Le père Matteo, notre curé.

Horaires du 19 au 25 avril.
ÉgliseSaint-Bruno-les-Chartreux

Le maître autel de l'église.

Le baldaquin.

Saint Bruno.

Le baptistère.

L'autel de la Vierge.

Saint Matthieu.

Saint Marc.

Saint Luc.

Saint Jean.

Sanctus Spiritus

Gloria in excelsis

Vers la Jérusalem céleste.

Œuvres Complètes De Saint Bernard, tomes II et III, Paris, Librairie De Louis Vivès, Éditeur, 1865
Pour les fêtes de Pâques. Sur les sept immersions de Naaman dans les eaux du Jourdain et sur la guérison de sept sortes de lèpres ; sur les sept apparitions de Jésus-Christ après sa résurrection, lesquelles nous rappellent les sept dons du saint-Esprit.
1. De même que dans la médication du corps on commence par le purger avant de lui donner des fortifiants, afin de le débarrasser d'abord de toutes les mauvaises humeurs pour le fortifier ensuite par des aliments solides, ainsi le médecin de nos âmes, le Seigneur Jésus, dont toute la conduite dans la chair n'est autre chose que la médecine du salut, a commencé, avant la passion, par nous donner sept purgatifs, pour nous donner ensuite, une fois ressuscité, sept aliments, aussi doux que salubres.
Le Christ nous a donné sept purgatifs.
Notre grand prophète Élisée ordonna au lépreux Naaman d'aller se plonger sept fois dans le Jourdain, dont le nom signifie descente. Ainsi est-ce dans la descente de Notre-Seigneur, c'est-à-dire, dans l'humilité de sa vie toute entière, avant sa passion, que nous sommes purifiés et purgés, et dans sa résurrection aussi bien que pendant les quarante jours qu'il passe alors sur laterre, que nous sommes fortifiés et nourris d'aliments délicieux.
Sept lèpres morales
La lèpre d'orgueil qui nous ronge est de sept sortes. Ainsi, il y a la lèpre de la propriété, celle des vêtements luxueux et celle des voluptés charnelles, il y en a deux aussi qui s'attaquent à la bouche et deux qui rongent le cœur.
La lèpre de la propriété.
La première des sept est donc la lèpre de la propriété, elle ronge ceux qui veulent être riches en ce monde ; on s'en purifie, en se plongeant dans le Jourdain, c'est-à-dire dans la descente de Jésus-Christ. En effet, nous voyons qu'étant riche il se fit pauvre pour nous.
Pauvreté de Jésus-Christ.
Il quitta les richesses inénarrables des cieux pour descendre en ce monde, dépouillé de tous ces biens y vivre dans une telle pauvreté, que, à sa naissance il eut une crèche pour berceau et ne put trouver place dans une hôtellerie ( Luc. I, 58 ). Qui ne sait qu'ensuite le Fils de l'homme n'a point eu où reposer la tête ? Si on se plonge bien dans ce Jourdain symbolique, comment recherchera-t-on encore les biens de ce monde ? Au fait, quel abus excessif qu'un misérable ver de terre veuille être riche quand le Dieu de toute majesté, le Seigneur de Sabaoth a voulu être pauvre pour lui !
La seconde lèpre est le luxe des vêtements.
2. Par la lèpre des vêtements, j'entends toutes les pompes du monde, et on s'en guérit comme de l'autre, toujours en se plongeant dans le Jourdain où on trouve le Christ du Seigneur enveloppé de misérables langes, devenu l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple.
La troisième lèpre est celle des voluptés charnelles.
Quant à la lèpre du corps, on s'en purifie également, mais encore dans les eaux du même Jourdain, c'est-à-dire dans la pensée de la passion de Notre-Seigneur, qui nous fera rougir de courir après les voluptés charnelles. Mais j'ai dit qu'il y a deux lèpres qui s'attaquent à la bouche.
La quatrième est le murmure.
La première des deux est le murmure auquel nous nous laissons aller dans les contrariétés, et qui coule de nos lèvres, comme l'humeur viciée de la lèpre, en paroles d'impatience. Mais nous guérirons de cette lèpre-là, en considérant « Celui qui fut conduit à la mort comme un muet agneau, sans même ouvrir la bouche ( Isa. LIII, 7 ), qui ne sut ni répondre aux malédictions, ni faire entendre des paroles de menace au milieu des supplices ( Petr. II, 23 ). » Dans la prospérité au contraire, malgré ces paroles de l'Apôtre : « Ce n'est pas celui qui rend témoignage à lui-même qui est vraiment estimable ( II Cor. X, 17 ), » nous nous exaltons nous-mêmes, non pas avec une patience admirable, mais avec une sorte d'arrogance ;
La cinquième est la jactance.
nous sommes alors atteints d'une lèpre, celle de la jactance. Pour nous débarrasser, allons toujours nous plonger dans les eaux du Jourdain, et, marchant sur les pas de Celui qui ne cherche point sa propre gloire, mais qui ordonnait même aux démons, lorsqu'ils proclamaient qu'il était le Fils de Dieu, de garder le silence ( Luc. IV, 34 ), et qui défendait aux aveugles-nés guéris par lui, de parler de lui ( Matt, IX, 30 ).
La sixième est la volonté propre.
3. Quant au cœur, il peut être rongé par deux sortes de lèpres aussi ; par celle de la volonté propre, et par celle du propre conseil ; deux véritables pestes d'autant plus dangereuses qu'elles ne paraissent point au dehors. Or j'entend par volonté propre, celle qui n'est pas en même temps volonté de Dieu et volonté des hommes ; mais uniquement nôtre, ce qui arrive lorsque ce que nous voulons, ce n'est point pour la gloire de Dieu, ni pour le bien de nos frères, mais pour notre satisfaction personnelle que nous le voulons.
Dangers et périls de la volonté propre.
Elle est diamétralement opposée à la charité, qui n'est autre que Dieu. En effet, elle soulève des inimitiés, et fait une guerre des plus cruelles à Dieu. En effet, qu'est-ce que Dieu déteste et punit, sinon la volonté propre ? Que notre volonté propre cesse d'exister et il n'y a plus d'enfer. Quel aliment, en effet, ses flammes dévoreront-elles, dès que notre volonté propre ne leur en fournira plus ? Or, maintenant, lorsque le froid ou la faim, ou tout autre chose, nous fait souffrir, qu'est-ce qui est blessé en nous, sinon la volonté propre ? Au contraire, dès que nous souffrons ces choses avec patience, il n'y a plus de volonté propre en nous, elle devient commune, mais il nous en reste toujours une sorte de faiblesse et de démangeaison, dont nous avons toujours à souffrir dans toutes nos peines, jusqu'à ce que tout soit consommé. Or, j'entends par volonté propre, celle qui nous anime et qui fait plier notre libre arbitre sous elle.
Notre volonté propre est injuste et cruelle envers Dieu.
Or, tous ces désirs et toutes ces concupiscences qui nous dominent malgré nous, ce sont moins une volonté que la corruption même de la volonté. Mais, que les esclaves de leur volonté propre apprennent, et tremblent en l'apprenant, avec quelle fureur elle attaque le Seigneur de toute majesté. En premier lieu, elle se soustrait au pouvoir et s'arrache à la domination de celui à qui elle devait être soumise comme à son auteur, tant qu'elle se fait sienne ; mais se contentera-t-elle du moins de cette injustice-là ? Non certes, elle va beaucoup plus loin, elle ôte, elle ravit autant qu'il est en elle, tout ce qui appartient à Dieu. En effet, quelles bornes se pose la cupidité humaine ? Est-ce que celui qui, par des pratiques usuraires, a acquis quelques misérables pièces d'argent, n'essaierait point d'acquérir le monde entier, s'il le pouvait, si les moyens répondaient à son désir ? Je le dis hardiment, il n'y a pas d'homme esclave de sa volonté propre, dont l'ambition serait satisfaite de la possession du monde entier. Mais, plût à Dieu qu'ellese contentât de cette possession, et qu'elle n'allât point, ô horreur, jusqu'à porter en quelque sorte les mains sur son créateur même ! Or, c'est ce qu'elle fait autant qu'il est en elle ; oui, la volonté propre s'attaque même à Dieu. En effet, elle voudrait que Dieu, ou ne pût ou ne voulût point punir ses excès, ou bien même qu'il n'en eût point connaissance. Elle voudrait donc que Dieu ne fût pas Dieu, puisqu'elle voudrait, autant que cela dépend d'elle, qu'il fût impuissant, injuste, ou ignorant. N'y a-t-il pas une malice aussi cruelle qu'exécrable à souhaiter qu'il n'y ait plus en Dieu ni puissance, ni justice, ni science ? Or, c'est la volonté propre qui est cette bête cruelle et féroce, pire que toutes, les bêtes féroces, cette louve rapace, cette lionne dévorante. Voilà, quelle est la lèpre hideuse de l'âmepour laquelle il faut aller nous plonger dans le Jourdain, et imiter celui qui n'est pas venu pour faire sa volonté, comme il le dit dans la passion, lorsqu'il s'écrie : « Que ce ne soit pas ma volonté, mais la vôtre qui se fasse, ô mon Père ( Luc. XXII, 42 ). »
La septième lèpre est celle du propre conseil.
4. Quant à la lèpre du propre conseil, je la trouve d'autant plus pernicieuse qu'elle est plus cachée, et que plus elle est développée, plus on se croit net et sain. C'est la lèpre de ceux qui ont le zèle de Dieu, mais non point selon la science, qui suivent leurs voies erronées avec une telle obstination, qu'ils n'acceptent de conseil de personne.
Saint Bernard blâme l'entêtement du sens propre et du propre jugement.
Les gens qui en sont atteints, sèment la division là où l'unité régnait, sont ennemis de la paix, étrangers à la charité, bouffis d'orgueil, satisfaits d'eux-mêmes, grandes à leurs propres yeux, ils ignorent ce qu'est la justice de Dieu à laquelle ils veulent substituer la leur. Que se peut-il imaginer de plus grand que l'orgueil d'un homme qui met son propre jugement au dessus de celui de toute une communauté, comme s'il n'y avait que lui qui eût l'esprit de Dieu. « Or, c'est une espèce de magie de ne vouloir point se soumettre, et une sorte d'idolâtrie de ne point céder ( Reg. XV, 23 ). » Après cela, qu'on aille se faire plus religieux que les autres, se croire autrement que le reste des hommes ; c'est tomber dans le péché de magie et d'idolâtrie, si toutefois, ceux qui ont ce malheur, ne s'en rapportent pas plus à eux-mêmes qu'à celui qui leur a dit leur fait, comme nous venons de l'entendre. D'ailleurs, le langage du Prophète ne diffère pas de celui de la Vérité même, qui a dit aussi : « Quiconque n'écoute point l'église sera pour vous comme un païen et un publicain ( Matt. XVIII, 17 ). » Or, je vous le demande, en quel autre endroit que dans le Jourdain pourrons-nous nous purifier d'une semblable lèpre ? Allez donc vous y plonger ; qui que vous soyez qui vous en trouvez frappé, et remarquez bien la conduite qu'a tenue l'Ange du grand conseil, comment il a fait venir son propre conseil après celui des autres, et même comment il l'a subordonné à la volonté d'une simple femme, je veux parler de la Sainte-Vierge, et d'un pauvre artisan, de Joseph enfin. En effet, trouvé par eux, au milieu des docteurs qu'il écoutait, et à qui il posait des questions, comment répondit-il aux reproches de sa Mère, qui lui disait : « Mon fils, pourquoi en avez-vous usé ainsi avec nous ? Pourquoi me cherchiez-vous, leur dit-il ? Ne saviez-vous point qu'il faut que je sois occupé aux choses qui regardent le service de mon Père ? Mais, ils ne comprirent point ce qu'il leur disait ( Luc. II, 49 ). »
Jésus-Christ renonce à son propre sens.
Que fit le Verbe ? Il ne s'en tint point à lui, il partit avec ses parents, il leur était soumis. Or, qui est-ce qui maintenant ne rougira pas d'être opiniâtrément attaché à son propre sens, en voyant que la Sagesse même renonce au sien, mais y renonce si bien que Jésus ne recommença son œuvre que lorsqu'il eut atteint l'âge de trente ans ? Car depuis cet âge de douze ans, où il était arrivé alors, jusqu'à celui de trente ans, on n'entend plus parler ni de sa doctrine ni de ses œuvres.
5. Mais peut-être y a-t-il lieu à lui demander de quelle manière il renonça à sa volonté propre et à son propre conseil. Ô Seigneur, comment entendre que cette volonté dont vous demandiez qu'elle ne s'accomplit point si elle n'était pas bonne, ait été votre volonté ( Marc, XIV, 36 ) ? Et de même si votre dessein n'était pas bon, comment pouvait-il être vôtre ? Et s'il était bon, comment avez-vous dû y renoncer ? Or, dessein et volonté étaient bons et étaient bien à lui et cependant il dut y renoncer afin qu'ils devinssent meilleurs.
Pourquoi le Christ ne voulut point que sa volonté se fit.
En effet, il ne fallait pas qu'il fît passer ses desseins et sa volonté propre avant les desseins et la volonté commune. Ainsi, c'était bien la volonté du Christ, et elle était bonne quand il disait : « Si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi. » Mais elle était meilleure lorsqu'il s'écriait : « Que votre volonté soit faite, ô mon père ( Matt. XXVI, 49 ), » attendu qu'elle était en même temps commune au Père, au Fils, qui ne fut offert en sacrifice que parce qu'il le voulut, et à nous en même temps. En effet si le grain de froment n'est jeté en terre et n'y meurt, il demeure seul ; mais s'il meurt il porte beaucoup d'autres grains ( Joan. XII, 24 ). Or, la volonté du Père était d'avoir des enfants d'adoption, celle de Jésus, d'être le premier né de beaucoup de frères, et la nôtre, qu'il nous rachetât. J'en dis autant de ses desseins. Ils étaient bien les desseins du Christ, et en même temps ils étaient bons quand il dit : « Il faut que je sois occupé aux choses qui regardent le service de mon Père. ( Luc. II, 49 ). » Mais comme Marie et Joseph ne le comprirent point, il renonça à ces desseins afin de nous purifier de la lèpre de nos propres desseins, car il nous a donné l'exemple afin que nous fissions comme lui. Il savait bien, dès le principe, ce qu'il devait faire, mais il voulut nous donner la forme de l'humilité et nous préparer, dans sa personne divine, un vrai Jourdain où nous pussions nous plonger. Que ceux donc qui sont atteints en même temps de la lèpre de la volonté propre et du propre conseil, prêtent l'oreille et entendent ce que le Saint-Esprit dit aux Églises, ils verront qu'ils condamne en deux mots cette double lèpre. « La sagesse qui vient d'en haut, dit-il, d'abord est chaste, » ce qui condamne l'impureté de la volonté propre, « puis elle est pacifique ( Jac. III, 17 ), » ce qui condamne l'obstination et la volonté du propre conseil.
Les sept apparitions de Jésus-Christ ressuscité nous représentent les sept dons du Saint-Esprit.
6. Mais quand l'âme malade s'est guérie de ces sept lèpres différentes, qu'elle recherche dans les sept dons du Saint-Esprit, sept aliments qui la remontent et la fortifient, comme le ferait une personne que sept purgations successives auraient épuisée. Or, de même que dans la vie de Notre-Seigneur, nous trouvons sept purifications avant la passion, ainsi, après sa résurrection, nous avons dans ses sept apparitions, les sept dons du Saint-Esprit. Dans la première nous trouvons l'esprit de crainte, alors que l'ange de Dieu descendit du ciel au devant des saintes femmes et qu'il se fit un tremblement de terre ; car la crainte des saintes femmes fut telle qu'il fallût que l'ange les rassurât ( Matt. XXVIII, 2 ). Quant à l'esprit de piété nous le trouvons dans l'apparition de Jésus à Simon Pierre ; en effet, c'était une grande, une très grande grâce de la bonté de Notre-Seigneur Jésus, de daigner se montrer avant d'apparaître aux autres apôtres, d'abord à Simon Pierre que les remords de sa conscience tourmentaient au souvenir de son triple reniement, et de faire surabonder la grâce là où le péché avait abondé. Nous avons l'esprit de science dans son apparition aux deux disciples d'Emmaüs, alors qu'il leur expliqua le long de la route, les Saintes-Écritures, en commençant par Moïse et les Prophètes ( Luc. XXIV, 27 ). Nous voyons l'esprit de force se manifester quand il entre dans le Cénacle, dont les portes étaient fermées ( Joan. XX, 19 ), et qu'il montre à ses disciples ses mains et son côté, comme on a coutume de montrer les trous faits au bouclier dont on se servait en preuve de la force avec laquelle on a combattu. C'est l'esprit de conseil qui engagea les apôtres, après avoir passé la nuit entière à pêcher sans rien prendre, à jeter néanmoins les filets à droite de la barque ( Joan. XXI, 6 ). On reconnaît l'esprit d'intelligence quand il ouvre l'intelligence à ses apôtres et les met en état de comprendre les Écritures ( Luc. XXIV, 51 ). Enfin c'est dans un esprit de sagesse, que le quarantième jour de sa résurrection, il se montre à eux encore, et s'enlève dans le ciel à leur propres yeux. ( Acf. I, 9 ), en sorte qu'ils virent le Fils de l'homme remonter à la place qu'il avait occupée auparavant. Jusqu'à ce jour, il semble que la foi qui sauvait ceux qui croyaient en lui, était une sorte de folie ; mais à partir du moment où il remonta vers son Père, à leurs propres yeux, croire en lui commença à être réputé une véritable sagesse.
⁂
Œuvres complètes de saint Jean Chrysostome traduites sous la Direction de M. JEANNIN, Tom 8 et 9, Homélies sur les Actes des Apôtres, BAR-LE-DUC, L. GUÉR1N & Cie, Éditeurs, 1806.
( Act. II, 14, jusqu'au vers. 21. )
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1. Pierre s'adresse ici à cette foule d'étrangers qui étaient accourus, mais, en leur parlant, il ne néglige pas de réfuter ses calomniateurs. Car la divine Providence n'avait permis leurs amères critiques que pour donner à l'apôtre l'occasion de se défendre et d'annoncer l'Évangile. Et parce qu'ils se glorifiaient beaucoup d'habiter Jérusalem, il leur dit : « Apprenez ceci, et prêtez l'oreille à mes paroles ». Ce langage ne pouvait que les rendre attentifs et les disposer à écouter favorablement sa défense. « Non, ces hommes ne sont point ivres, comme vous le pensez ». Que ce langage est doux et bienveillant ! Pierre avait pour lui la plus grande partie du peuple, et néanmoins il n'adresse à ses critiques que de bienveillantes paroles. Il écarte d'abord tout mauvais soupçon à leur égard, et n'établit sa propre défense qu'en second lieu. Aussi ne dit-il pas, comme vous vous l'imaginez par une supposition insensée, ou une froide plaisanterie, mais « comme vous le pensez ». Il donne ainsi à entendre qu'ils ne parlent point sérieusement, et il semble imputer leur faute bien plus à l'ignorance qu'à la malice.
« Non, ces hommes ne sont pas ivres, comme vous le pensez, puisqu'il n'est que la troisième heure du jour ». Cette raison est-elle péremptoire ? et les apôtres ne pouvaient-ils, en effet, s'être enivrés à la troisième heure du jour ? Sans doute, ils l'eussent pu ; mais, sans beaucoup insister sur cette circonstance, Pierre se borne à nier le fait qu'alléguaient ses détracteurs ; et cette réserve nous apprend à ne pas beaucoup parler hors de la nécessité. Au reste, la suite de son discours confirme cette assertion, et désormais il s'adresse à tous : « Mais c'est ce qui a été prédit par le prophète Joël, dans les derniers temps, dit le Seigneur » ( Joël 2, 28 ). L'apôtre ne nomme pas encore le Christ, et, sans faire mention de sa promesse, il rapporte tout au Père ; c'est de sa part une profonde habileté. Il évite donc d'insister de prime abord sur ce qui concernait Jésus-Christ, et de rappeler les promesses qu'il leur avait faites après sa mort sur la croix ; car c'eût été ruiner par avance tout le succès de sa prédication. Mais les apôtres ne pouvaient-ils pas, me direz-vous, prouver sa divinité ? Oui, sans doute, si vous supposez la foi en sa mort et sa résurrection. Mais en ce moment c'était ce qu'il fallait faire croire ; et, en parler inconsidérément, c'était s'exposer à se faire lapider.
« Je répandrai de mon Esprit sur toute chair ». Il leur donnait ainsi de bonnes espérances, car, s'ils le voulaient, ils pouvaient, eux aussi, recevoir ce divin Esprit. Mais il les avertit en même temps qu'ils n'en jouiront pas exclusivement, afin de ne pas exciter contre eux la jalousie des gentils ; et, pour couper dans sa racine toute pensée d'envie, il ajoute : « Et vos fils prophétiseront ». C'est comme s'il leur eût dit : Cette miraculeuse effusion de l'Esprit-Saint n'est ni votre bien, ni votre gloire exclusifs, mais la grâce en passera jusqu'à vos enfants. Par bonheur il leur donne le nom de pères, et il appelle leurs fils ceux qui devaient être disciples de l'Évangile. « Et vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes. Et, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront ». C'était adroitement leur insinuer qu'eux, les apôtres, étaient approuvés de Dieu, puisqu'ils avaient mérité de recevoir l'Esprit-Saint, tandis que les Juifs en étaient rejetés, parce qu'ils avaient crucifié le Seigneur Jésus.
Autrefois Jésus-Christ, pour apaiser l'irritation des Juifs, leur disait : « Par qui vos enfants chassent-ils les démons » ( Matth. 12, 27 ) ? Il ne disait pas, mes disciples, afin d'éviter tout soupçon de s'encenser lui-même ; et c'est ainsi que Pierre ne dit pas : nous ne sommes pas ivres, mais nous parlons sous l'inspiration du Saint-Esprit. Observons aussi qu'il ne se borne pas à alléguer ce fait, mais qu'il l'appuie sur l'autorité d'un prophète. Aussi, cette autorité le remplit-elle de force et de courage. Sa simple parole avait suffi pour repousser l'accusation d'ivresse ; mais, quand il s'agit d'attester l'effusion de la grâce, il invoque l'autorité d'un prophète. « Je répandrai », dit le Seigneur, « de mon Esprit sur toute chair ». Cette expression générale se rapporte à ce que Dieu instruirait ses prophètes ou par songe, ou par une révélation manifeste. L'apôtre aborde ensuite ce passage assez terrible de la prophétie : « Et je « ferai paraître », dit le Seigneur, « des prodiges dans le ciel, et des miracles sur la terre ». Ces paroles désignent le jugement dernier et la ruine de Jérusalem, « Je ferai paraître du sang et du feu, et une colonne de fumée ; et le soleil sera changé en ténèbres, et la lune en sang ». Quel tableau ! et quelles affreuses calamités ! Ces lugubres emblèmes représentent les maux extrêmes qui arriveront au dernier jour ; et néanmoins, l'historien Josèphe raconte que plusieurs prodiges de ce genre parurent dans les airs, et annoncèrent les désastres de la Judée.
594
Cependant, l'apôtre répand parmi ses auditeurs un vif sentiment de crainte, en leur rappelant ces épaisses ténèbres et l'attente du jugement. « Car elles précéderont le grand jour du Seigneur ». C'était leur dire : ne vous abusez pas en croyant que vous pouvez pécher impunément. Et telle est la conclusion de cette annonce du jour grand et terrible du Seigneur. Eh bien ! a-t-il remué les consciences, et changé les rires en remords ? Et, en effet, si déjà les pronostics de ce jour éclatent, les périls des derniers temps sont donc proches. Mais quoi ! va-t-il prolonger cet effrayant langage ? Nullement ; il permet à ses auditeurs de respirer, et continue ainsi : « Et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé ». Selon saint Paul, cette parole désigne Jésus-Christ ; mais, par prudence, Pierre ne le dit pas manifestement ( Rom. 10, 13 ).
Et maintenant, si nous revenons sur ses premières paroles, nous observerons qu'il s'est élevé avec force contre ses critiques et ses railleurs. « Apprenez ceci », leur a-t-il dit, « et prêtez l'oreille à mes paroles ». En s'adressant à eux, il leur avait dit : « Hommes de la Judée ». C'est-à-dire, selon moi, vous qui habitez dans la Judée. Mais voulez-vous connaître combien Pierre est aujourd'hui changé ? rappelons-nous ce passage de l'Évangile, « Une servante s'approcha de lui, disant : Et toi, tu étais avec Jésus de Nazareth. Mais il répondit : Je ne connais point cet homme. Et, interrogé de nouveau, il commença à faire des serments et des imprécations » ( Matth. 26, 69, 72 ).
2. Admirez aussi l'assurance et la noble franchise de sa parole. Il ne loue point ceux de ses auditeurs qui avaient dit : « Nous les entendons parler en notre langue des grandeurs du Dieu »; et il se borne à exciter davantage leur zèle par la sévérité dont il use envers ses détracteurs. Ainsi son langage ne laisse apercevoir aucune trace de flatterie, et une remarque qui se justifie toujours, c'est que son discours, quoique rempli d'une extrème bienveillance, présente le rare mérite d'éviter également l'adulation et l'injure. Ce n'est pas non plus sans une profonde raison que le prodige de la Pentecôte s'effectua à la troisième heure du jour, car à ce moment le soleil brille, les plaisirs de la table ne nous retiennent plus, et les charmes du jour et de la conversation attirent tous les hommes sur la place publique.
Au reste, le langage de Pierre respire une noble franchise. « Prêtez l'oreille à mes paroles ». Et aussitôt, sans rien dire de lui-même, il ajoute : « Ceci est ce qui a été dit par le prophète Joël, dans les derniers temps ». Il indique ainsi, par cette expression un peu emphatique, que la réalisation des menaces divines est peu éloignée, et, pour ne point paraître la fixer à la seconde génération, il ajoute : « Et vos vieillards auront des songes ». Voyez l'admirable enchaînement de ses paroles. D'abord il a nommé les fils, à l'exemple de David qui a dit : « À la place de vos pères, il vous est né des enfants » ( Ps. 44, 17 ). Et Malachie dit également : « Il ramènera le cœur des pères à leurs enfants » ( Malach. 4, 6 ).
« Je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes ». Ces paroles nous révèlent toute la force de cet Esprit divin qui, en nous délivrant du péché, nous attache à son service. Eh ! quelle n'est pas l'excellence de ce don qui se communique même au sexe le plus faible, dans une large proportion, et non à quelques individus seulement, comme autrefois à Débora et Holda. Mais observez que Pierre évite de dire que cet Esprit dont parle le prophète est l'Esprit-Saint, et qu'il néglige ainsi d'expliquer les termes de la prophétie. Il se contente de la citer, parce que cette citation suffit à son but. iL se tait également sur Judas, dont tout le monde connaissait la triste fin, et il pense avec raison, qu'à l'égard des Juifs, l'autorité du prophète Joël est l'argument le plus préremptoire. Et, en effet, aux yeux des Juifs, les prophéties l'emportaient sur les miracles. Aussi les voyons-nous contredire ceux de Jésus-Christ, et se taire quand il leur allègue une prophétie. Un jour il leur dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite » ( Ps 109, 1 ; Matth. 22, 42 ) ; et ils furent si confus qu'ils n'osèrent plus répondre. C'est pourquoi, et il est facile de le vérifier, le Sauveur ne négligeait aucune occasion de leur citer les saintes Écritures, comme lorsqu'il leur dit : « L'Écriture appelle dieux ceux auxquels la parole de Dieu est adressée » ( Jean 10, 35 ).
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C'est donc à l'exemple de son divin Maître que Pierre cite cette prophétie : « Je répandrai de mon Esprit sur toute chair », c'est-à-dire, sur les gentils. Mais il ne révèle rien et n'explique rien, parce que l'obscurité même de la prophétie servait ses projets. « Je ferai paraître des prodiges dans le ciel ». Le vague de cette menace était bien propre à épouvanter les esprits, et toute explication en eût diminué la salutaire terreur. Il se tait donc sur cette prophétie, comme étant par elle-même assez claire, et facile à comprendre. D'ailleurs, il se réserve de l'expliquer en parlant de la résurrection, et il y dirige l'enchaînement de son discours. Ainsi son silence est volontaire et réfléchi, parce que la prOmesse d'un heureux avenir eût été impuissante pour attirer les Juifs à l'Évangile. Ajoutez encore que nul n'échappera aux désastres du dernier jour, tandis que sous Vespasien les chrétiens évitèrent la mort. Et c'est à cette fuite que se rapportent ces paroles du Sauveur : « Si ces jours n'eussent été abrégés, toute chair eût été détruite » ( Matth. 24, 22 ). Le premier malheur des Juifs fut, en effet, cette ligne de circonvallation qui prit, comme dans un filet, tous les habitants de Jérusalem, et le second fut la ruine et l'incendie de la ville.
L'apôtre continue ensuite la métaphore, et met, comme sous les yeux de ses auditeurs, la désolation de Jérusalem : « Le soleil », dit-il, « se changera en ténèbres et la lune en sang ». Que signifie ce changement de la lune en sang ? Il me paraît indiquer un effroyable carnage ; et ce langage était bien propre à consterner tous les esprits. « Et quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé ». Quiconque, dit-il ; c'est-à-dire, sans qu'il l'explique, le prêtre, l'esclave et l'homme libre, « Car il n'y a plus en Jésus-Christ d'homme ni de femme, d'esclave ni d'homme libre » ( Gal. 3, 28 ). Et certes, toutes distinctions sont avec raison abolies sous l'Évangile, de même qu'elles subsistaient sous la loi mosaïque, parce qu'elle n'était que figurative. Et en effet, si, dans le palais impérial, le noble ne se distingue point du plébéien, et si chacun ne s'illustre que par ses œuvres et se recommande par son service, combien plus doit-il en être ainsi dans le christianisme ! « Quiconque invoquera le nom du Seigneur ». Ce n'est pas sans raison que le prophète emploie ce terme ; car Jésus-Christ nous assure que tous ceux qui lui disent : « Seigneur, Seigneur, ne seront point sauvés », et qu'il n'y aura d'élus que ceux qui le lui diront avec ce véritable amour qui repose sur une bonne vie et une grande confiance. Au reste, l'apôtre ne décourage point ses auditeurs, bien qu'il leur révèle de profonds mystères et qu'il ne leur cache point les terreurs des supplices éternels. Et comment ? Parce qu'il leur montre le salut dans l'invocation du nom du Seigneur.
3. Que dites-vous, ô grand apôtre ? Vous placez le salut à côté de la croix ! Attendez un peu, et vous connaîtrez combien est grande la miséricorde du Sauveur Jésus. Car la vocation des gentils n'est pas une preuve moins éclatante de sa divinité que sa résurrection et ses miracles. Souvenez-vous aussi qu'un des attributs de Dieu est d'être infiniment bon ; aussi Jésus-Christ dit-il : « Nul n'est bon, si ce n'est Dieu seul » ( Luc 18, 19 ). Mais il punit également en Dieu, en sorte que sa bonté ne doit point favoriser en nous la paresse et la négligence. C'est ce que nous apprend admirablement l'apôtre quand il dit : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ».
Et maintenant je veux, en parlant de la ruine de Jérusalem et de l'effroyable vengeance que le Seigneur en tira, vous prémunir contre les marcionites et plusieurs autres hérétiques. Ils disent qu'en Jésus-Christ le Dieu était bon, et que l'homme était mauvais. Or, qui est l'auteur de ces maux ? L'homme mauvais a-t-il vengé le Dieu bon ? Nullement. C'est donc un être qui lui est étranger, ou bien le Dieu bon a fait ainsi éclater ses vengeances. Mais alors il est manifeste qu'il faut les rapporter au Père non moins qu'au Fils. C'est et que prouvent, pour le Père, plusieurs passage de l'Évangile, et spécialement celui-ci où il est dit que le père de famille détruira sa vigne ( Matth. 21, 41 ). Il est également écrit du Fils, qu'il fait ce commandement à ses serviteurs : « Quant à mes ennemis qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les et faites-les mourir devant moi » ( Luc 19, 27 ).
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Dans un autre endroit, Jésus-Christ annonce les calamités qui accableront Jérusalem, calamités inouïes jusqu'alors, et qu'il prédit lui-même. Voulez-vous que je vous en rappelE quelques traits ? On vit une mère, épouvantable atrocité ! faire rôtir son propre enfant. Et quoi de plus lamentable qu'un tel fait ! Faut-il décrire les horreurs de la famine et de la peste. Et il y eut des horreurs plus grandes encore. On foulait aux pieds les lois de la nature et celles de l'humanité, et les hommes se montraient plus cruels que les bêtes féroces. Or tous ces maux furent amenés par celle guerre sanglante que permirent le Seigneur et son Christ. Ces faits sont un bon argument contre les marcionites et contre ceux qui nient l'existence de l'enfer ; et on peut s'en servir utilement pour confondre leur impudence. Et puis, cette dernière désolation ne surpasse-t-elle pas celle de la captivité ; et la famine qu'elle occasionna ne fut-elle pas plus cruelle qu'à ceTte époque ? Certainement ; et c'est de tous ces maux que Jésus-Christ lui-même a dit : « Cette tribulation sera telle qu'on n'en a jamais vu et qu'on n'en verra jamais de semblable » ( Matth. 24, 21 ).
Comment donc quelques-uns disent-ils que Jésus-Christ a remis aux Juifs la peine de leur déicide ? Celte objection est peu grave, et vous pouvez facilement la résoudre. Au reste, on ne pourrait ici rien inventer qui approchât de la réalité ; et si le récit que nous en possédons était dû à une plume chrétienne, il serait permis de le soupçonner d'exagération. Mais on ne saurait s'inscrire en faux contre sa véracité, puisqu'il a pour auteur un Juif, très altaché à sa nation, et qui écrivait après la promulgation de l'Évangile. On voit en effet que dans toutes circonstances il s'attache à relever ses concitoyens. Concluons qu'il existe un enfer, et que Dieu est bon. Le récit des malheurs de Jérusalem vous a remplis d'effroi ; eh ! que sont ces maux en comparaison des supplices de l'enfer ? Mais voilà que de nouveau je vous deviens fâcheux et importun. Que faire à cela ? Ma position l'exige. Un évêque ressemble à un maître sévère qui encourt la haine de ses élèves. Mais, puisque les ministres d'un roi exécutent ses ordres, même les plus rigoureux, ne serait-il pas absurde que, pour vous complaire, je négligeasse les devoirs de ma charge ?
Chacun a son œuvre à remplir ; et le devoir du plus grand nombre est de se secourir mutuellement dans un esprit de compassion et de bienveillance, de douceur et de bonté. Le pasteur, au contraire, pour être utile à son troupeau, doit se montrer dur et sévère, fâcheux et importun. Car il fera le bien par d'austères remontrances plus que par d'agréables compliments. Tel est aussi le sort du médecin ; et toutefois il est moins rude, parce que les bienfaits de son art se réalisent soudain, tandis que ceux de l'évêque se réservent pour l'éternité. Ainsi encore, le juge est odieux aux malfaiteurs et aux séditieux, et le législateur est importun à ceux que gêne la loi. Mais un accueil bien différent est réservé à celui qui flatte le peuple, qui l'amuse et qui lui prépare des jeux et des fêtes. Et en effet, quels applaudissements ne reçoivent pas ces riches citoyens qui donnent les jeux publics et se ruinent en prodigalités ! Aussi le peuple reconnaissant célèbre-t-il leurs louanges, et par honneur il tend les rues de riches tapisseries, illumine les maisons, porte des palmes et leur offre des couronnes et de somptueux vêtements. Le malade, au contraire, s'attriste en voyant le médecin, et le séditieux devient humble en présence du juge : il perd soudain sa pétulance et son audace, parce qu'il sait que le devoir de ce juge est de le châtier.
Mais examinons qui est plus utile à une cité, ou l'édile qui fournit aux dépenses des jeux, du théâtre et des repas publics, ou le magistrat qui, au lieu de ces pompes superflues, s'entoure de chevalets, de fouets, de bourreaux et de soldats terribles, qui prononce des paroles sévères et des arrêTs rigoureux, et qui commande à ses licteurs d'écarter du forum une foule tumultueuse. Eh bien ! examinons quels résultats amènent deux conduites si opposées. Le magistrat est un homme odieux et l'édile est un galant homme. Mais que produisent les fêtes qu'il prodigue ? De froids plaisirs qui durent jusqu'au soir et s'évanouissent avec l'aurore ; des rires indécents et des paroles libres et légères. Eh ! que doit-on au magistrat ? La crainte et la tempérance, la soumission de l'esprit et la retenue des mœurs, l'amour du travail, la répression des mauvaises passions de l'âme, est un rempart contre les désordres extérieurs. Sous l'égide de ces vertus, chacun jouit tranquillement de sa fortune, tandis que le régime contraire la dilapide dans les jeux et les fêtes ; et si des voleurs ne nous l'enlèvent pas, le plaisir et l'ostentation nous la ravissent. Cependant on s'aperçoit bien qu'on est volé, mais on ne laisse pas que d'en rire. Ce sont des voleurs d'un genre tout nouveau : ils dépouillent leur victime et puis lui persuadent qu'elle doit s'en réjouir.
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4. Mais dans la religion, rien de semblable, et le Seigneur, qui est le père de tous, nous prescrit le secret de nos bonnes œuvres, et même de nos bonnes intentions. Car il a dit : « Prenez garde de faire l'aumône devant les hommes » ( Matth. 6, 1 ). Le chrétien y apprend donc à fuir toute injustice. Car il y a également injustice à dérober le bien d'auTrui, et à se plonger dans les excès de la table, ou à s'abandonner à une joie effrénée et dissolue. Il y apprend encore à garder la chasteté, et à éviter l'impureté, puisque ce péché se commet même par un simple regard. Il y apprend enfin à pratiquer la modestie et à repousser le faste et l'orgueil, et il n'oublie point, selon la parole de l'apôtre, que : « si tout lui est permis, tout n'est pas expédient » ( 1 Cor. 6, 12 ). En un mot, l'Église est l'école des vertus, et le théâtre celle des vices. Mais laissons ce sujet, et je me borne à vous dire que les fêtes du monde sont plus fécondes en chagrins qu'en véritables plaisirs. Il suffit, pour nous en convaincre, de considérer au lendemain d'une fête, celui qui en a fait les frais, et ceux qui y ont pris part. Tous, et surtout le premier, nous les verrons tristes et abattus. Et en effet, le jour précédent, le peuple se livrait à une folle gaîté, et il se réjouissait sous un riche vêtement ; mais, comme il ne lui appartenait pas, il s'attriste aujourd'hui, et s'afflige de ne plus le posséder. Quant à celui qui a fait les frais de la fête, il se croyait moins heureux que ses joyeux convives : mais le lendemain, ceux-ci n'ont qu'à rendre les habits qu'on leur avait prêtés, tandis que lui-même tombe dans un profond chagrin. Ah ! si, dans les choses extérieures, la joie enfante la tristesse, et le malheur l'utilité, à plus forte raison en est-il ainsi dans les choses spirituelles !
C'est pourquoi personne ne s'irrite contre les lois, et même tous les regardent comme protectrices de la sûreté publique ; car elles ne sont point l'ouvrage de législateurs étrangers, ou ennemis, mais l'œuvre des citoyens, des édiles et des tuteurs de la cité. Tous, ils ont cru bien mériter de la patrie en établissant ces lois, et cependant elles renferment des peines et des châtiments ; car, toute loi contient une sanction pénale. Mais, n'est-il pas absurde de décerner aux législateurs humains les noms de sauveurs, de bienfaiteurs et de protecteurs, et d'appeler dur et fâcheux l'évêque qui vous explique les lois divines ? Oh ! quand je vous parle de l'enfer, que fais-je, sinon de vous exposer la sanction de ces lois ? Les législations de la terre édictent des peines sévères contre l'homicide, le vol, l'adultère et autres crimes semblables ; pourquoi donc murmurer si je mets sous vos yeux les supplices dont vous menace, non un homme, mais Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu ? Que celui, dit-il, qui est sans miséricorde, soit rigoureusement puni. Car, telle est la conclusion de la parabole sur le pardon des ennemis. Que celui, ajoute-t-il, qui garde le souvenir d'une offense, subisse le dernier supplice ; que celui qui s'irrite sans motif soit jeté dans le feu, et que celui qui injurie son frère, soit condamné aux peines de l'enfer !
Au reste, ne vous troublez point si ces lois vous paraissent nouvelles ; car Jésus-Christ n'est venu sur la terre que pour y apporter une nouvelle législation. Et en effet, la raison seule nous dit que l'homicide et l'adultère doivent être punis ; et, si l'Évangile ne contenait pas une autre défense, il eût été inutile qu'un législateur divin nous l'eût apporté. Aussi ne dit-il pas : Que l'adultère soit puni, mais bien celui qui se permet même un regard mauvais, et il spécifie le lieu et le genre du supplice. Jésus-Christ n'a point écrit son Évangile sur des tables de pierre, et il ne l'a point gravé sur des colonnes de bronze ; mais il a surnaturalisé l'âme des douze apôtres, et par l'opération de l'Esprit-Saint, il y a gravé ces lois que nous vous faisons connaître. C'était le devoir des prêtres à l'égard des Juifs, afin que nul ne prétextât son ignorance, et à plus forte raison est-ce le mien ? Si quelqu'un disait : Je n'écouterai pas, et ainsi je ne serai point jugé ; il devrait s'attendre à un châtiment plus rigoureux, car son excuse ne serait valable qu'en l'absence de toute instruction. Mais, puisqu'un évêque instruit son peuple, elle n'est plus recevable. Souvenez-vous donc que Jésus-Christ lui-même a condamné les Juifs : « Si je n'étais pas venu », disait-il, « et si je ne leur eusse pas parlé, ils ne seraient pas coupables » ( Jean 15, 22 ). L'apôtre s'écrie également : « Que dis-je ? Est-ce qu'ils n'ont pas entendu la parole du salut ? Sans doute ; car la voix des apôtres a retenti par toute la terre » ( Rom. 10, 18 ).
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Alléguez donc votre ignorance, si personne ne vous prêche la doctrine évangélique. Mais quand l'évêque est assis dans sa chaire, et qu'il remplit son devoir, vous n'avez plus d'excuse. J'ajoute aussi que Jésus-Christ, qui a établi dans son Église les apôtres, comme autant de colonnes de la vérité, a voulu honorer les évêques du même privilége. Et si nous nous sommes rendus indignes de comprendre les sublimes inscriptions que portent ces colonnes, fixons du moins sur elles un regard respectueux. Les colonnes, non plus que les lois, ne sont coupables des menaces qu'elles profèrent contre les malfaiteurs ; et il en est ainsi des bienheureux apôtres. Mais l'Église, qui est la colonne de vérité, ne se dresse pas dans un seul lieu, et ses inscriptions sont répandues dans le monde entier. Passez jusqu'aux Indes, et vous les entendrez publier ; avancez jusqu'à l'Espagne, et jusqu'aux limites de l'univers, et vous ne trouverez personne qui, avec un peu de bonne volonté, ne parvienne à les connaître. Ne murmurez donc point contre ces lois divines, mais efforcez-vous de pratiquer les vertus chrétiennes, afin que vous puissiez obtenir les biens éternels, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui soit, avec le Père et l'Esprit-Saint, la gloire, l'honneur et l'empire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
FIN DU TOME HUITIÈME
Pélerinage diocésain à Lourdes.
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