Le père Thierry Tabone, curé de la paroisse.

Horaires du 6 au 12 septembre, semaine XXIII.
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TRADUCTION FRANÇAISE DES OEUVRES COMPLÈTES DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME, sous la Direction DE M. JEANNIN, Synopse ou abrégé de l'Écriture sainte, tome sixième, BAR-LE-DUC, L. GUERIN, EDITEUR, 1865.

Synopse ou abrégé de l'Écriture sainte.
Choses dites par le prophète Ézéchiel
573-574
Le Prophète voit en vision les chérubins et reçoit l'ordre de parler aux Israélites de la part de Dieu. Il est transporté par l'Esprit de Dieu au milieu de la captivité. Il est poussé par Dieu à parler avec confiance et sans relâche aux justes et aux pécheurs pour leur montrer la voie qui conduit à la vie et enseigner les commandements de Dieu. Il reçoit l'ordre de se renfermer dans sa maison et de figurer le siège de Jérusalem par l'exemple de l'argile et du pot de fer. Il reçoit l'ordre de dormir sur un côté pendant un nombre déterminé de jours pour signifier l'affliction réservée au peuple durant la captivité. Il annonce par les pains cuits avec les excréments du bœuf et par le partage de ses cheveux leur mort et leur dispersion, la ruine de la ville et le renversement des idoles. Il voit les iniquités et l'idolâtrie du peuple, et ensuite ceux qui viendront jusqu'à la destruction de la ville. Il voit de nouveau les chérubins et annonce des maux à la ville. Il parle de ceux qui croiront au Christ ; il prédit encore la captivité du peuple qui arriva sous Sédécias et la privation de la vue pour Sédécias par ordre du même Nabuchodonosor. Il prédit des maux qui ne devaient pas venir dans un temps éloigné, mais dans un temps fort proche. Il menace les faux prophètes et leur déclare qu'aucune prière ne pourra détourner les maux qu'ils endureront, de telle sorte que ni Job, ni Daniel, ni Noé ne pourraient en délivrer leurs fils ; il fait connaître par l'exemple du bois de la vigne le sort qui les attend. Il raconte la honte et l'abaissement du peuple depuis le commencement, avant qu'il se fût attaché à Dieu, et sa gloire après son alliance avec le Seigneur, son idolâtrie et la captivité qui en fut la punition ; il montre la grandeur de ses iniquités par la comparaison de Sodome et de Samarie. Mais les biens qu'il promet en disant : « J'établirai mon alliance avec toi ( Ezéch. 16, 62 ), » peuvent être entendus comme ayant leur application dans ceux qui croient au Christ.
Il prédit la venue de Nabuchodonosor. Il parle contre ceux qui disaient : « Les pères ont mangé des raisins verts, les dents des enfants en ont été agacées » ( Ezéch. 18, 2 ). De la mère du roi Sédécias. Le Prophète atteste devant les anciens les iniquités de leurs pères. Là est cette parole : « Sur ma montagne sainte, » et c'est de la montagne élevée d'Israël qu'il parle : « Seigneur, Adonaï, c'est là que toute la maison d'Israël me servira jusqu'à la fin ( Ezéch., 20. ), » et c'est de ceux qui croiront au Christ que ceci doit s'entendre. De Théman, d'Israël et des fils d'Ammon. Il rappelle les iniquités et les péchés d'Israël, des prêtres, des princes et des faux prophètes, « J'ai cherché un homme marchant droit et se tenant debout devant ma face dans la brèche du mur, pour protéger cette terre afin de ne point la détruire, et je n'en ai point trouvé » ( Ezéch. 22, 30 ). De l'idolâtrie du peuple d'Israël en Égypte et dans la suite, et des calamités qui l'ont frappé, calamités dans lesquelles il ne leur était pas permis de se livrer au deuil. Contre les Ammonites et les Iduméens, contre les tribus étrangères et Sor, que l'on suppose être la ville de Tyr. Il prédit de grandes calamités contre le prince de Tyr et de Sidon, contre l'Égypte et le roi d'Égypte. Il annonce des malheurs à la sentinelle d'Israël si elle ne prédit au peuple, pour lequel elle a été établie, les calamités envoyées par Dieu.
Le prophète dit que l'injuste ne périra point pour ses anciennes iniquités, s'il se convertit à Dieu et accomplit les choses qui lui sont agréables, tandis que le juste n'obtiendra point le salut à cause de son ancienne justice si, venant à changer, il devient inique et injuste. Quelqu'un vient dire au prophète que Jérusalem est prise et il en prend occasion de les accuser, parce qu'ils ne font pas attention à ce que les prophètes ont prédit. Il prophétise contre les pasteurs d'Israël et annonce qu'il sera donné un pasteur unique, ce qui eut lieu sous Zorobabel, ce que les Juifs disent impudemment n'être pas encore arrivé, bien que cela soit accompli, comme je l'ai dit, sous Zorobabel. Il prophétise contre les Iduméens et prédit aux Israélites des biens que Dieu leur accordera, non parce qu'ils en sont dignes, mais afin que son nom ne soit pas blasphémé. Le prophète est conduit dans un champ et prophétise sur des ossements arides. Il prophétise sur Zorobabel, en disant qu'il y aura un seul et unique prince des Juifs, ce qui peut être entendu de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il prophétise sur Gog et Magog qui attaqueraient les Juifs après le retour de Babylone, mais qui seraient vaincus. Quelques-uns l'entendent par allégorie de l'Église et du démon, et aussi des persécutions qui furent soulevées dans différents temps par les empereurs impies. Il prophétise la reconstruction du temple, le rétablissement du culte légal, choses que les Juifs attendent encore, mais qui furent accomplies au temps d'Esdras et de Zorobabel. La construction du temple qu'il prédit et l'eau qui sortait peu à peu et s'augmentait peuvent s'entendre de ceux qui se convertirent au Christ, qui étaient morts avant qu'ils aient cru et qui sont devenus vivants après qu'ils ont cru.
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La Grande Vie de Jésus-Christ par Ludolphe le Chartreux. Traduction du Dom Florent Broquin, religieux du même ordre, 1883.
De la correction fraternelle et du pardon des injures
Matthieu 18, 15-22 — Luc 17, 3-4
395-396
Parce que la conversion des pêcheurs fait la joie du Seigneur, lui-même nous indique le moyen de les ramener à son bercail du ciel; et il nous apprend comment par la correction fraternelle nous devons venir au secours de celui qui se perd par sa propre faute. Il faut savoir d'abord que cette correction fraternelle est l'objet d'un précepte affirmatif, obligatoire pour tous les hommes; car, d'après la Glose, quiconque voyant son frère pécher garde le silence, est aussi coupable qu'un autre qui ne pardonne pas une offense. Le devoir de travailler à l'amendement de notre frère est fondé sur cette maxime contenue dans le livre de l'Écdésiastique ( 17, 12 ) : Dieu a chargé chacun de nous de veiller au salut de son semblable. Comme tous les hommes sont tenus par charité d'aimer leur prochain, ils sont également tenus par cette loi de le reprendre de ses défauts, autant qu'ils peuvent; mais les supérieurs y sont obligés en outre par justice, à cause du devoir spécialement attaché à leur charge; les autres ne peuvent employer à cet effet que les avertissements, tandis que ceux-ci doivent y joindre les châtiments même, s'il est nécessaire. Ce précepte étant affirmatif lie toujours la conscience, non pas pourtant en ce sens qu'il faille l'accomplir à toute heure indistinctement, mais toutes les fois que, d'après les circonstances particulières, le temps, le lieu où l'on se trouve, on croit raisonnablement que la correction peut être utile et profitable. Or, on est dispensé naturellement de cette obligation en cinq cas différents. 1° Lorsqu'il n'y a aucun espoir d'amélioration; car ce serait une insigne folie, dit saint Jérôme ( Lettre ad Dom. et Rogat. ) , de faire des démarches qu'on saurait devoir être infructueuses et propres uniquement à nous attirer la haine d'autrui. 2° Quand on craint de ne pouvoir démontrer juridiquement la culpabilité d'une personne par rapport à un crime dont la dénonciation entraîne ordinairement la condamnation de l'accusé. 3° Si la faute est connue du supérieur qui doit en être le juge, parce qu'alors le coupable est censé notoire et convaincu comme tel. 4° Quand on est occupé à des œuvres meilleures ou du moins aussi bonnes, comme le sont les religieux qui vivent en communauté. 5° Nous ne sommes pas obligés personnellement de reprendre le peuple ou le souverain qui manquent à leurs devoirs, si la correction devait être plus nuisible qu'avantageuse à l'Église. On a résumé dans le vers suivant les cinq circonstances susdites :
Non spes, non testis, plebs, prœsul scit, monachus sum.
396-398
Le divin Maître marque l'ordre à suivre dans la correction fraternelle quand il y a lieu de la faire. À cet effet, il faut distinguer si le péché de votre frère est connu d'un grand nombre ou de vous seul. Dans le premier cas, la correction doit être publique, non seulement pour amender le coupable, mais aussi pour réparer par un châtiment le scandale qu'il a causé par sa conduite, et de plus afin d'inspirer aux autres une frayeur salutaire qui les éloigne du mal. Dans le second cas, si vous connaissez la faute, non par le moyen de la confession comme ministre de Dieu, mais par quelque voie certaine en tant qu'homme ordinaire, vous devez adresser amicalement au coupable une secrète remontrance, d'après cette parole du Seigneur ( Matthieu 18, 15 ) : Si votre frère, c'est-à-dire votre prochain, pèche contre vous ( in te ) ou à votre escient, comme l'explique saint Augustin ( Sermon 16 de Verbis Dom. ) , reprenez-le avec douceur et charité, en l'avertissant en particulier et sans témoin; car la chose doit se passer entre vous et lui seul, afin de ne point divulguer ce qui jusqu'alors était caché. Ainsi corrigez la faute et ne la manifestez pas, amendez le coupable et ne le diffamez pas; car il serait à craindre que la publicité de votre réprimande ne lui fît perdre avec sa réputation tout sentiment de pudeur, et que, pour braver la honte, il ne s'obstinât dans le mal et ne s'éloignât du bien davantage; peut-être aussi, par respect humain, essaierait-il d'excuser son crime, de sorte qu'au lieu de le rendre meilleur vous le rendriez pire qu'auparavant. Remarquez qu'on pèche contre ses frères, quand on pèche sous leurs yeux, soit en leur présence, soit à leur connaissance; car, autant qu'il est en soi, on corrompt par l'exemple ceux qu'on a pour témoins de son iniquité. Il faut donc réprimander le pécheur, non point le louer par flatterie ou l'insulter avec mépris; que la timidité ne vous rende pas muet, ni la paresse négligent à son égard; que le désir de lui plaire ou la crainte de l'irriter ne vous porte pas à user de dissimulation; que l'espoir de quelque avantage matériel ou l'appréhension d'un dommage temporel ne vous fasse point agir par connivence. « Si vous tolérez les fautes de votre ami sans les blâmer, vous en êtes responsable; et si vous favorisez ses péchés au lieu de les empêcher, vous êtes doublement coupable », a dit un philosophe de l'antiquité ( Senec. in Prov. ) .
398-399
Si votre frère vous écoute, continue Jésus-Christ, c'est-à-dire si docile à votre avis, il conçoit du repentir et renonce au mal, vous l'aurez gagné à Dieu en le délivrant de la damnation, et sa conversion tournera à votre profit spirituel; car, comme l'assure saint Jérôme : « Contribuer au salut des autres, c'est travailler à son propre salut. » Chacun doit donc recevoir patiemment et volontiers les réprimandes qu'on lui fait dans l'intérêt même de son âme. « Acceptez les avis avec reconnaissance et souffrez les reproches avec tranquillité, dit encore Sénèque; car s'ils sont mérités, celui qui vous les adresse vous rend service, mais s'ils ne sont point fondés, il a du moins voulu vous rendre service. Ne craignez pas les paroles qui vous semblent dures, mais plutôt les discours qui vous paraissent agréables. » — Si pourtant votre frère ne vous écoute pas, abstenez-vous provisoirement de toute remontrance jusqu'à ce que vous puissiez le ramener par une autre voie ( Matthieu 18, 16 ) . À cet effet, prenez encore avec vous une ou deux personnes, afin que tout soit appuyé sur la parole de deux ou trois témoins. C'est là le second moyen que l'on doit prendre, après avoir employé le premier sans succès. Lors donc, dit saint Jérôme ( in chapitre 18 Matth. ) , que le pécheur a repoussé une réprimande secrète, il faut recourir d'abord à un seul témoin qui soit bien intentionné, qui veuille lui être utile et non pas nuisible, comme le fait observer saint Augustin ( Sermon 16 de Verbis Domini ) . Si le coupable ne se laisse point persuader, il faut appeler ensuite un autre témoin, afin de le porter au repentir et de le détourner du mal, soit par l'admonition, soit par la honte, ou du moins afin de le convaincre de péché et de constater sa culpabilité; agir de la sorte, ajoute saint Augustin, ce n'est point dévoiler le crime de son frère. — Quand les deux moyens précédents restent sans résultat, on doit prendre le troisième qui a une force coactive. Si donc, déclare le Seigneur ( Matthieu 18, 17 ) , votre frère n'écoute pas non plus ces témoins officieux, dites-le à l'Église; dénoncez à l'autorité spirituelle celui qui a résisté à plusieurs avertissements particuliers; car, en refusant de vous avoir pour correcteur, il vous réduit par son obstination à devenir son accusateur. Alors les témoins, qui étaient intervenus pour admonester secrètement le coupable, doivent être présentés afin de prouver publiquement sa culpabilité; et parce qu'il n'a pas voulu déférer à d'amicales remontrances, Il sera contraint d'obéir à des jugements officiels. Mais quoique vous n'ayez pu le convertir par vos différents procédés, tâchez néanmoins de le gagner par vos ferventes prières.
399-400
Jésus-Christ signale en ces termes la punition du pécheur rebelle à l'autorité spirituelle : S'il n'écoute pas même l'Église, s'il méprise les décisions des supérieurs, regardez-le comme un païen et un publicain, ne le comptez pas comme un frère et un Chrétien; en d'autres termes, qu'il soit séparé de la communion des fidèles par une sentence de l'Église; fuyez-le alors comme un hérétique ou un excommunié; peut-être que la confusion et l'opprobre dont il sera couvert par l'anathème l'amèneront à résipiscence. Sous la dénomination de païens ou de Gentils on comprenait ceux qui étaient étrangers à la foi ou à la loi du vrai Dieu; et sous le nom de publicains on désignait les collecteurs des impôts publics, ou ceux qui comme eux travaillaient à s'enrichir par des voies injustes, telles que les rapines, les parjures et les fraudes. Les anciens Juifs excluaient de leurs assemblées religieuses ces deux sortes de personnes auxquelles Jésus-Christ compare ici le pécheur rebelle à l'autorité spirituelle. D'où l'on conçoit combien l'opiniâtreté de ce dernier doit inspirer d'horreur; car celui qui, portant le nom de fidèle, tient cependant la conduite d'un infidèle, est beaucoup plus condamnable que les païens déclarés qui commettent des fautes semblables. Néanmoins nous ne devons jamais négliger le salut de ce coupable, de même que nous cherchons toujours celui des païens. Ainsi, d'après ce qui précède, il faut distinguer trois degrés de correction, suivant lesquels on essaie de ramener le pécheur, en lui inspirant des sentiments d'amour, de crainte et de honte; on emploie pour cela d'abord les avertissements, puis les menaces s'ils ne suffisent pas, et enfin les humiliations si elles sont nécessaires. Remarquons que cet ordre de correction fraternelle s'observe pour les fautes graves en matière criminelle, et non point pour celles dont les religieux cloîtrés s'accusent les uns les autres dans leur chapitre sans admonition préalable. Cependant celui qui accuse son frère doit le faire, non pas avec l'intention maligne de le diffamer, mais dans le but charitable de le corriger, sans quoi il pécherait grièvement. Le plus heureux est celui qui s'accuse de lui-même avec humilité et qui ne désire être excusé par personne.
400-401
Afin de montrer aux esprits orgueilleux qu'ils ne doivent pas mépriser les censures ecclésiastiques, le Seigneur conféra à ses Apôtres et dans leurs personnes à tous leurs successeurs un plein pouvoir judiciaire, en promettant de ratifier les décisions que ses ministres prononceraient. Voici ses propres paroles ( Matthieu 18, 18 ) : Je vous le dis en vérité, tout ce que vous aurez lié sur la terre, ou dans l'Église militante, sera lié dans le ciel, ou dans l'Église triomphante, par un jugement divin; et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel, également par l'approbation divine. Comme s'il disait en d'autres termes : La sentence par laquelle vous aurez retranché de l'Église un de ses membres rebelles, ou admis dans son sein un pécheur repentant, sera confirmée au suprême tribunal de Dieu, pourvu que vous l'ayez portée avec la discrétion convenable. Quelles que soient les condamnations émanées, à tort ou à raison, des supérieurs ecclésiastiques, elles doivent cependant toujours être redoutées, de peur que, si nous ne sommes pas coupables de la faute extérieure qu'on nous impute, nous devenions coupables d'une orgueilleuse insubordination. Les paroles précédentes du Seigneur ont pour but de rendre l'autorité de l'Église recommandable aux fidèles et terrible aux pécheurs, afin de les retirer du mal et de les exciter au repentir. Or, ce que Jésus-Christ dit ici à tous ses Apôtres généralement, il l'avait déjà dit particulièrement à saint Pierre, qui les comprend tous, comme nous l'avons vu plus haut.
401-402
Pour inspirer aux pécheurs une crainte plus vive de l'excommunication, Jésus-Christ signale deux grands avantages que cette peine effrayante leur ravit, en les excluant de l'Église où les fidèles chrétiens les trouvent heureusement. Il indique le premier en ces termes ( Matthieu 18, 19 ) : Si deux d'entre vous sont unis ensemble pour le bien, par les liens de la foi et de la charité, pendant qu'ils vivent sur la terre, dans ce lieu du mérite et du démérite, ils obtiendront de mon Père qui est dans les deux tout ce qu'ils demanderont avec confiance et sans hésitation. Ainsi, les prières sont toujours exaucées, quand elles sont accompagnées de toutes les conditions requises; c'est-à-dire lorsqu'étant en état de grâce on demande pour soi-même, avec persévérance et piété, des choses convenables ou utiles à son propre salut et conformes à l'ordre divin. Si au contraire les prières ne sont pas exaucées, c'est parce qu'elles sont dépourvues de quelque condition nécessaire. Celles que l'on fait pour les autres leur sont souvent profitables aussi. D'après Origène ( Traité 5 in Matthieu ) , une des principales causes qui empêchent l'effet de nos oraisons, c'est qu'en cette vie nous ne nous accordons pas ensemble sur tous les points, soit pour les sentiments, soit pour les actes. Dans un concert de musique, si les voix sont discordantes, au lieu de flatter, elles blessent l'oreille des auditeurs; de même dans l'Église, si les fidèles ne sont pas unis parfaitement d'esprit et de cœur, leurs demandes ne peuvent plaire à Dieu qui ne daigne pas les écouter. « Nous pouvons, dit saint Jérôme, interpréter les paroles du Sauveur en ce sens spirituel : Si l'âme et le corps s'entendent pour le bien de telle sorte qu'ils ne se combattent point par des désirs contraires, ils obtiendront du Père céleste tout ce qu'ils solliciteront d'un commun consentement; car il n'y a pas de doute que la prière n'ait pour objet des choses bonnes, lorsque la chair est soumise à la raison. »
402-404
Jésus-Christ marque le second avantage à retirer de l'union avec l'Église, quand il ajoute ( Matth. 18, 20 ) : Là où deux ou trois personnes, et à plus forte raison un plus grand nombre, se trouvent assemblées en mon nom, c'est-à-dire afin de procurer ma gloire en travaillant à leur salut ou à celui des autres, je m'y trouve au milieu d'elles, pour diriger leurs pensées et leurs actes, réaliser leurs désirs et leurs vœux. En effet, dit saint Hilaire, le Sauveur qui est la paix et la charité par essence, le bien suprême et universel, a choisi sa demeure, établi son séjour parmi les hommes amis de la paix et du bien; lui qui forme un seul Dieu avec le Père céleste se plaît à accomplir les justes demandes des personnes réunies dans la foi et la grâce. D'après saint Chrysostôme ( Homélie 61 in Matthieu ) , c'est comme si Jésus-Christ disait par les paroles précédentes : Si quelqu'un pour l'amour de moi principalement coopère à la sanctification du prochain, je serai toujours à ses côtés pour l'assister dans toutes ses œuvres. « Ils sont assemblés au nom du Seigneur, dit Raban-Maur, ceux qui, animés de son esprit et zélés pour son honneur, ne cessent de le considérer en tout et de le chercher par-dessus tout avec une foi vive et un cœur pur. Ce souverain Médiateur de Dieu et des hommes aime le milieu, comme remarque le même commentateur; c'est, en effet, au milieu des docteurs que sa très sainte Mère l'avait retrouvé, et au milieu de la foule que son illustre Précurseur l'avait baptisé; dans sa Passion, il fut crucifié entre deux larrons; après sa résurrection, il apparut au milieu de ses disciples assemblés; et, au jugement dernier, il siégera au milieu de tous les hommes, pour placer les justes à sa droite et les méchants à sa gauche. » « Après nous avoir recommandé instamment la concorde fraternelle, dit saint Jérôme ( in chapitre 18 Matthieu ) , le Seigneur nous en promet aussitôt la douce récompense; car il assure se trouver au milieu de deux ou trois réunis en son nom, afin que nous travaillions avec plus de zèle à conserver la paix, dans l'espoir que nous jouirons de sa divine société. » D'après ce qui précède, comprenons quelle affection, quelle sollicitude nous devons déployer à l'égard de notre prochain pour le retirer de l'erreur et du vice où il est tombé ! Il n'y a pas de plus grande charité que de corriger notre frère pécheur et de procurer son salut éternel, aux dépens même de notre vie. Mais hélas ! combien peu ressentent dans leur cœur cette dilection chrétienne qui est selon Dieu ! l'esprit du monde lui a substitué dans la plupart des hommes une sorte d'amitié factice, hypocrite et intéressée. « Ainsi, comme l'atteste saint Chrysostôme ( Homélie 61 in Matthieu ) , l'un aime lorsqu'il est aimé lui-même, un autre quand il est honoré, celui-ci parce qu'on peut lui être utile en quelque affaire temporelle, et celui-là pour d'autres motifs analogues plus ou moins égoïstes; mais qu'il serait difficile de rencontrer un homme rempli pour ses frères d'un amour véritable, pur et gratuit en vue de Jésus-Christ ! »
404-405
Comme, en prescrivant de faire la correction fraternelle, le divin Maître avait prescrit, au moins implicitement, de pardonner au coupable repentant les injures commises, saint Pierre, chef du collège apostolique, lui demanda à cette occasion : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il m'aura offensé ? Sera-ce jusqu'à sept fois ? ( Matthieu 18, 21 ) . Le miséricordieux Sauveur lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois ( Ibidem 22 ) . Saint Augustin ( Sermon 15 de Verbis Domini ) fait observer à ce propos que dans l'Écriture le nombre sept indique ordinairement l'universalité, la totalité par rapport au temps ou à une chose quelconque. Ainsi, quand le Psalmiste dit au Seigneur ( Psaume 118, 104 ) : Je chanterai vos louanges sept fois le jour, il n'exprime pas une autre pensée que quand il dit ailleurs ( Psaume 33 2 ) : Vos louanges seront toujours dans ma bouche. D'un autre côté, ajoute le même saint Docteur d'accord avec saint Grégoire ( Moral. 32, 12 ) , le nombre onze marque la transgression; car lorsqu'on dépasse la dizaine, représentant le Décalogue ou la loi divine, on arrive à onze; or dépasser ou transgresser la loi, c'est commettre le péché. Lors donc que Jésus-Christ prescrit de pardonner 77 fois, il prescrit par là même de pardonner toute transgression ou injure; puisque 77, équivalant à sept fois onze, se compose de onze, symbole de la transgression, multiplié par sept, symbole de l'universalité. On peut encore croire que le nombre déterminé est mis ici pour un nombre indéfini, comme si, selon saint Augustin ( loco citato ) , le Seigneur avait dit : Pardonnez absolument autant de fois qu'on vous aura offensé ( toties quoties ). Il emploie de préférence le nombre 77, parce que l'on compte ce même nombre de générations depuis Adam jusqu'à lui, comme on le voit par saint Luc ( 3 ) . C'est pourquoi, à l'exemple du divin Rédempteur qui est venu expier les innombrables péchés de toutes les générations précédentes comme de toutes les suivantes, l'homme doit également remettre toutes les offenses qui lui ont été faites ou qui lui seront faites. D'après saint Chrysostôme pareillement ( Homélie 62 in Matthieu ) , Jésus-Christ, en disant septante fois sept fois, a voulu désigner un nombre non point précis mais illimité, pour signifier que nous devons pardonner continuellement et toujours. Suivant saint Jérôme ( in chapitre 18 Matthieu ) , l'expression septuagies septies s'entend de sept fois soixante-dix ou de soixante-dix fois sept, autrement de quatre-cent-quatre-vingt dix fois; c'est-à-dire que vous devez pardonner à votre frère toutes les fois qu'il vous aura offensé, et même être disposé à lui pardonner chaque jour plus souvent qu'il ne pourrait vous offenser; de sorte qu'il ne faut garder ni nombre ni mesure pour le pardon, mais l'accorder toujours.
405-406
Le Vénérable Bède ( in chapitre 17 Luc ) , réunissant les deux explications que nous venons de signaler, s'exprime en ces termes : « Par le nombre septénaire qu'il emploie, le Seigneur ne met aucune borne au pardon dont il fait un précepte; mais il recommande de raccorder, soit pour toute faute, soit à tout instant; c'est en effet la coutume des Écrivains sacrés de signifier par le nombre sept la totalité ou l'universalité par rapport au temps ou à une chose quelconque. Remarquons cependant, ajoute le même interprète, qu'il n'est pas prescrit de pardonner à tous indistinctement, mais au coupable repentant; car le Seigneur nous ordonne de reprendre d'abord notre frère avec miséricorde, afin que nous puissions lui pardonner ensuite avec justice, s'il reconnaît sincèrement sa faute. Par conséquent, celui qui, voyant son frère pécher, ne fait rien pour le corriger, ne transgresse pas moins le précepte divin qu'un autre qui refuse de pardonner au coupable repentant; car le même Dieu qui a dit : Pardonnez à votre frère qui se repent, avait dit auparavant : Corrigez-le s'il pèche. Il faut donc, après avoir adressé une réprimande à votre frère, lui remettre l'offense qu'il a commise à votre égard, pourvu toutefois qu'il en témoigne du regret; de cette sorte, le pardon ne sera pas trop difficile, ni l'indulgence trop facile, » Faisons-nous ainsi mutuellement grâce de nos torts réciproques, comme l'apôtre saint Paul nous y exhorte, par l'exemple de Dieu lui-même qui nous a fait grâce dans la personne de Jésus-Christ ( Colossiens 3 ) . « Apprenez à remettre les injures que vous recevez, dit saint Ambroise ( in chapitre 17 Luc ) , parce que le Sauveur pardonna sur la croix à ses persécuteurs; accoutumez-vous à déposer toute indignation et à ne conserver aucun ressentiment; car il ne peut s'offenser de rien celui qui est habituellement disposé à tout oublier. »
406-407
Mais est-on obligé de pardonner une injure à un ennemi qui n'implore pas sa grâce ? Pour résoudre cette question, il faut distinguer les sentiments intérieurs de haine ou de rancune et les signes extérieurs de mécontentement et de déplaisir par suite de l'offense que nous avons reçue. Or nous ne devons jamais garder aucun sentiment de haine ou de rancune envers un ennemi quelconque lors même qu'il ne solliciterait aucun pardon, et nous devons en outre lui fournir les choses qui lui sont indispensables s'il se trouve dans une extrême nécessité; autrement nous n'aurions pas pour lui la charité que nous sommes tenus d'avoir pour tous indistinctement. Quand notre ennemi témoigne un regret véritable et offre une satisfaction convenable, nous devons ne plus lui donner aucun signe de mécontentement ou de déplaisir, mais le saluer et même le secourir s'il est dans le besoin. À moins que nous ne voulions être parfaits, nous ne sommes pas obligés de traiter avec cette même déférence le coupable obstiné qui ne demande pas sa grâce. Celui qui a été offensé doit-il faire les premières démarches pour amener une mutuelle réconciliation ? On peut répondre qu'il n'y est pas tenu strictement afin d'arriver au salut, mais seulement afin de parvenir à la perfection. Si dans ce but il cherche à rétablir une amitié réciproque, il obtiendra une double couronne, dit saint Chrysostôme, l'une pour avoir supporté patiemment l'injure et l'autre pour avoir ménagé le premier un rapprochement ( Homélie 11 Op. imp. ) .
407-408
Le même saint Docteur ajoute : « Examinez combien de fautes vous avez commises; non seulement alors vous pardonnerez sans retard à ceux qui vous ont offensé, mais vous courrez au-devant de ceux qui vous ont contristé, afin de mériter par là le pardon de vos propres iniquités et la guérison de vos maux personnels. Dieu vous destine une magnifique récompense si vous prévenez charitablement celui qui vous a lésé injustement; mais si vous ne lui accordez sa grâce qu'après en avoir reçu la demande, ce n'est plus simplement à cause du précepte divin, mais plutôt à cause de ses avances satisfactoires que vous lui rendez votre amitié; et vous perdez par conséquent la couronne qu'il a conquise avant vous. Vous affirmez qu'on vous a causé des dommages; mais soyez convaincu que, en vous les remémorant, vous en causez de plus grands à votre âme; car tant qu'on reste homme de bien on ne peut éprouver véritablement de mal. Vous direz peut-être que le souvenir des affronts allume en votre cœur le feu de la colère; pour étouffer ce désir de vengeance, considérez si vous n'avez pas reçu quelque service de la part de votre ennemi, et si vous n'êtes pas coupable de torts nombreux à l'égard de votre prochain. Vous répliquez qu'on vous a chargé d'outrage et couvert de confusion; mais voyez si vous êtes irréprochable par rapport à la détraction et à la calomnie. Comment donc prétendre qu'on approuve et qu'on excuse en vous ce que vous blâmez et condamnez dans les autres ? Je suppose que vous n'ayez jamais prononcé de paroles médisantes, n'avez-vous jamais du moins écouté les langues méchantes ? vous n'êtes donc pas de tout point innocent. Soyez bien persuadé que rien ne conserve la charité comme l'oubli des injures. » C'est ainsi que saint Chrysostôme termine les utiles réflexions que nous venons d'exposer.
408-409
Néanmoins, s'il faut toujours remettre les offenses qu'on a reçues, il n'en est pas de même des peines que mérite le coupable; car il est des circonstances où l'impunité, le rendant plus audacieux et plus libre, favoriserait ses inclinations perverses et entretiendrait ses habitudes funestes; souvent aussi elle pourrait devenir pour les autres un sujet de scandale et renverser l'ordre de la justice. Nous ne violons donc pas le précepte du Seigneur, lorsque nous exigeons la réparation des injures, pourvu toutefois que ce soit conformément aux règles de l'équité, sans garder aucune haine contre nos frères. Mais, si ceux gui nous ont offensés témoignent un repentir sincère, remettons-leur de bon cœur toutes les dettes qu'ils peuvent avoir contractées à notre égard. Quant aux offenses commises envers le Seigneur, il n'est pas en notre pouvoir d'en accorder le pardon. Hélas ! s'écrie saint Jérôme, nous faisons tout le contraire de ce que nous devrions : s'agit-il d'injures à l'égard de Dieu, nous sommes très tolérants ou même indifférents; s'agit-il d'injures à notre égard, nous sommes très sévères et implacables.
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