post longa captivitatis tempora, magna ex parte ad antiquam libertatis gloriam rediisse… Ipse vos ab omnibus peccatis absolvat, et exilio vestro patriam æternam tribuat. Pasch., Epist. n. 1, in Concil. Labb., éd. Coletti, XII, 966.
[266-2]. V. ses lettres en faveur des exemptions de Montierender contre l'évêque de Châlons, et d'Ely contre l'évêque de Lincoln, In Mabill., Ann.
[266-3]. Yvon., Epist. 81.
[266-4]. Anselme, Epist. III, 40.
[266-5]. Dum cujus dispositionis acriter ageretur negotium, legati… curiam intrant, ex parte comitis officiosissime papam salutant et resalutant, atque inclinati ad pedes ejus posuerunt auri uncias mille. Pand. Pisan., l. C.
[267-1]. Voir leur destinée, in Vit. Paschal., ap. Conc. Coletti, XII, 963, et Pagi, Crit., ad ann. 1100.
[267-2]. Admirabilem illam fœminam, quam ob confusionem tyrannicæ superbiæ posuit Deus obicem in ipso Italiæ ingressu. Baron., ad ann. 1100, c. 7.
[267-3]. Ferreus ille Yvonis animus. Ibid.
[268-1]. Et Dei odium habeat qui inde curat. Ille vero qui modo est Papa, cujusmodi est ?… Per vultum Dei, si talis est, non valet… Ego interim libertate potitus agam quodlibet. Eadmer, Hist. novorum, l. I, p. 56.
[268-2]. Order. Vit., l. X, p. 769 et 774. Ordéric ajoute qu'il était : instar presbyteri bene tonsus, ce qui indiquait la régularité des mœurs. V. Opera S. Anselmi, Yvon. Carnot., Order. et passim.
[269-1]. Il avait été élève et admirateur de Béranger, mais était revenu de bonne heure à l'orthodoxie. Noël, évêque du Mans, l'avait placé à la tête des écoles de son diocèse. Dans sa jeunesse, on l'avait accusé de diverses irrégularités de mœurs, comme le prouve une lettre de Yves de Chartres ; mais Pagi et Beaugendre, éditeurs de ses œuvres ( in-folio, 1708 ), ont réfuté ces reproches. On croit qu'il a été moine ou du moins élève de Cluny.
[269-2]. En 1097, Le comte Hélie, au contraire, quoiqu'il eût désigné un autre candidat, respecta le choix de Hildebert, quia Deum timebat et ne lethale in membris Ecclesiæ schisma fieret. Okdku. Vit., x, 770.
[269-3]. Il se plaignait que Dieu se laissât gagner par les prières du premier venu : Quid est hoc ? Deus est justus judex ? Pereat qui deinceps hoc crediderit. Quare per hoc et hoc meo judicio amodo respondebitur, non Dei quod pro voto cujusque hic inde plicatur. Eadm., p. 52
[270-1]. Yvo Carnot. Ep. 74. Baron, ad ann. 1107. Pagi, Crit. in eumd, Beaugendre, Vita Hildeb., XIX.
[270-2]. Bonæ famis, sed melioris vitæ. Order. Vit., l. IX, 781.
[270-3]. Splendidissima virgo… Scelerum vindex omniumque judex justissime, de Guillelmo, precor, vindica me… Patienter tolera, paulisper exspecta. Ib.
[271-1]. Commonitorios opices. Ibid.
[271-2]. En subitanea rerum instabit immutatio… non Deus dominabantur effeminati… Ecce arcus superni furoris contra reprobos intensus est et sagitta velox ad vulnerandum de pharetra extracta est. Repente jam feriet. Order., l. C.
[272-1]. Rex in cachinnum resolutus est… Miror unde Domino meo Serloni talia narrandi voluntas exorta est… Ex nimia simplicitate mihi… somnia sternutantium retulit… Num prosequi me ritum autumat Anglorum qui pro sternutatione vel somnio vetularum… his dictis celer surrexit et cornipedem ascendens in sylvam festinavit. Ibid.
[272-2]. Trahe, trahe arcum, ex parte diaboli, Henric. Knyghton, p. 2373, ap. Thierry, II, 340. L'abbé Suger rapporte que Tyrrel, qui passait pour l'auteur de cette mort, lui avait souvent juré qu'il n'avait même pas aperçu le roi dans la forêt. Vit. Lud., passim ap. Selden, not., in Eadmer, p. 190.
[272-3]. Cruore undatim per totam viam stillante. Will. Malm., p. 126, ap. Thierry. Regem veluti ferocem aprum venabulis confossum… detulerunt. Signa etiam pro illo in quibusdam ecclesiis non sonnerunt, quæ pro infimis pauperibus et mulierculis crebro diutissime pulsata sunt. Ord., l. C.
[273-1]. Intulit testimonio veritatis proxime præterita nocte regem ante thronum Dei accusatum, judicatum, sententiamque damnationis in eum promulgatam. Eadm., 23.
[273-2]. At ille singultu verba ejus interrumpente, asseruit quod… multum magis eligeret seipsum corpore, quam illum sicut erat mortuum esse.
[273-3]. Omnia negotia regni ad audientiam et dispositionem ipsius referens pendere dilata. Eadm., 57. V. in Epist. Ans. III, 41, la lettre du roi où il s'excuse de s'être fait sacrer par d'autres évêques, en l'absence du primat.
[274-1]. Guill. Malmesb., op. cit.
[274-2]. Fortezza ed umiltate e largo core. V. l'admirable article du recueil anglican the British Critic, t. XXXIV, p. 101.
[275-1]. Precor et obsecro quanto possum affectu, ut nullo modo me in Angliam redire jubeatis, nisi ita ut legem et voluntatem Dei, et decreta apostolica voluntati hominis liceat mihi præferre, etc. Ep. IV, 40.
[275-2]. Sicut propter timorem et amorem Dei et honorem ejus et Ecclesiæ ejus egressus sum de Anglia, ita nunquam egrediar in illam, nisi propter et secundum eamdem causam. Suppl. Ep. II. Elle est intitulée : Anselmus, Dei gratia, archiepiscopus Cantuariensis exul.
[275-3]. Il débarqua à Douvres le 23 septembre 1100.
[276-1]. V., dans Thierry, Hist. de la conq. des Normands, t. II, p. 313, l'importance politique de cette alliance pour le roi normand.
[276-2]. Pater ipse totam regni nobilitatem populumque minorem pro hoc circumfluentem… sublimius cæteris stans in commune edocuit quo ordine causa Virginis quam fama vulgarat, per episcopos, etc., determinata fuit. Eadm., 59.
[276-3]. Anselmum in hoc a rectitudine deviasse nonnulla pars hominum, ut ipsi audivimus, blasphemavit. Eadm., 58.
[276-4]. On voit, par la lettre du pape Pascal II à Anselme ( Ep. III, 42 ), que le pontife favorisait assez Robert, en sa qualité de croisé.
[277-1]. Tota regni nobilitas cum populi numerositate Anselmum inter se et regem medium fecerunt, quatenus ei vice sui manu in manum porrecta promitteret justis et sanctis legibus se totum regnum quoad viveret, in cunctis administraturum. Eadmer.
[277-2]. Si post gratiam Dei fidelitas et industria non intercessisset Anselmi, Henricus rex ea tempestate perdidisset jus Anglici regni. Ibid.
[277-3]. Divers passages d'Ordéric Vital ( surtout l. III, p. 125, ed. le Prév., l. VIII, p. 698, ed. Duch. ) prouvent que l'investiture par la crosse fut pratiquée en Normandie, comme en Angleterre, pendant tout le onzième siècle.
[279-1]. Ecclesia romana…. regiæ usurpationi et investituræ abominabili obviare… et gravissimis persecutionibus per tyrannos affecta… non destitit… Tunc validius, tunc robustius, tunc honorabilius regnabis, cum in regno tuo divina regnabit auctoritas. Ap. Eadm., 60.
[279-2]. Quid ad me ? usus antecessorum meorum nolo perdere, nec in regno meo qui meus non sit quemquam sustinere. Eadm., 60.
[279-3]. Episcopis.… in singulis regiæ voluntati parere certantibus, imo ne romane pontifici subderetur summopere insistentibus.
[280-1]. L'archevêque d'York, et les évêques de Norwich et de Chester.
[280-2]. Guill. Malmesb, l. C ; Eadmer, 61.
[280-3]. Decreta, dicens indignando, et institutiones sanctorum patrum mini actus unius hominis dissiparem ! Eadm.
[280-4]. V. sa lettre au roi, ap. Eadm.,61.
[281-1]. Deo autem gratias quia in te semper episcopalis auctoritas perseverat… Eumdem enim cum patribus nostris spiritum habentes credimus, propter quos et loquimur. Et verbum quidem Dei non est alligarum. Ans. Ep. III, du 15 avril 1102.
[281-2]. Si vult videantur ; meæ hac vice non videbuntur, etc.
[281-3]. Outre la lettre dont nous venons de donner un passage, Anselme en produisit une autre, du 12 décembre 1101, exactement cité par Eadmer, où Pascal lui rappelait la condamnation des investutures au concile de Bari, auquel ils avaient l'un et l'autre assisté. Fleury, l. LXV, n. 21.
[282-1]. Contestati sunt in episcopali veritate papam ipsum regi verbis puris mandasse per se… se clam illis alia egisse, palam alia.
[282-2]. Spiritu fervens et boni amans.
[282-3]. Trium potius episcoporum assertionibus quam vervecum pellibus atramento denigratis, plumbisque massula oneratis fore credendum… objecto monachellorum testimonio.
[283-1]. Ast hoc negotium seculare non est… Et quidem te virum prudentem et strennum scimus, sed ipse ordo expostulat… Væ, væ, nonne et Evangelia pellibus ovinis inscribuntur !
[284-1]. Non timeo exilium, non paupertatem… certitudinem tantum quæro… Audivi in Romano concilio…. excommunicari reges, etc… Ep. III, 73.
[284-2]. Ne quis illud nefarium negotium quo hactenus homines in Anglia solebant velut bruta animalia venundari, deinceps ullatenus facere pæsumat.
[284-3]. Hume, cet oracle de l'histoire philosophique d'Angleterre, et les autres écrivains de son bord, ont plaisanté sur l'importance attachée par Anselme, pendant toute sa vie, aux prohibitions contre les criniti ou jeunes gens à longue chevelure ; ils ont affecté de méconnaître la cause qui faisait alors de ce genre de coiffure le signe des excès les plus monstrueux. V. Order. Vit., l. VIII, p. 682. — Ceux qui ont été de nos jours en Orient savent à quoi s'en tenir. Plusieurs autres évêques illustres et sortis des rangs monastiques, se signalèrent, comme Anselme, par leur zèle contre les criniti. Godefroi, évêque d'Amiens, célébrant la fête de Noël à Saint-Omer, et rejetant les offrandes de ceux qui étaient intonsi, porta le comte de Flandre et ses chevaliers à se couper les cheveux avec leurs épées et leurs poignards, faute de ciseaux. Serlon, évêque de Séez, après avoir été abbé de Saint-Evroul, prêchant pour la fête de Pâques à Carentan, où le roi Henri 1er satis humiliter inter cistas rusticorum in imo loco sedebat, tira tout à coup des ciseaux de son manteau et coupa les cheveux du roi et des seigneurs qui l'accompagnaient. Son sermon à ce sujet est cité par Orderic Vital, 1. XI, p. 816. Il en voulait encore plus à la barbe qu'aux cheveux : In barba prolixa, disait-il des élégants de son temps, hircis assimilantur… In nutrimento autem comarum mulierum sequaces œstimantur. Barbas suas radere devitant, ne pili suas in osculis arnicas præcisi pungant.
[285-1]. Larderarium. Ce lardier, comme le chancelier, s'appelait Roger. Le premier, nommé à Hereford, mourut immédiatement après son élévation et fut remplacé par Reinalin, chancelier de la reine, qui, voyant qu'Anselme ne voulait pas le sacrer, renvoya sa crosse au roi, qui le punit de sa noble conduite en le faisant chasser de la cour.
[286-1]. Amore compunctus justitiæ mox inhorruit.
[286-2]. Totius multitudinis… clamor insonuit, una voce Wilhelmum recti amatorem, et episcopos non episcopos, sed justitiæ præcipitatores esse increpantes.
[286-3]. At illi mentis suæ rancorem ex vultus immutatione pandentes.
[286-4]. Ille stat, nec avelli potest a recto, et ideo suis omnibus expoliatus, etc.
[287-1]. Gaudeant igitur et exultent amici ejus, etc. Ep. III, 70. V. encore l'épître III, 105, à Guillaume, pour l'exhorter à persévérer dans la bonne voie : Vos scitis quia Dominus reprobat consilia principum ; consilium autem Domini manet in æternum.
[287-2]. Quid mihi de meis cum Papa ? — Hæc si quis mihi auferre voluerit, quod inimicus meus sit, omnis qui me diligit certissime noverit. Anselme répondait : Nihil eorum quæ ipsius esse scio ipsi tollo aut tollere volo. Verumtamen noverit quod nec pro redemptione capitis mei consentiam ei de iis quæ præsens audivi in Romano concilie prohiberi, nisi ab eadem sede,etc… Eadm., 65.
[288-1]. L'écrivain anglican du British critic croit avec raison, ce semble, que Henri craignait l'influence croissante d'Anselme sur le reste de l'épiscopat, et que cette crainte était justifiée par la noble conduite des deux évêques démissionnaires, Reinelme et Guillaume. Le roi voulait donc faire sortir l'archevêque du royaume, mais non le laisser arriver jusqu'à Rome. Cf. Epist. III, 86.
[288-2]. Noveritis quod ipse nihil quod vel Ecclesiarum libertati, vel meæ possit obviare honestati, meo faciet…. consilio.
[288-3]. Episcopos qui veritatem in mendacio invocarunt, ipsa veritate quæ Deus est in medium introducta, a B. Petri gratia et a nostra societate excludimus, donec Romanæ Ecclesiæ satisfaciant, et reatus sui pondus agnoscant.
[289-1]. Notus jam Romæ. Guill. Malmesb.
[289-2]. Il était d'ailleurs chargé d'une lettre très menaçante de Henri, où il disait au pape que jamais, de son vivant, la dignité de la couronne d'Angleterre ne serait amoindrie; que, s'il y consentait lui-même, les barons et le peuple ne le souffriraient pas, qu'il ne fallait donc pas le forcer, malgré lui, à sortir de l'obédience du pape. Brompton ap. Twysden, Hist. anglic. script., I, p. 9999.
[290-1]. Erupit et ait… nec pro amissione regni sui passurum se perdere investituras Ecclesiarum… Si… rex tuus… scias, ecce coram Deo dico, quia nec pro redemptione sui capitis eas illi aliquando Paschalis papa impune permittet habere.
[290-2]. Ap. Eadmer, 67. Il lui disait, entre autres arguments : Dices itaque : Mei hoc juris est. Non utique, non est imperatorium, non est regium, sed divinum. Solius illius est qui dicit : Ego sum ostium. Unde pro ipso rogo te, cujus hoc munus est, ut ipsi hoc reddas. Ipsi dimittas cujus amori etiam quæ tua sunt debes. Nos autem cur tuæ obniteremur voluntati, cur obsisteremus gratiæ, nisi Dei in hujus negotii consensu sciremus voluntati obviare, gratiam amittere… Revoca pastorem tuum, revoca patrem tuum, etc.
[290-3]. Nos, ductu gloriosæ comitissæ per Alpes euntes. Eadmer, 67. Ans. Epist. IV, 442. — V. l'Ep. IV, 37, où il la remercie de ce service et lui envoie ses Méditations.
[291-1]. Ne amplius dices : prudenti loquor… Scio quid dicas et intelligo.
[291-2]. Ibi ut Pater et Dominus loci ab omnibus habitus.
[291-3]. Décembre 1103 — avril 1105.
[291-4]. Damna Ecclesiarum ita ut locus corporis et sanguinis Domini libertatem amittat… et quodque omnium primum malum est, ad dedecus honestatis nostræ, sacerdotis uxores ducere. Eadmer, Hlst. nov. , l. IV, p. 69.
[292-1]. Pro uno verbo cujusdam Wilhelmi.
[292-2]. Tunc fortassis fugisse pudebit cum videris ante tribunal Christi ducentes choros animarum illos fortissimos gregis divini arietes, quibus nec lupus nocuit, nec alicujus terror in fugam vertit. Quam beata erit tunc memoria…. Ambrosii, etc
[292-3]. Totius Anglorum Ecclesiæ ac legis christianæ quotidiana diminutio et summa destructio…. Quando vos qui talibus obviare constituti estis, pro nihilo…. abestis…
[292-4]. Ep. III, 89, 90, 91, 100, 101.
[292-5]. Dic eis quia mentiuntur. Ep. III, 100.
[293-1]. De pauperibus quod apud Cantuariam pascere debeo, rogo maltum ne ullam patiantur inopiam. Ep. IV, 33. — V. sa correspondance très active sur ces sujets avec le prieur Ernulphe de Cantorbéry, et Gondulphe, lib. III et IV passim.
[294-1]. Hæc sit vestra responsio : Christianus sum, monachus sum, episcopus sum : et ideo omnibus volo fidem servare secundum quod unicuique debeo… his verbis nec addatis quicquam, nec minuatis. Ep. III, 92.
[294-2]. Hoc autem scitote… contra episcopalem honestatem… Malo hominibus non concordare, quam illis concordando, a Deo discordare.
[294-3]. Guill. Jemmedic, VIII, 10. Guill. Malmesb., De gest. reg., l. I. Selden., Not. in Ans. 576.
[294-4]. Mold the god queen. Rob. of Glocester, Rob. of Brunne, ap. Thierry.
[294-5]. Tanto patri cujus sum beneficiis obligata : tam forti Dei athletæ et humanæ naturæ victori. Ep. III, 55.
[295-1]. Ibid. Elle voyait avec peine sa voix s'affaiblir : Vox spiritualium ædificatrix vanescat, et quæ canorum et dulce Dei verbum, etc. On ne pouvait déjà plus l'entendre de loin quand il prêchait.
[295-2]. Comedendum est vobis et bibendum quoniam… grandis messis seminenda, sarculanda ac metenda, in horreo… atque quotidie periclitabuntur fratres et sorores Christi. Ibid.
[296-1]. Qui hanc honorant, cum illa honorabuntur ; qui hanc concultant… qui hanc deprimunt, cum dæmonibus deprimentur. Ep. III, 57.
[296-2]. Ep. III, 99.
[297-1]. Veni, Domine, et visita servam tuam ; veni… lacrymas absterge… Flecte, bone Domine, pie Pater… et ferreum pace tua dixerim pectus amolli… Inveni viam qua nec tu pastor… nec regiæ majestatis jura solvantur… Veniat ad filiam pater, ad ancillam dominus… Improbe loquar : timeo me mihi etiam in illa terra viventium et lætantium omnis exultandi præcidatur occasio. Ep. III, 93.
[297-2]. Je pense que cette réponse est l'épître 107 du l. III.
[297-3]. Tristitiæ nebulis expulsis… tanquam novæ lucis radius. Chartulam… loco patris amplector, sinu foveo, cordi quoad possum propius admoveo… Ea namque frequenter secretoque consulens spondet filiæ reditum patris, ancillæ domini, ovi pastoris. Ep. III, 96. Elle ajoute que son mari est moins irrité qu'on ne le dit, et qu'elle fera de son mieux pour l'adoucir encore. Anselme lui répond que Dieu ne rend pas la femme responsable des iniquités de son mari. Ep. III, 97. Voir encore les lettres également tendres de la reine. Ep. 119 ; IV, 74, 76.
[299-1]. De amicitia et de bona voluntate gratias ago… Respondeo quod neque in baptismo, neque in aliqua ordinatione mea promisi me servaturum legem vel consuetudinem patris vestri vel Lanfranci, sed legem Dei et omnium ordinum quos suscepi… Nulli homini magis expedit quam regi se subdere legi Dei, et nullus periculosius se subtrahit a lege ejus… Exurge, Deus, judica causam tuam. Ep. III,95.
Les lois de Lanfranc ! C'est ainsi qu'on dit, de nos jours, les doctrines de Bossuet. Comme on le voit, les ennemis de l'Église ne changent guère de système : les conquérants normands cherchaient, comme font les légistes gallicans, à s'armer de l'autorité individuelle et toujours mal interprétée d'un docteur contre l'autorité générale et perpétuelle du chef de l'Église. Anselme ne s'y trompait pas.
[299-2]. Au concile de Latran. V. sa lettre, du 20 mars, à Anselme.
[299-3]. Eadmer, 70.
[299-4]. Ibid. Epist. IV, 50, 51.
[299-5]. Cette pieuse princesse, fille du Conquérant et tige de la célèbre race des comtes de Champagne, se fit plus tard religieuse à Marcigny, que saint Hugues de Cluny avait fondé pour y recevoir les femmes de grande noblesse. V. lib. 1.
[300-1]. Jam enim in multis locis per Angliam, Franciam et Normanniam fama vulgaverat regem proxime excommunicandum, et idcirco ei utpote potestati non adeo amatæ multa male struebantur, quæ illi a tanto viro excommmucato facilius inferenda putabantur. Eadm., 71.
[300-2]. Quoties erat aliquid inter illos agendum semper ipsum ire ad Anselmum.
[301-1]. Eadmer, p, 72, rapporte la lettre par laquelle Henri cherche à faire excuser ses délais, et les réclamations énergiques d'Anselme tant auprès du roi qu'auprès du comte de Meulan.
[302-1]. Erat ergo miseriam videre.
[302-2]. Ipsi episcopi qui semper libertatem Ecclesiæ et Anselmum… cum principe deprimere nisi sunt… Eadm., 73.
[302-3]. Sustinuimus pacem et ipsa longe recessit… Exsurge ut olim senex ille Mathathias… Nos enim jam in hac causa non quæ nostra, sed quæ Dei sunt quærimus. Ep. III, 121.
[303-1]. Bonum est et gratum mihi quia tandem cognoscitis ad quid vos perduxit, ut mitius dicam, vestra patientia. Ep. III, 122.
[303-2]. Quod hactenus inauditum et inusitatum est in Ecclesia Dei de ullo rege et de aliquo principe… Plus sum episcopus spiritali cura quam terrena possessione. Ep. III, 109.
[303-3]. Pio causa quæ inter regem Anglorum et me, imo inter illum et libertatem Ecclesiæ pro qua sum exul… et spoliatus. Ep. IV, 48.
[304-1]. Qui enim stans jacenti ad sublevandum manum porrigit nunquam jacentem eriget nisi et ipse curvetur… Statum tandem rectitudinis non amittit.
[304-2]. Donec per omnipotentis gratiam ad hoc omittendum cor regium tuæ prædicationis imbribus molliatur.
Cette lettre est du 25 mars 1106.
[304-3]. Le roi tenait surtout aux hommages. V. la lettre d'Anselme à Hugues de Lyon. Ep. III, 123, sur ce sujet, et la réponse de Hugues.
[305-1]. Igitur ob pacem quam rex fecerat cum Anselmo hac Victoria eum potitum multi testati sunt. Eadm., 76. Robert ne valait guère mieux que Henri, en ce qui touchait aux droits de l'Église, d'après les plaintes d'Yves de Chartres contre lui.
[305-2]. Erat enim tunc jam ad libertatem Ecclesiæ Dei cor habens. Eadm., 75.
[306-1]. Yvon. Epist. 154 éd. Juret.
[306-2]. Ep. III, 110 ; IV, 75.
[306-3]. Eadm., 78. Vers cette même époque, il introduisit à Meulan des moines du Bec. Mabill., Ann., 1. LXX, c. 9.
[306-4]. De Redueris ? Anselme, dans sa lettre à Pascal, leur rend à tous deux le même témoignage.
[306-5]. Astante multitudine. Eadm., 70. Petr, Bles, in contin. Ingulphi, p. l26.
[306-6]. Ut ab eo tempore in reliquum nunquam per dationem baculi pastoralis vel annuli quisquam episcopatu vel abbatia per regem vel quamlibet laicam manum investiretur in Anglia. Eadm., 76.
[306-7]. On voit, par plusieurs exemples ( Eadm., 79 ), que les nouveaux évêques prêtaient hommage au primat comme au roi.
[308-1]. Malo mori et quandiu vivam omni penuria in exilio gravari quam ut videam honestatem Ecclesiæ Dei, causa mei aut meo exemplo, ullo modo violari. Recommandation donnée à son agent à Rome en 1106. Ep. IV, 48.
[308-2]. Telle était, du moins, l'opinion d'Eadmer, esprit très peu porté à la concession ( Victoriam de libertate Ecclesiæ, pro qua diu laboraverat, Anselmus adeptus est, p. 25 ), et du cardinal Hugues de Lyon, le plus zélé champion de l'Église et l'instrument dévoué de Grégoire VII : Comperio quod illud propter quod assequendum tantopere hactenus laborastis… per Dei gratiam jam tandem ex magna parte assecuti estis. Ad Ans. Ep. III, 124. Il le supplie de ne pas tenir ferme sur les questions de l'hommage. L'historien gallican Saint-Marc cit : « Pascal, dans sa lettre, n'accordait pas au roi le droit d'obliger les évêques et les abbés à lui rendre hommage de leurs fiefs : il conseille seulement à l'archevêque de ne pas consacrer ceux qui se trouveraient avoir rendu cet hommage, et le charge de persuader au roi de ne le plus exiger. Par là, le décret d'Urbain II subsistait sans atteinte… Ainsi Rome parut, dans cet accommodement, consentir à reculer, et ne recula point cependant. » Hist. d'Italie, p. 969.
[309-1]. « In personis eligendis nullatenus propria utitur volontate, sed religiosorum se penitus committit consilio », écrivait Anselme au pape en 1108. Ep. III, 181. Rex antecessorum suorum usu relicto, nec personas quæ in regimen Ecclesiarum sumebantur per se elegit, nec, etc. Eadm., Vit. Anselm., 25. Electiones prælatorum omnibus collegiis libere concessit. Petr. Blesens, in contin. Ingulph., p. 126. M. Franck et même le docteur Lingard prétendent qu'il n'y eut aucun changement essentiel. Le British critic a victorieusement réfuté cette assertion, t. 32, p. 122,26. Nous renvoyons une dernière fois à ce recueil comme la meilleure appréciation que nous connaissions des résultats de cette lutte.
[310-1]. Eadm., 78 à 84.
[310-2]. Ep. IV, 93.
[310-3]. Ideo minatur sine dubio se resumpturum suas investituras, quoniam ille suas tenet in pace… Rex enim noster diligenter inquirit quod de illo rege facitis. Ep. III, 182.
[311-1]. Ut monachus, non ut episcopus mori cupiens, in domum infirmorum se deferri jussit, ut inter monachorum manus spiritum redderet. Mabill., l LXXI, c. 69.
[311-2]. Domine Pater… ad paschalem Domini tui curiam, relicto sæculo, vadis. Eadm., 25
[311-3]. Verum si mallet me adhuc inter vos saltem tamdiu manere, donec quæstionem quam de animæ origine mente revolvo, absolvere possem, gratiosus acciperem, eo quod nescio utrum aliquis eam me defuncto sit absoluturus.
[312-1]. Depuis son relour d'exil, il avait composé un traité sur l'accord du libre arbitre avec la grâce, la présence divine et la prédestination.
[312-2]. Voir ses lettres touchantes à sa famille. Ep. m, 65, 66, 67, etc.
[313-1]. Voir Epist., passim, surtout l. III, 133, 137, 138. Dans cette dernière on trouve cette belle pensée : Vita præsens via est. Nam quamdiu homo vivit, non facit nisi ire ; semper enim aut ascendit, aut descendit. Aut ascendit in cœlum, aut descendit in infernum.
[313-2]. Epist. IV, 90 et suppl. Ep., 10, ed. Gerberon.
[313-3]. Ep. IV, 19.
[313-4]. Ep. III, 134, en lui envoyant une consultation sur la différence entre l'Église romaine et l'Église grecque. Cet évêque de Naumbourg est le même Valéran dont nous avons vu plus haut le plaidoyer impérialiste, adressé au comte Louis de Thuringe. Il se convertit et devint secrétaire du collège des cardinaux : il en fit part à Anselme, qui le félicita, en lui envoyant un second opuscule.
[313-5]. Ep. III, 132,142, 147.
[313-6]. Vid. supra.
[314-1]. Charissima, vos salutat mea epistola, sed quotidie vos aspicit mea memoria. Ep. III, 56. — V. en outre, l. II, 24, 27 ; l. III, 18, 56.
[314-2]. Ep. IV, 92.
[314-3]. Ep. III, 65.
[314-4]. Quærat igitur ille alias regni cœlorum portas : quia per illas non intrabit quarum claves Petrus apostolus portat. Ep. IV, 13.
[314-5]. Nihil magis diligit Deus in hoc mundo quam libertatem Ecclesiæ suæ…. Liberam vult esse Deus sponsam suam, non ancillam. Ep. IV, 9.
[315-1]. Flos bonorum… heros sacer. Order Vit., l. XI, 839. Très peu de temps après sa mort, il devint l'objet d'invocations habituelles dans les cas de danger. Voir l'exemple du comte Roger de Montgommery, cité par Eadmer, p. 214, in suppl. ad calc., ed. Gerberon.
⁂
Ce site est construit et entretenu par la paroisse à partir de Debian Linux et Bootstrap. Il fait l'objet d'une diffusion limitée sans archivage. Les personnes qui souhaiteraient faire enlever leur nom du site sont invitées à adresser un message à la paroisse.