Le père Matteo, notre curé.















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Un grand contemporain d'Urbain II et de Pierre l'Ermite. — Anselme d'Aoste et sa philosophie. — Influence d'Anselme sur les intelligences au moyen âge. — L'abbé du Bec est aussi populaire en Angleterre qu'en France. — Ses amis non moins nombreux dans le siècle que dans le cloître. — Le cœur d'Anselme débordait de tendresse pour ses amis et de charité pour ses ennemis. Anselme est arraché tout à coup à la solitude du cloître. — Le roi Guillaume le Roux et Raoul Flambart son ministre. — Hugues le Loup, comte de Chester, attire Anselme en Angleterre. — Maladie subite du roi, son repentir, ses vaines promesses. — Anselme est violenté afin qu'il accepte la primatie d'Angleterre. — L'archevêque de Rouen ordonne à Anselme d'obéir au désir du roi. — Sacre d'Anselme par saint Wulstan. — Guillaume le Roux est infidèle à toutes ses promesses. — Belles paroles de saint Wulstan. — Anselme ne veut pas acheter à prix d'argent la faveur du roi. — L'évêque de Durham prend parti contre Anselme. — Paroles admirables d'un chevalier. — Intervention des barons en faveur d'Anselme. — Le roi Guillaume envoie à Rome deux clercs de sa chapelle. — Il refuse à Anselme l'autorisation d'aller à Rome. — Les évêques d'Angleterre abandonnent leur métropolitain.
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Un grand moine contemporain d'Urbain II et de Pierre l'Ermite. Anselme d'Aoste et sa philosophie. pp. 174-175
Tandis qu'un moine français occupait si dignement le siège de saint Pierre : tandis qu'un autre moine devançait en Orient l'élite de la chevalerie européenne, que son éloquence avait fait courir aux armes, il y en avait un troisième, en Angleterre, qui, forcé de lutter contre tous les abus et toutes les ruses du pouvoir temporel, préparait à l'Église et au monde une gloire encore plus éclatante, tant, à cette époque, le monde chrétien, l'Église et surtout l'ordre monastique étaient riches en hommes de cœur et de génie ! Né à Aoste, en 1033, d'une famille patricienne et très riche [175-1], Anselme avait, de bonne heure, subi ces épreuves où se forment souvent les grandes âmes. Enfant, il avait vu mourir sa mère, et, comme s'exprime le pieux auteur [175-2] de sa vie « le vaisseau de son cœur avait perdu son ancre, et il était resté comme abîmé dans les flots du siècle [176-1] » objet d'aversion pour son père et forcé de quitter sa patrie.
La renommée de Lanfranc attira le jeune homme au Bec où, avec un zèle infatigable, il se livra au travail. L'amour de l'étude le conduisit peu à peu à l'amour de la solitude et de la pénitence monastique. Après quelques efforts, il réussit à dompter la passion de la gloire littéraire, qui d'abord l'avait poussé à s'éloigner des lieux où la réputation de Lanfranc semblait rendre toute rivalité impossible [176-2]. Il triompha encore plus facilement des tentations que lui offrait la grande fortune laissée par son père : dès l'âge de vingt-sept ans il alla se faire moine dans l'abbaye du Bec, où il devait bientôt remplacer Lanfranc comme prieur [176-3], puis, quinze ans plus tard [176-4], à la mort du vénérable Herluin, le fondateur du monastère [176-5] se voir nommé abbé par les cent trente-six moines de la communauté, malgré la plus vive résistance de sa part.
pp. 176-179
Le malheureux jeune homme s'était jeté tout en larmes aux genoux des moines, les suppliant de lui faire grâce d'une telle charge ; mais eux, se prosternant tous devant lui, le supplièrent d'avoir pitié de leur âme et de leur maison [177-1]. Anselme vécut donc trente ans au Bec, tant comme religieux que comme supérieur, partageant son temps entre la pratique exacte des austérités monastiques [177-2] et la continuation de ses études. Il s'appliquait surtout à approfondir les problèmes les plus délicats et les plus difficiles de la métaphysique, et, guidé par les lumières que donnent la foi et l'humilité, il ne craignait pas d'aborder des questions regardées jusque-là comme insolubles [177-3]. « Je crois, mais je désire comprendre [177-4] », disait le philosophe chréien, et ces efforts pour arriver à l'intelligence des vérités imposées par la religion nous ont valu de magnifiques traités où l'écrivain, se constituant le disciple et le successeur de saint Augustin [177-5] a donné sur l'essence divine, l'existence de Dieu, l'incarnation, la création, la Trinité, l'accord du libre arbitre et de la grâce, des solutions et des démonstrations qui ont conservé jusqu'à nos jours la valeur la plus haute aux yeux de la théologie et de la vraie philosophie [178-1], de la raison et de la foi. Par ces travaux Anselme a mérité d'être regardé par les juges les plus compétents comme le père et le fondateur de la philosophie chrétienne du moyen âge. L'ardente sincérité avec laquelle il soumettait tous les résultats de ses recherches aux règles de la foi, à l'infaillible autorité de l'Église [178-2] creuse entre sa tendance et celle des métaphysiciens modernes un abîme infranchissable. Il semble avoir voulu marquer, à l'avance, cette incommensurable distance, lorsque, parlant des rationalistes de son temps, il dit : « Ils cherchent la raison parce qu'ils ne croient pas, et nous, nous la cherchons, parce que nous croyons [179-1]. » Et il ajoutait : « Je ne cherche pas à comprendre pour croire ; mais je crois pour comprendre [179-2]. » — « Que si, ajoutait le grand philosophe, l'autorité de l'Écriture sainte contredit notre sens propre, il faut admettre, quelque invincibles que nous puissent paraître les arguments fournis par notre raison, qu'elle se trompe radicalement [179-3]. Nul chrétien ne doit disputer sur le fait même de l'existence des choses que l'Église catholique croit et confesse ; il peut seulement, en préservant sa foi de toute atteinte, et en y conformant sa vie, chercher humblement le mode d'après lequel elle est régie. S'il parvient à comprendre la chose, qu'il en rende grâce à Dieu, sinon qu'il ne dresse pas la tête pour s'escrimer contre la vérité, mais qu'il la courbe, au contraire, pour adorer [179-4] … »
p. 180
« Il y a de faux savants qui, avant de s'être munis de renseignements sur la foi, dirigent leur vol vers les plus hautes questions souveraines… ; ne pouvant comprendre ce qu'ils croient, ils disputent contre la vérité de la foi que les Pères ont confirmée. Comme si les hiboux et ceux qui ressemblent à ces oiseaux et aux chauves-souris, lesquels ne voient le ciel que la nuit, devaient argumenter, sur la lumière du jour, contre les aigles qui contemplent d'un œil ferme le soleil lui-même [180-1] ! »
pp. 180-181
Anselme ne se bornait pas à composer des travaux métaphysiques : il écrivait, en outre, des méditations et des oraisons où sont prodigués tous les trésors de la piété ascétique [180-2] et de l'amour le plus profond envers Dieu, envers ses saints et surtout envers Marie [180-3], la mère de Celui qu'il ne craignait point d'appeler le frère aîné des chrétiens [180-4]. C'était la nuit qu'il consacrait principalement à ces travaux, comme à la transcription et à la correction des manuscrits [181-1]. Ses journées étaient absorbées par la direction spirituelle de tous ceux qui avaient recours à lui [181-2], par l'enseignement paternel qu'il prodiguait à jeunesse [181-3] et par le soin assidu des malades. Les uns l'aimaient comme un père, les autres comme une mère, tant il savait gagner la confiance et consoler la douleur de tous [181-4] !… Un vieux moine paralysé par l'âge et la souffrance l'avait pour serviteur : c'était Anselme qui lui mettait les morceaux dans la bouche [181-5]. Il eût voulu ensevelir toute sa vie dans cette sainte obscurité, afin de se rendre digne de l'habit qu'il portait [181-6].
pp. 181-182
Lorsqu'on l'exhortait à faire connaître ses ouvrages, en lui reprochant de tenir la lumière sous le boisseau ; lorsqu'on lui parlait de la gloire de Lanfranc et de Grutmond, moines comme lui et dans la même province, il répondait : « les fleurs qui ont les mêmes couleurs que la rose n'ont pas toutes le même parfum qu'elle [182-1]. » Peu à peu, cependant, sa renommée se répandit : ses traités, ses méditations passèrent de main en main et excitèrent une admiration universelle en France, en Flandre, en Angleterre. Du fond de l'Auvergne, les moines de la Chaise-Dieu lui écrivaient qu'à la seule lecture de ses écrits ils se figuraient voir couler les larmes de sa contrition et de sa piété, et que leurs cœurs étaient comme inondés d'une douce et rafraîchissante rosée [182-2].
Les amis d'Anselme étaient aussi nombreux dans le siècle que dans le cloître et Anselme n'était pas moins populaire en Angleterre qu'en France.
Il eut bientôt autant d'amis dans le siècle que dans le cloître. Il y avait en lui un charme qui maîtrisait les âmes. Les chevaliers normands l'entouraient de la plus vive affection, le recevaient avec bonheur dans leurs châteaux, lui Confiaient leurs enfants et le considéraient comme le premier né d'entre eux [182-3].
pp. 182-187
En Angleterre, où le conduisaient souvent les affaires de son monastère, sa popularité était aussi grande qu'en Normandie ; le pays tout entier lui était dévoué, et il n'y avait comtes, chevaliers, chatelaines qui ne se crussent privés de tout mérite devant Dieu, si l'abbé du Bec n'avait reçu de leur part quelque preuve de dévouement [183-1]. Il usait de cet ascendant pour prêcher aux riches et aux nobles des deux sexes la mortification et l'humilité. Sa volumineuse correspondance [183-2] porte partout l'empreinte de cette préoccupation, et lorsque la position de ceux à qui il s'adressait le permettait, il redoublait d'efforts pour les entraîner à embrasser la vie monastique. Il fit parmi eux de nombreuses et précieuses conquêtes [183-3]; il y employait l'ardente charité qui l'animait et qui donnait à son éloquence une force invincible [183-4] : « Âmes bien-aimées de mon âme, écrivait-il à deux de ses proches parents qu'il voulait attirer au Bec, mes yeux désirent ardemment vous contempler ; mes bras s'étendent pour vous embrasser, mes lèvres soupirent après vos baisers, tout ce qu'il me reste de vie se consume à vous attendre… J'espère en priant et je prie en espérant… Venez goûter combien le Seigneur est doux : vous ne le pourrez savoir tant que vous trouverez de la douceur à vivre dans le monde… Je ne saurais vous tromper, d'abord parce que je vous aime, ensuite parce que j'ai l'expérience de ce que je dis. Soyons donc moines ensemble, afin que, dès à présent et pour toujours, nous ne fassions plus qu'une chair, qu'un sang, qu'une âme… Mon âme est soudée aux deux vôtres : vous pouvez la briser, mais non la séparer des vôtres ; vous ne pouvez pas non plus la disjoindre, l'entraîner dans le siècle. Il vous faut dire : ou vivre ici avec elle, ou la briser. Mais Dieu vous préserve de faire tant de mal à une pauvre âme qui ne vous en a jamais fait et qui vous aime ! Oh ! comme mon amour me consume ! Comme je voudrais faire pénétrer en vous ces paroles ! Mais aucune parole ne suffit. Que de choses je voudrais vous écrire ; mais le temps me manque et je ne puis exprimer ce que je sens. Parle-leur donc, ô bon Jésus, parle à leur cœur, toi qui peux seul les amener à comprendre. Dis-leur de tout quitter et de te suivre. Ne sépare pas de moi ceux à qui tu m'as enchaîné par tous les liens du sang et du cœur. « Sois mon témoin, Seigneur, avec ces larmes qui « coulent pendant que j'écris [185-1]. »
Le cœur d'Anselme débordait de tendresse pour ses amis et de charité pour ses ennemis.
Contrairement aux préjugés de la multitude, le cœur d'Anselme, loin d'être desséché par l'étude ou les macérations de la pénitence, débordait de tendresse. Parmi les moines du Bec, il y en avait plusieurs qu'il aimait de l'affection la plus passionnée : d'abord le jeune Maurice dont la santé lui inspirait une douloureuse anxiété [185-2]; puis Lanfranc [185-3] neveu de l'archevêque, et à qui il écrivait : « Ne crois pas, comme le dit le vulgaire, que celui qui est loin des yeux soit loin du cœur : s'il en était ainsi, plus tu resterais éloigné de moi et plus mon affection pour toi s'affaiblirait, tandis qu'au contraire, moins je puis jouir de ta présence et plus mon âme en éprouve l'ardent désir [185-4]. » Un troisième jeune homme, nommé Gondulphe et destiné, lui aussi, au service des autels, avait su gagner, dans la paisible solitude du cloître, toute l'affection d'Anselme qui mandait à son ami : « Pour toute salutation je t'écris ces simples mots : À Gondulphe Anselme. Et, en effet, cette courte salutation te doit paraître suffisante en tête de ma lettre, car que puis-je dire de plus à celui que j'aime ? Quand on connaît Gondulphe et Anselme, peut-on ignorer tout ce qu'il y a d'amour sous-entendu dans ces deux mots [186-1] ? » Et ailleurs il ajoutait : « Comment pourrai-je l'oublier ? Oublie-t-on celui qu'on a placé comme un sceau sur son cœur ? Ton silence même m'apprend que tu m'aimes, et, de ton côté, quand je me tais, tu devines que je t'aime. Non seulement je ne doute pas de toi, mais, en outre, je suis certain que, toi aussi, tu as pleine confiance en moi [186-2] … Que pourra t'apprendre ma lettre que tu ne saches déjà, ô âme de mon âme ? Descends dans les profondeurs secrètes de ton cœur, vois quelle tendresse il recèle pour moi, et lu comprendras quelle est la mienne pour toi [187-1] ! »
Le jeune Gislebert, un autre ami d'Anselme [187-2], ayant été éloigné du Bec, ce dernier lui écrivait : « Tu savais, ami, combien je t'aime ; mais moi, je ne le savais pas. Celui qui nous a séparés m'a seul appris combien je te chéris… Non, je ne savais pas, avant d'avoir subi l'épreuve de ton absence, combien il m'est doux de t'avoir, combien il m'est amer de ne t'avoir plus ! Pour te consoler là-bas, un autre ami est près de toi, et tu l'aimes autant et plus que moi peut-être ; mais moi, je ne t'ai plus, et nul, sache-le, ne te peut remplacer. Des consolations te sont offertes là-bas ; mais moi je suis seul avec ma souffrance. Ceux qui se réjouissent de t'avoir auprès d'eux s'offenseront peut-être de ce que je dis là ; mais qu'ils se contentent de leur bonheur, et qu'ils me laissent pleurer celui qui m'a été enlevé et que nul ne pourra remplacer [187-3]. »
p. 188
La mort, pas plus que l'absence, n'éteignait dans le cœur du moine ces flammes d'un saint amour. À l'époque où Anselme avait été nommé prieur, un jeune religieux, appelé Osborn, jaloux, comme plusieurs autres, de cette promotion, s'était pris à haïr Anselme [188-1], et à lui témoigner son antipathie avec une sorte de frénésie. Anselme ne négligea rien pour gagner, à force d'indulgence et de bonté [188-2], le cœur de son ennemi : il le fit entrer dans la voie sainte du repentir ; il le soigna nuit et jour, pendant sa dernière maladie ; et, lorsqu'il reçut son dernier soupir, le malade était devenu presque un saint.
pp. 188-189+
Durant toute une année, Anselme ne manqua pas de dire, chaque matin, la messe pour son ancien ennemi ; et il ne cessait d'écrire à ses amis pour obtenir des prières à la même intention. « Je vous demande, mandait-il à Gondulphe, je vous demande, à vous et à tous mes frères, de toutes les forces de mon affection, de prier pour Osborn : son âme est mon âme, j'accepterai tout ce que vous ferez pour lui durant ma vie, comme si vous le faisiez pour moi-même ; et quand je serai mort, lorsque vous penserez à moi, oh ! n'oubliez pas, je vous en conjure, l'âme de mon bien-aimé Osborn. Que si je vous étais trop à charge, eh bien, je vous en prie, je vous en supplie, oubliez-moi, mais souvenez-vous de lui [189-1]… vous qui m'entourez, et qui l'avez aimé, gardez-lui, comme à moi-même, votre souvenir, et que ce souvenir reste vivant dans votre cœur comme dans le mien [189-2].
Anselme est arraché tout à coup à la solitude du cloître.
Tel était l'homme qui, après avoir vécu trente-trois ans d'une telle vie, devait être, à soixante ans, à l'âge de la retraite, arraché par la main de Dieu à la profonde solitude du cloître, pour aller livrer parmi les hommes du siècle l'un des plus grands combats contre le despotisme royal.
pp. 189-190
L'histoire rapporte qu'après la mort du pape Grégoire VII suivi de près dans la tombe par Guillaume le Conquérant, ce dernier, repassant, sur son lit de mort, toutes les violences de la conquête normande, suppliait la sainte Vierge Marie, mère de Dieu [189-3], de daigner lui faire miséricorde en souvenir des nombreuses fondations monastiques [189-4] qu'il avait faites, de l'un et de l'autre coté du détroit. Ces fondations furent en effet un bienfait pour le peuple.
pp. 190-193
La couronne d'Angleterre échut alors, on le sait, à Guillaume le Roux, au détriment de son aîné, Robert, qui n'eut en partage que le duché de Normandie. Pour se faire reconnaître roi, Guillaume dut jurer, entre les mains de l'archevêque Lanfranc, de garder la justice et la miséricorde, et de défendre la paix et la liberté de l'Église envers et contre tous [190-1]. Mais, Lanfranc mort [190-2] et Guillaume affranchi de tout frein, celui-ci se livra sans tarder aux mauvais penchants de sa nature dépravée. l'Église et le peuple d'Angleterre eurent également à souffrir sous son joug. Le zèle du Conquérant pour la régularité ecclésiastique et sa haine contre la simonie ne l'avaient point empêché d'introduire dans son nouveau royaume des innovations [190-3] abusives et incompatibles avec la liberté de l'Église comme avec sa mission sociale. Il avait revendiqué le droit d'accepter ou de rejeter, selon son bon plaisir, la nomination du pontife romain, d'examiner, au préalable, toutes les lettres pontificales adressées à l'Église d'Angleterre ; de soumettre à la censure royale les décrets des conciles nationaux ; enfin d'interdire aux évêques de fulminer, sans sa permission, des peines ecclésiastiques contre les barons ou les officiers royaux coupables même des plus grands crimes [191-1]. De plus, le Conquérant avait rigoureusement maintenu l'usage, invétéré en Angleterre, de forcer les évêques et abbés à recevoir l'investiture par la crosse, de la main du roi, et à lui rendre hommage [191-2].
Le roi Guillaume le Roux et Raoul Flambart son ministre.
Mais le roi Roux [191-3] ne s'en tint par là : non seulement il empêcha l'Église anglaise de se prononcer en faveur du pape légitime contre l'antipape, pendant que toute l'Europe, excepté les partisans de l'empereur, reconnaissait Urbain II [191-4]; mais, de plus, à la différence de son père, il scandalisa tout le pays par ses débauches, remit en honneur la simonie que le Conquérant, sur son lit de mort, s'était vanté d'avoir extirpée, et fit de l'Église la victime d'une rapacité sans exemple. Un fils de prêtre, Raoul Flambard, qui avait été valet de pied à la cour de Normandie [191-5], et qui devait son surnom à la brutale ardeur de ses extorsions [192-1]. avait toute la confiance du jeune roi et le guidait dans ses rapines. Dès qu'il mourait un prélat, les agents du fisc royal se précipilaient sur le diocèse et sur l'abbaye qui vaquaient, s'en constituaient les administrateurs souverains, bouleversaient l'ordre et la discipline, réduisaient les moines à la condition de salariés, et entassaient dans les coffres de leur maître les revenus des biens que la piété des anciens rois avait assurés à l'Église [192-2]. Tous les domaines étaient mis successivement à l'encan, et le dernier enchérisseur n'était jamais sûr de ne pas voir ses offres dépassées par quelque nouveau venu à qui le roi avait passé le marché [192-3]. On se figure la honte du clergé et la misère du pauvre peuple [192-4], lorsque cette ignoble oppression vint tout à coup se substituer à la maternelle administration de l'Église ! Le roi maintint, contre toutes les plaintes, cet état de choses, et, quand il lui prenait fantaisie de pourvoir aux vacances, il vendait les abbayes ou les évêchés aux clercs mercenaires qui peuplaient sa cour [193-1].
L'infâme Flambard devint, de cette façon, évêque de Durham. L'Angleterre descendait au niveau de l'Allemagne au temps de la jeunesse de Henri IV : il fallait un nouveau Grégoire VII pour la sauver. Lorsque l'archevêque de Cantorbéry mourut, Guillaume n'eut garde de laisser échapper une aussi bonne occasion de s'enrichir aux dépens de Dieu et des églises ; il prolongea la vacance du siège pendant près de quatre années, livrant ainsi l'église primatiale de son royaume à des exactions et à des désordres tels que plus de trente paroisses virent leurs cimetières transformés en pâturages [193-2]. Aucune église n'échappait aux extorsions royales. Le roi déclarait hautement que, tôt ou tard, il aurait toutes les crosses épiscopales ou abbatiales de l'Angleterre entre les mains [193-3]. Il prenait goût au métier, et disait en riant : « Le pain du Christ est vraiment un pain qui engraisse [193-4]. »
Hugues le Loup, comte de Chester attire Anselme en Angleterre. pp. 194-196
Sur les entrefaites, Hugues le Loup, comte de Chester, l'un des barons les plus belliqueux et les plus puissants de la noblesse anglo-normande [194-1], écrivait à Anselme pour lui annoncer son intention de fonder un monastère dans son comté, et pour le prier d'y conduire une colonie de moines du Bec. Hugues le Loup avait passé sa vie à guerroyer contre les Gallois qui n'avaient point encore subi le joug normand : c'était un homme très riche, très prodigue, aimant le luxe et la bonne chère, traînant partout avec lui une armée de serviteurs, de bouffons, de chiens, très adonné aux femmes et à toutes sortes d'excès. Mais, dans le cœur du chevalier, le bien reprenait souvent le dessus. Il avait pour chapelain un saint prêtre d'Avranches, qui le sermonait, le grondait sans relâche, lui rappelant les histoires des saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, et surtout celles de nombreux guerriers, irréprochables sous la cuirasse, tels que saint Georges, saint Demetrius, saint Maurice, saint Sébastien et surtout Guillaume, le fameux duc qui avait fini par se faire moine [194-2]. Le comte de Chester était, depuis longtemps, étroitement lié d'amitié avec Anselme [195-1], et il est probable qu'au milieu de la douleur qu'excitait, dans toute l'Angleterre, la vacance prolongée du siège primatial de Cantorbéry, il avait dit au roi que l'abbé du Bec lui semblait le candidat le plus convenable pour remplacer l'illustre Lanfranc. Déjà, dans la Normandie, l'on se répétait tout bas que, si Anselme passait la mer, il serait, à coup sûr, nommé archevêque à la place de Lanfranc [195-2].Et, cependant, rien n'était moins probable. Comment le roi, qui conservait les investitures et refusait de reconnaître Urbain II, pourrait-il songer à Anselme ? D'ailleurs, l'abbé du Bec avait non seulement reconnu Urbain II, l'ami de la France, mais de plus obtenu du pape la faveur de l'exemption pour son abbaye [195-3]. Ajoutez à cela qu'il s'était, en toute occasion, associé aux efforts de Grégoire VII, contre les investitures, la simonie et le concubinat, et qu'il avait reçu du pontife, objet de haine pour tous les princes de la catégorie du roi Roux, cet éloge magnifique : « Le parfum de tes vertus est venu jusqu'à nous ; nous en rendons grâce à Dieu ; nous t'embrassons de cœur dans l'amour du Christ, nous tenons pour certain que tes exemples fortifieront l'Église, et que tes prières peuvent, par la miséricorde de Dieu, l'arracher aux périls qui la menacent [196-1]. »
Anselme
Cependant, malgré toutes les incompatibilités dont il a été parlé, l'opinion désignait Anselme comme le successeur de Lanfranc. Effrayé de ces espèces de pressentiments publics, l'abbé du Bec refusa de se rendre au vœu du comte de Chester ; mais celui-ci, tombé gravement malade, renouvela son invitation, en jurant à Anselme qu'il n'était nullement question de l'archevêché, mais seulement du salut de sa pauvre âme, à lui.
pp. 196-197
Anselme ayant refusé de nouveau, le comte écrivit une troisième fois, en disant : « Si tu ne viens pas, sache que, pendant toute l'éternité, tu auras à te le reprocher [196-2]. » Anselme dut céder. Il vint fonder, selon le désir du malade, l'abbaye de Sainte-Werpurge [196-3] et passa cinq mois en Angleterre, occupé à diverses affaires. Comme on ne lui soufflait mot de l'archevêché, il avait fini par se rassurer complètement. Cependant, à Noël 1092, les barons du royaume, réunis autour du roi, à l'occasion de la fête, se plaignirent vivement de l'oppression inouïe et du veuvage sans fin où gémissait l'Église-Mère du royaume, ainsi qu'ils appelaient l'Église de Cantorbéry [197-1]. Pour mieux exprimer leurs regrets, ils demandèrent au roi l'autorisation de faire prier, dans toutes les églises d'Angleterre, pour que le Seigneur lui inspirât le choix d'un digne primat [197-2].
pp. 197-198
Guillaume, fort irrité, leur dit : « Faites prier tant que vous voudrez, mais soyez sûrs d'une chose, c'est que toutes vos prières ne m'empêcheront pas d'en agir à ma guise [197-3]. » On le prit au mot, et les évêques, que la chose regardait tout spécialement, chargèrent l'abbé Anselme, qui ne s'en souciait nullement, d'arranger ou de rédiger les prières demandées. Il le fit de manière à exciter les applaudissements de toute la noblesse [197-4], et les églises retentirent bientôt de ces solennelles supplications. À ce propos, il arriva un jour qu'un seigneur, causant en particulier avec le roi, lui dit : « Nous n'avons jamais connu d'homme aussi saint que cet Anselme, abbé du Bec. Il n'aime que Dieu, il ne désire rien en ce monde. — Vraiment ? répondit le roi en raillant, pas même l'archevêché de Cantorbéry ? — Encore moins l'archevêché de Cantorbéry qu'autre chose, répliqua le seigneur ; c'est du moins mon opinion et celle de beaucoup d'autres. — Eh bien ! moi, dit le roi, je vous soutiens qu'il travaillerait des pieds et des mains, s'il voyait quelque chance de l'obtenir ; mais, par le saint voult de Lucques ! ni lui ni personne autre ne le sera, et il n'y aura pas, de mon temps, d'autre archevêque que moi [198-1]. »
Maladie subite du roi, son repentir et ses vaines promesses. pp. 198-199
À peine avait-il prononcé ces paroles, qu'il tomba malade, et malade à mourir [198-2]. Dieu semblait vouloir prendre sa revanche. Les évêques, les abbés, les barons, s'assemblèrent autour du lit du moribond, à Glocester, pour recevoir son dernier soupir [198-3]. On envoya chercher Anselme, on l'introduisit auprès du roi, et on le pria d'aviser à ce qu'il y avait à faire pour le salut de cette âme [198-4]. Anselme exigea trois choses : une confession complète, la promesse solennelle et publique qu'il se corrigerait, et enfin l'exéculion immédiate des mesures réparatrices que les évêques lui avaient déjà suggérées. Le roi consentit à tout et ordonna de déposer sa promesse sur l'autel. Un édit fut immédiatement dressé et revêtu du sceau royal, qui promettait la délivrance de tous les prisonniers d'État, la remise de toutes les créances royales, l'annulation de toutes les poursuites, une exacte administration de la justice, et enfin l'établissement, pour tout le peuple anglais, de bonnes et saintes lois [199-1]. On ne s'arrêta pas là : tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens alla se plaindre au roi du veuvage de l'Église primatiale. Guillaume ayant répondu qu'il voulait bien, on lui demanda sur qui porterait son choix. Alors, chose étrange, lui qui avait juré qu'Anselme ne serait jamais archevêque fut le premier à désigner l'abbé du Bec dont le nom fut accueilli par des acclamations unanimes [199-2].
pp. 199-201
À ce bruit, Anselme pâlit, et refusa absolument son consentement [199-3]. Les évêques le prirent à part : « Que fais-tu ? lui dirent-ils ; ne vois-tu pas qu'il n'y a presque plus de chrétiens en Angleterre ; que la confusion et l'abomination sont partout ; que nos églises sont menacées ; que nous-mêmes nous sommes en danger de mort éternelle par suite de la tyrannie de cet homme ? Et toi, qui peux nous sauver, tu ne daignerais pas le faire ! À quoi penses-tu donc ? L'Église de Cantorbéry t'appelle, t'attend ; elle te demande le sacrifice de ta liberté ; est-ce que, refusant de t'associer aux périls de tes frères, tu resterais dans ton stérile repos [200-1] ? » À tout cela Anselme répondait : « Mais remarquez donc, je vous en prie, que je suis vieux et impropre à tout travail… D'ailleurs, moine, j'ai toujours détesté les affaires séculières. — Nous t'aiderons, dirent les évêques ; occupe-toi de nous réconcilier avec Dieu, et nous nous occuperons pour toi de toutes les affaires séculières [200-2] — Non, non, c'est impossible, reprenait Anselme. je suis abbé d'un monastère étranger, je dois obéissance à mon archevêque, soumission à mon prince [200-3], secours et conseil à mes moines. Je ne puis rompre tous ces liens. — Enfantillages que tout cela, » répliquaient les évêques. Et ils entraînèrent Anselme au lit du roi, à qui ils racontèrent le refus obstiné de l'abbé [200-4]. « Anselme, dit alors le malade, me veux-tu donc livrer aux peines éternelles [201-1] ? Mon père et ma mère t'ont toujours beaucoup aimé, et tu veux laisser périr l'âme et le corps de leur fils ! Oublies-tu que je suis perdu si je meurs ayant en ma possession le siège primatial [201-2] ? »
Anselme est violenté pour qu'il accepte la primatie d'Angleterre. pp. 201-202
Les assistants s'indignaient contre Anselme et lui criaient que tous les crimes, toutes les oppressions qui pèseraient désormais sur l'Angleterre seraient imputés a son obstination. Dans son angoisse, l'abbé du Bec se tourna vers les deux moines qui l'accompagnaient, et leur dit : « Ah ! mes frères, pourquoi ne m'aidez-vous pas ? » L'un d'eux répondit en sanglotant [201-3] : « Si telle est la volonté de Dieu, « père, qui sommes-nous pour lui résister ? — Malheureux ! dit Anselme, tu es bien prompt à te rendre à l'ennemi [201-4]. » Les évêques, voyant que tout était inutile, se reprochèrent leur mollesse, et ils se mirent à crier : « Une crosse ! une crosse [201-5] ! » Puis, saisissant le bras droit du prélat, ils rapprochèrent du lit où gisait le roi, qui voulut placer la crosse dans les mains d'Anselme ; mais, comme ce dernier tenait les doigts serrés de toute sa force, les évêques durent employer tant de violence pour les ouvrir, qu'ils firent crier le patient ; enfin, la crosse fut maintenue dans la main fermée du nouvel élu, pendant que tout le monde criait : Vive l'évêque ! et que le Te Deum était entonné [202-1]. Ensuite le prélat fut porté dans une église voisine, où se firent les cérémonies accoutumées. Anselme protestait toujours que tout ce qu'on faisait était nul [202-2]. La douleur le rendait comme insensé ; ses pleurs, ses cris, ses hurlements même, finirent par inquiéter les assistants : pour le calmer, ils lui jetèrent de l'eau bénite et lui en firent même avaler [202-3]. De retour auprès du roi, Anselme déclara qu'il ne mourrait pas de cette maladie, mais qu'en revanche il aurait à réparer ce qui venait d'être fait par violence [202-4]. Comme il se retirait, accompagné par les évêques et par toute la noblesse, il se retourna vers eux et leur dit : « Savez-vous ce que vous voulez faire ? Vous voulez atteler sous le même joug un taureau indompté et une pauvre vieille brebis… Et qu'en arrivera-t-il ? le taureau furieux traînera la brebis à travers les ronces et les broussailles, et la mettra en pièces sans qu'elle ait été utile à rien. L'Apôtre vous a dit que vous étiez les laboureurs de Dieu. L'Église est donc une charrue, et cette charrue est traînée, en Angleterre, par deux grands bœufs, le roi et l'aechevèque de Cantorbéry : l'un travaille pour la justice et la puissance séculière, l'autre pour la doctrine et la discipline. L'un des deux, Lanfranc, est mort ; il ne reste que l'indomptable taureau avec lequel vous voulez m'atteler. Si vous n'y renoncez pas, votre joie d'aujourd'hui sera changée en tristesse, vous verrez l'Église retomber dans le veuvage, même du vivant de son pasteur ; et comme aucun de vous n'osera lui résister après moi, le roi vous foulera tous aux pieds comme il lui plaira [203-1]. »
L'archevêque de Rouen ordonne à Anselme d'obéir au désir du roi. p. 204
Le roi fit aussitôt investir l'archevêque de tous les domaines de l'archevêché, et exigea qu'il y demeurât, jusqu'à ce que les réponses demandées en Normandie fussent arrivées. Elles ne tardèrent pas. L'archevêque de Rouen ordonnait au nouvel élu, au nom de Dieu et de saint Pierre, de ne pas résister [204-1]. Les moines du Bec eurent beaucoup plus de peine à consentir au sacrifice qui leur était demandé. C'étaient eux surtout que regrettait Anselme, qui n'aimait rien au monde autant que son abbaye [204-2] ; il regrettait surtout les jeunes moines, ces beaux nourrissons qui, disait-il, allaient être sevrés, avant le temps, du lait de son amour [204-3]. Ces jeunes néophytes qui, pour la plupart, avaient été attirés au Bec par la pensée d'y vivre avec Anselme [204-4], ne lui rendirent sa liberté qu'après de très vives discussions et à une très faible majorité [204-5].
pp. 204-250
Pour rendre plus complète l'épreuve réservée au noble vieillard, et, comme il n'est rien de si pur au fond d'un cœur chrétien que la basse jalousie n'éprouve le besoin de calomnier, le bruit se répandit, en France, que la résistance d'Anselme n'était qu'une feinte, et qu'au fond il avait convoité, comme bien d'autres, la primatie de Cantorbéry. Anselme retrouva des forces pour repousser avec énergie cette imputation [205-1], car il regardait comme un devoir de préserver l'honneur d'un évêque appelé à servir d'exemple au prochain [205-2]. Il conservait encore, du reste, l'espoir d'être délivré du fardeau dont on voulait le charger. Le roi s'était rétabli ; oubliant aussitôt ses promesses, il avait fait ressaisir tous les accusés ou prisonniers restés en Angleterre et recommencer, avec un redoublement de cruauté, tous les procès, toutes les poursuites antérieures [205-3]. En vain l'ami d'Anselme, Gondulphe, ancien moine du Bec, monté sur le siège de Rochester, multiplia-t-il les exhortations pour ramener son souverain à Dieu : — « Par le saint voult de Lucques ! répondait Guillaume, Dieu m'a trop fait de mal pour que jamais il ait lieu d'être satisfait de moi [205-4]. »
pp. 205-206
Anselme alla trouver le prince à Douvres, et, comme condition sine qua non de son acceptation, il exigea la restitution immédiate des biens du siège de Cantorbery qu'avait possédés Lanfranc et que lui-même avait réclamés : il revendiqua, de plus, le droit d'exercer son autorité archiépiscopale dans toutes les affaires religieuses [206-1] et enfin la pleine liberté de ses relations avec le pape Urbain II, qu'il s'était empressé de reconnaître et à qui il voulait témoigner, en toute occasion, son obéissance [206-2]
pp. 206-207
Le roi n'ayant fait à Anselme qu'une réponse incomplète et équivoque, le saint homme espéra qu'il allait être délivré du fardeau qu'il redoutait et, comme il avait déjà renvoyé sa crosse abbatiale au Bec, en demandant qu'on lui donnât le plus tôt possible un successeur [206-3], il se flatta de pouvoir passer le reste de ses jours dans la pauvreté et l'obéissance monastique, sans avoir charge d'âmes et à l'abri des dangers spirituels contre lesquels il ne se croyait pas assez fort pour lutter [206-4]. Mais, après six mois de résistances et d'incertitudes, le roi, poussé à bout par les réclamations de tous les bons catholiques [207-1], se décida à souscrire aux engagements qu'exigeait Anselme, et ce dernier fit hommage à Guillaume, à l'exemple de son prédécesseur, en prenant possession du siége de Cantorbéry [207-2].
Sacre d'Anselme par saint Wulstan. Guillaume le Roux est infidèle à toutes ses promesses.
Il fut sacré le 4 décembre 1093, par Wulstan de Worcester, le dernier saint de l'Église anglo-saxonne, dont nous avons raconté l'héroïque résistance à Lanfranc et à Guillaume.
Cependant la douleur d'Anselme n'en persévérait pas moins : longtemps encore il intitulait ses lettres : « Frère Anselme, moine du Bec par le cœur, archevêque de Cantorbéry par la violence [207-3]. » « Quand vous m'écrirez pour moi seul, mandait-il à ses anciens confrères, que votre écriture soit aussi grosse que possible, car j'ai tant pleuré, le jour et la nuit, que mes yeux peuvent à peine lire [207-4]. »
pp. 207-208
En vain le saint vieillard avait-il essayé, pour calmer ses anxiétés, de reprendre ses chères études métaphysiques et de défendre la réputation de Lanfranc et la sienne contre les imputations du sophiste Roscelin, qui prétendait les rendre tous deux comptables de ses propres erreurs sur la Trinité [208-1]. L'orage qu'il avait trop bien prévu ne tarda pas à éclater. Guillaume avait besoin d'argent pour faire la guerre à son frère Robert. Anselme, malgré la misère de ses ouailles et le désordre où il avait trouvé les biens de son Église, offrit gracieusement un présent de cinq cents livres d'argent. Mais des courtisans rapaces firent entendre au roi que la somme était trop faible ; que le premier prélat du royaume devait donner au moins mille ou deux mille livres, et que, pour effrayer l'archevêque et lui faire honte, il fallait lui renvoyer son argent : ce qu'on fit en effet. Anselme, indigné, alla trouver le roi auquel il représenta que mieux valait cent fois obtenir peu d'argent, mais de bonne volonté, que d'en extorquer beaucoup par violence, et il ajouta que « si, par affection et de plein gré, il était prêt à beaucoup concéder, jamais il n'accorderait rien à qui prétendrait le traiter en vassal de condition servile [208-2] — Garde ton argent et tes biens, et va-t-en [208-3] ! » répondit Guillaume furieux.
p. 209
L'archevêque se retira en disant : « Béni soit Dieu qui a sauvé ma réputation. Si le roi avait pris mon argent, on aurait dit que je lui payais ainsi le prix de mon épiscopat. » Et, à l'instant même, le prélat fit distribuer aux pauvres les cinq cenls livres, qu'il s'était proposé d'offrir en don à son souverain [209-1].
Belles paroles de saint Wustant.
Le vieux moine Wulstan, le dernier des évêques saxons, vivait encore [209-2] : ce saint prélat, dont nous avons raconté la fermeté d'âme, à l'encontre de Guillaume le Conquérant, devait mieux que tout autre comprendre et apprécier Anselme : « Votre Sainteté, lui écrivait-il, est placée au sommet de la citadelle pour défendre la sainte Église contre l'oppression de ceux dont le devoir serait de la protéger, ne craignez donc rien : qu'aucune puissance séculière ne vous humilie, en vous faisant peur, ou ne vous séduise, en vous prodiguant la faveur ; commencez vigoureusement et achevez, avec l'aide de Dieu, ce que vous avez commencé, en réprimant les oppresseurs et en sauvant notre sainte mère de leurs mains [209-3]. »
pp. 209-210
Quelque temps après, le roi étant venu à Hastings, où il devait s'embarquer, tous les évêques d'Angleterre s'y rendirent pour bénir le royal voyageur. Mais le vent restant contraire, force fut au prince de séjourner dans la ville pendant un mois. Anselme profita de l'occasion pour lui remontrer qu'avant d'aller conquérir la Normandie, il ferait bien de rétablir, dans son royaume, la religion menacée de ruine, et d'ordonner le rétablissement des conciles interdits depuis son avènement : « Je m'occuperai de cela quand il me plaira de le faire, à ma volonté et non selon la tienne ! » répondit le roi ; et il ajouta en raillant : « Au surplus, de quoi parlerais-tu dans ces conciles [210-1] ? » Anselme répondit qu'il s'y occuperait de réprimer les mariages incestueux et les débauches sans nom qui menaçaient de faire de l'Anglelerre une autre Sodome [210-2]. « Et qu'est-ce que cela te rapportera ? reprit le roi. — Rien à moi, mais beaucoup à Dieu et à vous — ! Cela suffit, reprit le prince, parlons d'autre chose [210-3]. »
pp. 210-211
Anselme changea alors de conversation, et rappela combien il y avait d'abbayes vacantes, où le désordre s'était introduit parmi les moines, et combien le roi compromettrait son salut s'il n'y nommait des abbés. Mais Guillaume, ne pouvant plus se contenir, dit en colère : « Que t'importe cela ? Ces abbayes ne sont-elles pas à moi ? Quoi ! tu fais ce que tu veux de tes domaines, et moi je ne pourrais pas disposer de mes abbayes comme je l'entends [211-1] ? Elles sont à vous, répliqua Anselme, pour que vous les gardiez et défendiez, comme leur avoué, mais non pour les envahir et les ruiner. Elles sont à Dieu pour que ses ministres en vivent, et non pour défrayer vos guerres. Vous avez assez de domaines et de revenus pour subvenir à tous vos besoins. Rendez, s'il vous plaît, à l'Église ce qui est à elle. — Jamais, dit le roi, ton prédécesseur n'aurait osé parler ainsi à mon père. »
Anselme ne veut pas acheter à prix d'argent la faveur du roi. pp. 211-212
Anselme se retira : puis, comme il voulait avant tout la paix, il fit demander au roi, par les évêques, de lui rendre son amitié ou du moins de lui dire pourquoi il la lui avait ôtée. Guillaume répondit : « Je ne lui reproche rien ; mais je n'ai nulle raison pour lui accorder ma faveur [211-2]. » Les évêques conseillèrent alors à Anselme d'essayer d'apaiser le prince en lui donnant, sur-le-champ, d'abord les cinq cents livres déjà offertes, et, secondement, en lui promettant, pour un peu plus tard, la même somme à prélever sur les vassaux du domaine archiépiscopal. Mais, à ces mots, le saint homme se récria : « À Dieu ne plaise, dit-il, que je suive un tel conseil ! Ces pauvres gens n'ont été que trop dépouillés depuis la mort de Lanfranc : ils n'ont plus sur eux que leur peau, et l'on veut que je la leur arrache ! On veut que j'achète la faveur du seigneur à qui je dois foi et hommage comme j'achèterais un cheval ou un âne [212-1] ! Au surplus, quant aux cinq cents livres, je ne les ai plus, je les ai déjà données aux pauvres. »
La réponse ayant été tout de suite rapportée au roi, celui-ci chargea ses courtisans de transmettre à l'archevêque les paroles suivantes : « Hier, je te haïssais beaucoup ; aujourd'hui ma haine est encore plus vive et demain et les jours suivants sa violence s'accroîtra [212-2]. »
pp. 212-213
Au retour du roi, Anselme se rendit à la Tour, pour annoncer à Guillaume son intention d'aller à Rome solliciter du pape le pallium [212-3]. « À quel pape [212-4] ? » demanda le roi, faisant allusion à l'antipape Guibert qui s'appelait Clément III. Et, comme Anselme répondait que c'était à Urbain II, le roi courroucé dit qu'il n'avait point reconnu Urbain, et que l'accepter pour pape, en de telles conjonctures, c'était pour ainsi dire abdiquer.
pp. 213-215
En vain Anselme rappela-t-il les conditions qu'il avait mises à son acceptation, conditions formellement acceptées par le roi, ce dernier, de plus en plus irrité, déclara que l'archevêque ne pouvait être à la fois son fidèle et celui du saint-siége [213-1]. Anselme alors proposa, de soumettre la question aux évêques, aux abbés et aux barons du royaume, convoqués en parlement. L'Assemblée se réunit, en effet, au château de Rockingham [213-2]. Là, en dehors de la présence du roi, mais devant un nombreux auditoire de moines, de clercs et de nobles du pays, Anselme exposa l'état des choses aux prélats et aux pairs laïques [213-3]. Il leur raconta tout ce qui s'était passé entre le roi et lui ; il pria instamment les évêques de lui indiquer le meilleur parti à prendre pour bien remplir son devoir envers le pape et envers le roi d'Angleterre. Après quelques hésitations, les prélats l'engagèrent à se soumettre purement et simplement à la volonté royale, lui déclarant qu'il ne devait compter en aucune façon sur eux, puisqu'ils ne pourraient l'aider en rien s'il persistait à résister au roi [214-1]. Cela dit, ils s'inclinèrent, comme pour prendre congé d'Anselme qui, levant les yeux au ciel, leur dit avec émotion [214-2] : « Puisque vous, les pasteurs et les directeurs du peuple chrétien, vous me refusez un conseil, moi, qui suis votre chef, bien qu'on le conteste peut-être, je recourrai à l'ange du grand conseil, au pasteur, au prince de tous les hommes, et je suivrai l'avis qu'il me donnera dans une affaire qui est à la fois la sienne et celle de son église [214-3]. Il a été dit au B. Pierre : « Tu es pierre, etc… tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, etc. Et à tous les apôtres en commun : Qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise. Nul d'entre nous ne peut contester non plus que cela n'ait été dit au vicaire de Pierre et aux évêques vicaires des apôtres ; mais Jésus-Christ n'a dit ces choses à aucun empereur, roi, duc ou comte ; c'est lui-même qui nous a enseigné nos devoirs envers les puissances terrestres en disant : Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Or, de ces conseils donnés par Dieu même, je ne veux point me départir, et je vous déclare qu'en tout ce qui est de Dieu, je rendrai obéissance au vicaire de saint Pierre, et qu'en tout ce qui est de l'ordre temporel, je servirai fidèlement et de mon mieux le roi mon seigneur. »
Ces paroles excitèrent une grande émotion dans l'assemblée ; et, comme personne n'osait les aller redire au roi, Anselme se chargea de les lui porter lui-même. Le roi, exaspéré, passa la journée à délibérer avec ses courtisans sur les moyens de confondre le primat. Divisés par petits groupes, nobles et clercs cherchaient entre eux comment on pourrait calmer le roi sans s'écarter par trop de la loi divine.
pp. 215-216
Anselme rentra seul dans l'église, calme, fort de son innocence, plein de confiance en Dieu. Or, étant fatigué de ces luttes interminables, il appuya sa tête contre le mur et s'endormit doucement [215-1]. Les évêques, accompagnés de plusieurs barons, vinrent le réveiller et recommencèrent de nouveau à lui prêcher la soumission : « Réfléchissez bien, lui dirent-ils, à la gravité de votre situation et renoncez à toute obéissance au pape Urbain qui ne peut ni vous servir, si le roi vous est hostile, ni vous nuire, si le roi vous est favorable. Secouez ce joug-là, et demeurez libre comme il convient à un archevêque de Cantorbery, jusqu'à ce que le roi vous ait signifié ses ordres [216-1]. »
L'évêque de Durham prend parti contre Anselme.
Guillaume, évêque de Durham, était le plus achamé de tous ; il s'était fait fort, auprès du roi, d'amener Anselme soit à se déshonorer par une honteuse soumission [216-2], soit à se démettre de sa dignité. Le prélat insistait donc pour que l'archevêque répondît sur-le-champ, afin d'éviter, disait-il, d'être condamné comme coupable du crime de lèse-majesté [216-3]. Et tous ajoutaient : « Ce que nous te disons-là, n'en doute pas, est chose on ne peut plus sérieuse. »
pp. 216-217
L'archevêque leur répondit : « S'il existe quelqu'un qui puisse prouver que j'aie violé mon serment au roi d'Angleterre, parce que je ne veux point renoncer à l'obéissance due au pontife romain, qu'il se montre, et il me trouvera prêt à répondre comme je dois et où je dois. » Les évêques se regardèrent et se turent, car ils savaient bien que l'archevêque ne pouvait être jugé que par le pape.
Paroles admirables d'un chevalier.
Cependant, témoins de tant de faits iniques, les nombreux assistants commençaient à s'indigner et à faire entendre des murmures. Alors un chevalier, sortant de la foule, se mit à genoux devant Anselme et lui dit : « Mon Seigneur et mon père, vos enfants, vous supplient, par ma bouche, de ne point vous laisser troubler par ce qui vient de vous être dit, mais de vous souvenir du bienheureux Job, lequel, sur son fumier, a vaincu le démon qui, dans le paradis, avait vaincu Adam [217-1]. »
pp. 217-218
Ce noble cri, parti du cœur d'un soldat, fut pour le saint confesseur une consolation inattendue et comme un gage de la sympathie populaire [217-2]. La nuit mit fin aux débats ; mais, le lendemain, ils recommencèrent. Le roi ne se montrait pas moins exaspéré contre ses évêques qui, disait-il, n'aboutissaient à rien, que contre l'archevêque toujours inébranlable. Alors Guillaume de Durham fit la proposition de déposer Anselme et de le chasser du royaume ; mais les barons repoussèrent cette idée. Le roi, mécontent, leur dit : « Si cela ne vous plaît pas, qu'est-ce qui vous plaira donc ? Tant que je vivrai, je ne souffrirai pas d'égal dans mon royaume. Maintenant, délibérez entre vous comme vous l'entendrez mais, par la face de Dieu ! si vous ne condamnez cet homme selon mon ! gré, moi, je vous condamnerai, soyez-en sûrs [218-1]. » L'un des favoris du prince, nommé Robert, se prit à dire : « Mais que veut-on que nous fassions avec un homme qui s'endort tranquillement tandis que nous nous épuisons en discussions, et qui, d'un mot, détruit toutes nos objections comme des toiles d'araignée [218-2] ? »
Après de longues discussions, où l'on en vint à reconnaître l'impossibilité de juger un primat des îles Britanniques, le roi donna l'ordre aux évêques de rompre toutes relations avec lui et tout lien d'obéissance à son égard, déclarant que lui, souverain d'Angleterre, il refuserait au métropolitain toute confiance, toute paix, toute sûreté [218-3]. Les évêques consentirent encore à porter la notification à l'archevêque, qui leur répondit :
pp. 218-219
« Votre conduite me semble blâmable, mais je ne vous rendrai pas le mal pour le mal. Je vous considère toujours comme mes frères, comme les enfants de l'Église de Cantorbéry, et je m'efforcerai de vous ramener au bien. Quant au roi, je suis prêt à lui rendre tous les services que je pourrai, et à lui prodiguer, quand il le voudra, les soins les plus paternels ; mais je n'abdiquerai point la dignité et l'aulorité de mon épiscopat. »
Les barons interviennent en faveur de saint Anselme.
Après cela, le roi voulut obtenir des pairs laïques, comme des évêques, la promesse de renoncer à toute relation avec Anselme. Mais les barons ne voulurent point imiter la lâcheté des prélats. « Nous n'avons jamais été, dirent-ils, les vassaux des archevêques, et nous n'avons point à abjurer un serment que nous n'avons point prêté ; mais Anselme est notre métropolitain : il lui appartient de gouverner la religion dans ce pays, et c'est pourquoi nous, qui sommes chrétiens, nous ne pouvons nous soustraire à son autorité, d'autant plus qu'il n'y a pas une tache dans sa conduite [219-1]. »
pp. 219-220
Le roi eut peur d'irriter son baronnage en insistant. Quant aux évêques, leur confusion n'avait pas de bornes. Ils étaient l'objet de l'indignation universelle : chacun d'eux portait un surnom injurieux : celui-ci était appelé Judas le traître, celui-là Pilate, un troisième Hérode [220-1]. En fin de compte, toutes les discussions n'ayant abouti à rien, on convint, de part et d'autre, de remettre jusqu'à la Pentecôte la décision définitive, toutes choses restant d'ailleurs en l'état.
pp. 220-221
Cette situation n'était rien moins que consolante pour Anselme qui avait dû retourner à Cantorbéry où, selon l'usage, il vit infliger les plus odieux traitements aux vassaux de son Église, lesquels maudissaient l'héroïque résistance de leur pasteur [220-2]. Le roi fit expulser d'Angleterre le moine Baudouin, l'ami et le conseiller intime de l'archevêque, celui qu'il avait chargé de toutes les affaires séculières dont le souci lui était insupportable. C'était frapper le prélat à l'endroit le plus sensible de son âme [220-3] ; car, au milieu de ses épreuves, il ne trouvait d'appui et de consolation qu'auprès de ses anciens amis du cloître. De tous les évêques anglais, depuis la mort du Saxon Wulstan, un seul n'avait pas lâchement trahi l'archevêque [221-1], c'était Gondulphe, évêque de Rochesler, celui-là même avec qui nous l'avons vu si tendrement lié pendant qu'ils étaient tous deux moines au Bec. Anselme ne respirait un peu que lorsqu'il pouvait s'enfermer dans le cloître des moines de Cantorbéry et présider à leurs exercices.
pp. 221-222
« Je suis comme le hibou, leur disait-il ; quand il est dans son trou, avec ses petits, il est heureux ; mais, quand il sort, entouré de corbeaux et d'autres oiseaux, on le poursuit à coups de bec, et il s'en trouve très mal [221-2]. » Souvent le saint vieillard pleurait en songeant au danger que courait son âme au milieu de ces luttes continuelles, et il s'écriait : « Ah ! combien j'aimerais mieux être maître d'école dans un monastère que primat de la Grande-Bretagne ! » Aussi ses ennemis, comme ses meilleurs amis, lui reprochaient-ils son amour excessif pour la retraite : ils disaient qu'il était plutôt fait pour demeurer enfermé dans un couvent que pour remplir l'office de primat [222-1] d'une grande nation. Anselme en était plus convaincu que personne [222-2] ; mais Dieu le connaissait et le jugeait autrement que ne le faisaient ses critiques.
Le roi Guillaume envoie à Rome deux clercs de sa chapelle. pp. 222-223
Cependant le roi Guillaume avait envoyé secrètement deux clercs de sa chapelle à Rome, pour savoir quel était le pape qu'il fallait reconnaître, et pour l'engager à envoyer le pallium, non pas à Anselme, mais au roi lui-même, qui le remettrait à un archevêque quelconque. Ces envoyés comprirent qu'Urbain était le vrai pape, et ils obtinrent de lui l'envoi en Angleterre d'un légat, de Gauthier, évêque d'Albano, qui apportait le pallium demandé. La conduite de ce prélat fut très équivoque : il traversa Cantorbéry sans même voir Anselme, et ne fit aucune démarche en faveur du primat persécuté [222-3]. Le bruit se répandit qu'il avait promis au roi qu'à l'avenir aucun légat ne viendrait en Angleterre sans son ordre, et que nul ne pourrait y recevoir de lettres du pape à l'insu du roi [222-4]. Tout le monde en murmurait, et on se disait : « Si Rome préfère l'or et l'argent à la justice, que peuvent donc en espérer les opprimés qui n'ont rien à lui donner [223-1] ? » Toutefois le légat, lorsque le roi eut reconnu Urbain II, refusa absolument de déposer Anselme, malgré les grosses sommes que Guillaume s'engageait à payer s'il obtenait ce qu'il désirait [223-2].
Cependant, comme la Pentecôte approchait, le roi tenta d'extorquer au moins quelque argent à l'inflexible prélat : les évêques vinrent lui proposer de payer au prince la somme que coûterait un voyage à Rome pour aller chercher le pallium [223-3]. L'archevêque repoussa la proposition avec indignation. Guillaume était exaspéré ; mais, d'après l'avis des barons, il finit par céder : il reconnut encore Anselme pour achevêque, et lui permit de prendre le pallium sur l'autel de l'église métropolilaine [223-4].
pp. 223-224
La paix conclue ne pouvait être toutefois qu'une trêve. Anselme le sentait bien, et cette conviction dominait dans la lettre qu'il écrivait au pape pour le remercier du pallium et s'excuser de n'être pas encore allé à Rome : « Saint Père, lui disait-il, je regrette d'être ce que je suis et de n'être plus ce que j'étais. Je regrette d'être évêque, parce que mes péchés ne me laissent pas en remplir tous les devoirs. Je succombe à mon fardeau, car je manque de force, de science, d'habileté, de tout ! Je voudrais fuir ce poids insupportable : la crainte de Dieu seule me retient… Nourrissez ma misère par l'aumône de vos prières, je vous en conjure ; si mon naufrage s'accomplit, et si l'orage me force à me réfugier au sein de la mère Église, par l'amour de Celui qui a donné son sang pour nous, faites que je trouve en vous un asile et une consolation [224-1]. »
Mais au bout de quelques mois la guerre éclatait de nouveau.
pp. 224-226
En 1096, Robert, voulant se rendre à la croisade, avait cédé la jouissance de la Normandie, pendant trois ans, à son frère Guillaume, moyennant dix mille marcs d'argent [224-2]. Pour se procurer cet argent, le roi, suivant son habitude, se mit à piller les églises d'Angleterre [224-3]. Anselme donna, pour sa part, deux cenls marcs. Plus lard, le roi entreprit une expédition contre les Gallois. Anselme y envoya les soldats qu'il devait fournir ; mais le roi les trouva mal instruits, mal équipés, et lui fit dire qu'il le citerait devant sa cour pour répondre du délit. C'était, chaque jour, quelqne nouvelle vexation, quelque exigence contraire à la loi de Dieu [225-1]. La spoliation des églises et des abbayes, la corruption des mœurs désolaient de plus en plus le royaume. Anselme résolut d'aller trouver le pape, afin de le consulter sur ce qu'il devait faire pour sauver son âme [225-2]. Il eut soin d'avertir de son projet le roi qui tenait sa cour à Windsor, et il lui fit demander l'autorisation de sortir du royaume.
Guillaume refuse à Anselme l'autorisation d'aller à Rome.
Guillaume refusa en disant : « Il n'a rien fait qui rende nécessaire une absolution du pape, et il est bien plus capable de donner des conseils au saint-père que d'en recevoir de lui [225-3]. » Anselme, après avoir essuyé ce refus, s'en revenait de Windsor à l'un de ses domaines, lorsqu'un lièvre, poursuivi par des chasseurs, vint se réfugier entre les jambes de son cheval. L'archevêque arrêta les chiens, et, comme tout le monde riait, il se mit à pleurer en disant : « Cette pauvre bête ne rit point :
« c'est l'image de l'âme chrétienne que les démons poursuivent sans cesse, pour la précipiter dans la mort éternelle. Pauvre âme tourmentée, qui cherche partout, avec un ineffable désir, la main qui la sauvera !… »
Et aussitôt il ordonna de lâcher la pauvre bête, qui fut ainsi sauvée [226-1].
Anselme renouvela deux fois sa demande de partir : la dernière fois c'était dans une assemblée qui se tenait à Winchester, le 15 octobre 1097. Le roi, impatienté, déclara que, si le primat allait à Rome, il réunirait à son domaine tous les biens de l'Église de Cantorbéry, laquelle cesserait ainsi d'avoir un archevêque.
pp. 226-228
Anselme répondit qu'il aimait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes [226-2] et, faisant sortir du conseil du roi les quatre évêques qui s'y trouvaient, il leur dit à part : « Mes frères, vous êtes évêques et chefs de l'Église de Dieu. Promettez-moi de consulter, dans mon intérêt, les droits de Dieu et sa justice, avec autant de soin et de fidélité que vous en mettriez à consulter les droits et les coutumes d'un homme mortel, dans l'intérêt du prochain. Alors je vous exposerai, comme à des fils et à des féaux de Dieu, quel est mon but ; et je suivrai les conseils que votre confiance en Dieu me donnera [227-1]. » Ils se retirèrent à l'écart pour conférer sur ce qu'ils devaient répondre, et, en même temps, ils dépêchèrent l'un d'entre eux au roi pour lui demander des instructions. Les ayant reçues, ils revinrent auprès de leur métropolitain et parlèrent ainsi :
Les évêques anglais abandonnent leur métropolitain.
« Nous savons que vous êtes un homme religieux et saint, tout occupé des choses cèlestes. Mais nous, enchaînés au siècle par nos parents que nous soutenons, et par beaucoup d'objets terrestres que nous aimons, nous ne pouvons nous élever à votre hauteur et dédaigner le monde, comme vous. Si vous voulez donc vous mettre à notre niveau et marcher dans la même voie que nous, nous nous occuperons de vos intérêts comme des nôtres. Mais, si vous avez résolu de vous en tenir à Dieu, comme par le passé, vous resterez seul et sans nous ; car nous ne voulons pas manquer à la fidélité que nous devons au roi [228-1]. »
— « C'esl bien, répondit Anselme ; retournez vers votre seigneur : moi, je m'en tiendrai à Dieu [228-2]. » Et il resta seul, avec quelques moines parmi lesquels se trouvait Eadmer de qui nous tenons tous ces détails. Il était écrit que, dans cette mémorable histoire, le caractère inviolable de l'épiscopat serait à la fois élevé par Anselme à la plus haute majesté et traîné dans la boue par ses confrères. Ceux-ci, en etfet, s'en revinrent bientôt et lui dirent : « Le roi vous fait savoir que vous avez manqué au serment que vous avez prêté de garder les lois et usages du royaume, en menaçant d'aller à Rome sans sa permission : il exige donc que vous juriez ou de ne jamais en appeler, pour quelque cause que ce soit, au saint-siége, ou bien que vous sortiez à l'instant même de sa terre. » Anselme alla lui-même porter sa réponse au roi [228-3] : « Je le reconnais, dit-il, j'ai juré de garder vos us et coutumes, mais celles-là seulement qui sont selon Dieu et la justice. »
p. 229
Le roi et les barons objectèrent, en jurant, qu'il n'avait été question ni de Dieu ni de justice. « Comment ! reprit l'archevêque, et de quoi donc aurait-il été question, sinon de Dieu et de la justice [229-1] ? À Dieu ne plaise qu'aucun chrétien garde des lois ou des coutumes contraires à Dieu et à la justice ! Vous dites qu'il est contraire à la coutume de votre royaume que j'aille consulter le vicaire de saint Pierre pour le salut de mon âme et le gouvernement de mon église ; et moi, je déclare qu'une telle coutume est contraire à Dieu et à la justice, et que tout serviteur de Dieu doit la mépriser [229-2]. Toute foi humaine n'a pour garantie que la foi due à Dieu [229-3]. Oue diriez-vous, roi, si l'un de vos vassaux riches et puissants, prétendait empêcher l'un des siens de vous rendre le service qui vous est dû ? »
— « Oh ! oh ! interrompirent le roi et le comte de Meulan, il prêche ; c'est un sermon qu'il veut nous faire ; mais il ne vaut pas la peine d'être écouté [229-4]. »
pp. 229-230
Les seigneurs cherchèrent à étouffer sa voix par des cris. Il attendit, sans s'émouvoir, qu'ils fussent faligués de crier, puis, il reprit :
« Vous voulez que je jure de ne plus en appeler au vicaire de Pierre. Jurer cela, ce serait renier saint Pierre ; renier saint Pierre, c'est abjurer le Christ ; et abjurer le Christ, par égard pour vous, serait un crime dont le jugement de votre cour ne saurait m'absoudre [230-1]. »
Par sa patience et sa fermeté Anselme vient à bout du roi.
Tant de calme et de courage finirent par l'emporter : le roi permit à Anselme de partir.
L'archevêque, avant de quitter Guillaume, lui dit : « Je ne sais quand je vous reverrai. Rien ne me fera cesser d'aimer votre salut, comme un père spirituel aime celui de son fils bien-aimé ; archevêque de Cantorbéry, je voudrais donner au roi d'Angleterre la bénédiction de Dieu et la mienne, à moins toutefois qu'il ne la refusât. »
— « Non, dit le roi, je ne la refuse pas. » Et il baissa humblement la tête pour recevoir cette bénédiction [230-2].
Notes chapitre V
[175-1]. Juxta seculi dignitatem nobiliter nati, nobiliter sunt in Augusta conversati… ambo divitiis non ignobiles. Eadm., Vit. saint Anselm. p. 2.
[175-2]. Eadmer, moine de Cantorbéry, et plus tard archevêque de Saint-André en Écosse, fut le compagnon d'exil et de voyage d'Anselme, qui s'astreignit envers lui à un vœu d'obéissance spéciale, d'après l'autorisation du pape Urbain. Il a raconté, inconcussa veritate, dit-il, la vie de son ami dans deux ouvrages intitulés : De Vita S. Anscelmi et Historia novorum. L'un renferme les détails de la vie monastique et intime du saint, l'autre les événements de sa lutte avec le roi d'Angleterre. D. Gerberon les a publiés, avec des notes du savant Selden, à la suite des œuvres de saint Anselme. In-fol. 1721. Eadmer raconte qu'Anselme avait découvert un jour le travail dont il s'occupait, et après l'avoir d'abord examiné et corrigé, il lui avait prescrit de détruire ce qu'il en avait déjà transcrit sur ses tablettes de cire sur parchemin ; mais Eadmer n'obéit qu'après en avoir fait secrètement une autre copie. Supplem., c. 68, p. 215. L'hislorien, du reste, se montre parfaitement d'accord avec Guillaume de Malmesbury, écrivain très favorable à la dynastie normande. Parmi les modernes, nul n'a mieux raconté la vie d'Anselne que l'auteur anonyme de deux articles insérés dans les n° 66 et 67 du Brilish Critic., recueil de la nouvelle secte anglo-catholique.
[176-1]. Defuncta vero illa, illico navis cordis ejus, quasi anchora perdita, in fluctus seculi pene tota dilapsa est. Vit. saint. Ans., p. 2.
[176-2]. Ecce monachus fiam, sed ubi ?… Becci supereminens prudentia Lanfranci, qui illic monachus est, me aut nulli prodesse, aut nihil valere comprobabit… Nec dum eram edomitus, necdum in me vigebat mundi contemptus… Eadm., p. 5.
[176-3]. En 1063.
[176-4]. En 1078.
[176-5]. Voy. plus haut.
[177-1]. At illi omnes e contra in terram prostrati, orant ut ipse potius loci illius et eorum misereatur. Eadm., p. 9. L'archevêque de Rouen lui avait imposé l'obligation d'obéir au choix dont il serait l'objet.
[177-2]. Quid de illius jejunio dicerem, cum ab initio prioratus sui tanta corpus suum inedia maceraverit… quid de vigiliis… Eadm., p. 4.
[177-3]. Soli Deo, cœlestibusque disciplinis jugiter occupatus, in tantum speculalionis divinæ culmen ascenderet, ut obscurrissimas et ante suum tempus insolitas de divinitate Dei et nostra fide quæstiones. Deo reserante perspiceret, ac perspectas erodaret, apertisque rationibus quæ dicebat rata et catholica esse probaret. Id., 3.
[177-4]. Credo, sed intelligere desidero… et il donna pour second titre à son Proslogion : Fides quærens intellectum. Proœm.
[177-5]. Proœm. Monologii.
[178-1]. Ses traités les plus fameux ( le Monologium où se trouve la démonstration de Dieu par l'idée que nous avons de la perfection infinie, le Proslogion, le Liber apologeticus, les dialogues De veritate, De libero arbitrio, De casu Diaboli, etc. ) ont été composés pendant les quinze années de son priorat, selon D. Gerberon. Pour se faire une idée juste de la véritable nature des tendances philosophiques de saint Anselme, il faut lire l'Essai sur sa théologie scholastique, qui se trouve dans les Gesammelte Schriften und Aufsätze de l'admirable Möhler, auteur de la Symbolique, publiés, depuis sa mort, par le Dr Döllinger. En dehors du point de vue orthodoxe, on peut consulter avec fruit la préface de la traduction du Monologium et du Proslogium, publiée en 1841 par M. Bouchitté, professeur à Versailles, sous le titre, du reste parfaitement inexact, de Rationalisme chrétien. En 1842, un protestant, M. Franck, a publié à Tübingen un essai sur saint Anselme, où il expose, pour le réfuter dans le sens rationaliste, la plupart des démonstrations du saint, tout en rendant justice à sa vie morale et publique. Il reconnaît en lui un moine parfait. Mais, ajoute le philosophe, Anselme partageait « beaucoup des faiblesses de sa mère », et il lui manquait notamment la liberté subjective de l'esprit : die subjective Geistes Freiheit. Avec cela tout est dit, et on a démontré sans beaucoup de peine l'infériorité du moine, fils de l'Église, comparé avec les docteurs du dix-neuvième siècle.
[178-2]. Voir, entre autres, les humbles lettres par lesquelles il soumet ses traités au jugement de Lanfranc, déjà archevêque. Ep. I, 63, 68 ; IV 103.
[179-1]. Illi ideo rationem quærunt, quia non credunt; nos vero quia credimus. Cur Deus homo, l. I, c. 2.
[179-2]. Neque enim quæro intelligere, ut credam ; sed credo, ut intelligam. Proslog., c. 1
[179-3]. At si ipsa nostro sensui indubitanter répugnat, quamvis nobis nostra ratio videatur inexpugnabilis, nulla tamen veritate fulciri credenda est. De concord. Grat. et Lib. arbit. quæst. III, c. 6.
[179-4]. Nullus quippe christianus debet disputare quomodo quod catholica Ecclesia corde credit… non sit, sed… quærere rationem quomodo sit. Si potest intelligere, Deo gratias agat : si non potest, non immittat cornua ad venlilandum, sed submittat caput ad venerandum. De Fide Trinitatis, c. 2.
[180-1]. Velut si vespertiliones et noctuæ, non nisi in nocte cœlum videntes, de meridianis solis radiis disceptent contra aquilas solem ipsum irreverberato visu intuentes. Ibid. Conçoit-on qu'on ait osé représenter l'homme qui a écrit ces belles paroles comme un rationaliste chrétien !
[180-2]. In orationibus autem quas ipse juxta desiderium et petitionem amicorum suorum scriptas edidit, qua sollicitudine, quo timore, qua spe, que amore Deum et sanctos ejus interpellaverit… satis est et me tacente videre, Eadm.,p. 4.
[180-3]. Voir ses oraisons 45 à 60 et ses lettres à Gondulphe. Ep. I, 20.
[180-4]. Magne Domine, tu noster major frater : magne Domine, tu nostra melior mater. Orat. 51.
[181-1]. Præterea libros, qui ante id temporis nimis corrupti ubique terrarum erant, nocte corrigebat. Eadm., p. 4.
[181-2]. Totus dies in dandis consiliis sæpissime non sufficiebat… Ibid.
[181-3]. Eadm., p. 5 et 8. — Voir la leçon qu'il donna à un abbé coupable d'une sévérité exagérée envers ses élèves.
[181-4]. Sicque sanis pater, et infirmis erat mater… quicquid secreti apud se quivis illorum habebat, non secus quam dulcissimæ matri ille revelare satagebat. Ibid.
[181-5]. Quod tu Herewarde decrepite senex in teipso percepisti quando gravatus… ita ut nihil tui corporis præter linguam, haberes in tua potestate, per manus illius pastus, et vino de racemis per uvam in aliam ejus manum expresso, de ejus ipsa manu bibens et refocillatus. Ibid.
[181-6]. Il s'intitulait : Frater Anselmus vita peccator, habitu monachus.
[182-1]. Quid vero quæritis cur fama Lanfranci atque Guitmundi plus mea per orbem volet ? Utique quia non quilibet flos pari rosæ fragrat odore, etiamsi non dispari fallat rubore. Ep. I, 16.
[182-2]. Pias præstant nobis lacrymas tuas legere, nostras edere ; ita ut utrumque miremur, et in corde tuo redundare tantæ rorem benedictionis, et sine susurro descendere inde rivum in cordibus nostris. Ep. I, 61.
[182-3]. Eadm., p. 8 et33. Dominus iste… de Normannorum nobilissimis… cum matre et fratribus suis et sorore… primogeniti mihi dignitatem concesserunt. Ep. I, 18, V. aussi 67 et passim.
[183-1]. Non fuit comes in Anglia seu comitissa, vel ulla persona potens, quæ non judicaret se sua coram Deo merita perdidisse, etc…. Familiaris ei dehinc Anglia facta est. Eadm., p. 11. On a vu plus haut comment Guillaume le Conquérant s'adoucissait avec Anselme.
[183-2]. Il nous reste de lui quatre cent cinquante épîtres où il faut chercher la véritable clef de son caractère et de son histoire. Nous dirons, pour cette correspondance comme pour celle de Grégoire VII, qu'en la publiant sous une forme portative et en y ajoutant la biographie du saint par Eadmer, on rendrait à l'histoire et à la vérité religieuse un service essentiel.
[183-3]. V. le trésorier de Beauvais ( adolescens delicatus et pulcherrimus, valde dives et nobilissimus ), dont il parle, Ep. II, 19, puis les trois nobles dames, Basile de Gournay, Auffride sa mère, Ève de Crespin. Chron. Becc. Mams. cit. par Selden ap. Gerder, p. 539.
[183-4]. Voir entre autres Ep. II, 25, 29, 39. Lamberto nobili viro, 40 ; à Ermengarde, dont le mari voulait se faire moine, mais qui ne voulait pas, elle, se faire religieuse.
[185-1]. Animæ dilectissimæ animæ meæ… concupiscunt oculi mei vultu : vestros, extendunt se bracchia mea in amplexus vestros. Anhelat ad oscilla vestra os meum… vosque non fallo, quia amicus sum, certe ne ; fallo quia expertus sum… consolidastis animam meam animabus vestris. Scindi potest, secerni jam non potest… O quomodo inter præcordia mea fervet amor meus ! Quomodo laborat totus erumpere simul affectus meus !… Dic tu, o bone Jesu, cordibus eorum… promitte illis… nec separes a me quibus me tanto carnis et spiritus affectu junxistis… Domine, tu testis es interius et lachryimæ quæ, me hoc scribente, fluunt, testes sunt, exterius, etc. Ep. II, 28.
[185-2]. Voir les cinq lettres, 24 à 28. du liv. I, sur le mal de tête qu'avait Maurice, et les lettres 32 et 34 sur son rétablissemenl.
[185-3]. Celui-ci aussi souffrait d'une maladie analogue à celle de Maurice, et dont saint Anselme donne une description détaillée et curieuse. Ep. I, 31.
[185-4]. Non sicut vulgo dici solet, quia quod longe est ab oculis longe est a corde… quanto minus illa frui pro voto possum, tanto magis desiderium ejus in veri dilectoris vestri mente fervescit. Ep. I, 66.
[186-1]. Quisquis enim bene novit Gondulphum et Anselmum, cum legit, Gondulfo Anselmus, non ignorat quid subaudiatur, vel quantus sub intelligatur affectus. Ep. I, 7.
[186-2]. Qualiter namque obliviscar tui ? Te silente, ego novi quia diligis me, et me tacente, scis quia amo te. Tu mihi conscius es quia ego non dubito de te ; et ego tibi testis sum quia tu certus es de me. Ep. I, 4.
[187-1]. Sed quid te docebit epistola mea quod ignores, o tu altera anima ? Intra in cubiculum cordis tui… Ep. I, 14. Voy. aussi Ep. I, 33.
[187-2]. C'est peut-être Gislebert, de la maison de Crespin, si célèbre par ses largesses monastiques : après avoir été moine au Bec, il fut fait abbé de Westminster en 1084.
[187-3]. Et quidem tu sciebas erga te dilectionem meam : sed utique ego ipse nesciebam eam. Qui nos scidit ab invicem, ille me docuit quantum te diligerem. Tu habes præsentem alterum quem non minus aut certe plus amas : mihi vero tu, tu inquam, es ablatus, et nullus pro te oblatus, etc. Ep. I, 75.
[188-1]. More canino. Eadm., p. 4.
[188-2]. Cœpit quadam sancta calliditate piis blandimentis delinire. ib.
[189-1]. Anima ejus anima mea est. Accipiam igitur in illo vivus quicquid ab amicitia poteram sporare defunctus, ut sint otiosi me defuncto… Precor et precor, et precor, memento mei, et ne obliviscaris animæ Osberni dilecti mei. Quod si te nimis videor onerare, mei obliviscere et illius memorare. Ep. I, 4.
[189-2]. Eos interiori cubiculo memoriæ tuæ ibi, ubi ego assiduus assideo… colloca mecum in circuitu meo : sed animam Osberni mei, rogo, chare mi, illam non nisi in sinu meo. Ep. I, 7.
[189-3]. 9 septembre 1087.
[189-4]. 0rder. Vit., l. VIII p. 659 à 661. Dominæ meæ, sanctæ Dei genetrici Mariæ me commendo.
[190-1]. Eadm., Hist. nor., I, p. 33.
[190-2]. Le 27 mai 1089, L'un des derniers actes de cet illustre moine, qui s'intitulait : « Lanfranc, pécheur et indigne archevêque de la sainte Église de Cantorbéry, » fut d'écrire à deux rois d'Irlande pour îeur recommander de veiller à l'inviolabilité des mariages dans leur pays. Il leur renvoyait l'évêque Patrice, monasticis institutionibus a pucritia enutritum, qui était venu se faire sacrer par lui. Baron., Ann., ad ann. 1089.
[190-3]. Quædam de eis quæ nova per Angliam servari constituit, ponam. Eadm., p. 29.
[191-1]. Ibid.
[191-2]. Per dationem virgæ pastoralis. Ead. in præf. Hist. nov. Eadmer soutient que l'investiture par la crosse ne datait que de la conquête ; mais Selden ( in Eadm., not., p. 104 ) cite plusieurs autorités qui prouvent qu'elle était plus ancienne.
[191-3]. In curia Rupi Regis. Ord. Vit., VIII, 682.
[191-4]. Simeon Dunelmensis, ann. 1091. Pagi, crit. ad ann. 1089.
[191-5]. Cujusdem plebeii presbyteri de pago Baiocensi filius…. inter pedissequos curiales cum vilibus parasitis educatus. Ord. l. c. Il fut fait, par Guillaume, évêque de Durham.
[192-1]. Flamma quippe ardens…. intulit genti novos ritus, quibus crudeliter oppressit populorum cœtus, et Ecclesiæ cantus temporales mutavit in planctus…. supplices regiæ fidelitati plebes indecenter oppressit. Ibid.
Saint Anselme dit de lui : Publicanorum princeps infamissimus… propter crudelitatem similem flammæ comburenti pronomine Flambardus. Ep. IV, 2.
[192-2]. Videres insuper quotidie ( spreta servorum dei religione ) quosque nefandissimos hominum regias pecunias exigentes per claustra monasterii torvo et minaci vultu procedere, hinc inde præcipere, minas intentare, etc. Eadm., 1. c. Ecclesias… cuilibet satellitum suorum subegit… suo infert ærario largas opes quas Ecclesiæ Dei gratanter et devote dederunt antiqui Anglorum reges. Order, p. 679. Monachis victum ac vestitum cum parcitate erogabant, cetera vero regiis thesauris ingerebant. Id., p. 763.
[192-3]. Eadm., 1. C.
[192-4]. Quid de hominibus Ecclesiæ dicam, qui tam vasta miseria… sunt altriti. Ibid.
[193-1]. Quasi stipendia mercenariis, curialibus clericis seu monachis honores ecclesiasticos porrigebat. Order., p. 763.
[193-2]. Vit. Anselm. ex Ms. Victorin. in edit. Gerber.
[193-3]. Se velle omnes baculos pastorales per totam Angliam in potestate sua habere. Will. Thorm., p. 1704, ap. Mabill., Ann. Ben.
[193-4]. Panis Christi, panis pinguis est. Ms. Vict. l. c.
[194-1]. In militia promptus, in dando nimis prodigus, gaudens ludis et luxibus : mimis, equis et canibus… non familiam secum sed exercitum semper ducebat… Ventris ingluviei serviebat… E pellicibus plurimam sobolem genuit. Order. Vit., IV, 522, et VI, 598.
[194-2]. Order., l. c. Il réussit si bien, que le comte Hugues finit par mourir moine à l'abbaye de Sainte-Walpurge, comme nous l'avons dit plus haut.
[195-1]. Certe amicus meus familiaris ab antiquo cornes Cestrensis Hugo fuit. Eadm., p. 34.
[195-2]. Jam enim quodam quasi præsagio mentes quorumdam tangebantur. Ibid.
[195-3]. Ep. II, 32, 33.
[196-1]. Quoniam fructuum tuorum bonus odor ad nos usque redoluit. Ans., Ep. II, 31, et Coletti, Concil., XII, 692.
[196-2]. L'abbaye de Sainte-Werpurge, où Hugues prit l'habit monastique avant de mourir, était située à Chester.
[196-3] Si non veneris, revera noveris quia nunquam in vita æterna in tanto requie eris, quia perpetuo dolcaste ad me non venisse. Eadm., p 34.
[197-1]. Omnes regni primores… optimi quique uno consensu de communi matre Regni quererentur. Eadm., p. 34.
[197-2]. Quod posteris mirum dictu fortasse videbitur, ajoute Eadmer.
[197-3]. Dicens quod quicquid Ecclesia peteret, ipse sine dubio pro nullo dimitteret quin faceret omne quod vellet. Ibid.
[197-4]. Modum orandi cunctis audientibus edidit, et laudato sensu et perspicacia animi ejus, tota quæ convenerat nobilitas regni… in sua discessit. Ibid.
[198-1]. Unus de principibus terræ cum rege familiariter agens… ita quod rex subsannans : Non, inquit, nec archiepiscopatum Cantuariensem… Nec illum quidem maxime sicut mea multorumque fert opinio. Obtestatus est Rex quod manibus et pedibus plaudens in amplexum ejus accurreret, si, etc… Sed per sanctum Vultum de Luca nec ipse nec hoc tempore nec aliis quis archiepiscopus erit, me excepte. Eadm., p. 55. Le saint Voult de Lucques était un crucifix très ancien, attribué à Nicodème, et apporté miraculeusement de Palestine à Lucques où on le vénère encore sous le nom de Volto santo.
[198-2]. Hæc illum dicentem a vestigio valida inlirmitas corripuit et lecto deposuit… omne usque ad exhalationem spiritus egit. Ibid.
[198-3]. Nihil præter mortem ejus præstolantes.
[198-4]. Ingreditur ad regem, rogatur quid consilii salubrius morientis animæ judicet.
[199-1]. Scribitur edictum, regioque sigillo firmatur quatenus quicumque captivi in omni dominatione sua relaxentur… Promittuntur in super toto populo bonæ et sanctæ leges.
[199-2]. Prænuntiavit ipse et concordi voce subsequitur acclamatio omnium abbatem Anselmum tali honore dignissimum.
[199-3]. Expavit Anselmus ad hanc vocem, et expalluit…. toto conamine restitit.
[200-1]. Quid agis, quid intendis ?… Vides…. ecclesias Dei in periculum mortis æternæ per tyrannidem istius hominis decidisse… quid, o mirabilis homo, cogitas ?
[200-2]. Tu Deo pro nobis intende, et nos sæcularia tua disponemus pro te.
[200-3]. Archiepiscopum cui obedientiam… principem cui subjectionem… Il parlait de l'archevêque de Rouen et du duc de Normandie.
[200-4]. Rapiunt igitur hominem ad regem et pervicaciam ejus exponunt.
[201-1]. O Anselme ! quid agis ? cur me pœnis æternis cruciandum trahis ? Recordare, quæso, fidelis amicitiæ, etc…. Certus sum cum quod peribo si archiep. in meo dominio tenens vitam finiero. Succurre igitur mihi, Domine Pater…
[201-2]. Il dit plus tard, en rappelant cette scène, que, dans ce moment la mort lui eût semblé mille fois plus douce que l'épiscopat. Eadm., p. 50.
[201-3]. Quæ verba lacrymæ, et lacrymas sanguis ubertim mox e naribus illius profluens secutus…
[201-4]. Væ ! quam cito baculus tuus confractus est. — Nous avons traduit comme Fleury.
[201-5]. Virgam huc pastoralem, virgam, clamitant, pastoralem !
[202-1]. Episcopi vero digitos ejus strictim volæ infixos erigere conati sunt… ipse pro sua læsione verba dolentis ederet, tandem… clausæ manui ejus baculus appositus est, et episcoporum manibus cum eadem manu compressus atque retentus. Acclamante autem multitudine, vivat episcopus, vivat ! Tous ces détails, donnés par Eadmer, p. 35-36, sont confirmés par la lettre d'Osborn, moine de Cantorbéry, à Anselme. Ep. III, 2.
[202-2]. Nihil est quod facitis, nihil est quod facitis. Eadm.
[202-3]. Instantur lacrymæ meæ, et voces, et rugitus a gemitu cordis mei, quales nunquam de me ullo dolore memini exiisse… aqua benedicta me aspergentes, eam mihi potandam porrexerunt. Ans., Ep. III, I.
[202-4]. Pro hoc volo noveris quam bene corrigere poteris quod de me nunc actum est, quia nec concessi, nec concedo ut ratum sit. Eadm., l. C.
[203-1]. Intelligitis quid molimini ? Indomitum taurum, et vetulam ac debilem ovem in aratro conjungere sub uno jugo… et quid inde proveniat ?… Aratrum ecclesiam perpendite juxta apostolum dicentem Dei agricutura estis ( I Cor. III, 9 ). Hoc aratrum in Anglia duob oves… trahunt et trahendo regunt, rex et archiepiscopus : iste sæculari jus titia et imperio, ille divina doctrina et magisterio. Horum bonum unus, scilicet Lanfrancus, etc… vos quoque procul dubio pro libitu suo non dubitabit conculcare. — Cette scène, si importante pour faire juger le caractère d'Anselme et celui de l'époque, se passa le 6 mars 1093.
[204-1]. Voy. sa lettre dans Eadm., p. 56. Elle se termine ainsi : Valele, viscera mea.
[204-2]. Quia nihil in hoc mundo purius dilexi nec diligo. Ep. III, 9.
[204-3]. Dulcissimos filios ante tempus ablactatos ( meos adolescentes dico ). Ep. II, 21. Voy. aussi Ep. III, 22, et la charmante lettre adressée à ces jeunes gens. Ep. Ill, 17.
[204-4]. Multi propter me et fere omnes Beccum venistis. Ep. III, 7.
[204-5]. D'après leur lettre, Ep. III, 6, il n'était même pas sûr que cette majorité eût été acquise.
[205-1]. Ep. III, 1, 7, 9, 10 et 11.
[205-2]. Multum enim nocet infirmis in Ecclesia Dei opinio alicujus vitii, sive vera, sive falsa sit, de aliquo homine : et maxime de eo qui sic est in Ecclesia catholica constitutus, ut et verbo et exemplo vitæ aliis debeat et possit prodesse. Ep. III, 12.
[205-3]. Eadm., p. 37.
[205-4]. Scias, episcope, quod per sanctum vultum de Luca, nunquam me Deus bonum habebit pro malo quod mihi intulerit. Ibid.
[206-1]. Volo ut in iis quæ ad Deum et Christianitatem pertinent te meo præ cæteris consilio credas, et sicut ego te volo terrenum habere Dominum et defensorem, ita et tu me spiritualem habeas patrem et animæ tuæ provisorem.
[206-2]. De Urbano pontifice quem hucusque non recepisti, et ego jam recepi atque recipio, eique debitam obedientiam et subjectionem exhibere volo, cautum te facio ne quod scandalum inde oriatur in futuro. Eadm., l. C. Voy. aussi la lettre d'Anselme au légat Hugues. Ep. III, 24.
[206-3]. Ce successeur fut Guillaume, de la maison des seigneurs de Montfort-sur-Rille, et neveu du comte Roger de Beaumont.
[206-4]. Libentius eligerem sub abbate in monachica paupertate et humilitate obedire… quam regnare sæculariter… aut archiepiscopalum… vel abbatiam, aut hominibus quibuslibet præesse ad animarum gubernationem… quod ego ipse non imputo mihi tantum ad virtutem, quantum ad hoc quia talem me scio tam parum fortem, parum strenuum… ut potius mihi congruat… servire quam dominari. Ep. III, 11
[207-1]. Cum…. clamorem omnium, de Ecclesiarum destructione conquerentium, Rex amplius ferre nequiret. Eadm., l. C.
[207-2]. Le 25 septembre 1093. II fut sacré le 4 décembre de la même année.
[207-3]. Professione et corde Beccensis…. Voluntate Beccensis monachus, necessitate vocatus Cant. Archiep. Ep. III, 26, 39.
[207-4]. Non nimis gracilis sit scriptura… multæ diurnæ et nocturnæ lacrymæ… Ep. III, 15.
[208-1]. Voy. son Liber de Fide Trinitatis, et De Incarnatione verbi contra blasphemias Ruzelini, cap. I ( Cf. Ep. II, 35, 41 ). II commença aussi alors le traité : Cur Deus homo.
[208-2]. Amica nempe libertate me et omnia mea ad utilitatem tuam habere poteris, servili aut em conditione nec me nec mea habebis. Eadm., p. 38.
[208-3]. Sint cum jurgio tua tibi, sufficient mea mihi. Vade.
[209-1]. Præsignatum munus pro redemptione animæ suæ pauperibus Christi dabo, non illi.
[209-2]. Il mourut peu après, le 19 janvier 1095.
[209-3]. Ne igitur dubitet ; non eam sæcularis potentiæ timor humiliet, non favor inclinet, sed… opprimentes reprimat, S. Matrem nostram contra tales defendat. Eadm., l. C.
[210-1]. Adjecit subsannans : Tu vero in concilio unde loqueris ?
[210-2]. Nefandissimum Sodomæ scelus… tota terra non multo post Sodoma fiet.
[210-3]. Et in hac re quid fieret pro te ?… Si non pro me, spero fieret pro Deo et te… Sufficit, nolo inde ultra loqueris.
[211-1]. Quid ad te ? Numquid abbatiæ non sunt meæ ? Hem, tu quodvis agis de villis tuis, et ego non agam quod volo de abbatiis meis !… Dei scimus eas esse, ut sui ministri corde vivant, non quo expeditiones et bella tua inde fiant.
[211-2]. De nulla re illum inculpo, nec tamen ei gratiam meam, quia non audio quare indulgere volo.
[212-1]. Absit… homines mei… deprædati sunt et spoliati et ego… jam eos nudos spoliarem, imo spoliatos excoriarem… Fidem ei debeo et honorem, et ego illi hoc dedecus lacerem, scilicet gratiam suam quasi equum vel asinum vilibus nummulis emerem !
[212-2]. Heri magno, et hodie illum majori odio habeo, et sciat revera quod eras et deinceps acriori et acerbiori odio semper habebo.
[212-3]. Il expose les motifs de cette résolution et de toute sa conduite dans sa lettre au légat, Hugues, archevêque de Lyon. Ep. III, 24.
[212-4]. A quo Papa illud requirere cupis ? Eadm., p. 40.
[213-1]. Protestatus est illum nequaquam fidem quam sibi debebat simul et apostolicæ sedis obedientiam, contra suam voluntatem posse servare.
[213-2]. Le dimanche de mi-carême, 11 mars 1195.
[213-3]. Eos et assistentem monachorum, clericorum, laicorum numerosam multitudinem alloquitur.
[214-1]. Si autem secundum Deum quod ullatenus voluntati Regis obviare possit, consilium a nobis expectas, frustra niteris : quia in hujusmodi nunquam tibi nos adminiculari videbis.
[214-2]. Conticuerunt et capita sua quasi ad ea quæ ipse illaturus erat dimiserunt…. Anselmus erectis in altum luminibus vivido vultu….
[214-3]. Cum vos qui christianæ plebis pastores…. ego ad summum pastorem et principem omnium, ego ad magni consilii angelum curram, et in meo, scilicet in suo et Ecclesiæ suæ, negotio consilium quod sequar ab eo accipiam…
[215-1]. Rex vehementer iratus… hic duo, ibi tres, illic quatuor in unum consiliabantur… solus inter hæc Anselmus sedebat innocentia cordis sui, et in misericordia Dei fiduciam habens… Ipse ad parietem se reclinans, leni somno quiescebat.
[216-1] Urbani illius qui, offenso Domino rege, nihil tibi prodesse, nec ipso placato obesse valet, obedientiam abjice… liber, ut arch. Cantuar. decet… Domini Regis jussionem exspecta.
[216-2]. Rex applaudebat sibi, sperans illum vel abjurato apostolico infamem remanere in regno suo.
[216-3]. Jam nunc a vestigio ad Domini nostri dicta responde, aut sententiam tuæ vindicem præsumptionis dubio procul in præsenti experiere. Nec jocum existimes esse quod agitur.
[217-1]. Miles unus de multitudine prodiens… Memor esto beati Job vincentis Diabolum in sterquilinio, et vindicantis Adam quem vicerat in Paradiso.
[217-2]. Intellexit animum populi in sua secum sententia esse. Gavisi ergo exinde sumus et animæquiores facti.
On voit qu'Eadmer, le narrateur de toutes ces scènes, en était le témoin oculaire.
[218-1]. Ite, ite, consiliamini, quia per vultum Dei, si vos illum ad meam voluntatem non damnaveritis, ego damnabo vos.
[218-2]. Cum omni studio per totum diem internes illa conferimus… dormit et prolate coram eo statim uno labiorum suorum pulsu quasi telas araneæ rumpit.
[218-3]. En ego primum in imperio meo penitus ei omnem securitatem et fiduciam mei tollo, etc.
[219-1]. Nos nunquam homines ejus fuimus…. Archiepiscopus noster est. Christianitatem in hac terra gubernare habet, et ea re, nos qui christiani sumus ejus magisterium dum hic vivimus declinare non possumus, præsertim, etc.
[220-1]. Audires… nunc ab isto nunc ab illo istum vel illum episcopum aliquo cognomine cum interjectione indignantis designari, videlicet Judæ proditoris, etc.
Eadmer ajoute que, le roi ayant interrogé un à un les évêques sur leur renonciation à l'autorité d'Anselmo, il y en eut quelques-uns qui répondirent qu'ils n'y renonçaient pas absolument et sans réserve, mais seulement en tant qu'il prétendait exercer cette autorité sur eux, en vertu de sa soumission au Pape. Ceux-là furent disgraciés et obligés de racheter la faveur du roi à prix d'argent.
[220-2]. Crudeles suorum hominum oppressiones quotidie auribus ejus insonantes…. Eadm., 14. Passa est Ecclesia Cantuar, tam sævam tempestatem, ut fere universi conclamarent melius sibi absque pastore jam olim fuisse, quam nunc sub hujusmodi pastore esse. Id., 43. Voy. encore p. 85.
[220-3]. Rex Anselmum hoc facto atroci mœroris verbere perculit. Ibid.
[221-1]. Eadmer le dit expressément : Rofensi solo excepto, p. 7. Mais Guill. de Malmesbury, de Gest. Pontif., II, p. 257, désigne encore l'évêque Raoul de Chichester, qui contuitu sacerdotalis officii Wilhelmo in faciem pro Anselmo restitit.
[221-2]. Sicut bubo, dum in caverna cum pullis suis est, lætatur, et suo sibi modo bene est ; dum vero inter corvos… omnino quoque sibi male est : ita et mihi. Eadm., 14.
[222-1]. Pro ipsarum indiscreta, cui nonnullis et mihi aliquando visum est, virtutum custodia sæpe reprehensus, et quod monachus claustralis quam primas tantæ gentis esse deberet. Id., 15.
[222-2]. In loco humili aliquid agere videbar : in sublimi positus…. nec mihi fructum facio, nec utilis alicui existo. Lettre au pape, Ep. III, 37.
[222-3]. Voy. la lettre assez sévère d'Anselme au légat. Ep. III, 36.
[222-4]. Mabill., Ann., 1. 69, n. 27.
[223-1]. Papæ, inquiunt, quid dicemus ? Si aurum et argentum Roma præponit justitiæ,… quid solaminis ibi deinceps in sua oppressione reperient, qui, etc. Eadm., 44.
[223-2]. Spondens immensum pecuniæ pondus ei et Ecclcsiæ romanæ singulis annis daturum.
[223-3]. Laudamus et consulimus ut saltem quod in via expenderes si pro hoc Romam ires, Regi des.
[223-4]. Quelques jours avant cette cérémonie, les évêques de Salisbury et de Hereford vinrent lui demander pardon de l'avoir abandonné à Rockingham, avec les autres prélats. Il leur donna l'absolulion in quadam ecclesiola quæ se nobis obtulit ambulantibus proposita via. Eadm., 45.
[224-1]. Sancte Pater, doleo me esse quod sum, doleo me non esse quod fui… Oneri cuidam succumbo… errabundus suspiro… in naufragio positus, si quando procellis irruentibus… ad sinum matris Ecclesiæ confugero. Ep. III, 57.
[224-2]. Guill. Gemetic, VIII, 7.
[224-3] Nihil Ecclesiarum ornamentis indulsit, nihil sacris altarium vasis, nihil reliquiarum capsis, nihil Evangeliorum libris auro vel argento paratis. Eadm., 45.
[225-1]. Lettre d'Anselme à Pascal II. Ep. III, 40.
[225-2]. Ut inde consilium de anima mea et de officio mihi injuncto acciperem. Ibid.
[225-3]. Magis illum sciamus apostolico quam apostolicum sibi in dando consilio posse succurrere.
[226-1]. Solutus in lacrymis ait : Ridetis ? Et utique infelici huic nullus risus… hoc plane est et animæ hominis… nimis anxia huc illucque circumspicit, et qua tueatur manum sibi porrigi ineffabili desiderio concupiscit. Eadm., 17. Cette anecdote reproduit deux traits distinctifs du caractère d'Anselme : son excessive bonté, et son goût pour tirer des analogies spirituelles des incidents ordinaires. Eadmer raconte d'autres traits de la même nature, celui de l'oiseau attaché par un fil et retenu par un enfant, et celui de la sollicitude de l'archevêque pour ses convives qui mangeaient à leur aise, pendant que lui les attendait patiemment, affabili vultus jucunditate super eos aspiciebat et adgaudeus, levata modicum dextra, benedicebat eis dicens : Benefaciat vobis, p. 15.
[226-2]. Occurrit animo episcopos æquius esse in suo quod erat Dei quam in consilio regis terreni. C'étaient les évêques de Winchester, de Lincoln, de Salisbury et de Bath.
[227-1]. Si ita fideliter et distincte vultis in mea parte considerare atque tueri roctitudinem et justitiam Dei, sicut in parte alterius perpenditis atque tuemini jura et usus mortalis hominis…
[228-1]. Fatemur, ad sublimitatem vitæ tuæ surgere nequimus, nec huic mundo tecum illudere. Sed si volueris ad nos usque descendere… si vero te ad Deum solummodo… tenere delegeris, solus quantum nostri interest, in hoc, ut hactenus fuisti, et amodo eris.
[228-2]. Bene dixistis. Ite ergo ad dominum vestrum : ego me tenebo ad Deum.
[228-3]. Ad regem nobiscum sequentibus ingressus, dextram illius ex more assedit. Eadm., 48.
[229-1]. Papæ ! si nec Dei nec rectutidinis mentio ut dicitis, facta fuit, cujus tunc ?
[229-2]. Et ideo ab omni servo Dei spernendam profiteor ac refutandam.
[229-3]. Omnis fides quæ cuivis homini legaliter promittitur, ex fide Dei roboratur. Sic enim spondet homo homini. Per fidem quam debeo Deo, fidelis tibi ero… Ergo liquet quod eadem fides si quando contraria fidei Dei admittit, enervetur.
[229-4]. O, o, prædicatio est quod dicit, prædicatio est : — non rei de qua agitur ulla, quæ recipienda sit a prudentibus ratio.
[230-1]. Peccatum… judicio curiæ tuæ non segnis emendabo.
[230-2]. Signum S. Crucis super regem ad hoc caput humiliantem edidit et abscessit. Eadm., 49.
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