Le père Matteo, notre curé.

Horaires du 19 au 25 avril.
ÉgliseSaint-Bruno-les-Chartreux

Le maître autel de l'église.

Le baldaquin.

Saint Bruno.

Le baptistère.

L'autel de la Vierge.

Saint Matthieu.

Saint Marc.

Saint Luc.

Saint Jean.

Sanctus Spiritus

Gloria in excelsis

Vers la Jérusalem céleste.

LA GRANDE VIE DE JÉSUS-CHRIST par LUDOLPHE LE CHARTREUX Tome VII, 1883
Jean 20, 26-30
116-117
Malgré le témoignage de ses collègues, Thomas continuait à ne point croire que le Seigneur fût vraiment ressuscité. Comme ce doute obstiné venait de l'ignorance plutôt que de la malice, le tendre Maître ne voulut point le laisser dans cette incrédulité funeste. Huit jours donc après sa Résurrection, tandis que les disciples étaient encore dans la même maison où se trouvait alors Thomas, ce bon Pasteur, plein de sollicitude pour son petit troupeau, vint les portes étant fermées ; et debout au milieu des siens pour être mieux remarqué de tous, il leur dit : La paix soit avec vous ( Jean 20, 26 ) . Il nous apprend de la sorte qu'il n'y a point de véritable paix dans une société quelconque, si le supérieur n'est au milieu de ses sujets d'une manière égale et impartiale, sans incliner plus vers l'un que vers l'autre et sans les traiter tous avec la même affection. De même, une colonne ne soutient jamais mieux un édifice que quand elle est placée au centre. Si dans l'Évangile nous voyons souvent le Sauveur promettre ou annoncer, souhaiter et recommander la paix à ses disciples, c'est que sans elle il est impossible de plaire à Dieu ; car il n'établit sa demeure que dans ceux qui aiment la concorde et la tranquillité, factus est in pace locus ejus ( Psaume 75, 3 ) . Aussi Jésus-Christ venant sur la terre y apporta la paix qu'il y laissa en remontant au ciel ; c'est pourquoi toute la perfection chrétienne et religieuse consiste à vivre constamment dans cette paix que produit l'amour envers Dieu et envers le prochain. Nous devons donc la rechercher avec empressement et la conserver avec soin. Prenons garde, dit saint Grégoire de Nazianze ( Orat. de Pace ) , de négliger ou de perdre la grâce que le Sauveur a daigné nous accorder avant de nous quitter. La paix ! Oh ! que son nom est doux, et que ses fruits sont délicieux ! Elle est un don de Dieu, et Dieu en est l'auteur, puisque l'Écriture dit tantôt pax Dei ( Philippiens 4, 7 ) et tantôt Deus pacis ( 2 Corinthiens 13, 11 ) ; bien plus, la paix c'est Dieu même, selon cette parole : Ipse est pax nostra ( Éphésiens 2, 14 ) . La paix est un bien précieux que tous réclament, mais, hélas ! que peu possèdent. Quelle en est donc la cause ? C'est que la plupart des hommes, tourmentés par l'ambition ou la cupidité, courent éperdument après les richesses et les honneurs de ce monde ; c'est que beaucoup se laissent entraîner à la jalousie, à la haine, au mépris du prochain et à l'oubli du Créateur.
117-118
Jésus, s'adressant à Thomas, comme pour satisfaire à sa demande, lui dit ( Jean 20, 27 ) : Mets là ton doigt et vois mes mains, ou en d'autres termes : Touche et vérifie toi-même. Ici le mot voir signifie sentir, comprendre ; car la vue est souvent prise pour les autres sens. C'est ainsi que nous disons fréquemment : Entendez et voyez comme ces chants sont harmonieux ; sentez et voyez combien cette fleur est odorante ; touchez et voyez comme cette étoffe est mœlleuse ; goûtez et voyez combien cette liqueur est agréable. Selon saint Augustin ( Traité 121 in Jean ) , la vue est prise non seulement pour les quatre autres sens, mais parfois même pour l'intelligence ; ainsi on dit : Ne voyez-vous pas, au lieu de dire : Ne comprenez-vous pas telle chose. — Suivant une autre explication, le Seigneur répond simplement à la protestation de Thomas qui voulait s'assurer de la Résurrection par la vue et par le toucher tout à la fois. Cet Apôtre avait dit : Si je ne vois dans ses mains la marque de ses clous, et si je ne mets mon doigt à l'endroit des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point ( Jean 20, 25 ) . Montrant sa science divine, Jésus prouva qu'il connaissait ces paroles prononcées en son absence corporelle ; car comme pour y répondre, il dit à l'incrédule ( Ibidem 27 ) : Mets ton doigt ici à l'endroit des clous, et vois mes mains avec la marque des clous ; approche aussi ta main, et pose-la dans mon côté percé par la lance. Reconnais donc enfin que je suis bien ce même homme naguère suspendu à la croix. Oh ! combien large et profonde devait être cette plaie pratiquée dans le flanc sacré du Sauveur, puisqu'on pouvait y mettre non seulement le doigt, mais encore la main tout entière ! — Le Seigneur ajouta : Ne sois plus incrédule, mais fidèle. En d'autres termes : Ne sois plus lent à croire, mais inébranlable dans la foi ; car par ton infidélité coupable tu me crucifies de nouveau, en renouvelant la cause de ma Passion. En effet, tant que Thomas refusait d'admettre la vérité de la Résurrection, il ne pouvait profiter des souffrances endurées par le Sauveur. Lorsque nous considérons l'incrédulité de ce disciple obstiné, dit saint Chrysostome ( Homélie 86 in Jean ) , admirons aussi la clémence de son divin Maître qui, pour sauver cette âme seule, daigne lui montrer ses plaies cicatrisées. Cet Apôtre n'a le bonheur de contempler Jésus ressuscité que huit jours après les autres, afin que leur commun témoignage lui fasse désirer davantage cette grande faveur et qu'après l'avoir obtenue, sa foi devienne plus ferme.
118-119
Thomas, touchant alors les cicatrices du Sauveur, non seulement crut de cœur, mais encore confessa de bouche. comme il est nécessaire pour le salut ; car il répondit par ce cri sublime : Mon Seigneur et mon Dieu ! ( Jean 20, 28 ) . Comme s'il disait : Oui, désormais je reconnais sans hésitation votre Résurrection et je proclame avec certitude votre immortalité ; vous êtes vraiment mon Seigneur, celui qui m'a conquis et racheté de l'enfer par son sang très précieux ; vous êtes aussi mon Dieu, celui qui m'a créé et tiré du néant par sa bonté toute-puissante. Telle est ma croyance sincère, et j'en fais en ce moment à vos pieds une profession irrévocable. Ô bienheureux Apôtre ! quelle insigne faveur vous avez reçue de votre divin Maître ! Jusqu'à quelle intime familiarité il daigna descendre en vous permettant de sonder de votre propre doigt ses blessures adorables ! Quel honneur privilégié il vous octroya en vous faisant mettre la main dans ce côté sacré, d'où sont sortis le sang et l'eau qui nous ont délivrés de terribles châtiments, purifiés de nombreuses souillures, mérité la grâce de la régénération spirituelle et la gloire de la vie éternelle ! — Les deux états différents où se trouva Thomas avant et après cette apparition du Sauveur sont indiqués par les deux significations de son nom qui veut dire Didyme et abîme. En effet, il est justement appelé Didyme, c'est-à-dire jumeau ou double, à cause du doute qui partagea son cœur en deux sentiments, et abîme, à cause de la foi par laquelle il découvrit la divinité sous les voiles de l'humanité.
119-120
Le Sauveur lui-même loua la foi véritable de l'Apôtre converti, en disant : Parce que tu as vu, Thomas, tu as cru ( Jean 20, 29 ) . Les choses qu'on voit ne sont pas proprement l'objet de la foi ; car, selon saint Paul ( Hébreux 11, 1 ) , la foi est la conviction des choses qu'on ne voit point. Saint Thomas cependant produisit un acte de foi excellent ; car lorsqu'il vit en Jésus-Christ l'humanité ressuscité, il crut en lui la divinité cachée qu'il ne voyait pas. Quand il s'écria : Dominus meus, il confessa que cette humanité était maîtresse souveraine de toute créature ; et quand il ajouta : Deus meus, il proclama que cette divinité était la cause première de toute existence ; il déclara de la sorte que le même Jésus-Christ était en même temps vrai Dieu et vrai homme. Après avoir touché les plaies sacrées du Sauveur, dit saint Théophile ( in Jean ) , d'infidèle qu'il était, Thomas devint un parfait théologien ; car il reconnut l'union hypostalique des deux natures dans la seule personne de Jésus-Christ.
120-121
Pour nous consoler de n'avoir pas été témoins de ses apparitions, le Sauveur ajouta ( Jean 20, 29 ) : Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ! Par ces paroles il prédit le salut des Chrétiens à venir ; car c'est comme s'il disait : Vous êtes heureux d'avoir cru, Thomas, mais heureux aussi et plus heureux encore ceux qui, sans me voir corporellement, croiront spirituellement. En effet, selon saint Augustin ( Traité 121 in Jean ) , Notre-Seigneur emploie ici la forme du prétérit, pour marquer la certitude avec laquelle il parle ; car aux yeux de Dieu, les choses futures sont aussi claires et aussi manifestes que si elles étaient déjà passées. Aujourd'hui peut-être, dit saint Chrysostôme ( Homélie 26 in Jean ) , plusieurs Chrétiens envient le sort des Apôtres, en disant : Plût au ciel que j'eusse vécu de leur temps pour être spectateurs des miracles opérés par le Sauveur ; mais qu'ils se rappellent cette parole prononcée par sa bouche divine : Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ! Selon saint Grégoire ( Homélie 26 in Évangile ) , cette parole doit bien nous réjouir ; car elle s'applique spécialement à nous qui croyons de cœur en lui-même, quoique nous ne l'ayons point vu dans la chair. Mais pour que nous soyons vraiment heureux, il faut que nous croyions sincèrement en conformant notre conduite à notre foi ; car suivant saint Jacques ( 2, 26 ) , la foi sans les œuvres est morte. Malheureusement, il en est beaucoup qui, comme l'atteste saint Paul ( Tite 1, 16 ) , reconnaissent Dieu dans leurs discours et le renoncent par leurs œuvres.
Il peut se faire qu'après avoir entendu l'éclatante confession de Thomas, Notre-Seigneur lui ait donné le Saint-Esprit avec le pouvoir de remettre les péchés, comme il l'avait fait huit jours auparavant pour les autres Apôtres. Il est vrai que l'Écriture n'en fait pas mention ; mais, selon saint Jean lui-même ( 20, 30 ) , Jésus a fait en présence de ses disciples beaucoup de choses qui ne sont point rapportées dans l'Évangile. Cependant, comme la puissance du Sauveur ne dépend point des Sacrements, il a bien pu n'employer aucun signe sensible pour conférer à saint Thomas le caractère épiscopal. Quoi qu'il en soit du mode, il est certain que cet Apôtre a été ordonné évêque aussi bien que ses collègues.
121-122
Dans les circonstances de cette apparition, saint Grégoire nous fait admirer les dispositions de la Providence, quand il dit ( Homélie 26 in Évangile ) : « Ce n'est point par hasard qu'un membre choisi du collège apostolique s'est trouvé absent à une première manifestation du Seigneur ressuscité ; que ses frères assemblés lui en ont communiqué la joyeuse nouvelle ; que l'ayant apprise, il ait douté ; qu'en ayant douté, il ait touché ; et qu'après avoir touché, il ait cru. Non certes, toutes ces circonstances ne se sont point rencontrées fortuitement, mais par une permission spéciale de la bonté divine. Elle l'a voulu de la sorte, afin qu'en maniant les plaies corporelles de son Maître le disciple incertain guérît les blessures spirituelles de notre cœur. Et, en effet, l'incrédulité de Thomas a plus contribué à nous donner la certitude que la conviction des autres disciples ; car lorsque nous voyons cet Apôtre forcé de reconnaître la vérité de la Résurrection par le témoignage réuni de ses yeux et de ses mains, nous sommes plus fortement portés à bannir toute hésitation pour embrasser cette même vérité. » La double épreuve que fit ce disciple obstiné est non seulement une solide garantie pour les Chrétiens orthodoxes, mais encore la meilleure réfutation des sectaires qui ne veulent pas admettre en Jésus-Christ une chair réelle. Pour convaincre Thomas, dit saint Léon ( sermon de Ascensione ) , il lui suffit de remarquer ce qu'il apercevait, mais afin de mieux nous convaincre, il lui fallut en outre toucher ce qu'il voyait. Saint Grégoire ajoute ( Homélie 29 in Évangile ) : « La peine que les disciples ont témoignée à croire la Résurrection du Sauveur n'a pas tant fait ressortir leur faiblesse qu'elle n'a servi à confirmer notre foi ; car leur doute a contraint le Seigneur de prouver ce fait important par de nombreux témoignages, et la connaissance que l'Évangile nous en donne affermit notre créance par leur incrédulité. Ainsi, Madeleine qui crut plus facilement y a moins contribué que Thomas qui douta plus longtemps ; car en palpant les cicatrices de notre Sauveur, il fit disparaître les blessures de notre infidélité. »
122-124
Jésus-Christ voulut conserver, après sa Résurrection, sur son corps devenu glorieux et incorruptible, les marques des plaies qu'il avait reçues durant sa Passion. Sans doute, ce ne fut point par impuissance de les guérir ; puisqu'il venait de renverser l'empire de la mort, ne pouvait-il pas effacer les traces qu'elle avait laissées sur sa propre chair ? Il ne le voulut pas cependant pour plusieurs raisons dignes de sa souveraine sagesse. 1° C'était pour affermir la foi chancelante de ses disciples, en prouvant d'une manière évidente la réalité incontestable de sa Résurrection ; car les cicatrices qu'il présentait à leurs yeux démontraient clairement qu'il était sorti du tombeau avec le même corps qui avait été cloué sur la croix ; voilà pourquoi il leur disait : Voyez mes pieds et mes mains, c'est moi-même ( Luc 24, 39 ) . 2° C'était afin que les signes manifestes de sa mort passée fussent les preuves constantes de l'affection qu'il nous porte et les motifs continuels de l'affection que nous lui devons ; car, comment n'aimerions-nous pas de tout notre cœur Celui qui nous a lavés dans son sang répandu par toutes ses blessures ? 3° C'était pour nous rappeler la grâce de la rédemption qu'il nous a méritée par ses plaies ; car, comme le Prophète l'avait prédit ( Isaïe 53, 5 ) , il a été percé pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes ; ne cessons donc de célébrer les miséricordes infinies de Celui qui a bien voulu être notre libérateur, au prix de tant de souffrances. 4° C'était pour nous instruire d'une façon plus efficace ; car s'il a daigné garder en son corps glorieux les marques de ses blessures, nous devons aussi les imprimer dans notre cœur, en compatissant à ses douleurs et le remerciant de ses bienfaits, selon la recommandation de l'Apôtre ( Philippiens 2, 5 ) : Ressentez en vous-mêmes ce que Jésus-Christ a ressenti pour vous. 5° C'était afin de montrer que nous sommes toujours présents à sa mémoire ; car pourrait-il nous perdre de vue un seul instant Celui qui a souffert si cruellement pour nous ? Lui-même nous le déclare par la bouche d'Isaïe ( 49, 15, 16 ) : Je ne saurais vous oublier, puisque votre souvenir est gravé dans mes mains, 6° C'était afin de solliciter plus instamment de Dieu le Père le pardon du genre humain pour lequel Dieu le Fils a bien voulu mourir. Aussi, selon saint Jean ( 1 Jean 2, 1 et 2 ) , notre avocat auprès du Père est Jésus-Christ qui a satisfait pour nos péchés. Il intercède et supplie le Père en notre faveur, parce qu'il lui rappelle sans cesse ce qu'il a fait pour lui obéir et ce qu'il a enduré pour nous sauver. « Ô homme, s'écrie saint Bernard ( sermon de Adventu ) , approche avec confiance du trône de la Divinité ; tu y trouveras le Fils en présence de son Père, et la Mère en présence de son Fils. Le Fils montre à son Père les blessures qu'il a subies, et la Mère présente à son Fils les mamelles qui l'ont allaité. En voyant ces marques d'amour, le Fils pourrait-il rejeter les prières de sa Mère, et le Père ne point exaucer les demandes de son Fils. » 7° Le Sauveur a conservé les cicatrices de ses plaies pour confondre les pécheurs, en montrant qu'ils sont condamnés avec justice comme les auteurs de sa mort. Au dernier jour, selon saint Augustin ( de Symbolo livre 2, chapitre 8 ) , il convaincra les impies d'avoir causé sa Passion, quand il leur dira : Voici l'homme que vous avez crucifié ; considérez les blessures dont vous l'avez criblé ; reconnaissez ce côté que vous avez transpercé, ce cœur entr'ouvert par vous et pour vous, dans lequel vous avez refusé d'entrer. 8° Il a conservé les traces de ses plaies pour réjouir les élus. Quel bonheur, s'écrie le Vénérable Bède, quelle allégresse pour les Saints, quand ils verront étinceler sur le corps désormais impassible du Rédempteur, les cicatrices des blessures par lesquelles il a vaincu l'enfer et sauvé le monde ! Ainsi, lorsque Jésus-Christ viendra pour juger tous les hommes, il se montrera sous cette même forme aux justes comme aux pécheurs ; aux justes, afin d'exciter davantage leur amour et leur reconnaissance ; aux pécheurs, afin d'accroître leur regret et leur châtiment parle souvenir de ses bienfaits et de ses souffrances.
124-125
9° Enfin, pour relever la pompe et perpétuer la mémoire de son triomphe, le Seigneur veut manifester à tous les hommes au dernier jour et garder durant toute l'éternité les traces de ses blessures, comme les titres de sa gloire et comme les insignes de la victoire qu'il a remportée sur les démons dans les siècles des siècles. Supposez un courageux soldat qui, après avoir chassé l'ennemi et délivré la patrie par d'héroïques exploits, revient couvert de blessures ; si un médecin lui disait : Voulez-vous que je vous guérisse en faisant disparaître les cicatrices de vos plaies, ou bien en les laissant subsister sans aucune difformité ? ce vaillant guerrier ne préférerait-il point conserver ses glorieuses cicatrices comme un témoignage de sa bravoure, et comme un stimulant d'honneur pour animer les autres au combat ? C'est ce que notre divin Sauveur a fait lui-même. Ses cicatrices, loin de défigurer son corps, ne servent qu'à rehausser sa beauté ; car, selon saint Chrysostôme, elles resplendissent sur sa chair sacrée d'un plus vif éclat que les rayons mêmes du soleil. Dans le royaume céleste, dit saint Augustin ( La Cité de Dieu livre 22, chapitre 20 ) , les corps des Martyrs garderont éternellement les marques des supplices qu'ils ont supportés en ce monde pour le nom du Christ ; leurs cicatrices brilleront comme les étoiles au firmament, comme des pierres précieuses enchâssées dans l'or pur, comme des fleurs sur leurs tiges, comme l'incarnat des roses. Au lieu d'être une difformité, elles deviendront un ornement dans les corps saints, de telle sorte qu'elles y feront reluire les vertus admirables des âmes bienheureuses. N'allons pas cependant nous imaginer qu'à la résurrection générale les Martyrs sortiront des tombeaux sans avoir recouvré leurs membres autrefois coupés et séparés ; non assurément, mais ces membres rétablis porteront les traces des coups qui les avaient frappés et tranchés
126
Admirons ici la bonté condescendante du divin Sauveur, qui ne dédaigne point de se manifester à de faibles mortels. Considérons avec quelle douce familiarité il montre ses nobles cicatrices à Thomas et aux autres disciples, afin de dissiper tous les doutes au sujet de sa Résurrection, et pour notre instruction comme pour la leur. Il demeure quelques instants au milieu d'eux, les rassurant et les entretenant du royaume de Dieu. Comme ils sont transportés d'allégresse ! comme ils écoutent avec attention les suaves paroles du divin Maître ! comme ils contemplent avec amour ce visage ravissant où brillent tout à la fois la grâce et la majesté ! Accourons nous joindre à eux pour partager leur pieuse joie ; ou plutôt tenons-nous dans un respectueux éloignement, attendant avec humilité que le miséricordieux Sauveur daigne nous appeler à lui, malgré notre indignité. Enfin Jésus leur recommande d'aller en Galilée où il doit leur apparaître, selon qu'il l'a promis ; puis, après leur avoir donné sa bénédiction, il se retire. Les disciples consolés restent encore quelque temps ainsi réunis, et ils aspirent ardemment après le bonheur de le revoir de nouveau.
⁂
Le nain de Tillemont, Histoire ecclésiastique, Livre I, Vie de Saint Pierre, Article V.
117.
Après que Jésus-Christ fut monté au ciel, les Apôtres qui avaient été jusqu'alors si attachés à la présence corporelle, se trouvèrent néanmoins remplis de joie, parce que la grâce de l'Ascension du Sauveur, qui nous apprend à nous détacher de ce qui n'est pas éternel, commençait déjà à opérer dans leur cœur. Ils revinrent à Jérusalem, pour y attendre le Saint-Esprit selon que Jésus-Christ leur avait ordonné. Et ils nous apprirent dès lors, comment nous devons nous préparer à recevoir les grâces du ciel. Car ils demeuraient dans une même maison, unis par le même esprit, et occupés à la prière, pratiquant enfin ce que Jésus-Christ leur avait si souvent recommandé, de prier dans la tentation : car ils craignaient alors la persécution des Juifs. Ils priaient par ce désir spirituel qui naît de la foi : Ils priaient dans l'attente du Saint-Esprit, pour être remplis de ce vin nouveau qui devait descendre du ciel dans ces cœurs nouveaux.
118.
Ainsi il ne faut pas s'étonner que les fidèles aient eu soin de faire de ce lieu une église et une maison de prières, qui subsista plusieurs siècles, comme on le voit par saint Cyrille de Jérusalem, qui l'appelle l'église haute et l'église des Apôtres. Saint Épiphane écrit qu'elle échappa à la désolation et à la ruine entière par Tite. Elle pourrait néanmoins avoir été détruite sous Tite ou sous Adrien, et avoir été rebâtie ensuite. Elle était sur la montagne de Sion : c'est pourquoi il est dit que saint Étienne avait été ordonné dans la sainte église de Sion. Il y en a qui disent que c'était la maison de Marie mère de Jean Marc, dont nous parlerons autre part. C'est encore apparemment la même église, dont l'un des portiques était soutenu dans le IVème siècle par la colonne par laquelle on tenait que Jésus-Christ avait été attaché à la flagellation.
Les Apôtres étaient en ce lieu avec la sainte Vierge mère du Sauveur, ceux que l'on appelait ses frères, qui avaient été si longtemps sans croire en lui, les femmes qui avaient accoutumé de le suivre, et d'autres personnes au nombre d'environ 120. Les septante Disciples pouvaient être de ce nombre, avec quelques autres de ceux qui avaient le plus d'amour pour Jésus-Christ. C'était dans cette assemblée qu'on pouvait voir ce que c'est véritablement que l'Église, et qu'une compagnie d'Anges. Il n'y avait entre eux aucune division : toutes les pensées de la terre en étaient bannies. La maison n'avait rien de ce qui enrichit les édifices du monde ; mais elle éclatait par la charité ardente de ceux qu'elle renfermait.
Durant qu'ils étaient ainsi assemblés, saint Pierre qui était toujours le premier à parler, non plus par son activité naturelle, mais comme le premier des Apôtres, et celui à qui Jésus-Christ avait particulièrement confié son troupeau, proposa d'élire une personne à la place de Judas. Il parla de la mort de cet Apôtre infidèle, mais en termes de compassion, sans exagérer sa faute, sans insulter à son malheur, et seulement pour faire voir la vérité des oracles de l'Écriture. Et comme David prédit qu'un autre prendrait sa place dans l'épiscopat ; il dit qu'entre ceux qui avaient toujours suivi Jésus-Christ depuis le baptême de saint Jean, il en fallait choisir quelqu'un pour remplir le nombre des Apôtres, et rendre partout témoignage à la résurrection de Jésus-Christ.
Toute la compagnie présenta donc deux personnes, Joseph Barsabas surnommé Juste, et Matthias, comme les deux qui étaient les plus dignes de ce rang selon le jugement humain.
119.
Mais ayant besoin de consulter Dieu pour savoir lequel des deux devait être préféré, ils se mirent en prière, et lui dirent : « Seigneur, vous qui connaissez les cœurs de tous les hommes, montrez-nous lequel de ces deux vous avez choisi pour entrer dans l'apostolat à la place de Judas. » Ils parlent de la connaissance des cœurs, parce que c'est le cœur qu'il faut considérer dans ceux qu'on destine aux ministères sacrés, et non les vertus extérieures. Comme ils n'osaient pas demander un miracle pour savoir celui que Dieu avait choisi, ne se croyant pas encore dignes d'en obtenir, ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Matthias, qui fut ainsi associé aux onze apôtres.
Eusèbe et Bède, après saint Clément d'Alexandrie, croient que saint Joseph Barsabas étaient tous deux des 70 disciples. Saint Épiphane dit la même chose : et il n'y a guère lieu de douter, que l'on n'ait cru devoir suivre dans cette nomination le jugement de Jésus-Christ, qui avait élevé les 70 disciples au-dessus de tous les autres après les Apôtres. La préférence qu'on donna à ces deux Saints en les choisissant, peut aussi faire juger que même entre les 70 disciples on faisait d'eux une estime toute particulière. Nous parlerons autre part de saint Matthias. Pour l'autre, saint Chrysostome dit que nous pouvons nous assurer qu'il ne s'offensa point que saint Matthias lui eût été préféré, puisque l'Écriture qui ne dissimule pas ces sortes de fautes, ne nous en a rien marqué. Il attribue particulièrement cette humble douceur à la plénitude du Saint-Esprit, qui agissait déjà dans son âme avant qu'il le reçût avec les autres le jour de la Pentecôte. Papias qui vivait immédiatement après les Apôtres, nous apprend que ce Saint ayant bu du poison, la grâce de Jésus-Christ l'empêcha d'en ressentir aucun mal.
Les martyrologes d'Usuard et d'Adon, sans parler des nouveaux, mettent la fête le 20 de juillet, et disent de lui que s'occupant d'une manière très sainte au ministère de la prédication, il souffrit beaucoup de persécutions de la part des Juifs, et qu'enfin il mourut en Judée, et eut une fin très victorieuse. Ces termes semblent lui attribuer la couronne du martyre. Mais il en faudrait avoir des autorités plus anciennes.
Saint Chrysostome croit que saint Matthias était déjà élu lorsque Jésus-Christ s'apparut aux douze Apôtres, comme on lit dans saint Paul.
⁂
Pélerinage diocésain à Lourdes.
Ce site est construit et entretenu par la paroisse à partir de Debian Linux et Bootstrap. Il fait l'objet d'une diffusion limitée sans archivage. Les personnes qui souhaiteraient faire enlever leur nom du site sont invitées à adresser un message à la paroisse.