Le père Matteo, notre curé.

Horaires du 10 au 16 mai.
Horaires du 3 au 9 mai.
Chers paroissiens,
C’est avec une grande joie que je vous invite à vivre une journée exceptionnelle de ressourcement et de partage.
Le 31 mai prochain, notre communauté prendra le chemin d’Ars pour son pèlerinage paroissial.
Ce pèlerinage n'est pas réservé à quelques-uns : il est ouvert à tous, sans exception d'âge. Que vous soyez seul, en famille, jeune ou aîné, votre présence est essentielle pour faire de ce moment un véritable témoignage de notre vitalité paroissiale.
Cette année, nous cheminerons autour d'un thème porteur de sens :
« Action de grâce pour les curés de la paroisse de Saint-Bruno »
Exprimons notre gratitude pour ceux qui guident et guideront notre communauté et confier leur ministère au Seigneur.
Pourquoi Venir ?
Prier ensemble : Nous nous retrouverons au pied de la châsse du Saint Curé d'Ars pour lui présenter nos intentions personnelles et communautaires.
Vivre la Fraternité : Un temps privilégié pour briser l'isolement, discuter et renforcer les liens qui nous unissent.
Se Ressourcer : Profiter du cadre paisible d'Ars pour une pause spirituelle nécessaire dans nos vies bien remplies.
Mon souhait le plus cher est que nous soyons nombreux pour porter ensemble cette prière et vivre ce temps de joie fraternelle.
Inscrivez-vous dès maintenant
Venez, le Saint Curé nous attend !
Père Matteo
ÉgliseSaint-Bruno-les-Chartreux

Le maître autel de l'église.

Le baldaquin.

Saint Bruno.

Le baptistère.

L'autel de la Vierge.

Saint Matthieu.

Saint Marc.

Saint Luc.

Saint Jean.

Sanctus Spiritus

Gloria in excelsis

Vers la Jérusalem céleste.

OEUVRES COMPLÈTES sous la Direction DE M. JEANNIN, Saint-Dizier, tome huitième, Commentaires sur l'Évangile selon saint Jean. BAR-LE-DUC, L. GUÉRIN ÉDITEURS, 1806.
Si vous m'aimez, gardez mes commandements. — et je prierai mon Père, et il donnera un autre Consolateur, afin qu'Il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité. — que le monde ne peut recevoir, parce qu'll ne le voit point. ( Vers. 15, 16, 17, jusqu'au verset 30. )
Analyse. 473
1. Dieu veut être aimé par les œuvres. — Contre les sabelliens et ceux qui nient le Saint-Esprit. — Pourquoi, Jésus-Christ étant présent, le Saint-Esprit n'est point descendu. — 2. Combien était grande, dans les apôtres, la vertu du Saint-Esprit. — 3. Jésus-Christ raffermit ses disciples. — 4. Mon Père est plus grand que moi : encore une parole de condescendance. — En quoi le Père est plus grand que le Fils. — 5. Combien la grâce du Saint-Esprit est forte, puissante et efficace. — Description des effets qu'elle produit dans l'âme. — Tout ce qui est spirituel procure de grands biens ; tout ce qui est terrestre et charnel cause de grandes pertes. — L'homme peut n'être pas inférieur aux anges. — Les natures incorporelles ne sont pas invincibles au vice : il s'est trouvé des anges plus méchants que les hommes et les brutes. — La chair ne rend point la vertu impossible : la multitude des saints le prouve. — S'excuser sur la chair ; excuse frivole. — On peut lier le corps, on ne saurait nous ôter la liberté. — Ce n'est point le corps qui produit le vice, c'est la lâcheté de l'âme. — Les vices ne sont point naturels. — Soumettre la chair a l'esprit, c'est le moyen d'acquérir les biens éternels.
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1. II faut des œuvres, et non de vaines et fastueuses paroles : c'est là de quoi nous avons un besoin continuel. Il est aisé à chacun de dire et de promettre : mais de faire, il ne l'est pas de même. Pourquoi dis-je cela ? C'est parce qu'aujourd'hui nous entendons dire à bien des gens, qu'ils craignent le Seigneur et qu'ils l'aiment ; et nous voyons qu'ils démentent leurs paroles par leurs œuvres. Or, Dieu veut être aimé par les œuvres. C'est pour cela qu'il disait à ses disciples : « Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements ». Ayant dit : « Quoi que vous me demandiez, je le ferai » : de peur que ses disciples ne crussent qu'il leur suffisait de demander, il a ajouté : si vous m'aimez, alors je le ferai. Et comme ces paroles : « Je m'en vais à mon Père », les avaient sans doute jetés dans le trouble, Jésus leur dit : ce n'est point m'aimer que de vous troubler de la sorte : pour m'aimer, il faut être soumis et obéissant à ma volonté. Je vous ai fait un commandement, c'est de vous aimer les uns les autres ( Jean 13, 33 ) ; c'est de faire les uns aux autres ce que je vous ai fait ( Ibid. 15 ) : votre amour consiste à faire toutes ces choses, et à être soumis à celui que vous aimez. « Et je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur ». Ce sont là les paroles d'un Maître charitable qui veut bien s'abaisser pour s'accommoder à la faiblesse de ses disciples. Comme il n'y avait nullement à douter, que, ne le connaissant pas bien encore, ils désireraient et rechercheraient avec une ardeur extrême sa compagnie, ses entretiens, sa présence corporelle, et qu'ils seraient inconsolables de son absence, il leur dit : « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre paraclet » ; c'est-à-dire, un autre, tel que je suis moi-même.
473-774
Que les sectateurs de Sabellius et ceux qui nient la divinité du Saint-Esprit soient couverts de honte et de confusion en entendant ces paroles. Car il est admirable et tout à fait étonnant que, dans ce peu de paroles, Jésus-Christ ait renversé d'un seul coup toutes les hérésies qui sont opposées à l'existence du Saint-Esprit. En effet, quand il dit « un autre », il marque la distinction et la différence de son « hypostase », ou de sa personne, et lorsqu'il dit « paraclet », il montre que la substance est la même.
Pourquoi le Sauveur dit-il : « Je prierai mon Père ? » C'est parce que, s'il avait dit : Je l'enverrai, ils ne l'auraient pas si bien cru. Maintenant, il veut seulement qu'on croie au Saint-Esprit ; et c'est à quoi il s'attache. Dans la suite, il déclare que c'est lui qui l'envoie : « Recevez », dit-il, « le Saint-Esprit ». Mais il dit ici qu'il priera son Père de l'envoyer, afln que sa parole leur parût plus digne de foi, et qu'ils la crussent plus fermement. Jean-Baptiste dit de lui : « Nous avons tous reçu de sa plénitude » ( Jean 1, 16 ). Or, ce qu'il avait en soi, comment l'aurait-il reçu d'un autre ? Et encore : « C'est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu » ( Matth. 3, 11 ). Mais Jésus-Christ, qu'aurait-il eu de plus que les apôtres, s'il avait dû prier son Père pour leur donner le Saint-Esprit, eux qu'on a souvent vu le donner sans prier auparavant ? Comment le Saint-Esprit se répand-il de lui-même, si c'est par l'effet d'une prière que le Père l'envoie ? Comment est-il envoyé par un autre, cet Esprit-Saint, qui est présent partout, qui distribue à chacun ses dons, selon qu'il lui plaît ( 1 Cor. 12, 11 ) ; qui dit avec autorité : « Séparez-moi Paul et Barnabé » ( Act. 13, 11 ) ? Mais ces ministres, Paul et Barnabé, étaient actuellement appliqués au service de Dieu, et néanmoins, le Saint-Esprit les a appelés pour les faire travailler à son œuvre ; véritablement, ce n'était pas pour les tirer de leur fonction et les appliquer à une œuvre différente, mais c'était pour montrer sa puissance et son autorité.
Que signifie donc, direz-vous, cette parole : « Je prierai mon Père ? » Que le temps de l'avènement du Saint-Esprit était arrivé. Jésus-Christ ayant purifié ses disciples par le sacrifice de la croix, le Saint-Esprit est incontinent descendu sur eux. Pourquoi ne descendit-il pas lorsque Jésus était avec eux ? Parce que le sacrifice n'avait pas encore été offert. Mais maintenant que le péché est effacé, et que les disciples, se préparant à combattre, allaient être exposés à de grands périls, il a fallu leur envoyer le Saint-Esprit pour les encourager et les animer aux combats. Et pourquoi n'est-il pas descendu aussitôt après la résurrection ? C'est afin que, par le retard même, les disciples en ayant un plus grand désir, le reçussent avec plus de fruit et avec une plus grande abondance de grâces. Tant que Jésus-Christ a demeuré avec eux, ils n'ont point ressenti de peines ni d'afflictions ; mais sitôt qu'il s'est retiré, cette séparation les jetant dans une grande crainte et dans l'effroi, a allumé leur amour et excité en eux un violent désir de recevoir l'Esprit consolateur.
« Il demeure avec vous » ; c'est-à-dire, il ne se retire même pas après la mort. Mais, de peur que les disciples, entendant parler d'un consolateur, ne pensent à une nouvelle incarnation, et ne se flattent de le voir avec les yeux de la chair, le Sauveur les détourne de cette grossière pensée, en disant : « Que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point ». Le Saint-Esprit ne demeurera point avec vous comme moi, mais il habitera dans vos âmes ; c'est là ce que signifie ce mot : « Il sera en vous ». Jésus-Christ l'appelle l'Esprit de vérité, et par ces figures il marque, il découvre les figures de l'ancienne loi. « Afin qu'il soit avec vous » ; que veut dire cela : « Avec vous ? » Ce qu'il dit lui-même : « Je suis avec vous ». Et il insinue encore ceci : il n'aura pas à souffrir ce que j'ai souffert, et il ne se séparera point de vous. « Que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point ». Quoi donc ? Est-ce que le Saint-Esprit était du nombre des choses visibles ? Nullement : mais ici Jésus-Christ, par le mot de vision, entend la connaissance, car il ajoute : « Et qu'il ne le connaît point ». Et il l'ajoute, parce qu'il a coutume d'appeler vision l'exacte connaissance. Comme, de tous les sens, l'œil est celui qui fait le mieux connaître les choses c'est aussi par ce sens que Jésus-Christ marque l'exacte connaissance. Au reste, le Sauveur appelle ici le monde les méchants, et il console ses disciples, en leur faisant connaître qu'il leur apporte un don excellent.
474-475
Voyez, mes frères, combien il relève la grandeur et l'excellence de ce don. Il dit : « C'est un autre » ; il ajoute : « Il ne vous laissera point » ; il dit : « II sera avec vous, de même que moi » ; il dit encore : « Il demeure avec vous ». Mais par toutes ces promesses il n'a point chassé leur tristesse, ils le voulaient lui-même, et ils demandaient encore qu'il demeurât avec eux. Pour les consoler donc pleinement, il leur dit : « Je ne vous laisserai point orphelins, je viens 475-1 à vous ( 18 ) ». Ne craignez point, dit-il, ne vous abattez point : je ne vous ai pas dit que je vous enverrai un autre consolateur pour vous laisser toujours. Je ne vous ai pas dit : Il de meure avec vous pour ne vous plus voir : sûrement, je viens aussi à vous, « je ne vous laisserai point orphelins ». Les ayant d'abord appelés : « Mes petits enfants », il leur dit maintenant : « Je ne vous laisserai point orphelins ».
2. Au commencement donc, Jésus-Christ a dit à ses disciples : « Vous viendrez où je vais » ; et : « II y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ». Mais comme il y avait longtemps à attendre, maintenant il leur donne le Saint-Esprit. Et comme ils ne comprirent point ce qu'il leur disait, ils n'en reçurent pas une assez grande consolation ; c'est pourquoi le Sauveur ajoute : « Je ne vous laisserai point orphelins : » et c'est là ce qu'ils désiraient le plus. Mais encore ce mot : « Je viens à vous », marquant sa présence, de peur qu'ils ne demandent encore une présence sensible, telle qu'ils l'avaient eue auparavant, Jésus-Christ, à la vérité, ne leur explique pas clairement de quelle manière il leur sera présent, mais il le leur insinue. Après avoir dit : « Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus ( 19 ) », il ajoute : « Mais pour vous, vous me verrez ». C'est comme s'il disait : véritablement, je viens à vous, mais non pour demeurer toujours avec vous comme auparavant. Et de peur qu'ils ne lui fissent cette objection : Pourquoi donc avez-vous dit aux Juifs : « Vous ne me verrez plus ? » il la prévient et la résout, en disant : « Je viens à vous » seulement. L'Esprit-Saint sera aussi de même.
« Parce que je vis, et que vous vivrez aussi ». La croix, ma mort ne nous séparera pas pour toujours, mais elle ne me cachera que pour un temps fort court. Il me semble que le Sauveur ne parle pas seulement ici de la vie présente, mais encore de la vie future. « En ce jour-là vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous ». En mon Père, par ma substance ; en vous, par mon union avec vous et par le secours que vous recevrez d'en-haut. Comment, et de quelle manière, je vous prie, Jésus-Christ sera-t-il avec ses disciples ? Comment et de quelle manière des choses contraires peuvent-elles convenir et s'allier ensemble ? Car il y a une grande, ou plutôt une infinie distance entre Jésus-Christ et ses disciples. Ne vous étonnez pas d'entendre les mêmes paroles et les mêmes expressions. L'Écriture, en parlant de Dieu et des hommes, a coutume de se servir des mêmes paroles et des mêmes termes, mais elle en fait une application très différente ; elle nous donne le nom de dieux et d'enfants de Dieu 475-2, mais ces noms et ces titres n'ont pas, quand on nous les applique, la même force et le même sens que quand on les donne à Dieu. L'Écriture appelle aussi le Fils image et gloire comme nous, mais il y a une grande différence entre l'une et l'autre. Et elle dit encore : « Et vous, vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu » ( 1 Cor. 3, 23 ). Mais toutefois Jésus-Christ n'est pas de même à Dieu que nous sommes à Jésus-Christ.
475-476
Enfin, quel est le sens de ces paroles ? Le voici : Lorsque je serai ressuscité, alors vous saurez que je ne suis jamais séparé de mon Père, et que j'ai la même vertu et le même pouvoir ; vous connaîtrez que je suis toujours avec vous, les œuvres mêmes que vous ferez rendront un témoignage public et de mon secours, et de mon assistance continuelle ; vous le connaîtrez, que je suis toujours avec vous, parce que vous verrez vos ennemis renversés et humiliés, parce que vous agirez avec confiance et parlerez avec liberté, parce que je vous délivrerai de ceux qui vous chagrineront et vous affligeront ; vous le connaîtrez, que je suis avec vous, parce que vous verrez la prédication tous les jours plus florissante et que tout le monde se soumettra à la sainte et pieuse doctrine que vous répandez. « Comme mon Père m'a envoyé, je vous ai aussi envoyés » ( Jean 17, 18 ). Ne remarquez vous pas encore ici, mes frères, que la même expression n'a pas, dans ces deux membres, la même force ni la même signification ? Si nous la prenions dans le même sens, il n'y aurait point de différence entre les apôtres et Jésus-Christ. Et enfin, pourquoi le Sauveur dit-il : « Vous connaîtrez alors ? » C'est parce qu'alors ils ont vu que leur Maître était ressuscité, et qu'il demeurait avec eux ; c'est parce qu'alors ils ont reçu la plénitude de la foi, ils ont appris la véritable doctrine, car la vertu du Saint-Esprit était grande et puissante en eux ; c'était elle qui leur enseignait toutes choses.
« Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime ( 21 ) ». Il ne suffit pas seulement de les avoir, mais il faut encore les garder exactement. Mais pourquoi Jésus-Christ répète-t-il cela si fréquemment à ses disciples, comme quand il leur dit : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements ( 15 ) » ; et : « Celui qui a mes commandements et qui les garde » ; et : « Si quelqu'un écoute ma parole et la garde, c'est celui-là qui m'aime. Celui qui ne m'écoute pas ne m'aime point » ? Je crois qu'il fait allusion à leur tristesse. Comme il leur avait fait de longs discours sur la mort, disant : « Celui qui hait sa vie en ce monde, la conserve pour la vie éternelle » ( Jean 12, 25 ) ; et : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi » ( Matth. 10, 38 ) ; et qu'il devait beaucoup encore leur en parler, il leur fait cette réprimande : Vous croyez que c'est votre amour pour moi qui vous rend tristes ; ne vous point attrister, ce serait m'en donner un plus grand témoignage et une plus grande preuve. Voulant donc produire cet effet dans leur cœur, il résume par là ce qu'il leur a dit. « Car si vous m'aimiez », leur dit-il, « vous vous réjouiriez de ce que je m'en vais à mon Père ( 28 ) ». Maintenant donc, ce n'est point l'amour, c'est la crainte qui vous rend tristes. Vous abattre et vous attrister de la sorte, est-ce me marquer que vous vous souvenez de mes commandements ? Si vous m'aimiez véritablement, vous courriez de vous-mêmes à la croix et à la mort, puisque ma doctrine vous exhorte à ne rien craindre de la part de ceux qui tuent le corps ( Matth. 10, 28 ). Voilà ceux que mon Père aime et que j'aime aussi. « Et je me découvrirai moi-même à eux ( 22 ) ». Alors « Jude » lui dit : « D'où vient que vous vous découvrirez vous-même à nous ? »
3. Ne le voyez-vous pas, mes chers frères, que l'âme des disciples était accablée de crainte et de frayeur ? Jude est tout ému et tout troublé ; il s'imagine qu'il verra son Maître comme nous voyons les morts, en songe. Jésus-Christ donc, pour effacer de son esprit ces sortes d'idées, lui répond : « Mon Père et moi nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure ( 23 ) ». C'est comme s'il disait : Ainsi que mon Père se découvre lui-même, ainsi je me découvrirai moi-même. Et le Sauveur ne se contente pas de tirer Jude de ses fausses idées par cette parole : « Mon Père et moi nous viendrons » ; mais en ajoutant encore : « Et nous ferons en lui notre demeure », il les chasse absolument. En effet, ce séjour exclut l'idée d'un songe.
Pour vous, mon cher auditeur, considérez, je vous prie, ce disciple qui, dans son agitation et son trouble, n'ose pas ouvertement déclarer ce qu'il pense et ce qu'il aurait bien voulu demander. Il n'a point dit : Malheur à nous ! vous allez mourir, et vous vous ferez voir à nous, comme les morts apparaissent. Non, il ne s'est pas expliqué de cette manière, mais il a dit : « D'où vient que vous vous découvrirez vous-même à nous, et non pas au monde ? » Jésus-Christ leur dit donc : « Je vous aime, parce que vous gardez mes commandements ». Il les prévient et leur prédit ces choses, afin qu'ils ne croient pas voir un fantôme, lorsqu'ils le verront dans la suite ; et de peur qu'ils ne s'imaginent qu'il leur apparaîtra de la manière que j'ai dit, il leur explique la raison pour laquelle il demeurera avec eux. C'est, dit-il, parce que vous gardez mes commandements ; il leur prédit encore que le Saint-Esprit se fera voir à eux, et demeurera avec eux de la même manière que lui. Que si les apôtres, après avoir si longtemps demeuré et conversé avec Jésus-Christ, ne peuvent pas le voir sans effroi dans sa substance spirituelle, ni même comprendre ce que c'est, ils en auraient été bien plus en peine, et dans une plus grande terreur, si au commencement il leur avait apparu de même et dans cette forme spirituelle ? Voilà pourquoi il mange avec eux, de peur qu'ils ne le prennent pour un fantôme. Si, le voyant marcher sur les eaux, ils crurent que c'était un fantôme ( Marc 6, 49 ), encore qu'il eût le même visage et la même figure, et qu'il ne fût pas bien loin d'eux ; dans quels soupçons et quelles imaginations ne seraient-ils pas tombés, s'ils l'avaient vu ressusciter aussitôt après qu'ils l'avaient vu prendre et ensevelir ? Si donc il leur dit souvent qu'il leur apparaîtra, et comment, et pour quelle raison ; c'est afin qu'ils ne regardent pas sa résurrection comme une illusion, et qu'ils ne le prennent pas pour un fantôme.
476-477
« Celui qui ne m'aime point, ne garde point mes paroles : et la parole que vous avez entendue, n'est point ma parole, mais celle de celui qui m'a envoyé ( 24 ) ». C'est pourquoi celui qui ne garde point ces paroles, n'aime ni mon Père, ni moi ; si l'observance des commandements est le témoignage et la preuve de l'amour, et si ces commandements sont de mon Père, celui qui les garde n'aime pas seulement le Fils, mais encore le Père. Mais comment la parole peut-elle être votre parole et ne l'être point ? Cela signifie : Je ne dis rien sans mon Père ; je ne dis rien qui ne soit conforme à sa volonté.
« Je vous ai dit ceci, demeurant encore avec vous ( 25 ) ». Ces paroles étaient obscures ; les disciples ne comprenaient point les unes, et doutaient sur le plus grand nombre. Jésus-Christ, pour les empêcher de se troubler encore, et de dire : Quels sont ces commandements que vous nous donnez ? les tire de toute inquiétude, en ajoutant : « Mais le Consolateur que mon Père enverra en mon nom, sera celui qui vous enseignera ( 26 ). » Peut-être, ce que je vous dis maintenant est obscur ; mais ce docteur vous enseignera clairement toutes choses. Et ce mot : « L'Esprit-Saint demeurera avec vous », leur insinue qu'il doit s'en aller. Après, de peur qu'ils ne s'attristent, il leur dit que tant qu'il demeurera avec eux, et que le Saint-Esprit ne viendra point, ils ne pourront s'élever à rien de grand et de sublime.
Jésus-Christ leur dit ces choses pour les disposer à supporter courageusement son départ et une absence qui leur doit procurer de si grands biens. Il nomme souvent le Consolateur, à cause de la tristesse et de l'affliction où il les voit maintenant. Comme donc ce qu'ils ont entendu, comme la pensée de tant d'afflictions, de guerres et du départ de leur Maître les agite et les trouble, voyez, mes frères, voyez comment le divin Sauveur les console de nouveau, en disant : « Je vous laisse la paix ( 27 ) ». Et c'est de même que s'il leur disait : Quelle perte, quel dommage peuvent vous causer les guerres et les troubles de ce monde, si vous avez ma paix ? Cette paix est bien différente des autres. La paix du monde est souvent inutile et pernicieuse, elle ne nous apporte aucun bien. Mais moi, je vous en donne une qui vous fera vivre dans une concorde mutuelle, une paix qui vous rendra plus fermes et plus courageux. Et encore comme cette expression : « Je vous donne la paix », marquait son départ, et pouvait les troubler, il leur dit de nouveau : « Que votre cœur ne se trouble point, et qu'il ne soit point saisi de frayeur ». Vous le voyez bien, mes frères, que le trouble des disciples venait en partie de leur amour et en partie aussi de leur crainte, « Vous m'avez ouï dire : Je m'en vais à mon Père, et je reviens à vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m'en vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi ( 28 ) ». Quelle joie, quelle consolation cette parole ne devait-elle pas répandre dans leur cœur ?
4. Que veut dire cette parole : « Mon Père est plus grand que moi ? » Elle nous apprend que les disciples n'avaient nulle connaissance encore de la résurrection, et qu'ils n'avaient point de Jésus-Christ l'opinion qu'il en fallait avoir. Et comment auraient-ils eu cette opinion, eux qui ne savaient même pas qu'il ressusciterait ? Mais, au contraire, ils croyaient que le Père était grand. Voici donc ce que veut dire le Sauveur à ses disciples : Si vous craignez pour moi, comme si je ne pouvais pas seul me défendre et me soutenir contre mes ennemis, et si vous n'espérez pas que je puisse me faire voir à vous après mon crucifiement, après ma mort, néanmoins m'entendant dire que je vais à mon Père, vous devez enfin vous réjouir, puisque je vais à celui qui est plus grand, et capable de porter remède à tous les maux que je vous ai prédits. « Vous avez ouï que je vous ai dit » : Pourquoi Jésus-Christ a-t-il ajouté ces paroles ? Pour dire : J'ai tant de confiance à mes œuvres, que je ne crains pas de vous faire ces prédictions.
477-478
« Je vous dis ceci dès maintenant, et je vous l'ai prédit avant qu'il arrive, afin que lorsqu'il arrivera, vous me “reconnaissiez” pour ce que “je suis” 477-1 ( 29 ) ». C'est comme s'il disait : Le sauriez-vous, si je ne vous le disais pas ? Et je ne vous le dirais pas, si je n'avais confiance 477-2. Ne le voyez-vous pas, que ce discours est accommodé à la portée des auditeurs ? Lorsque Jésus-Christ dit : « Croyez-vous que je ne puisse pas prier mon Père, et qu'il ne m'enverrait pas ici en même temps plus de douze légions d'anges » ( Matth. 26, 53 ) ?, il parle selon l'opinion de ses auditeurs. Il faudrait avoir perdu l'esprit, pour dire que Jésus-Christ n'aurait pas pu se secourir lui-même, et qu'il avait besoin des anges. Mais comme ils le croyaient un homme, il a dit que son Père lui enverrait douze légions d'anges. Et cependant, par une seule question qu'il a faite à ceux qui étaient venus pour le prendre, il les a tous fait tomber à la renverse.
Si quelqu'un dit que le Père est plus grand, comme principe du Fils 478-1, nous ne le contredirons point : mais cela ne dit pas que le Fils soit d'une autre substance. Quand le Fils dit : « Mon Père est plus grand que moi », voici ce qu'il nous veut faire entendre ; tant que je serai ici avec vous, vous pouvez raisonnablement croire que nous sommes en péril ; mais si je m'en vais, ayez cette confiance que nous sommes en sûreté : car personne ne peut ni surmonter, ni vaincre celui à qui je vais. Jésus-Christ disait toutes ces choses, pour se proportionner à la faiblesse de ses disciples. Pour moi, dit-il, je suis dans une pleine assurance, je ne crains rien, je ne me soucie point de la mort. Voilà pourquoi il ajoute : « Je vous dis maintenant ces choses avant qu'elles arrivent ( 30 ) ». Comme vous ne pouvez point encore comprendre le discours que je vous tiens là-dessus, je vous console par mon Père, que vous appelez grand.
Le Sauveur, après avoir donc consolé ses disciples, va encore les entretenir de choses tristes et affligeantes. Je ne vous parlerai plus guère. Pourquoi ? « Car le prince du monde va venir, et il n'a rien en moi » qui lui appartienne 478-2. Jésus-Christ appelle le diable le prince du monde, et par monde il entend les méchants. Le prince du monde ne commande pas dans le ciel ni sur la terre ; s'il y régnait, il renverserait tout, il mettrait tout dans le désordre et dans la confusion. Il domine seulement sur ceux qui se sont livrés à lui : c'est pourquoi le Sauveur l'appelle le prince des ténèbres de ce siècle, et ici il appelle ténèbres les mauvaises œuvres.
Quoi donc ! Est-ce le diable qui vous fait mourir ? Non : il ne peut rien sur moi. Pourquoi donc les Juifs vous font-ils mourir ? Parce que je le veux bien : « Et afin que le monde connaisse que j'aime mon Père ( 31 ) ». Je souffre la mort, non que j'y sois sujet, non que je doive quelque chose au prince du monde ; mais à cause de l'amour que j'ai pour mon Père. Jésus-Christ dit ces choses, afin de relever le cœur de ses disciples et de les encourager de nouveau, afin qu'ils sachent qu'il ne va point à la mort malgré lui, mais volontairement, mais parce qu'il méprise le diable. Il ne lui suffit pas d'avoir dit : « Je suis encore avec vous un peu de temps » ( Jean 7, 33 ) ; mais il le répète souvent, quoique ce discours fût triste et affligeant. D'ailleurs, comme de juste, jusqu'à ce qu'il les y ait habitués, il y mêle des choses plus douces et plus agréables ; c'est pourquoi tantôt il dit : « Je m'en vais et je viens » ; tantôt : « Afin que là où je suis, vous y soyez aussi » ; tantôt : « Vous ne pouvez maintenant me suivre, mais vous me suivrez après ». Et encore : « Je m'en vais à mon Père » ; et : « Mon Père est plus grand que moi » ; et aussi : « Je vous le dis maintenant avant que cela arrive » ; et derechef : « Je ne souffre point la mort par nécessité, mais pour l'amour de mon Père ». Le Sauveur dit donc toutes ces choses, pour faire connaître à ses disciples que la mort n'a rien de fâcheux pour lui, rien de nuisible, puisque son Père veut qu'il meure, quoiqu'il l'aime et qu'il en soit aimé. Il fait souvent mention de sa passion, de sa mort, de ces tristes objets, en y mêlant des idées consolantes, pour préparer leur esprit. Ces paroles : « L'Esprit-Saint demeurera avec vous » ; et : « Il vous est utile que je m'en aille », sont de vraies paroles de consolation. C'était encore pour consoler ses disciples qu'il leur avait dit auparavant bien des choses touchant le Saint-Esprit, savoir : « Il est dans vous » ; et : « Le « monde ne peut le recevoir » ; et : « Il vous fera ressouvenir de toutes choses ». Et : « C'est l'Esprit de vérité, c'est l'Esprit-Saint, et le Consolateur ». Et encore : « Il vous est utile que je m'en aille », afin qu'ils ne tombassent point dans l'abattement, comme des gens délaissés et dépourvus de toute aide et de tous secours. Jésus-Christ dit qu'il leur est utile qu'il s'en aille, et par là il leur fait connaître qu'il les rendra spirituels.
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5. Et certes, nous le voyons de nos yeux, ce prodigieux changement : ces disciples, qui étaient auparavant si timides et si craintifs, ayant dans la suite reçu le Saint-Esprit, se jetaient au milieu des périls, des épées, des bêtes féroces, des mers, et s'exposaient hardiment à toutes sortes de supplices ; des gens sans littérature ni étude, des hommes du commun du peuple parlaient avec tant de constance et de fermeté, qu'ils étonnaient leurs auditeurs ( Act. 4, 13 ). En effet, de boue qu'ils étaient auparavant, l'Esprit-Saint les rendit de fer, en fit des aigles, et ne permit pas que rien d'humain fût capable de les renverser.
Telle est la grâce de l'Esprit-Saint : telle est sa force et son efficace. Si dans un cœur elle trouve de la tristesse, elle la dissipe ; si elle y trouve de mauvais désirs, elle les consume et les éteint. Elle bannit la pusillanimité, et ne souffre pas que nous ayons désormais la moindre crainte, mais elle nous élève jusqu'au ciel, pour ainsi dire, en rendant toutes les choses célestes présentes à nos regards. Voilà pourquoi les disciples disaient qu'ils n'avaient rien ( Act. 2, 41 et suiv. ) : voilà pourquoi ils possédaient toutes choses en commun, ils persévéraient dans les prières avec joie et simplicité de cœur : c'est là surtout ce que demande le Saint-Esprit. Car « les fruits de l'Esprit sont la joie, la paix, la foi, la douceur » ( Gal. 5, 22 ).
Cependant, direz-vous, souvent les hommes spirituels sont dans la tristesse : mais cette tristesse est plus douce et plus agréable que la joie. Caïn a été attristé, mais la tristesse qu'il a eue était toute mondaine. Paul aussi a été attristé, mais la tristesse qu'il a eue a été selon Dieu. Tout ce qui est spirituel produit de grands biens ; tout ce qui est terrestre cause de très grands dommages.
Attirons donc sur nous, mes frères, la grâce invincible et toute-puissante du Saint-Esprit. Nous l'attirerons en nous par l'observation des commandements, et nous ne serons en rien inférieurs aux anges ; les anges, quoiqu'incorporels, ne sont point invincibles ; s'ils l'étaient, aucune nature incorporelle n'eût été méchante. Mais partout, et parmi les anges comme parmi les hommes, la volonté et le libre arbitre sont la cause du déréglement et de tous les désordres. Voilà pourquoi, parmi même les natures incorporelles, il s'en est trouvé de pires et de plus méchantes que les hommes, et que les brutes mêmes 479-1. Voilà pourquoi, parmi les natures corporelles, il s'en est trouvé plusieurs meilleures que les incorporelles. Tous les justes habitaient la terre, vivaient dans des corps, quand ils ont fait leurs bonnes œuvres ; c'est qu'ils habitaient la terre comme étrangers, et le ciel comme citoyens.
Ne dites donc pas : Je suis environné de chair, je ne puis vaincre, je ne puis entreprendre des travaux pour la vertu : gardez-vous d'accuser le Créateur ; si la chair rend la vertu impossible, nous ne sommes point coupables ; mais que la chair ne rend point la vertu impossible, la multitude des saints le démontre visiblement. La nature charnelle n'a point empêché Paul d'être aussi grand et aussi vertueux qu'il l'a été, ni Pierre de recevoir les clefs du ciel. Enoch, malgré la chair dont il était revêtu, a été transporté et n'a plus reparu. Élie a aussi été enlevé de même en dépit de la chair ; Abraham, Isaac et Jacob ont brillé dans la chair ; Joseph, revêtu d'une chair, a vaincu une femme impudique. Et que dis-je, la chair ? Les chaînes mêmes qui peuvent la garrotter ne sont point un obstacle. « Encore que je sois dans les chaînes », dit saint Paul, « la parole de Dieu n'est point enchaînée » ( 2 Tim. 2, 9 ). Mais, que dis-je encore, les liens et les chaînes ? Ajoutez encore les prisons, les clefs et les verroux, rien de tout cela n'est un obstacle à la vertu : l'apôtre nous l'apprend par son exemple. Le lien qui lie l'âme, ce n'est point une chaîne de fer, c'est la crainte, c'est le désir des richesses, et une infinité d'autres maladies. Voilà ce qui nous enchaîne, notre corps fût-il en liberté.
479-480
Mais, direz-vous, ces maladies, ces sortes de chaînes, c'est le corps qui les produit : frivoles excuses, vains prétextes. Si ces maladies venaient du corps, tous en seraient infectés. Comme nous ne pouvons éviter la lassitude, le sommeil, la faim, la soif, parce que ces choses sont naturelles ; de même, si ces sortes de maladies étaient véritablement telles que vous le prétendez, personne ne serait exempt de leur tyrannie. Que si plusieurs s'en garantissent, il est évident que ces vices naissent de la lâcheté de l'âme. Arrachons-les donc, et n'accusons point la chair, mais soumettons-la à l'empire de l'âme, afin que, l'ayant accoutumée à obéir, nous acquérions les biens éternels, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la gloire dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
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Notes
475-1 Je Viens, texte grec. Le latin dit : Je viendrai.
475-2 J'ai dit : Vous êtes des Dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut. ( Ps. LXXXI, 6. )
477-1 Ce passage est composé et de ce verset 29, chap. XIV, et du verset 19 du chap. XII.
477-2 SI je n'avais de la confiance en vous, c'est-à-dire : Si je ne savais que mes Œuvres vous ont fait connaître qui je suis.
478-1 Comme principe du Fils. C'est là la seule raison et le seul en droit par lequel on peut dire le Père plus grand, ou plutôt, non pas plus grand, mais Premier, comme chacun le voit visiblement. Le Père n'est pas par sa nature plus grand que son Fils, mais il est seulement Premier. Voilà le sentiment de saint Chrysostome, et ce qu'il veut nous faire entendre, dit ici le R. P. Dom Bernard de Montfaucon.
478-2 Il n'a rien en moi : c'est-à-dire : Il n'a aucun droit sur moi, n'ayant droit que sur les pécheurs.
479-1 Ceux mêmes qui servent Dieu ne sont pas stables, et il a trouvé du dérèglement jusque dans ses anges. ( Job, IV, 18. )
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Lenain de Tillemont, Histoire ecclésiastique, Édition de Venise, , Tome I, MDCCXXXII
Saint Pierre écrit sa première épître, approuve l'Évangile de saint Marc, se trouve au Concile de Jérusalem : les Juifs sont chassés de Rome.
L'an de Jésus Christ 44 jusques à 50. Page 168.
Saint Pierre après avoir été délivré, n'alla pas prêcher publiquement dans le Temple. Il l'avait fait sans rien craindre en une autre occasion, lorsque l'Ange le lui avait ordonné. Mais en celle-ci l'Ange l'ayant quitté sans lui rien dire, il crut devoir suivre l'ordre commun, et ne pas tenter Dieu en s'engageant de lui-même dans le péril. Ainsi il sortit de la maison de Marie, et se retira en un autre lieu, c'est-à-dire, ou dans une autre maison dans laquelle il pouvait demeurer caché, ou même hors de Jérusalem et de la Judée : Car aucun auteur considérable ne nous apprend rien de ce qu'il fit depuis ce temps là jusqu'au Concile de Jérusalem. Le Pape Agapet dit qu'il a ordonné et établi divers Évêques dans l'Orient, et il n'y a pas lieu d'en douter.
Puisque les Pères l'ont regardé comme ayant toujours été Évêque de Rome depuis qu'il eut commencé à y prêcher : il y a bien de l'apparence qu'il y retourna au moins pour quelque temps, et même plusieurs fois. C'est apparemment à quelqu'un de ces voyages, plutôt qu'au premier, qu'il faut rapporter sa première épître qui est écrite de Babylone, c'est-à-dire de Rome, selon l'explication d'Eusèbe et de saint Jérôme, lorsqu'on donnait déjà aux fidèles le nom de Chrétiens, ce que nous croyons n'avoir commencé qu'en l'an 43, à Antioche ; et avant que saint Marc qui l'accompagna à Rome dans ce dernier voyage, l'eût quitté pour aller par son ordre prêcher en Égypte, ce qui paraît être arrivé en l'an 49.
168-169.
Saint Pierre écrivit cette épître pour ceux du Pont, de la Bithynie, de la Galatie, de l'Asie et de la Cappadoce. Il l'adresse particulièrement aux Juifs convertis, répandus dans toutes ces provinces, quoiqu'elle parle aussi aux Gentils qui avaient embrassé la foi. Quelques Pères l'appellent l'épître à ceux du Pont, parce qu'ils sont nommés les premiers dans l'inscription. Elle a toujours été reconnue sans contradiction canonique.
On croit que saint Marc qui état le disciple et l'interpète de saint Pierre, l'aida à la composer pour les termes, et pour le style. Elle fut envoyée par Silvain, qui est, à ce qu'on croit, celui même que saint Paul joint avec lui dans le titre de ses épîtres aux Thessaloniciens, c'est-à-dire celui qui est célèbre dans les Actes sous le nom de Silas. Les interprètes croient qu'elle a été écrite en grec. Grotius même y reconnaît une force et une vigueur digne du Prince des Apôtres. Elle est pleine d'une majesté apostolique, et renferme de grand sens en peu de paroles.
Saint Marc écrivit aussi l'Évangile à Rome dans le temps que saint Pierre y était, à la prière des Chrétiens de Rome, et particulièrement de divers Chevaliers Romains à qui cet Apôtre avait prêché Jésus-Christ. Il ne le composa que de ce qu'il avait entendu dire au même Apôtre ; qui l'ayant appris par la révélation de l'esprit de Dieu, dit saint Clément d'Alexandrie, approuva son ouvrage, et permit qu'on s'en servît dans l'Église. C'est pourquoi quelques-uns le lui ont attribué. Une addition à la Synopse de saint Athanase, ajoute même que c'était lui qui l'avait dicté : ce qui ne s'accorde pas avec ce que nous venons de citer de saint Clément d'Alexandrie. Saint Chrysostome dit que cet Évangéliste est plus court que les autres, parce qu'il imitait saint Piere, qui aimait parler peu.
Eusèbe nous fait faire cette réflexion, que comme saint Marc n'écrivait que ce qu'il avait entendu rapporter à saint Pierre, il ne parle point de ce que Jésus-Christ dit à l'avantage de cet Apôtre après qu'il l'eut reconnu pour le Christ et le Fils de Dieu, et ne dit point non plus qu'il ait marché sur les eaux ; mais raconte fort au long son triple renoncement ; parce que saint Pierre racontait à tout le monde cette faute qui lui avait fait verser tant de larmes, au lieu qu'il ne parlait pas des choses qui auraient pu lui attirer de l'estime, étant bien aise que les autres ne les sussent pas. Eusèbe montre par là aux païens combien des personnes si sincères et si éloignées de la vanité, sont croyables dans ce qu'elles disent. Il ajoute que ce fut l'humilité de saint Pierre qui l'empêcha d'écrire lui même l'Évangile.
170.
Saint Marc après l'avoir écrit, le porta en Égypte, où il fut envoyé l'an 49 par saint Pierre, qui retourna peut-être en Orient, comme nous allons le voir.
Outre saint Marc, saint Pierre a eu encore un autre interprète nommé Glaucias, que Basilide hérésiarque se glorifiait d'avoir eu pour maître.
Il est certain que saint Pierre quitta de nouveau la ville de Rome en l'an 51 au plus tard, soit pour quelque raison qui ne nous est pas connue, soit à cause de l'ordre que l'empereur Claude avait donné à tous les Juifs d'en sortir, ne pouvant souffrir les tumultes qu'ils excitaient sans cesse, dit Suétone, poussés par un Chrest. Comme les païens donnaient souvent à Jésus-Christ le nom de Chrest, il est probable que Suétone lui attribue les tumultes qui s'excitaient à son occasion entre les Juifs, par ceux qui demeuraient endurcis dans leur ancienne opiniâtreté. Orose dit que cela arriva dans la neuvième année de Claude. Ainsi ç'aura été un an ou deux avant le Concile de Jérusalem, auquel on traita de la circoncision, et des autres observations de la loi. Mais plusieurs croient que les Juifs ne furent chassés de Rome que trois ans après le temps marqué par Orose.
L'an de Jésus-Christ 51.
Saint Pierre, saint Jacques de Jérusalem, et saint Jean, qui étaient considérés comme les colonnes de l'Église, se trouvèrent au Concile dont nous parlons. Nous avons dans les Actes le discours que saint Pierre y fit pour empêcher qu'on imposât aux nations le joug de la loi, que les Juifs mêmes n'avaient pu porter : et son sentiment ayant été appuyé par saint Jacques, fut embrassé par toute cette assemblée de Saints, comme la volonté du Saint-Esprit. Saint Paul qui était venu à ce Concile pour y défendre la liberté de l'Évangile, exposa en particulier aux principaux ce qu'il prêchait. Et les trois Apôtres reconnaissant que Dieu lui avait confié l'Apostolat des Gentils, comme il avait confié celui des Juifs à saint Pierre, convinrent que saint Paul et saint Barnabé prêcheraient aux Gentils, et eux aux Juifs. C'est pour cela que saint Pierre et les deux autres toléraient l'usage de la loi pour condescendre à la faiblesse des Juifs, qui y demeuraient toujours fort attachés. Il ne faut pas douter que saint Pierre et les autres ne prêchassent aussi aux Gentils, quand l'occasion s'en rencontrait, comme saint Paul prêchait toujours d'abord aux Juifs.
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Pélerinage diocésain à Lourdes.
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